‹ Les coulisses du passéChapitre 52 sur 70 · acte, à Marie Stuart, tout le prestige de sa mort, — dont · texte numérisé non relu

acte, à Marie Stuart, tout le prestige de sa mort, — dont

sa vie avait tant besoin. Elle n'eût guère été autrement * qu'une loretie sanglante, allant, toute jeune reine, voir se débattre, dans les convulsions de la mort, les compagnons de la Renaudie du haut des balcons d'Âmboise; puis punissant l'amour téméraire par l'éehafaud dans Chastelard, la passion conjugale dans Darnicy par l'assassinat; se sauvant devant la révolte, déguisée en page, comme ferait une princesse d'Offenbach, et, dans sa captivité, conspirant asses évidemment la mort d'Elisabeth, — même en légitime défense, — pour justifier son supplice, à une époque où, malheureusement, respect de la vie humaine ne s'imposait pas assez pour donner aux haines politiques ou privées la pudeur de leur passion.

Cependant d'invincibles attraits s^attachent à cette victime légendaire : ceux d'un osi)rit éclairé, d'une dignité royale, qui semblait encore marcher sous le dais — vainement abattu par Ëlisabeth, — jusqu'à Téchafaud, d'un inébranlable attachement à sa foi, même devant la mort. Son livre d'heures fut fidèle à cette main qui feuilleta souvent Tionsard ou Dubcllay. En résumé, figure prédestinée à qui trois signes resteront éternellement pour sa réhabi- Utâtion devant l'histoire : — l'auréole du poète, la couronne dignement portée, et, autour du cou» le sillon rouge du martyre, expiation terrible de ces amours souvent coupables, parfois funestes, sincères encore dans la fauta, passionnés jusque dans l'impénitence, et que ce pauvre Dargaud, mort prématurément, caractérise admirablement, en quelques mots, dans son histoire si intéressante de Marie Rtuart: « Sa i)assion s'agite et brûle comme le feu dans l'heure présente, bois vil avant, cendre après. »

La caractère essentieliement indécis et trahissant de Lsîcester, excellant dans Schiller, où tout est humain, esl

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matiTais dans la tragédie de Lebrun, où les héros n*ont

plus le droit d'ôire accessibles aux tergiversations bourgeoises et tributaires dos faiblesses mortelles. Dans ce genre à éehasses, on n'admet guère un amoureux qui n'a même jpas de hauts talons. A la création, Talma sentit là nécessité de s'imposer violemment au public dès la première soirée et y réussit. Au moment où, au cinquième acte, le rôle se résume par la mort de Marie Stuart que le favori d'Elisabeth a Uvrée lâchement à Téchafond, Talma déployait une telle énergie, il faisait entendre dans son cri le bruit de la bacbe toniltéo avec une telle vérité, que l'on oubliait Marie et Elisabeth pour applaudir à la puissance de son inspiration et à la vigueur de ses poumons; mais la parodie s'égaya sur le rôle qu'on appela plaisamment. JLes/OM/br. Dans une de ces imitations burlesques, intitulée Marie Jobard, se trouvaient ces trois vers philosophiques en allusion aux passions désordonnées de rhérolne :

Oui, je sais qu'elle a Uàl des bamboches.

Mais lie dovra-t-on rien permettre à la douleur t £t qui doit s'amuser, si ce n'est le maUieur

M. Lebrun, qui s'inspire beaucoup des dramaturges étrangers, avait tiré aussi, ches Lope de Vega, le sujet de son drame, le Ci'rf d'Andalousie, de la pièce qui a été

mise en opéra, rue Le Pelletier, sous la direction de M. Piliet, par Hippolyte Lucas et Halfe, V Etoile de Sé~ ville. On sait que le sort du Cid d'Andalousie ne fut pas heureux, malgré l'appui oombiné de TalmaetdeM^^Mars. La tragédie, tourmentée à la première représentntion, ne put se maintenir sur l'al'iiche, malgré un certain senti- • ment du drame réel, assez remarquable à ce moment ches ^•to olassique. On y applaudit peul-^éire plus que les

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ËGaiYAUiâ DE LA, FIN DU D£RNl£a SIÈCLE. 26ti

deux interprètes principaux, précisément parce que l'on en attendait moins, deux acteurs de second plan : Desmousseaux, i^ociétaire assez médiocre, qui joua cette foic( énergiquement le rôle du frère outragé , don Bustes, et

M"" Devin, depuis Mn^c Menjaud, qui, chargée du rôle

de l'esclave Zoraide, lit entendre un cri d'une vérité

déchir^te au ipoment où le frère d'Ëstrelle^ instruit 40

sa trahisçin» prononce çon arrôt par ç^et hémistiche

inexorable :

Ce cri, (pli ^'avait pas été appris au Conservatoire, signala à l'administration et aux auteurs M*'* MeAjaudr Devin, qui eut encore quelques créations, entre autres le Daupliin dans Louis XI, çt, je crois, l'un de^ J^eunçs princes dans les Enfants d*Edou9rd,FAÏewyi(^^ encore, à i\pe phthisie.

Je crois 'pouvoir ^ou(er à c^tte étude sur plusiei^fs poëtes dassic^ues et écrivains pour a\nsi dire de demicaractère c^ui ont marqué la transition du dernier siècle

à celui-ci, ma l'épouse à Jules Jauin, à propos de quelques-unes de ses cri^ques sur une de mes pub^ic^tipn^. Cette Réponse. est en môn^e temps une appréciation fl'^g des écrivains importants de cette phase littéraire.

t Dans l'art ii'le que vous avez l)ion voulu oonsaci'er mou livre : Entre Cour et Jardin, mon cxccUeut iL^niQ, mon cher camarade, vous m'avez accusé d'avoir servi de vieilles rancunes en ne traitant pas certains écrivaii^^, de la première école du bon sens ovec toute l'équité posbibie. J'aurais été inexcusable, je le déclare, de dérouiller

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les lames de Tolède pour en perforer les classiques modernes. Seulement, nutn rhcr ami, pendant que vous m'accusez de dureté pour Scribe, Casimir Delavigne» de Jouy, sachez que dans lo camp opposé, sous les drapeaux romantiques, et ce n*est pas d'aujonrd'hui, — on trouve que je sons le fagot. J*avais toujours été inculpé de ne pas ressentir pour Scribe, notamment, sufiisamment de haine vigoureuse. On me trouve un faible pour Augier etPonsard. J'étais même suspect d*encoiirager Racinel A coup sûr, s'il avait existé une ronde fantastique courant autour (lu buste du charmant tragique, en hurlant « Racine est un polisson. Racine est enfoncé ! » (il n'y a que le bon sens et la vérité qui manquent à l'anecdote), je n'eusse jamais fourni mon anneau à cette chaîne ignoble.

« Quant à Racine, permettez-moi do le dire, je suis décidément compromis, et si l'on veut bien jeter les yeux sur le vestibule de mon livre où sont rangés les bustes des vieux maîtres (que le public me pardonne d'emprunter à la merveilleuse prose de Saint-Victor cette image qui idéalise si bien le plan de mon travail), on peut voir que j'ai poussé l'indépendance et le courage jusqu'à reconnaître quelque mérite à l'auteur d'At&aiid. Vous n'êtes pas plus juste, mon cher Janin, en ce qui concerne mon appréciation do Scribe. Presque tout le chapitre sur Profils et ///■ym(7e<?.<î, dans mon livre, est consacré à défendre son talent, mais sans l'élever jusqu'au génie. J'avoue ne pas ressentir une profonde admiration pour Sylla et pour M. de Jouy considéré comme un auteur tragique. Reste C!asimir Delavigne. Vous avez été si froissé de cette épithète de poète bourgeois, que je me suis senti des doutes sur l'usage que j'ai fait de mes droits de oriti* que. J'ai voulu revoir la pièce considérée comme le chefd'œuvre de Casimir Delavigne, VEoole des vieHUrdê.

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