USE
Mais, à propos d'extravaganis, ne voulez-vous pas me défaire do voire marquis incommode ? Pensez-vous toujours me le laisser sur les bras, et que Je puisse durer à ses turlupinades perpétuelles f
Ce Ungsge est à la mode, et l'on le tourne en plaisant^ie k asm»
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CORNEILLE, MOLIERE, RACINK.
KLMi.
Taal pis pour cmul le fbnt, «t qui nè twiit tmit le Jour à parler M Jargott obMW. Ui baU* clWM Aine talier mu eoivenatloiui du Lowm ée vieOUs iqiiivQ^aM r—waéea parnii les boues des Halles et de la place Haubert !
JÈMXr9% «|ua 66 quA dît Molière d«s amoura^propres fémiwimm Mmaèu^ àm goUm par r4ûêxian (je prend» ici la mm\ M pelftl ^ v«e du phénomène matériel), n'aurait pu
être écrit aujourd'hui à propos d'un lionuue (M. Sardou), • ffêk u'aj^preeka oarlaindJU^ut pas du géoia de l'immortel comique» mais qui avait^esaayé d'enti*er dans sa voie lorsf%'il éoii^l la FmB^ile BéBoitotk f
Pour moi, Jd me garderai bien de m'en offenser, et de prendre rien sur mon compte do tout ce qui s'y dit. Ces sortes de satires tombent directement sur les iiHinirs et no frappent les personnes que par réflexion. N'allons point nous applKjuer nous mêmes les traits d une censure générale, et profitons de la leçon, si nous pouvons, sans [aire sdBiblant qi^'on parle à uous. Toutes ces peintures ridicu^ qu'on expose sur ces tbéâtres doivent être regardées sans cbagrin de tout le monde. Ce .^t miroirs publiis, ofr U ne ftmt Jamais témoigMr ^i^n •8 voit, m €m se taaer haulMieBt d'une déitOta, f«a sa scaadaUser qifoa le reprenne.
C'est un specta^cle intéressant de voir un esprit de la valMT de Molièie m défendre ainsi sans ménagemoAt, sans fàusse modestie contre des ennemie qui n'épargnaient pas plus sa vie privée que son talent ; avaient recours à la dénonciation quand la discussion défaillait sous leur phmie. £n même temps qu^on croulait faire passer le grand homme pour nn anteur misérahle, on ineînoait qu'il était impie. On essayait de Ihire rouler jusqu'aux pieds de Molière, ù coups du fouet de ces satires euveniméos» — quel-qnes fagots dan hûehers qui n'allumèrent enoote jusque dans le ^ède suiTuat. Aujourd'hui, heureusement, les bûchers ont disparu ; mais les traditions de la dénonciation ne se sent peu» tout à fait perdues*
LW COULWIS DU PA88i«
Il est assez singulier de voir dans la pièce Molière pro lester contre le joug des règles, Molière que Ton oppose ensaite aux novateurs qui, à leur tour, ont su s'affranchii de ces entraves surannées. C'est avec Molière, Racine ci Corneille, que l'on combattait, il y a quelque trente ans, tout génie aventureux qui s'ouvrait une voie nouvelle sur la scène, sans se rappeler ou sans avoir su jamais peutêtre, que le plus grand écrivain de tout notre théâtre avait eu, deux siècles auparavant, à réagir contre les mêmes obstacles fossiles, à réfuter les mêmes olijections vieillotes.
Molière s'est mis en scène sous l'habit doré d'un gentilhomme dans ce chevalier qui vient plaider sa cause dans la Critique de T École des Femmes. Lorsque ce personnage répond avec un si admirable bon sens à ceux qui taxent d'exagération la mag-iiilique scène d'Arnolplie arrivé au paroxysme de sa rage amoureuse, il laisse échapper cette phrase où Ton peut déjà deviner une mélancolique Intuition de l'imprudence où sa passion pour une jeune femme avait conduit Molière :
Et quant au transport arnooreiiz du cinquième acte, qu'on accuse d'être trop outré ou trop comique, Je voudrais bien savoir si ce n'est pas ftire la satire des amants, et si les honnêtes gens même, et les plus sérieoz, en de pareilles occasions, ne font pas ces choses t.
Dans cette même petite comédie, Tillustre auteur se fait cm argument des recettes de sa pièce. C'est de bonne |
guerre, — bien qu'à coup sûr l'argent du public n'ait pas afflué toujours alors et depuis aux œuvres qui l'ont le * plus mérité par le vrai mérite et le goût, he succès de la composition légère ranima celui de la grande oeuvre. Molière était en avance sur le procédé des vaudevillistes d'aujourd'hui, qui complètent, avec un acte également de leur cru» VaOiche dont leur principal ouvrage fait Tattrait.
oosmuxa» mouAiib, lueniB. 15
A eoup sAr, la postérité n'en blâmera pat le grand liomne.
Les deux pièces se jouèrent ensemble trente-deux fois, da !«' juin au l'2 août, ainsi que les registres de La ïiào* riUière en font foi.
Aujourd'hui, Molière pourrait encore arguer des marnes reoeUM, — proportion gardée, — comme preuve de l'effet des deux ouvrages rénnis.
L*a reprise de la Critique do J' Ecole des Femmes avait été un bouquet offert par la Comédie •Française an génie. Uranie était jouée, à Torigine, par M» Debrie, — doaœ et
synapathique personne, qui intervint comme consolatrice dans la vie de Molière. Dans les drames de oœur du grand homme, c'était elle qui occupait et charmait les entr' actes. Molièra, reconnaissant. In! avait donné le rôle divin d'Agnès dans VÉcoJe dos Femmes. M"*" Mulieie (Armande Béjart), parut pour la première fois dans Elise et eommença la série de ces triomphes dont profita le directeui', mais dont le mari paya les frais. Glimène, c'était Duparc, qui s'est fait litière d'illustres amours dèdai.gnéee* Elle résista, dit-on» à deux grands hommes» — à Molière, à qui elle voulut ravenir, mais trop tard, et A Gonieillc, qui se serait vciigè d'elle par des stances charmantes que tout le monde connaît ; mais un troisième fût plus heureux. Racine, et ainsi la comédienne aurait eu rhenr singulier de plaire aux trois plus grands géuies du dix-septième siècle.
IjO spectacle finissaitpar M. dis PosrcMi^jiao, où il est
impossible de ne pas regretter les grossièretés auxquelles s'est laissé entraîner la muse, — ailleurs si franche et si fine à la fois, — de Molière* Le génie se retrouve dans Poureeaaffaao; mais, sur ces trivialités, c'est lui qui semp ble faire tache.
La reprise du Festin de Pivrrt\ donnée au Théâtre* Fi'«m&aii>, a été curieuse et intéressante à divers litres. Le loyer wim arait son spectoele. £n y entrani, on apop* cevait Molière lui-même, car ce portrait de Migaaré, Ui/k
sur le vif, est réellement vivant. On s'attendait à voir Molière> — comme dans les portraits que l'on coouait déijà — avec le grand habit qu'il portait à \^ ville ou sous les plis d'une vaste robe de chambre. On cherche le Molièrepensenr, — - on trouve le Molière acteur. C'est le comédien, sinon médiocre, du moins contesté, qui nous est rendu. C'est Molièrâ jouant la pièce d'un auf re» fif o- Tièra <ttti vieût de mettre dôn blanc* et d'obéir à Fappel de * l'avertisseur.
Le costume romain (Molière figure le César de la Mort de Pompée^ de Corneille) a une certaine vérité relative qu'on n'eût pohit attendue à cette époque. La tunique bleue, laissant le bras à peu près découvert, offre à la hauteur de la clavicule, des orniMuents en relief où Ton a essayé de reproduire le goût antique : le manteau de pcrurpre est inen jeté et bien drapé. Deux détails seuls restituent chez raeteur du dlx^septième siècle fan'ftchronisme qu'on y cherche instinctivement d'abord : la perruque d'un blond cendré,
Plus pleine de lauriers qu'ua jaiQpija de Mayei^c0|
otAime a dit Montfleury dans les vers où il turlupine lière. — Ces lauriers sont attachés par un ruban dont les deux hauts se dmseal aia ntilieii de oat apparml capillaire. L'antre détail, a'eai an seepftM qui a la fama ^aa bêftea de maréchal et que le vainqueur de Pompée attrait pu . l'amasser dans las lignes de Kribourg, comme Gondé, si tamk 4|aa la fraaâ C&aadé y ait hiaa ieté la aten. La téte est belle, la longue moustache tMifctatfiaUa
fl
dessus dss ièmsi Iss fs«& f arisni sens Isiirs é|ik sMraîlB rail gt«alis MiHottt* légàisient égsué
— mais clans la mesvre qui Honne plus de piqiinnt à un visage sans lui entover sm régularitc*. M<>li(>re est pàU MOMBS «il aoisar don! 4s ronge est tombé. Ce a'ssI phM éi Is psintws, si «bosvs «ioIwi de ts iielnture de l€65. I f pinceau de Milliard, on donnant snr la toilo In vie à Molière, supprime aujourd'hui deux aîèclea. U faut readre frdss à Is Csnédie-FVsBçsise de novs SToir iitt retrew* mt swoa cette vérité seisissante ee pmiTre fifrsnd liesinie
tant calomnié, tant menaeû, tnnf iniquité ; col i'[h»v»\. tendre ai odisusemsat, el indignement trahi» ce l<'ttré par •iseUsaes mort Iota de l'Aosdénie, oe bienfaitesr de I^IB^I hmiffln  qui l'on a failli contester quelques par* celles de celte tei re que son nom a rempli»' !
Tmrtufe sxeepté, en sait que le Feaêia de Pietrê f ai, de iSMtas les pièees de MoHère, celle i^vi eeale^ le plus de
pepsécutions contre son auleur.- On ne pardonna pas à Molière d'avoir llétri, dans le dernier travestissement de doa lasB) oes hypoorites dont les menées empêchaient depnis plaslem années la représentation publique de ce
même Tartufe.
I/admirable scèue du pauvre, où Ton voit don ,Iuan Percher instinctivemaBt à détrvdre le monstmeax isols* ment de son athéisme, en propageant la cent a;,' ion de l'impiélé, dut disparaître d^s lo second j(Hir. On ne v0U« lut pas* du. « moîue bourru » qui accentuait la religion étroite et snperstittense de Bganarelle. On ne permit pins «ette exclamation de génie qui échappe «u iralet en voyant
- don Juan englouti : a Mes gages! » ce réveil prodigieux . de la comédie qui nons ramène à la réalité des sordides
pessions hnibsines au milien de tenté cette ftmlaisie ingérasse, et qui soulève anjonrd'hui un rire sf frstfs.
DiaH
Ce n'était pas seulement le censeur royal que le curé de Saint-Barthélémy» singulier hasard de nom I invoquait contre Molière, mais le bourreau. Les ciseaux ne suffisaient plus, on voulait la torcho et le bûcher. Il fallut ({ue Louis XIV couvrît personnellement Molièi*e en l'attachant à son service^ lui et ses comédiens ; mais au Heu d'un roi naturellement intelligent, plus amoureux encore à ce moment de la gloire de son règne que préoccupé comme il l'a été depuis des dettes de sa conscience,
— qu'on se figure un Charles 11 d'£spa{ine, un Philippe V,
— peut-être simplement — un Louis XIII ; que de cheliBd'œuvre supprimés, et qui sans doute même n'auraient pas osé naître ! C'est d'autant plus à croire, que Louis XIV lui-même ne fut pas asses fort pour maintenir sur l'affîche le Festin de Pierre^ dont on ne peut expliquer la brusque disparition que par quelque injonction secrète, après quinze représentations qui n'avaient pas cessé d'être productives ; terrible argument contre l'absolutisme, menacé par ses propres défaillances, même quand il s'est montré infelligent un moment. Aujourd'hui encore on peut empêcher quelque temps de jouer les chefs-d'œuvre, mais tous les yeux les lisent, toutes les mémoires les savent, toutes lee bouches les redemandent.
Dans la polémique échangée à propos du Festin de Pierre, l'auteur de l'attaque, un certain Rochcmont, ne va pas à moins de dire « qu'il n'a vu personne qui eût mine d'honnête homme sortir satisfait de cette comé» die. » Des deux réponses» une seule a quelque valeur, et ici ni l'un ni l'autre des deux défenseurs de Molière n'a osé se nommer. L'un d'eux, et c'est le plus haidit se hâte de se mettre à Tabfi sous les décisions du roi qui ajoute de nouvelles faveurs à c^es dont il a diyà honoré le poète. Cette réponse est spirituelle. « Si l'on
CORMnLLB, MOUÉIIB» RAOIHB
regardait sa pièce (celle de Molière à qui l'agresseur appliquait cette comparaison) comme des éclipses et des comètes, on n'irait pas si souvent; il y a longtemps qu'on ne court plus aux éclipses, on se lasse même des comètes quand elles paraissent trop souvent. » Le même publiciste fait observer qu'en Espagne l'Inquisition môme ne défend pas la pièce de Tirso de Molins. Toutefois, les panégyristes de Molière, je le répète, n'ont pa? osé se faire connaître, tandis que l'on sait le nom de son détracteur, Hoctiemont.
Des amateurs de paradoxes ont youIu établir que le poème de Dod Giovanni est supérieur à la comédie de Molière. A coup sûr, le remarquable scénario de Daponte est beaucoup plus mouvementé que l'œuvre philosophique nationale; mais, bien que la forme même, chea le premier, ne manque pas de talent, — il s'y trouve notamment ce spirituel axiome de libertin casuiste :
Chi a uns gola è fedelè Yem l'altr» è onidéle
€ Etre Adèle à une seule, c'est être cruel avec les autres ; »
j'avoue être plus touché de la haute portée morale de la coittédie française. Aux effets scéniques saisissants dulivre! italien, effets que des drames d'ordre vulgaire offrent quelquefois au même degré, je préfère le développement merveilleusement progressif du caractère de don Juan. Ses vices, revêtus d'une certaine élégance, embellis par l'esprit, relevés par la bravoure, ne lassent pas encore la colère céleste. C'est l'hypociisio qui l'attire sur sa téte. La foudre pardonne encore au fanfaron de crimes elle tombe sur le faussaire de rbonnêteté. A propos ds cette hypocrisie. M* Augerfait un léger
Êû UM l»«UMMI Ut Vàmêi
fvîef k UëVèffé à9 ©• don ^aaii s'mrm â Sganarelle de son nouveau plan de conduite . I.a critique tonibo coniplét0«ent à faux. Commeat vout-on que dou Juaa piipuo ecneUitr 1m f kiwrsi les ArgiM «iuu]^ie« il contiatim «eevètemant è m Hvre? al m» dehoM de fmmtt dé^^Mion, si son valet n'est pas dans la confidence? D'autres observations plus fondées peuvent être adressées à Molière, qui eobaèét faelqu^fola itfop an «Mtcm èi §tfo8 ooulqne, •I qui se ■^•st pas aasw puésai^ré d» romaiiMqtie dans une pièce inspirée de Vespagnol ; mais tandis que Corneille, avec son MonteuF, n'a fait guère que traduire AiamA daaa ime fonm élégante» MeUére ne doil qu'à hdnpiéBM et lioii à TiFso 4e MaUma ioote leo bemitéa éM-
vé^a du Festin de Pierre.
eomédiens àxk Tliéâtro- Fiançai s, non-fieuiemenlont •tt \mhm foftt da na faa préfém a« taxta de li#iiére Vk pea près rimé de Thaonaa Gomeilla (tout mon éteniiameBt
est que cet excellent homme n'ait pns eu aussi l'idée de mettre le Misanthrope en prOJ>e), encore ils ont restitué ce texte dans son intégrité primitive, se gardant autaiildea aêllttôna inaolenteë que des suppressions sacrilèges. M. Aimé Martin raconte flans ses notes que des comiques de province se permettent d'improviser une contre-partie entre Sganarelle et M. Dimanche (après Padmble seène un eréaneisF et de don Juan). Le domes- Ifqne demafi commerçant dos nouvelles du petit Colin et du chiéit drnsquet, en ayant bien soin de faire mordre les gens aux jambes par l'enfant et de faire battre du tambour par le petit ebian. Oe n^eatpas seolemeni sûr len tKéêtresde previneei maie è Paris, è l'Odéon, si ma mémoire est bonne, ffue i»ai' ces laEKi grossiers on a insulté le génie de Molière. Ils ont disparu, bien entendu, dans kl l^éiaAttftiau du Tbéfttffs Français.
Le dramo dans i>o/j i///fl/2 a peu de lien et d'intérêt. Le ivèm d J^^lvire , ennemi et débiteur à la fois de doa ^iMfi, pemumage épiMdiqiM qui oeenpa ]• tvoiaièmo aot«, est rmanesque, vulgaire, et pourrait étra rtlrtnelié da la pièce sans dommage pour la gloire de Molière, si, au darniar aete, il ne servait à faire ressortir la nouveUe iMa d« dan ioaa, daveou )i^a«ita; aa qua poanmii faira« au baaaîm, ua awtra pavacnnaga*
Lea incidents se suivent et ne concluent pas plus iaalément quila ne se rattaoheat entre eux autrement, du moina» qua par la déveloi^emnt da oaraatèra du bévQë. Maia len acèpes de premier ordre aboodeat daua ce mélo* drame de génie, dans cette fcerio de la haute intelligence, où Molière amène l'art et la comédie au milieu des trucs
at de& trappea» et où sa Thalia iiamorteUa reapleadit enpara aiiaiix au r^Qat daa ieux da Beoyala*
Trois des traits principaux du talent de Molière se retrouvent dans rouvrage. Son iacrtidulité aux médacins qui s'atteste dé^k dans quelquea plaiaaiileriea de talet» i— aa haine des hypocrites, où, dans la peinture si effrayante que Tauteur trace 6u don Juan devenu faux dévot, îl semblo déjà, par une sorte de prescience merveilleuse, prendre sa revanche des abominables modèles — et proscripleurs— de raWu/^.
Maia ce qui me frappe le plus dans le don Juan, bien (pu; ce ue soit là ([u'unc indication secondaire de lu pièce, c'est le rôle de Charlotte, où Molière nous montre encore sous le bavolet rustique de la coquette sans cœur» celle qu'il parera ensuite de l'habit de cour de Gélimène. Il est évident ([ne ce type sédnisanf et fîdal revient sans cesse sous la plume de l'écrivain, comme il a perpétuellement dominé spi) toc et Qh^4é aa vie.
Pierrot, aalf ai aimanl, a*aal Ifalîàra aBaawiillé, mîa
92 un eouuBSBB DU inuné.
Molière toujours ; — comme nous le retrouYons dans Alceste, comme nous le reconnaîtrons dans Arnolphe. — C'est encore Molière qui pleure sous le masque grossier du paysan méconnu, désolé par une sèche égoïste en jupe de serge, par une ambitieuse en sabots. Cet amour irrésistible et malsain qui n'a pas un moment laissé tranquille ce géoie-Casaandre, ce Shakespeare-Sganarelle, nous en retrouvons les côtés sereins et enohanteurs, les mirages déoevants du commencement, dans la ravissante scène de brouille et de raccommodement de Tartufe; les phases orageuses sont partout dans ses œuvres i
Et quand Philinte dans le Misanthrope indique, suivant Alceste avec Eliante, qu'il va le faire renoncera son dessein, il me semble qu'il y a là une indication explicite que le misanthrope n'aura pas le courage de renoncer au monde et qu'il reviendra même peui-ètre à Gélimène. Molière, toujours trahi par une coquette et toujours amoureux, avait écrit cette sortie avec son génie, et les deux derniers vers avec son découragement.
Tout le don Juan de Molière est en germe dans le Tirso de Molina — le frère irrité, la paysanne séduite, le commandeur et sa fille» et jusqu'à la partie sur Teau, qui n'a lieu, ches Molière, que dans la coulisse. Mais là où l'on reconnaît le génie, c'est moins encore aux infériorités cle ses imitateurs qu'à la supériorité de ses imitations. TisbeSt — la Chai-lotte du drame espagnol, — au lieu de nous offrir ce type si bien observé de la Gélimène de village, passe du langage alambiqué que voici :
Vous avez Tair d'un cbAval grégeois que U mer Jette à mes pieds, puisque voas venez tout plein d'een et que pourtant vous brûlez. Si vous brftiez étant mouillé, <{ae feres-vons donc étant sect Vous annonces beaucoup 4e Ibn. Plaise à Mea que voos ne nanties pas 1
CORNKILLK, MOLIKHl. , RACINK.
• des fareura qui s'expriment dans cette forme où les mêmes métaphores reyiennent:
Au fea 1 au feu ! je brûle ! ma chaamière est en flammos ! Sonnei aa feu, amis : les pleurs de mes y eux ne pourront l'éteindre. Au feu l bergers ! «le l'eau! do l'eau! Aiu ui, détJU'nce, mon âme est embr.i'?ée| O ma chaunnère, vil inslruiiienl de mon déshonneur et do mon infamie, affreux repaire de bandits, complire de mun outrage! Uunto au cœur faux qui abandonne une femme déshonorée ! Nuée sortie de la mer pour ma deatniction ! Au feu I au léu 1 bergers 1 De Teau 1 (te reaa i Amoat, clémence, mon âme ett emtifiiëe.
Il y a là certainement de la passion, mais ce n'est pas
celle d'une villageoise.
C'est à Molière que revient encore Thoimeur d'avoir inirentté cette amusante rivalité de Mathorine ayeo Ghariotte, qui amène des détails si naïvement piquants et qui permet à don Juau de faire servir brillamuieut toules lesres* sources de son habileté de roué.
CTest ainsi que Molière a parfois non-seulement transformé, mais transfiguré V Amphitryon où il s'est beaucoup plus iuspiré de Piuute que du Tirso de Moiina pour la Don Jaan,
G*est Molière qui a imaginé notamment cet amusant
personnage de Ciéanthis, grâce à qui Sosie échappe à riilustre... malheur d'Amphitryon et qui fait que le roseau eoi^iugal est épargné là où le chêne altier de Thyménée se trouve non pas précisément brisé — mais trop chargé de rameaux parasites.
Une bonne représentation de T&rlufe est toujours un événement. Le chef-d'œuvre de Molière a le privilège de ne jamais laisser la foule indifférente. On sent instinotivemeat que l'œuvre a souffert avant de réussir. L'auréole de MoUère» on ne saurait trop se le rappeler, a comme un vague r^et de bCUsher.
Le but de Molière était pourtant tellement clair, il
um iiouLimaa du mb8é«
#xa1lt leliMMniil étms la pièet» «no pmisluica qui
fient presque de l'affectatira, Uk dévotion, qu*il
jj'ytait pas permis do s'y tromper, et que les grimaciers
piété m powrmjuki m diasiwylT l'waigae mauvaiMl fol de leur thèse. Voici ce qne Saint-Eyremond, le martyr' de la liberté politique, comme Molière avait failli Têtra ' 4e la liberté de cooflcieBce, éorivait du fond de Texii êt (>rôpoë dé TAHute ;
« Je viens de lire le Tartufe , c'est le chef-d'œuvre de Melière. 4e ne gaie pas comment on a pu en empêcher si longtemps la représentation. Si je me sauve , je lui damt tton «aliil. La dévetiea est si raisoBaable da^s la baaehe lie Oléaata« qa'atla ne Mi reae^eer à tovta ma philosophie ; et les faux dévots sont si bien dépeints, que la honte de leur peinture les fera renoncer à rhypocrisie. Sainte piété , que yous allés apporter de bien au moftée !• Meliè^ un appui fm toat au noina reaceafra une tolérance plus sii^niflcalive en sa faveur de la pail du noBoe du saint-père, qui , chose singulière» s'appelait» comme de nos jours, Ghigi. Galino dirait vraiseariHalilé^ ataat qu*è RaaM aa doit être nonce da père en ftla. Ce qui n'est pas moins bizarre, c'est que, tandis que le Jar-^ êafy était iafardit au coaimua dea mortelsi on se daaaail la régal da faire joaaa cette littératiira empaaiés oliaa Monsieur, frère du roi, en présrnco de Leurs Majestés, et au Raincy, chez le prince de Condé. On gardait pour aoi à la paur rampoiaonnsnent moral, somma s'il devait f svaia là eaaore un privilège. Gooi me rappelle-4*il paa des cliefs de douane faisant pour leur usage particulier leur choix dans la contrebande qu'ils ai'rètent au [>assage?
Un fait plus enriaum a été reohorcbé et reoueilli par M. Louis Moland, à qui nous davaiis la dandéra at excellente édition de Molière*
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c Après dtner, dii Tatti^ar da Métmriêl é9 Smâtê*
Hélène, l' Empereur nous a lu le Tartufe f mais H fm l'achever, il se sentait trop fatigué; il a pose le livre, el, a^rès le josto teibut d'élo^^B éomné à àtolièr»» il a 4aj^ Bttoé d'une maAiàro 4 laqiMll» doim aa nova alfndiaaa pas : « Gertouâoiaiit^ ar441 dk, ranseiaUa du Twtuiè ael « de main de maître, c'est uu des chefs-d'œuvre d'un • itomme iaimUabioi toulaloia» calte yièoa porte uja Mi « earaotdra» qua ja m aiua nwttamoM éioMé fua Mi a^ t panlion ail élé rabjat de fartas aéga^tiaM à Veroailles « et de beaucoup dhésilatioiis dans Louis XIV. Si j'ai « droit de m'étonner à% quekjtia oheee» e'esi qu'il l'ait c laissée jouer ; elle présente, à mon avis, la dévotion « sous des couleurs si odieuses; une aertaMia aaène
c offre une situation si décisive, si complètement indé- « oeatOy que, pour moQ propre compte, je n'iiésite pas à c dire que» ai la pièce aftiétè laite 4e maia lawpa, ja a'an c aurais pas permis la représeaialieD. »
Ce simple fait sufiit à prouver ce ({ue valait l'Acte addi- U^anel. Comment peut-on eroire qu'un souverain auaai peu aanngé par TeKil que mal iaaftruil par l'adversité, était aequia aux lilmrtés, quand il ne dairaît pas reapeatai' la pins saine de toutes peut-être, celle du génie? C'était là le vrai droit divin iuviolable à défaut de l'autre, le fiuiXt remplaeé, èjuata titre, par la droMpopolaira* Peutêtre cette curieuse aueedute aidera «t-atla à ftdro eoaiprendre implicitement la désespérante i)latitude de la littérature du premier lùuipire. La pensée n'a pas à craiadre que la paroéautû9a pour périr. La peliae è l'état far- ■maeni lui fait plus de tsH quelesphasau d'extataitiiatiau. C'est une flamme que les tempêtes excitent et qui s'éteiat faute d'air.
La mâme éditien nous lait aennattsat au Mua âonmt
IMS GOCLtSSBS DU PhBSà
la lettre apologétique sur ïlmj ostcur , composée par des amis de Molière ( Tartufe alors s'appelait Panulpbe ; — pourtiuoi?)» qa'il y avait après la première scène de Tartufe (au i*' acte) une scène de délibération domestique qui a disparu. De même, au deuxième acte, après la délieieuse scène d'amour, un nouveau conseil de guerre pour assurer la victoire contre Tennemi commun. Nul doute qu'au point de vue de l'intérêt dramatique Molière n*ait eu raison de faire ces retranchements. Il devait s'y entendre;— mais que de traits charmants ont dû disparaître, et quel dommage que les rognures ne nous aient pas été conservées, au moins comme variantes 1
De môme qu'on recherche après la mort tout ce qui fait revivre une personne aimée, l'on poursuit avec avidité, dans le passé, toutes les traces des génies sympathiques auxquels on a dû tant de jouissances. Le bibliophile Jacob a ou l'idée do réunir dans une jolie édition elzévirienne toutes les poésies attribuées à Molière ou pouvant lui être restituées. Je ne suis pas très-convaincu par les raisons que l'infatigable érudît donne de leur authenticité, tant dans le commentaire spécial qui précède chacune d'elles que dans. la préface générale, adressée à Jules Janin;. mais il y a un charme inouï à chercher le cachet effacé de Molière dans ces vers épars tombés des ruelles au coin de la rue et ramassés çà et là par ceux que César Scaliger appelait des chiffonniers, — les chiffonniers de la pensée. Quel plaisir de croire retrouver les linéaments de cette noble figure dans des enfants inavoués de cette veine aujourd'hui fermée, dans des bâtards rimés de la grande muse 1
Un certain nombre de pièces du recueil ne sont pas indignes, à coup s(kr, de l'illustre signature. Il y en a même
GOHNEILLB, MOLIÈRE, RACINE. 37
qoelques^uaes qui, si elles u'étaienl pas de Molière, nous forceraient à eonstater, dans Thistoire de l'art français,
un vrai poète de pins. Dans tous les cas , la moyenne de valeur du volume publié par notre ami Paul Laci'oix. est très-supérieure à celle du peu de poésies diverses de Molière, recueillies dans les diverses éditions de ses œuvres (notamment l'édition donnée par M. Moland) , où ron ne trouve que les vers de la lettre à M. Lamotlie-Levayer, ceux placés au bas d'une gravure de Ledoyeu, des stances insignifiantes, des bouts-rimés puécils, des ditliy* rambes flagomenrs. Une seule pièee se rencontre à la fois dans la grosse édition et le petit volume : c'est uue boutade piquante dont je paiierai en son lieu.
Le recueil actuel s'ouvre par une longue épigramm^ fort amusante et qui fait penser au sonnet de IWssotin :
L'amour li chèreBoil m*a vendu m Ueu*
C'est un amant ruiné et congédié à la fois, après avoir enrichi jusqu'aux laquais de celle qu'il aime. Cette Ghloris ne se contente pas de bouquets et n'a pas coûté au poète amoureux moins de mille écus de point de Gènes. Le tour de cette pièce est gracieux et spirituel. Je n'en cite que quatre vers qui donneront idée du reste :
Je sais co que vous méritez,
Mais ({uoiquc je no suis pas chiche,
Pour acheter des cruautés
Je ne me sens pas assez riche.
Je rapprocbe de cette pièce, bien qu'elle ne suive pas
immédiatement la premiers dans le volume , une autre petite satire. Dans la première, le Molière putatif flétrit la vénalité d'une nouvelle Laîs au carrosse amarante; dans la seconde , il accuse avec une ironie amère la multiplicité des coquetteries d'une Goliniène :