‹ Les coulisses du passéChapitre 42 sur 70 · L.iyiii^ca Uy GoOglc · texte numérisé non relu

L.iyiii^ca Uy GoOglc

184 LES COULISSES OU PASSâ.

royal privilège de coura^^e suprême, le lion au profit de l'âne des meuniers qui se trouve c tous les jours au milieu des voleurs sans en avoir peur* »

11 faut maintenant se transporter jusqu' « aux bords heureux du Gange, » pour y retrouver encore des théâtres. —

M. Lamairesse nous a donné, avec des Poésies populaires du sud de l'Inde, une tragédie de Saranga, Les premières parties de Touvrage sont défrayées par la Morale da Tiroavalloaver, philosophe hindou. Ceux qui se figurent que les influences du climat produisent nécessairement une morale facile, des principes relâchés, sont dans nne étrange erreur. Nous sommes là loin de la poésie aphrodisiaque de Scribe, dans le Dieu et la Bayadère. Toute la partie religieuse des préceptes du moraliste asiatique pourrait (à part quelques lignes qui rappellent des croyances de l'idoiàtriej être donnée à méditer dans les couvents chrétiens : c Le bonheur vient de la vertu. > C'est ainsi que oommence ce cours, c Tout le reste n'est ni le bonheur ni le bien. « — Voici quelques autres sentences, — je les prends au hasard avec leur forme souvent imagée.

t Lorsqu'on a de bonnes paroles à discrétion, en dire tt de mauvaises, n'est-ce pas manger des poreaux aigres c lorsqu'on en a de mûrs ? »

« On pardonne i)lutôt à un homme éminent dés erreurs « que des futilités. »

€ Si l'on pèse un service qui a été rendu sans aucune c vue de retour, on trouve qu'il est plus grand que « l'Océan. »

« Pour toute faute, pour tout crime même, une porte

THiàTRB AMVIQini CT AtIIA1IOIII« 185

« est oiiverto au parcioD — il n'en est pas pour riagrati- « tude. »

« Si à i*iii8ttr de la tortue, qoi rentre oes dnq mem- « bres dans sa eoquille — to rentres en toi-même tes einq

« sens, cola te vamlra la sublimité niùme après ta mort— « car tu obtiendras la béatitude céleste. »

En voiei une qui est touchante :

c Ceux-là seulement vantent la douoeur des sons de la « flûte et du vounei (i), qui n*ont pas entendu balbutier « leurs (Mifants. »

11 y a toutefois un bien qui partage ayeo la vertu ou la modération des désirs, les sympathies et les admirations de récrivatn hindou , — c'est la pluie. La sécheresse est un fléau aussi grand que le vice à ses yeux. — Là je retrouve, il faut l'avouer, une influence du climat. Voici deux autres sentences, dont Tune ferait sourire des esprits d'une civilisation aussi avancée que la nôtre, et dont l'autre aurait pour résultat, dans tous les pays où elle serait adoptée, de rendre le célibat obligatoire pour l<^s soldats et surtout pour les généraux.

« Les époux qui ont pour habitude de partager avec « les auti'cs le repas qu'ils ont gap-né sans péché , ne « risqueront jamais de manquer de postérité. »

c Celui dont la femme ne garde pas son honneur ne « pourra marcher fièrement comme un lion à la rencontre « de ses ennemis, car ceux-ci le détruiront. »

^o laisse là un chapitre consacré à prêcher, en fait d'alimentation, < Tabstinence de ce qui a eu vie; » un autre qui glorifiera pénitence; mais voici deux traits qui unissent à l'idée de l'honnêteté privée ou de la justice divine quelque chose du fatalisme oriental.

(i) Sorte d« harpe indimuie.

LES COULISSES bU PASSE.

« Qliand méine tu verrais ta mèrè mourir de faim, ne « fais rien de contraire à la vertu. »

<( Ku voyant un misérable traîner des membres perclus « et une vie niallioureuse, souvent on dit: Cet homme « est certainement coupable de la mort de quelqu'un. »

Ceci est plus élevé :

« Nous disons souvent de quel(|u'un qu'il existait hier,

< et nous ne songeons pas que le jour présent est le én^- « nier de beaucoup d'entre nous. »

Le livre II, consacîré à l'appréciation des qualités essentielles au roi, est d'une morale moins pure. On dirai! la mélange d*un Féneloa et d'un Machiavel hiadoué. Il j « cependant quelquefois des maximes qui rappellent la langue superbe de rKcriturc; témoin cette sentence :

« Le bonheur d'un roi, qui ue se prémuuit pas contre c les vices, sera dévoré comme la paille devant le feu. »

Malheureusement, nous trouvons plus loin tout un code* de police qu on dirait l'appendioe d'uu vote de i'onds secrets :

« Le» agents » de ee service du roi « doivent épier

« attentivement ses ministres, ses parents et ses ennemis.»

« Les secrets qu'un espion a rapportés , il faut les faire « eheroher de nouveau per un antre espion pete^ les « vérifier. »

Ce qui suit est pins qiic prudent :

< Four arracher un arbuste épineun , n'attends pas c qu'il soit devenu grand, car akm il te Meeeércit iee

« doigis. »

Deux apophthegmes q}ximaximeraient ici assez crûment rarrôt des petites dames :

« Êntrc l'ami dont le dévouement a pour mesure sou

< intérêt , la courtisane qui aime l'argent et non celui qui

THÉATBB AHTiaUK SX Anujioia. 187

« le donne, et le voleur qui ne songe C[u'à le prendre, « il n'y a pas de différeace. »

« La eoartisaiie» dans ses faux embrassements , eet « comme le mercenaire qui serre on cadavre entre ses c bras pour le porter à la sépulture. >

L'amour a quelquefois dans le livre une expression passionnée ou ingénieuse :

« De môme que le soleil consume toui dorps qui n'a c pas la vie, de même Dieu détruira tout ce qui nW point « animé par l'amour. »

« Le feu brûle ce quil touche, — mais l'amour consume c ce qui en est éloigné. >

« Les femmes d'ici disent qu'il m*a délaissé — elles liè « savent donc pas qu'il vient me voir en songe. »

Par oxeiiiple, il y a dans la pensée suivante, prêtée comme la précédente à la bien-aimée, un mélange d'hygiène et d'amour quintessencié qui pourrait s'appeler du Marivaux culinaire.

« Comme mon amant est logé dans mon cœur, j'évite « de manger chaud, pour que cette chaleur ne l'incommoda « pas. »

Ceci non plus n'a rien de très-délicat ;

« tîe m'efforce en vain de cacher mon amour.— tiomme € réternuement, il s'échappe au dehors malgré moi.»

L'étemuement joue, au reste, un grand rôle dans l'ouvrage. Lorsqu'une femme indienne cherche à étemuer et ne peut pas , elle eroit que son époux a eu une velléiU d'infidélité non suivie d'effet.

Dans le langage de l'amour, pris du côté sensuel, il y • a toujours un culte tout à fait oriental de l'embonpoint qui ne se borne pas à exalter ses plus parfaits attributs.

Cette phrase, avec son tour ultrapoétiqpie, prouve qu'un visage plein est une des nécessités de la beauté indienne :

c Les étoiles ne pouvant distinguer entre la lune ef c le visage de mon amante , errent troublées dans leura « régions. »

L'amaigrissement du bras signalé par la chute des bracelets est un des malheurs les plus redoutés en amour dans rinde. . .

J'arrive au drame de Saraaga. C'est purement et sim* plement le sujet de Phèdre. Ici aussi, le jeune fils d'un roi est Tobjet d'une passion criminelle de la part d'une des femmes de son pére. Son pigeon s'envole et va se réfàgier dans le palais de la marâtre. Saranga commet la haute imprudence d'aller y chercher l'oiseau égaré. Il y a là, de la part de la royale Putiphar, une scène de provocation telle qu'elle ne permettrait pas les citations. — Le prince fuit vertueusement ; mais alors Tchitchanguy (la Phèdre*Putiphar) fait aceuser par une jeune (Enone le Joseph-Hippolyte du crime même auquel il s'est refusé. Le roi assemble son conseil , qui conclut à l'unanimité à l'innocence de Saranga. Mais le roi, opiniâtre dans son aveuglement, n*en condamne pas moins son fils, malgré les pleurs de sa mére, à avoir le pied et le poignet coupés. Les bourreaux hésitent eux-mêmes à exécuter l'arrêt. Saranga, avec une douceur plus qu'exemplaire, les engage à accomplir leur mandat ; mais les dieux viennent au secours du pauvre mutilé. Ses membres coupés repoussent miraculeusement. Tchitchanguy est jetée par les mômes bourreaux dans un four à chaux , et la soubrette est livrée les yeux crevés aux bêtes féroces doçt elle devient la proie.

Tout cela est trés-primitif et passablement prolixe.

Mais l'expression est parfois très-colorée, et la pièce est intéressante à travers toutes ses longueurs. Le traducteur a cru devoir ne donner qu'une analyse et des fragments

de Sarangn. Les représentations de pièces iiKiit'ime.s dufeni en général de quatre à sept .nuits pleines. C'est renfimee de la mise en scène » en même temps qne celle de Tart dramatique, à ce que nous apprennent les détails curieux donnés par M. Lamairesse, qui a vu une de ces solennités dramatiques à Fondiohéry. Les spectateurs 8*y relayent néeessairemeni. Je suppose qa'il en est de même des fenilletonistes.

Je regretterais d'avoir une place insuffisante à donner

à un livre excellent, VHistoiro universelle du Théùtre, par Alphonse Hoyer, si ce livre était de ceux dont la critique, mdme en donnant des développements à ses appréeiations, pouvait faire concevoir Tidée : mais la critique doit se borner, à propos de ce travail à la fois si attrayant et érudit. C'est non-seulement le complément, mais la préface indispensable de tout ce qu'une bibliothèque bien composée renferme d'œuvres théâtrales de tous les pays. Qu'on se figure un écrivain, qui a recherché les origines du théâtre chez tous les peuples de l'ancien et du nouveau monde, de l'antiquité et des âges modernes, .grecs, romains, germaniques, slaves, anglais, hindous, chinois, etc., ({ue 8ais-je?Tout mon étonnement est qu'Alphonse lioyer n'ait pas découvert une littérature dramatique chez les Lapons, et qu'il ne nous mette pas au courant des fastes d'un Grand-Opéra situé dans les glaces dupéle.

C'est à la fin du seizième siècle que s'arrête la première partie du travail de l'écrivain distingué qui prend très-dignement et très-prématurément, dans la haute critique, sa retraite de la vie militante du théâtre, où il ne

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