THEATRE ANTIQUE ET ÉTRANGER
de la tyrannie; mais la tyrannie raisonne encore, le YÎoe discute, la liberté argumente, et il n'y a pas jusqu'au poignard avec lequel Galotti frappera sa IlUe qui ne soil
un syllogisme. Emilia prouve qu'il ftiut la tuer pour sauver son honneur, attendu qu'elle se défie de sa tête, de ses sens, et le tout dans une phrase qui a sa majeure^ sa mineure et sa conclusion, à la fin d'un cinquième acte.
Il y a plus, et je trouve dans l'article de Lessiug (Biographie universelle )t un trait de Técrivain qui prouve que le raisonnement lui était pour ain^i dire passé dans le sang. Il perd une femme qu*il adorait, après deux ans seulement de mariage. « Ma femme est morte, » écrit-il, a et j'ai fait aussi cette triste expérience. Je me réjouis de ce qu'il ne m'en reste plus beaucoup de semblables à faire et c'est ce qui me soulage, t
Conçoit-on cet inconsolable époux qui sait tempérer sa douleur par une opération d'arithmétique?
Emilia Galotti n'a eu à ma connaissance qu'une imita* tion sur la scène firançaiee, à l'Ambigu : La Mie Fille de Parme, drame en trois actes d'Alboise et, il m'en souvient, de Maillan, joué par Francisque aîné (l'acteur qu'a rendu si célèbre le drame de ÏEclaL de rire), une fort belle et énergique actrice nommée Irma, jouant la favorite du prince, et Balthasar, chargée du r6le de rbérolne, très-jolie personne d'un talent assez terne, et qui a paru sur plusieurs scènes sans y avoir laissé de bien vifs souvenirs. I.ia pièce eut quelque succès.
Je ne pensais pas, je l'avoue, devoir des ménagements à Lessing, mais il faut, je le répète, tenir compte de ce qu'il perd dans une traduction, et dans tous les cas rendre justice à tout ce qu'il y a chez lui de haute philosophie, mém» quand U en Uit abus, de force dans la peinture des
LES C0ULI86BB OU PAMÉ.
oaractèrcs, do puissance dons le style, qu'il soit dramatique OU AOU. Mais eoBime SebiUer, qui défié, lui, la tpâduotioo/ est bien «strement à la fois théâtral et humain. Du Mste,
il y a un homme bleu loin de Schiller, môme comme philosophe, do r.ossing et qui a bien plus le sentiment du drame que ce dernier: Kotsebue.
Im librairie Didier «eus a donné : Mhttnîbropiê »i /7e^« pentir, de Kotzebue, plus une comédie peu connue du mf^mo auteur, la Petite Ville alloin;n]ih\ ot il esta regretter que la pubUcation, sauf à rauguieuter d'un tome, n'ait pas fait la part plus large à la victime de Sand.
La sensiblerie de MisâDtbropie el Rêpenth* est bien vieillote et, à coup sûr, ce qui est étranger aux person-» nages principaux dans la pièce, est d'une rare faiblesse ; mais jamais la scène finale de réeoneiliation, et tout es qui la prépare, n'ont manqué leur effet au théâtre.
11 semble que, depuis la première version donnée par la citoyenne et actrice Julie Molé, sœur du célèbre acteur (depuis comtesse Albitte de Vallivon), d'après une traduction de Buraay, le public ait éprouvé â chaque génération le besoin de revoir la pièce. Il y a certains traits tellement saisissants qu'ils absolvent toute la vulgarité de rouvrago. Quand le domestique de Meinau, François, dit au vieillard, pauvrê ei vertuenx et content de son sort; « Dieu te bénisse, » et que l'autre répond simplement : « Dieu m*û béni, » — il y a une certaine grandeur dans ces quatre mois et il n'existe pas au théâtre d'apostrophe plus touchante que celle de Meinau revoyant, après bien des années, la femme qui Ta indignement trahi, et se contentant de lui dire :
« Que ;ne veux-tu, Eulalie? »
En relisant aujouid'hui la pièce éditée ,au théâtre, plutôt que Caite par Julie Molé, mi ne eemprpnd gnére
uiyiii^ca Uy GoOglc
son sQooè» qui pourtant eonqnit l'attUtnee, rtra «ur la
^ scène française et toujours si décisive sur la recette, de Talo^a at de M^'^ Mars* alliance à peu près circonscrite daoa ces pièces: Sbskeapearewioarwxt MisuMibropiê ^iBÊpm* tir, le GiVf d'AadaI<mt0, VEq^b dm VJeiiMâ,
On ne comprendrait guère surtout que Talma ait donné à cette prose pâieuse la sanction de son génie, si Ton ne savait que ee grand aotear qui avait marié ie naturel avee la tragédie» recherehait avec passion toutes les oceeeioae qui pouvaient le rendre sur la seéne à la vie bourgeoise» au drame véritablement humain, fût-ce avec des auteurs médiocres. C'était Shakespeare que Talma jouait à travers Duda» Shakespeare dont il a voulu mettre TliaJlNt sur la seéne française, Shakespeare dont il oite, dans ses M» flexions sur fart tliédtraî , la longue digression sur Tart des comédiens» empruntée à Hamhi* C'est sous rempire des mêmes idées que Talma, préeurteur aehsmé de la rénovation de notre théâtre» voulut Jouer dans un bien faible drame ou mélodrame de Laya, Falkland, tiré d'un roman anglais, le rôle principal» après y avoir créé oelui de Caleb» et, sans cet instinct prédominant chas lui,, il o'eftt pas accoté d'Interpréter une pîéoe éarite dano
, ce goût. (C'est FEuIalie de Afisântbroph êi Bepentir^ qui racouic comment son sédqcteur parlait de son mari.) ;
Il savait me peindre sous les plus noires couleurs, réconomio, la Menfaitance, la raifoa, taatei iii vartnt éa Ml tauM respectable.
Ce style rappelle celui de Latade, où le vertueux liarty,
en médecin des prisons, disait ou plutôt nasillait :
le pals mèkn bm lamM i aellM des prifoantars et cet avantage n^eat pis* fréolfiii que lit éndimeatt éa na ptoet»
Mais c*est surtout dans la préface que, ne s'iospirant
IGt LB8 G01IU88K8 OU PABSé.
plus de Tautenr allêmand, Jolie Molé donne la nescire de
sa valeur littéraire. Elle s'adresse à ses acteurs en style lyrique: a Oh! Saint-Fal, quelle profondeur de génie ta déploies dans le rôle diffieUe de Meinaa 1 » c Jeune Beffroy, Faurore de ton talent est bien intéres-
santo. »
Elle y fait aussi un grand éloge de son Ëulalie, a l'intéressante Simon », qui, h ce qull paraît, contribua beaucoup au succès de larmes , et qu'il ne faut pas confondre avec une autre actrice, M™« Simon-Gandeille, qui jouait à la même époque, mais sous le second de ces deux noms, et dont la destinée fut singulière.
Elle était patricienne et femme de lettres, auteur d'une très-mauvaise sensiblerie en trois actes, la Belle Férmière^ qui se maintînt longtemps à la scène et dont l'existence fut notamment prolongée par le talent que le comédien Michelot mettait à y jouer, tout gros qu'il était, un rôle de petit mattre. Excellente femme, fort bien douée pour les arts, M"** Simon-Candeille était horriblement maniérée. Je me rappelle l'avoir rencontrée dans le salon de Victor Hugo, après qu'elle eut épousé en troisièmes ou quatrièmes noces (le divorce avait joué son rôle dans cette vie dra« mailque) un excellent homme, très-médiocre peintre, nouimé Perié. Elle écrivait à M"**" Hugo en lui parlant de ses enfants : « Mes caresses aux boutons de rose. »
On est toiijours puni par où l'on pèche.
11 lui arriva l'accident le plus cruel qui dût punir son immatérielle délicatesse. Elle avait débuté tout iral)ord à l'Opéra dans la cairière lyrique; mais un jour, dans Ipbigénie ea Aulido, de GlOok, il lui échappa en scène une fausse note qui n'appartenait pas aux registres élevés. Avait-on conservé dans l'opéra ce vers tragique d'Achille impatient:
TBikTtm AimQim wt ivîiAKOiit.
Je ne demande aux dieux qu'un
Toujours est-il que M"** Gandeille en tomba malade
— peut-être Tétait-elle déjà — et quitta immédiatement la scène.
Hâftons-nouB de revenir à Misanthropie et Bepeatir, Weiss et Jauffiret l'ont traduit peu après la citoyenne Molé.
— Une traduction de Gérard de Nerval, jouée au Théâtre- Français et interprétée par Geoffroy et M™« Judith, tit peu d'effet et ne fut pas même imprimée. — Une traduction de M. Pagès, gendre de M. de La Rounat« réussit mieux à rOdéon en im.
Kotzebue est un esprit tellement dramatique, qu'une pièce qui devrait tout perdre dans la traduction, La Petite Ville allemandef conserve encore du sel et de la vitalité. Il y a là un jeu de scène qui ferait éclater de rira un public français. A la fin du premier acte, trois provinciales formalistes qui vont sortir par la porte du fond, refusent chacune par politesse de passer la première. La toile tombe sur cette lutte de civilité locale. Elle se relève au second acte et montre les mêmes femmes en flagrant délit de cérémonie; mais un noble étran^^cr qu'on attend arrive et termine cet antagonisme de la politesse.
Voilà une scène charmante dans laquelle les naturels du pays font au noble étranger les honneurs de leur résidence. A coup sûr, elle supporte victorieusement la comparaison avec les meilleurs eudroits de la Petite Ville, de Picard :
SABDIB A oums, Tétrattger.
VotM flattes one ptavre oampagnarde.
LE DOLRGMF.STUK.
Voyons, Sabine, tu n'es pas non plus une campagnarde. Moui de- BMiiroos, Dieu merci, dans une bien jolie viJla.
VB4 vm orwtriiiMM m
deux rues {urincipal^ii aon( pavâMt
imune.
Cinq miUe babitents, parmi letqaela aussi quelques poCtes. ( Quelques poMes, estoharmanlO
Trois ég\im'
KADAKB BWmDIL.
Uae promenade délicieuse jusqu'au gibet.
OLMKKS.
J'ai remarqué une colUne charmante.
■ApAifi MonGiiimon.
Ob 1 elle est excellente pour sécber le linge.
OLM£RS.
£( la TfUlée est parsemé^ de buissons d*une (açoq si pi|U>resque...
HADW pKmil.,
Lofi meilleures fraises se trouvent là.
sPEp|.i^, iMçaiil i^tK regard du cô$^ «fe Sçpiue. piilciflnsQif et oonxm qer(ainet )Àyres«
Eq serpente une fivière.
4vec ftos tmluk «t des oorrMSin^t
Pa4 fbrêt onO^renp^ ft^i'i^ fira^éq de tqMi((A9l$l.
M. STWR.
La forêt est assez épaisse; cependant* le bois renchérit chaque année*
0I.MIB8,
La petite yiUe ft-t*eUe un grand commerce f
MADAME %Tk\§i,
Oh 1 oui, celui du railort sauvage.
THÉATRB ANTIQUE ET ÉTRAMOSR. ifit
H. STAAR.
n y a aussi des dépôts d'épicMTiet ÛM indM OTlBlKilM %i OCCidttlaies, et un cabiDet de lecture.
smuwç.
Itt-il mi qn9 Touf ayes enlenda ptrlar &û aotra lirt
Maibeureiuement non.
Il y » aussi un polichinelle.
Et nous avons un prédicateur pour l'après-midi, à l'église de Saintoaiif ) e*Mt «1 iMpMi MB» nm «piHtl
Je regrettais^ tout à l'heure, que le NImrfHe Dléler ne
nous eût pas donné plus de pièces de Koizcbue. Je retrouve dans une autre collection deux drames du même auteur» Richard Maxwell et le Fila naturel. Le Fils iia~ tarai n'est qu*un mauvais mélodrame, o4 le sentini^nt 9vl
théâtre se retrouve encore un peu, mais Bichard Maxwell est une œuvre intpi-pss&pte d'où l'on a tirp, U y fll*^ de quarante ans, une pièoe à eiiooàl» la CamimaÊ^niiMt jouée à la Porto-Saint-Marti9,p#r Gobert (depuis devenu si célèbre en jouant les Napoléon) et IfM Qorval.
Il y a dans la i)ièce celte iilée In^aMiieuse et touchante.
depuis l)ieu exploitée, d'upo famiile tornbéa dans la pUis profonde misère et sur la situation de laquelle on trompe une pauvre aïeule avuugle, qu'une erreur pieusement entretenue et une paisible comédie de tous les jours autorisent à se croire encore dans Topulence.
Voici, dans un court frafiimt, un tableau de l'horrible détresse de la famille Maxwell, — un père et un enfant n'ayant plus (|u'qn morceau do pain à se partager, et le pur|} e^t at'fainûr ( 'ertaius détail^, pri^ le vif| ilp ^^ks«*
piilf. R'PQ^ ri#» de plus poignant :
LB8 €Oin.raSM DU PASBi
HAnRT.
Papa... je auis raïaaiié... TieasI garde-moi ce petit pain.
MAXWKU.
Mél!... te garder un petit peini mon enCuit... plutôt dei diamants, qn'nn petit pain t. «.
■AUIT.
le n*ai pas de diamants.
MAXWELL, regardant le petit puin que VgmfmU kU ê d^iuté. Tu es rassasié, me disais-tu¥ ^
HABRT.
Oui «papa.
(// ^UÊÊte ê9ee ie» J&niùMg. UstiteU ett e§mèêm pmrU éérir ëe mm- $er le peiit p&hi. EiifU, il dit à Ewrrpt) Quand auras-tu enoore f^mf
MAun.
Okt MentOt. UeatMI...