LC8 00UU88B8 DU PASSA
Vous engagez l'un d'une a-iUude, A F «sm TOQt terrez la main ;
a raBdMfr-TOus !• L*aQtre vous mène en promeiiade.
A chacun vou!^ faitei caresse, A pas un ne donnez congé, , Le tiers état et le clergé
Ont même accueil que la noblesse.
▲ votre porte Ton se preise Comme pour voir «a graiiA MM,
Faites qu'on entre par billet, ▲fia ^e ce désordre cesse.
• Qo dernier trait est d*ime force qîii ne messied pas à eoup sûr là l*irateiir du Misanthrope et surtout au mari
d'Armande lîéjart. La pièce finit par un coup non moins bien asséné. L'auteur conseille à cette Armide à mille Hena«d d'aeoompagner avec toute sa suite le duc de Guise à Naples, conuM Siol ouoysa da iaîM réussir l'expédition qu'allait y tenter follement ce dernier. Notez que le duede Modèuei Tamant de Madeleine Béjart , et dont la biojpraphie est si intimement liée à celle de Molière , était le compagnon aventm*eux du duc de Guise dans Tentreprise.
Trois épttres à Balisa-^ nom <iai se ratreuTO cUum Mo* lière comique, — sont dignes de quelque attention, quoi* qu'un peu longues. Je n'en "cite que quatre vers de la
troisième qui me semblent apportés dans un vrai so\xffle amoureux : »
Ain!=i le temps passait ol jo voyais ma vie
I>t5 véritable joie et do bonliour suivie ;
Jtî n'avais d'ennemis que mes brûlants désirs.
Rien no me tourmeulail que mes propres plaisirs.
Le troisième vers surtout est admirable et fait penser à
un très-b6ai| (rait de M* I^Quifi Katibboaue, 4au8 liéro et
Vmm» eH im Mir qu'on n'aisouvit jcrnaii.
C'est le o«B de citer tout entier un morceau ravissant :
des sfanccs f/alsntcs Lieu supérieures aux fades stances
recueilUûfi Uiioi ka oduvi'^is de Molière, Le ioa un est un peu libre... dess les deux sens; mais Je ne eennais que Mûrger, parmi les contemporains, qui nous ait rendu avec cette allure aisée et vive la spoutaacilé de l'amour.
C*esl an amant, ouvres la porta I fl Mt iMn ëPanoar a^dt IW.
One IMiHvwf I^l0»-v«af laartaf
Oo aa V^i/M-rçm que pour moif
U vous Q'êtes pas ëveilléi^ le ne veux point quitter ce lieu ; %L irou8 nfêtai pas habillée, O» la ma «oie, at vais adiatt t
Voulez-vous qu'ici je demeure pemi-mort, tremblant et jalooxf Hélas I S'il TOUS plaît que je meure»
Que ce soit au moins datant voasi
Ahî vous ouvrez, belle farouche!
J'entends la clef, c*est votre voixl...
O balle main 1 0 beUa bouche 1
Qua la vaas teisa mitta fois I
Après ce cbef-d'œuvre , je ne yenx rien citer d'une pièce, assez jolie pourtant, d'une petite elimisen érotique sur un refrain de Landçrirotte, dont on a dù, pour cause de décence, supprimer quelques couplets — ce qui me ffuldeoter qu'ette solide MolièM Mm qu'eileM Mil attHlMiée nmiBaleoieiil dans un volume du temps. Le génie qui devient une signature pour la passion, est un désaveu de l'obscénité.
Dm» im v«M etu^poaés éontu pour Ar*
mande Béjart, d'après trois initiales P. A. B. remarquées sur la copie trouvée à Avignon, je trouve ce passage-—
un peu dur euphoniqiiement , mais d'une netteté d'expression et d'une clarté de sentiment qui rappelle le faire du grand homme :
Je coBiMif bien enfin, que, <iaei que l'on en penie» L'amour peut à son gré disposer de nos Joun,
Et que, quand une fois on est sous sa puissance» Ueureux ou malheureux, on aùnera toujours.
Je laisse là les madrigaux parfois agréables, et j'ar. rive à une pièce dont l'origine ne paraît pas douteuse,
et qui se trouve même dans l'édition des œuvres de Molière que j'ai citée plus haut. Il s'agit d'une spirituelle réaction contre toutes les louanges outrées que Fauteur s'est trouvé obligé de prodiguer à Louis XIV. Il y plaisante très-agréablement sur tous les fagots brûlés à l'occasion des nombreuses victoires du roi, et en s'adressant au monarque lai-môme. 11 y a là un psn abus du conoetii, mais il est à sa place dans un badinage, et j'aime mieux ces antithèses plaisantes, bien que cherchant un peu trop visiblement le trait :
Mais plus tes attaques sont chaudes, Plus je cours hasard d'être transi de froid.
réciirnli eneor mieux, on le diable m'en^ortel
Si j'aveis du fen dane Tes prit, Aolant qtt*on en a vu briller devani ma porte,
que le fameux vers du PyrrbaSf de Racine, emprunté a« môme ordre d'idées, mais le prenant trop au sérieux :
Brûlé de plus de feux que je n'en allumai. Voici OÙ le bon sens du créateui' de M">« Jourdain et de
CORNEILLE, MOUàRB, RACINE. 41
l'inspirateur de Gléaate éclate avec une bonne humeur éhannaiite :
Je &o pQif m'omp^cher que <;ouvent je n'y penia Encore que pour la dépense J'aie. assez peu d'aversion; Mais je trouve fort ridicule De brûler la provision Dans le Itoa d0 la eanienlel SI la proefeaine année on Ikii encore de même, Oè troaTor lant de boiit Dana ma misère extrême, le prévois déjà bien que Je ne le pourrai. Si vous ne commandez, pour me tirer de peines, Qa*on m'en laisse couper autant que je voudrai.
Ou dans Boulogne ou dan*^ Vinconnes.
Ah! si, comme de vous, il dépendait de moi
De faire une nouvelle loi, J'ordonnerais qu'après la prise d'une pla(^, An Uen de tant de feux en été superflus. On en boirait six coups de pins, £t qn*on les boirait à la i^ace.
Il est vrai que dans la dernière strophe ( mais c'était inévitable), le comédien de Louis XIV et le convive reconnaissant du grand roi lui demande — comme dans les Foarberiesde iSiiap/a— pardon de la témérité bien grande et des coups du bâton qu'il a emprunté anx fagots brûlés en l'honneur de tant d'exploits :
Et pour les honorer s'il y fallait ma vie. Je l'y consommerais de même que mon bois.
Une petite pièce insérée sous le titre de Gavotte y par la liberté du ton et la grftœ facile, rappelle les Stances gar iaaise reproduites plus haut. La pièce est un peu kmgue pour être ajoutée à tout ce que j*ai cité déjà. J>n extrais une strophe, — non pas qu'elle soit plus jolie que les autres, — mais parce qu'elle prouve que rien d'irréligieux ne se mèto à la philosophie enjouée aveo laquelle un génie
42 LBB GOULIMISS Au PASSé*
anonyme détourne une jeune âlle de ralolieef ftu monde pour le doitre.
Vous n'avez pas 6\6 faîto, Et je vous l'ai dit sou vont, Pour ^^tre une sœur Colette, Ni pour être en un couvent :
• Consultez bien votre étoll0.
Sanf anoon déflviMMM»
Il W« M lltt MefMMt.
Au reste, dans ie mène Tolune, «elroinrOTit doux pièces de poésie sacrée, Tune intitulée le Converti, — médiocre comme valeur littéraire, — mais élevée comme sentiment ; plus, un magnifique sonnet, très-supérieur à celui adressé à Lamotlie-Levayer et dont Is paternité est autiientique. Ce sonnet sur la mort du Glif iM sMi le Tohime, et sera aussi ma dernière citation :
Quand le Sauveur lotifirait pour toit 11 genre
La Mort, en l'abordant au fort de son supplice,
Parut tout interdite et retira si main.
iN osant pas sur son Maître exercer son oiiice.
Mais Jésus, abaissant la téte siir son sein, Fit signe ù l'implacable et sourde exécutrice f)e n'avoir point d'égards au droit du souverain Kt d'achever sans pour ce sanglant sacrifice.
La barbare obéit, et co coup sans pareil Fit trembler la nature et trembler le soleil, Comme si de sa fin le monde eût été proche.
Tout |»àlit, tout s'émut sur la terre et dans l'air. Excepté le pécheur, qui prit un cœur de roche, Quand les rochers semblaient en avoir un de chair.
Si 00 sonnet est de Molièfe, comme on aime A le peti-
ser, on en fixerait volontiers la date au moment on il travailla avec Corneille h Psyché, Molière aurait gardé
quelqoe chose de kt coUalroraÛon. Bien ne semble da resUi ^Itis mdsettbiabltf foe eetf raton» d'un gtêasâ cotar
CORNEILLE, MOLIERE, RACINS. 4S
fourvoyé et trahi dans des amours terrestres, à des aspirations qui devaient lui sembler plus pures et moins trompeuses. D'ailleurs, le sentiment public a fait justice depuis longtemps de ces accusations d'impiété iuventées par les calomniateurs contemporains de Molière, èi rééditées depuis dans Tombre et dans le vide, par certaine feuille
à bigoterie épiloptiquo, à impuissance sottisière, qui, pour achever de se faire oublier, a pris le meilleur moyen — celai de reparattre.
f ai dA , en analysant le recuefl que nous devons 4 M. P. Lacroix, négliger bien des trouvailles, entre autres de curieuses variantes à V École doa Maris, qui indiquent exactement les modes de l'époque; mais j'en ai dit asses, è coup sûr, pour éveiller Faltention du monde lettré sur ce joli volume, qui sera nécessairement le Cdinplément de chaque édition de Molière dans toute bibliothèque composée avec soin.
Le RaefaMiy eommenoé par M. Garfiier, moins Hche
que l'édition Hachette eu recherches arcliéologiques, donne un résumé biographique où je n'ai pu voir sans émotion, à la première page, une grcture r0présentant la maison de la Ferté-Milon , où est né le poète. Une haie clôt, sur le devant, l'habitation d'un aspect tout h fait rustique et qui donne sur une allée de tilleuls. Ut, un banc, sur lequel on aimerait à penser qu'a pu s'asseoir l'aoteur âHAnârommpîe. kn fond, derrière, la tour de TégUse, symbole de ces peusécs pieuses qui ont dominé toute sa vie. A voir ce petit tableau paisible et aéré, on se rappelle que Racine envoyait ses enfants en nourrice
^ LIS eouussiB ou PMmi,
à la Ferté-Milon, et que la seconde de ses filles, Xanette, s'en est bien trouvée. — « Elle crève de graisse, dit-il dans use de «es lettres» et est la plus belle ét mes enfants. »
Andromaque a été le Cid de Racine. C'est là que, s'étant révélé, il est resté le plus lui-môme. Il n'y a aucune de ses tragédies où ses magnifiques qualités de passion, où ses merveilleuses ressources, — surtout dans l'analyse du cœur des femmes, — éclatent mieux, et c'est là, de ses chefs-d'œuvre, celui où ses fadeurs de style, les ridicules de ses anachronismes, — tributs payés à une époqpie et à une société dont il est prodigieux qu'il ait déjà transformé à ce point la littérature, — sont le plus marqués.
La pièce garde encore aujourd'hui quelque chose de oette faveur que constatent les larmes bavardes de M"** deSévigué, l'approbation arrachée plus difficilement à l'exil de Saint-Evremond, — un Schlegel gentilhomme, un penseur réfugié, égaré au dix-septième siècle, — et mieux encore, un aveu de la satire dialoguée de Subligny, la Folle Querelle, à laquelle Molière donna asile sur son théâtre. Molière avait beau être homme do génie, frère eu poésie de l'auteur de Phèdre, Il était directeur, et Racine lui avait enlevé une tragédie et une actrice ; c'était trop. Molière ne pouvait faire que sou Parnasse immortel ne fût Ûanqué d une boutique.
Au reste, il servait encore le soecés de Racine, en le laissant turlapiner, puisque dans ce plat éreintement que Sublîgny faisait à' Andromaque, se trouvait encore ce passage caractéristique : « Cuisinier, cocher, palefrenier» laquais, et jusqu'à la porteuse d*eau, il n*y a personne qui ne veuille discourir à* Andromaque. Je pense même que le chien et le cliat s'en mêleront si cela ne liait bientôt. »
Les souvenirs des amours de Racine, — avant qu'il ne
CORNEILLE, MOLIÈRE, RACINE
passât des créature^ au Créateur, — se rattachenl d'ailleurs à cette première gloire. Andremaqae était jettée par IP* Daparc, enlevée par Racine à la tronpe de M<^ière,
et que la mort vengeresse devait enlever un an après au poète désolé. — Aux funérailles de la charmante oomédienne.
Des adorateurs de Ms charmes Ont ne la luivaient pas aana linnei ;
le plna intéreiaé
£lait à demi trépané.
Il était possible ^'au milieu des larmes dont Racine élait noyé, il y eût une espèce de remords, car la nature de Taccident auquel avait succombé la Dupare, accident
beaucoup trop en retard sur la mort du coméflien son mari, pouvait permettre au poëtc de s'accuser presque directement de cette fin prématurée. Plus âgée pourtant que Fauteur d'Andromaque, Duparc avait à peine trentesix ans. C/est dans Hcrmione que débuta enfin la Champmeslé, dont le nom est inséparable des immortalités autant que des fragilités de Racine. Mais de celle-là, l'auteur é'Iphigénie ne suivra [)as le cercueil.
Quand il apprendra qu'elle est h l'extrémité, quelques lignes sèches écrites à son fils feront connaître que ce qui désole le plus Racine, n*est pas qu'il croit qu'elle se meurt (à eette date même elle était déjà morte), c'est que < eette pauvre malheureuse a refusé de renoncer à la comédie. »
Abl je l'avoue, le llambeau des premières amours renversé par le poète sur la tombe de la Duparc me parait plus touchant que ce goupillon de bénite indifférence que le dévot tend aux doigts — déjà glacés par la mort — de la Champmeslé !
On nous avait promis 'k la Gaité, aux matinées littéraires de M» Ballande, une représentation à^Andromaque
aree le» enëUttomi que portoient I00 tragMien'ft dn grûM
siècle. C'a été la plus grotesque mystification que Ton puisse imaginer. Du moment que l'on avait cette idée,
il fallait faire exécuter d'après les dessitie, les eastumes moitié grwm, nufifié firançaie âa dht-seiliièrme eiécle» que
l'on portait non-seulement au moment de la créafiorl, mais encore bien après. Quand M** Quinault-DuCrône parut en 1125 sur la scène de la Comédie-Française» jouant Hermione, elle était revête» dW habit magnifique, dont le roi IjOuîs XV lui avait fait présent, et du prix de huit mille livres. 11 est évident que le costume de Rachel» dans sa simplicité anti(pie, n'approchait pas de ce prix.
M. Ballande dira à cela qu'il ne pouvait dépenser quinze à vingt mille fniiK's pour sa matinée littéraire. — A cela on lui répondra qu'il n'avait qu'à faire mettre à ses acteurs leur lingerie ordinaire, au lieu de nous donner une misérable parodie de l'anachronisme, en nous montrant Oreste avec riialjif d'un procureur et Pyrrhus en mousquetaire irippé de mardi-gras. Ce n'était pas la peine de nous annoncer la reproduction d^une représentation de gala du grand siècle pour nous donner ensuite de rarchéologie de magasin. M"^ Dugueret seule avait un costume d'une certaine fantaisie. Aussi était-elle à peu près la seule qui ne parût pas absolument ridicule en déclamant cette poésie qui, tantôt a le courant du fleuve du Tendre et tantôt en semble le torrent. L'actrice chîirgée du rôle d'Andromaque portait un costume façon renaissance et du siècle des pendules en plaqué. Bref, c'était la plus odieuse Babel somptuaire qu'on pAt imaginer.
Quant à M. Randoux, son embonpoint florissant complétait victorieusement dans Oreste la désillusion que produisaient un grand habit de velours et sa vaste perm-
CORNEILLE, MOLIERE, RACINE. 47
qo6 blonde. On n'a jamais vu d'Oreste mieux noairi et désespoir aussi bien truffé. C'était la tradition, du reste;
car nous voyons dans rintércssaiite notice do M. Mesnard sur Andromaque que Montûeury était gros et gras comme quatre, entripaillé comme il faut et d'une vaste circonférence. Son ventre, cerclé de fer, s'ouvrit, fit*on, à la suite des efforts désespérés qu'il fit dans Orestc, « appuyant surtout toujours sur lo dernier vers pour faille faire le brouhaha. » Ifaprés d'autres, il se brisa une veine dans la poitrine, ce qui, anatomiquement, seihbfe plus possible. Un écrivain contemporain ajoute, plus plaisamment qu'il n'est permis de le l'aire en pareil sujet, — qu'il n'y aura plus de po^te qui ne veuille avoir l'honneur de crever un comédien dans sa vie.
Je trouve dans le même ouvrage une observation de Geoffroy sur Talma, qui me semble faire indirectement un bien vif éloge de ce grand comédien. Le critique prétendait que Talma disait d'un ton trop familier :
Quels démons, quels serpents traîne-t-elle après soi?
11 est pfobable que Talma, cherchant à mettre un certain naturel dans ce morceau académique, avait dans son ex-
pi-ession quelque chos!* de naïf, d'étonné, qui devait donner de la réalité à la terrible hallucination d'Oreste. ici quelques idées que nous a léguées ce même f^ni denr, nous initiant â un détail curieux sur ses études duus co mémo i'()le d'Oreste :
« Oui, nous devons cire sensibles, nous devons éprouver rémotion, mais pour mieux limiter, pour mieux en saisir le caractère par Tétude et la réflexion. Notre art en exige «le profondes. Point d'im[)rovis;ilieu ])ossible sur la scène, sous peine d'échec. Tout est calculé, tout doit
48 LES COULISSES ou PASSÉ.
être prévu, et rémotion qui semble soudaine, et le trouble qui paratt inYolonfaife«
« L'intonation, lo geste, le regard qui semblent inspirés, ont été répétés cent fois. Le poëte rêveur cherche un beau vers, le musicien une mélodie, le géomètre nue démonstration; anenn d'eux n'y attache plus d'intérêt , que nous à trouver le geste èt Taccent qui rendent le mieux le sens d'un seul hémistiche. Cette étude suit en tous lieux , l'acteur épris de son art. Tenez, ces deux vers de Pyrrhus dans Andromaque : ,
Tons yoolez qu'an roi meure, et pour son ch&timent
Yooi ne donnes qB*iin jour, qu'une heure, qu*un moment ; î
ces deux vers, j'ai trouvé la manière dont je les dis au
théâtre chez un notaire en attendant la sii^nature d'un contrat de mariage. Faut-il vous dire plus? Nous nous sommes à nous-mêmes, voyez-vous, quand nous aimons notre art, des sujets d'observation. J'ai fait des pertes bien cruelles; j'ai souvent ressenfidos chagrins profonds; eh bien, après ces premiers moments où la douleur se fait jour par des cris et des larmes, je sentais qu'involontairement je faisais un retour sur mes souffrances, et qu'en moi, à mon insu, l'acteur étudiait l'homme et prenait la nature sur le fait.
« Voici de quelle façon nous devons éprouver l'émotien pour être un jour en état de la rendre; mais non à l'împroviste et sur la scène quand tous les yeux sont lixés , sur nous; rien n'exposerait plus notre situation. Récemment encore, je jouais dans Misanthropie et repentir avec une admirable actrice; son jeu si réfléchi, et pourtant si i naturel et si vrai, m'entraînait Elle s'en aperçut. Quel i triomphe! et pourtant elle me dit tout bas :
c Pronei garde, Talma,. vous êtes ému! i C'est qu'en I
GORNEIIXE, MOLIÈRE, RACINE.
e£fet de l'émotioa uait le trouble ; la voix résisle, la mémoire manque, les gestes sont faux, Teffet est détruit I Ahl nous ne sommes pas la nature, nous ne sommes que Tart
qui ne peut tendre qu'à rimiter. »
Il est assez plaisant de voir, dans sa préface à'Andromâ' qfw^ Racine, que Ton a accusé asses justement de banalité
romanesque, défendre d*avoîr fait Pyrrhus trop violent, en ajoutant qu'il n'avait pu lire les romans, et que tous les héros ne sont pas des Céladons. Saini-Evremond avait fiûi quelques critiques aises justes à'Aadromaqw; mais Schlegel, dans son cours de littérature, met si bien le doigt sur les défauts de la tragédie, en môme temps qu'il en apprécie les beautés réelles, que je crois devoir citer son jugement en quelques lignes asses peu connues :
« Les fleux jtromiers essais de la jeunesse de Racine n'offrent rien à remarquer, si ce n'est la docilité avec laquelle il se renferma dans les limites que Corneille avait prescrites à la tragédie. Ce ne fut que dans Andrth mnqiir f[u'il i)rit un essor indépenrlant, et qu'il montra ce qu'il était. 11 y peignit les combats, le flux et le reflux des passions, avec une vérité et une énergie dont il n'y avait pas encore eu d'exemple sur la scène française. An* dromaque, veuve fidèle et mère passionnée, s'y i)rôsonte sous les traits les plus beaux et les plus touchants, et la fière Hermione, en proie à Tégarement du désespoir, remue profondément le cœur. Il y a de la grandeur tragique dans l'horreur (ju inspire Oreste à Hermione après qu'il s'est rendu Tinstrument de sa vengeance, et dans la situation d'Oreste au moment où il ouvre les yeux sur le crime qu'il vient de commettre.
c Les rôles d'hommes, dans cette pièce, ainsi que dans plusieurs autres de Racine, se dessinent d'une manière moins avantageuse et produisent moins d'effet que ceux
LBS C0IIU88I8 DO PASsé
des femmes. Pyrrtias qui, au milieu de ses protestations d'amour, menace Andromaque de livrer Astyanax à la mort, si elle ne veut pas répondre à ses vœux» est un brigand bien élevé qui présente le poignard aveo politesse. F^t puis comment se figurer le parricide Oreste sous l'image d'un amaut soumis et dédaigné ? 11 ue dit pas uu moi du meurtre do sa mére; il semble l'avoir entièrement oublié, et l'on ne voit pas ce que viennent faire* à la fin, les Furies; c'est une Lien étrange ipconséquence . Il y a peut-être aussi quelque chose d'un peu puéril dans la peine que prennent tous les personnages de la pièce pour se obercber et se fùir tour ft tour. »
En définitive, c'est le cas de li i minerpar ce trait caractéristique de Sainte-Beuve : « HficiDe a été dramatique dans un genre qui ne Tétait pas. »
On a beaucoup discuté sur le plus ou moins d'autbentîcîté du sujet de Bnjnzof, s'il faut en croire les laborieux commentaires de M. Mesnard dans son travail sur Racine. Mais il est incontestable que les sultans ont en général presque tons fait étrangler leurs frères (chaque peuple a ses usages). Dans une traduction de riiistoire de l'empiro ottoman de Sagredo, patricien vénitien (qui se consolai t avec les Turcs des rigueurs de ses compatriotes qui d^à élu Tavliient refusé pour doge), je vois qu*un sultan Chasun, frère d'Amurat IV, fut mis a mort par ordre de ce dernier. Chasun ne ressemble pas beaucoup à Bajazet; mais du turc, le nom a passé en italien, et de l'italien en français. Ce fut pour avoir fait des compliments le jour du baïram à Sa Hautesse sur la prise de Bagdad (Baby* lone en poésie) que Tinforluné prince fut étranglé; Âmurat IV s'effaroucba d'avoir un Mre informé et si bien élevé. Cet Amurat IV était bien le plus abominable gredin qui ait fait sentir à des peuples bien pensants les
CORNEILLE, MOLIÈHE, RACtNE. 5i
àêmmsfn èm despotismé. Il est vrai qu'en montant sur lé MM 11 na devrait pas avoir une bonne idée de ses myets.
Il fut réduit ft pai<affre le jour dtt conrotmetami sans diamanfs, son grand-vizir les lui ayant volés. Je ne parlefai paa de la mort d'an pauvre Vénitien — qu'il fit pendre en elKHbieei un drapeau rouge «iCaché à la main (pour en faire une sorte d'épouvantail ft oiseaux), — parce qu'on
l'avnit surpris cherchant à voir, avec une lunette d*approobe, ce qui ae passait dans le sérail. Il pouvait croire que 00 malheureux éerivail à la Qageito dê HoUande. M aié il oedupa son règne à se baigner IMtéralemeitt danale
sang et ordonna notamment de passer au fil de l'épée les vingt-quatre mille soldats qui restaient de la garnison de Bafdftd. 11 fit même périr impunément le muphti — fait sans précèdent dans Fhlstoire de ^empire ottoman. Ibra*
hinA, — son frère, — le même qui put lui succéder, étant, ou plutôt s'étant fait imbécile (et sur lequel Racine a éeirtl quatré vem admirables qui sont dans toutes les mémolre0># périt pour avoir enlevé la fille d'un de ces ebelii
de la religion. Amurat était, du reste, mahomélan fanatique, et avait juré de forcer tous les princes ses voisins àtobfia' la loi du Prophdie. (11 mourut d'un excès de vin, qui 6st défendu par Id Coran.) Il allait faire empaler les médecins qui ne le guérissaient pas assez vite , quand il expira. Son goût illicite pour la conquête de Noé lui fut inêpiré par la vue de la béatitude d'un Ivrogne qu'il fit trcM^portor dans «on palais et revêtir des insignes du poftvcdf ^ aventure qui a inspiré le sujet de Topéra f Si j'étais roi! (Amurat était décidément un sultan très-dramatique.) Il avait pris en grippe tous les juifs et avait fâH paier pour son compte — ' leurs maisons, paroe qu'un médecin de eetle nation lui avait Inlerdit le vin. Il força un autre médecin qui lui avait révélé les bienfaits
fit LES COULISSES DU PASSÉ.
de l'opium à en prendre jusqa'à en moorir. Qm. bâtoana S0U8 son règne le domestique et le fils de l'ambasstdear
de France, pour avoir célé})ré avec trop de bruit et d'éclat, au palais de l'ambassade , la naissance de Louis XIV. Il tirait par les fenêtres sur les passants» en Charles IX amateur, ou lançait la zagnye sur ses sujets, et faisait
pendre ceux «[ui cherchaient à se soustraire à cet
honneur. Notez que ce prince» qui n'avait jamais vu dans la population qu'il gouvernait qu'une éponge à pressurer ou une cible à tirer, est demeuré un très-grand souverain dans les annales ottomanes. Comme tous les tyrans» il fut regretté du bas peuple. 11 en ét€ût digne*
On retrouve dans celte histoire l'Âcomat de Racine, sous le nom de Coffis Acmat. Racine, en le faisant aspirer à la main d'Atalide, fille du sang impérial ottoman, était dans la vérité, car Acomat était beau-frère du sultan. 11 périt par les mains des soldats — une mort semblable ou la strangulation officielle, tel était le déuoùrncnt inévitable de la carrière de grand-vizir. C'était l'unique retraite attachée à remploi.
On a énormément discuté aussi le plus ou moins de fidélité de Racine à la couleur locale. Corneille disait à Segrais qu'il trouvait Bajazet et Atalide des Turcs bien franoisés. 11 avait raison; mais il francisait bien» lui» Attila. Personne ne conteste qu'il y a dans Bajazet quelques traits bien observés des mœurs orientales et rendus très-finement ; mais ce n'est jamais par la vérité locale que peut briller un poète esclave de la pMphrase. Schlegel en fait très- justement la remarque. Le muphti et les ulemas deviennent dans Racine « de la loi les sacrés interprètes. » On trouve la traduction dans les notes. Le prophète est nommé une fois — jamais Mahomet, et l'on sait que Racine ne se serait pas décidé à faire paraître
CORNEILLE, MOLTÈRF,, RACTNB.
en ieène Tétendard do prophète — une qaeue de cheval. Tout au plus en eùt-fl fait une deacription énigmatique
en quatre vers. On retrouve encore une tradition malheureuse de la tragédie dans le monologue ou plutôt dans le grand air de bravoure d' Atalide demeurée seule au dénoûment» après que tous les personnages se sont entretués, et couronnant la eavatine poétique de la fatalité par l'inévitable coup de poignard.
Ce qui demeure à l'actif de Racine» c*est l'intérêt lent et un peu froid d'abord, mais habilement gradué de la pièce; c'est la sobriété magistrale de la forme, c'est la physionomie caractéristique d'Acomat, ce sont les deux admirables figures de Roxane et d'Atalide. Cette dernière est Française» mais elle est femme. Rien n'est plus vrai que son irritation contre Bajazet qui n'a fait que lui obéir en feignant d'aimer sa rivale. Quant à Hoxane, quand on a pu voir jouer le rôle par Rachel, on comprend quelles ressources il offre à une vtaie artiste et de quelles jouissances élevées l'ouvrage tout entier pourrait être l'occasion pour le public, si les interprètes étaient un peu dignes du poëte. Ce qui m'est resté le mieux dans la mémoire » c'est la façon terrible dont Rachel disait ces deux mots en réponse à Atalide intercédant pour que Roxane ne laisse pas immoler Bajazet :