LE P
Non, non, car si tu veux me tuer, tu reviendras. KQSte doncl {Le roi s'endorL)
LHSaTSOaM, à lui-mém0,
• Il dort.
Oh! ne me tue pas encore! oh! attends un moment!
Lii»TBon;r.
Qu'y a441t
LK moi.
Quelque ehose murmure à mon ereûle et m'avertit que, si je m'endors, Je ne me réveillerai Jamais. Toilà la crainte qui me fsit tremhlef de U sorte. Hais apprends-moi donc pourquoi tu es vennf
LIGHTBORN.
Pour te délivrer de la vie 1 — A moi Matrevis 1 {Entrent Mairevis et Gueraey.)
LE ROI
Je suis trop^ faible pour résister. Assiste-moi» mon Dieu, et reçois mon Ame l (lie tuent te roL)
Après avoir lu les 3*^ et 4« volumes de l'Histoire universelle du Théâtre, par Alphonse Royer, je ne saurais trop la recommander à la curiosité de tous les lecteurs. C'est une vaste encyclopédie dramatique» où les scènes de tous les temps et de tous les lieux sont annalist'es (si je puis inventer ce mot), appréciées, expliquées. Ijope de Véga, Galdéron, tous deux écrivains, prêtres et soldats (comme pour inoaraer en eux l'Espagne dv seiiiéme au
raÈkTRK AMTlQmB ST iTIIAN0Bt. 19S
dix-septième siècle), — ces grands poëtes d'aventure qui vivaient au temps où un l oi artiste peignait lui-même sur le portrait d'un favori méritant la croix de San Yago avec un pinceau officiel, — y sont là avec Corneille, Schiller et Shakespeare.
Mais Hoyer ne dédaigne pas les détails sur de moindres talents, et il nous apprend, par exemple, que l'abbé Boyer, tout meurtri qu'il était des traits de Racine et de Despréaux, n'en lut pas moins un instant un auteur à
succès; — que sa Judith attira la ville et la cour, et que la huitième représentation, donnée la veille de la clôture, rapporta à l'auteur la somme de 206 livres 14 sols, somme qui devait être énorme pour ce temps-là. Il y avait au quatrième acte une scène consacrée dite des Mouchoirs.
Les hommes furent obligés de se tenir debout dans les coulisses pour laisser placer les femmes sur les banquet- • tes du théâtre. Malheureusement, pendant la clôture, Tabbé Boyer fit imprimer sa pièce. On put la juger, et, à la reprise, chute complète. La Ghampmeôlé elle-même ne put la faire revivre.
Hoyer dit, avec raison, que Corneille perdit beaucoup de ses titres de gloire sous le joug des règles classiques :
« Malgré son ardent désir de contenter Aristote, » nous dit Vaxiiem' (Iqï Histoiro universelle d(i Théâtre^ « Corneille avoue lui-même, dans son discours sur les trois unités, qu'il n'a jamais pu yparvenir strictement. C'est alors qu'il propose un système bicarré d'unité de lieu qui embrasse toute l'étendue d'une ville, et qu'il condamne implicitement ces restrictions tout en ayant Tair do les respecter.
« 11 est facile aux spéculatifs d'être sévères, dit-il, mais s'ils voulaient donner dix ou douze poèmes de cette nature au public, ils élargiraient peut-être les règles encore plus que je ne fais, sîlôt qu'ils auraient reconnu par rexpé*
LB8 GOUUSSM DU PABSi.
rience quelle contrainte apporte leur exactitude, et coin* bien de belles choses elle bannit de notre théâtre, »
En revanche, je no puis èti'o de l'avis de l'auteur, lorsqu'il nous dil que Molière dut beaucoup à l'amitié de Louis XIV. Je crois en somme, et j'ai motivé mon avis plus haut, que l'homme de génie eut plus à souffrir qu'à se louer de la faveur et de l'esclavage du poète de cour.
La musique a aussi sa part dans l'ouvrage d' Alphonse Boyer ; les origines de TOpéra y sont racontées avec la plus intéressante, souvent la plus piquante exactitude.
L'auteur nous apprencï que M"» Mars, une cantatrice
qu'on ;ip})laudissait, en Prusse, au temps du grand Frédéric, refusa de paraître à un concert donné au moment du voyage à Berlin du czarewitch (depuis Paul h'), La prima donna se disait malade, f'rédéric II la fit apporter dans son lit, par quatre grenadiers, au palais, où il fallut qu'elle s'iiabillàl et qu'elle clKuitàt. Elle ne erut pas devoir rappeler, comme le meunier de Sans-bouci, ^'il y avait des juges à Berlin.
En mentionnant l'étonnante vogue des Goeiur, l'opéra de Gay, en Angleterre, Alphonse Royer nons fait connaître que cela tenait surtout à ce qu'on y voyait les bohémiens, les malandrins, les tirelaines, prendre^ sur la scène^ les allures de la haute société. C'est exactement la raison inverse de l'effet delà Famille Èenoiton, où nous avons vu la bonne société copier la mauvaise. Mais au fond, il y a une grande analogie dans les causes de ces deux succès.
À part Tari dramatique contemporain, qui sera l'objet d'une dernière série, rien n'a été mis de côté par cette érudition cosmopolite. C'est le rideau levé sur le passé conq»lct du théâtre, et tant qu'il y aui*a des esi»rils curieux ou studieux, cette longue représentation mérite de faire salle ooioabie.
Oioiti?ed bv
THÉÂTRE ANTIQUE ET ÉTI^ANGEH. 197
XIlï.
Personne n'a p« oùblier éncore le marquis de Boissy et ses i)réo(.'Cup(iti()ns îuililtrit.iiiniqucs. Quand l'cxceuirique sénateur prenait lu parole au Luxembourg, on ne savait jamais si c'était pour le projet du gouvernement , mais on était certain (pie e%iaii «favance cofitre l'Ânj^leleirc. Kh bien , M. de Boissy n'était qu'un anglomane à côté d'Henri Heine. De tout ce pays, l'écrivain allemand n'aime que Shakespeare, qu'il apprécie dii reste avec une rare finèsse de goût et une grande élévation d'esprit. Un album des femmes de Shakespeare lui ser( de prétexte pour nous con luiie à travers les œuvres du grand poëte. Ainsi à propos de la Porcia du Marchund de Venise f il nous dit : « que son cousin M. de Sbyiock à P$^i8 est d^enu le plus puissant Won dfe léi chrétienté'; et qu'il a reçu dé sa* Majesté Catholique, cet ordre d'Isabelle qui fut jadis fondé pour gloriller l'expulsion des Juifs et des Maureà. d'Espagne. » Plus loin il fait des plaisantes ihemarqués et fnalheureusenfient trop justes :
i Le créole veuf ohlëhir \eë droits de ('Européen , mais se crispe contre \c mulAtre et jette feu et flamme quand celui-ci tente de se mettre à son niveau. Le mulAtre en fait autant pour le métis, ét celui-ci pour 16 nègre. Le petit bom^geoîs de Francfort d'indigne des privilèges de la noblesse, mais s'irrite plus encore quand on lui parle d'émanciper les Juifs. J'ai un ami en Pologne, qui e^' / .1 a tique de liberté et d'égalité, mais qui jusqu'à cette heure n'a pu se décider à affranchir ses serfs. »
^ Malheureusement Thumeur de Heine ne demeure pas toujours dans ces limites à la fois attiques et spirituelles.
Voici en quels termes il parle d'une princesse dont la cause à coup sûr ne peut être sympathique aux amis
des idées libérales, mais dont le malheur et le courage
commandaient plus de convenances :
« La bonne Marie-Louise était moins brillante, lorsque à répoque de l'invasion, elle jouait le rôle de la reine Constance, sur le théâtre de la cour de France. Cependant, il en est une qui, dans ce rôle, s'est montrée im* pitoyable au delà do tonte expression : c'est une certaine Caroline, qui, il y a quelques années, rôdait en province, et particulièrement en Vendée; elle ne manquait ni de talent, ni de passion, mais elle avait un trop grfts ventre, ce qui nuit ton jours aux actrices chargées de représenter des héroïnes veuves de rois. »
Heine n'a pas pour lui-même plus de pudeur. Voici ce qu'il raconte. Lie passage a été cité par Théophile Gau^ tter, dans son étude sur Heine, en téte du Reisebilder,
« J*étais moi-momo la loi vivante de morale. J'étais impeccable, j'étais la pureté incarnée ; les Madeleines les plus compromises furent purifiées par les Aammes de mes ardeurs, et redevinrent vierges en^ mes bras ; ces restaurations de virginités faillirent parfois épuiser • mes saintes forces
« Les frais de représentation d'un dieu qui ne saurait être chiche et qui ne ménage ni son corps ni sa bourse, sont énormes ; il faut avant tout être Jloté de beaucoup d'argent et de beaucoup de santé ; or, un beau matin , c'était à la lin du mois de février IS^iS, ces deux choses me firent défaut, et ma divinité en l'ut tellement ébranlée, qu'elle s'écroula misérablement. •
l..a seule faiblesse inexcusable, au milieu de toutes celles que le po6te affiche avec complaisance , c'est de nous en parler. Ce serait pour ces amours sans gène.
THÉÂTRE A\TinT"F. FT KTltWr.Kn.
pour ces foUes voluptés de carrefour ainsi dévoilées, qu'il faudrait inventer le mot c cynisme • s'il n'existait
pas.
Heiue ne croyait ni n'aimait. Il pouvait avoir Tenthovsiasme de Tart; il semble n'eu avoir pas eu la foi.
Dans son résumé inal sur Shakespeare, Heine approuve les écrivains qui ont pu s'en inspirer, et en première ligne V. Hugo. 11 commence par rendre à l'écrivain une justice telle que ses plus fougueux partisans ne sauraient en espérer une plus complète.
« V. Hugo est un esprit de premier ordre ; il est admirable d'effet et de puissance créatrice , il a l'image , il a le mot. — C*est le plus frrand poëte de la Franco. » Puis, ensuite il revient sur son jugement ; il fait de l'auteur àHiernani, le spectre d'un poète anglais du temps d'Elisabeth. Il le déclare inférieul^ aux contemporains de Shakespeare, car il lui manque la vie. « C'est un revenant, un vampire, il a la maladie de la mort et du laid. » Iloine marie la muse du poëte avec Quasimodo, oubliant que la même main à tracé Phœbus et Esméràlda. Dans un autre ouvrage, une de ses lettres de France nous annonce que, grâce à une indiscrétiou du liliraire Hcnduel, qui a vu le poëte changer de chemise, on a su que V. Hugo avait des difformités cachées; ce qui explique les gibbosités de sa manière. De si pitoyables inventions et si en désaccord avec la dignité de la oritique seraient sans excuse chez Heine , s'il avait eu plus le respect de soimême qu'il n'a celui de ses adversaires.
Heine juge avec beaucoup plus d'impartialité et de finesse Alf . de Musset et A. de Vigny ; ce dernier surtout dans ses rapports avec le dramaturge anglais.
a Je dois aussi mentionner ici le comte Alfred de Vigny. Cet écrivain, qui possède la langue anglaise, a étudié
irè« à tond les œuvres de Shskespeore. U ea a traduit quelques-unes avec uue rare habileté , et cette étude a
exercé sur ses travaux la plus heureuse influence. Avec le sentiment sublU do l'art (juc l'on doit reconnaître au oomts de Vigny, oa peut admettre qu'U a sondé plus prof endément qn'auoun de ses compatriotes le génis ds Shakespeare. Mais le talent de cet honme» ainsi que sa manière de penser et de sentir, sont portés au délicat et à la miniature , et ses œuvres valent surtout par la finesse et le fini du travail. Aussi m'est^il permis de croire qu'il s'est trouvé plus d'une tois déconcerté en présence de ces beautés puissantes, que Shakespeare a pour ainsi dire taillées dans les plus éuormes blocs de granit de la poésie. »
Somme toute» la philosophie d'Hegel, l'esprit de Yoltairo se mêlent dans une proportion d'amusement irrésistible,
chez cet Allemand français. On peut dire, après l'avoir lu: Il n'y a plus de Rhin ; niais plus que jamais on comprend que le poète se soit tant isolé , et que sa chambre da malade se soit trouvée abandonnée auftani que son ooor voi au milieu de ce Paris qu'avait rempli le bruit de son • nom. La cécité, les infirmités étaient venues prématurément assaillir le poëte, puni par la chaii* qu'il avait glorifiée. Toute la vie peut voos faire croire que vous êtes grand, illus|rev admiré. ^ La mort et se» approahes seules vous diront si vous êtes aimé.