MOUVEMENT LITTERAIRE DE
de choses — > mais il y en a cependant quelques-unes,' — • à regretter dans la pièce primitive en cinq actes: par .
exemple, le rôle de Julie, une vraie laide et non ce type un peu banal des beautés méconnues qui, objet de l'indifiérence générale pendant les deux premiers actes, comme dans PhiUberte ou les Inutiles ^ devient subitement un idéal au troisième acte. Minard, le prétendu, qui hésite > un moment devant la pauvreté de Julie, rendant son vrai jour à sa laideui*, est bien autrement humain que « l'Arthur 9 de convention que M. Dennery nous a préparé pour Tétemel dénoûment. Mais la façon dont Meroadet découvre que Miohonnin et de La Brive ne sont qu'une même personne, — en d'autres termes, Balzac faisant en 1839 démasquer le Robert Maoaire de 1834 par un nouveau baron de Wormspire, — est non-seulement plus scénique, mais plus ingénieuse dans la version nouvelle. £nfm, étant adoptée la fable tant soit peu surannée de l'associé retour des Indes, pour faire suite à l'oncle d'Amérique, M. ûennery fait rendre des effets bien plus comiques à la scène où Mercadet voit détourner subitement à son profit le Pactole par un vrai Godeau, quand il n'attend «jue du faux un maigre lilet de pépites. Le mot, plus spirituel que profond, mais très-gai, de Mercadet pi'étant à la fin dix mille francs à Michonnin pour pouvoir se dire à lui-môme : Je suis créancier ! est également de l'srrangeur.
Ce qui reste en propre à Balzac, c'est la physionomie du faiseur moderne que tout le monde a connu, industrieux, infatigable, grand par la persévérance, vil par les moyens, sans conscience, mais pas tout à fait sans honneur, sans délicatesse, mais non sans entrailles, qui perd ses droits à l'estime, et en garde à quelque sympathie , — épave courageuse, mais souillée, du naufrage contempo-
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raia de tous les principes! LaUguredc Mcrcadct restera comme celle d'Alceste, d'Harpagon, de Tartuffe, car elle est dessioée avec une supériorité presque égale et avec
un buuheur do traits à peu près aussi caractéristique.
La faiblesse du diMioinueiit même semble constituer pour Ualzac une ressemlilaucc de plus avec Molière, bien que, cependant, les progrès de Tart dramatique rendent ici cette lacune plus regrettable. Toutefois, il faut le dire, si peu (ju'ail vieilli dans le détail cette eliair de carnassier apprivoisé si admirable ment vivaute, ce Shyiock jàux dents limées par la civilisation , on a trouvé qu'aujourd*hui il manquait un peu d'audace et que Meroadet se fait aux dépens du pittoresque et de Tinattendu, presque le droit de se dire honnête à la fin de la pièce. A force de vouloir passer entre les marbrures du code sans qu'elles puissent déteindre sur lui, Mercadet a fini par y laisser un peu de sa couleur personnelle.
Quelques plaisanteries politiques, notamment colles sur les socialistes, ont paru bien froides; mais, à part ces alinéas égarés dans le dialogue, le rire et les applaudissèmênis n'ont pas cessé de prouver que chez Balzac le génie ne nuisait pas à Tesprit ei que décidément — en tout — conmie dans ce tome XVIII de Balzac, le dernier mot, — c'est le faiseur.
Charles AotUcr, ipisodes ol souvonir de sa vie. Tel est le titre d'un livre de M"^® Mario Méuessior*Nodier sa iilie. Je Tai lu rapidement et je ne puis résister à la teutatîon de faire part de mon plaisir, aux lecteurs. Après tout , je ne
vois pas pourquoi un ne leur parlerait pas de cette maison hospitalière ei pittoresque qui^ située à rextrémité de
MOI VEMFA'T I.ITTKRAIHE DE I^^IO.
Paris — de 18â5 à 1835 à peu près, vit affluer tout ce qu'il y avait dUntéressant et d*illu8tre dans )a littérature et les arts. Le balcon de l'Arsenal s^ouvrait d'un
côté sui- l'île Louviers, les perspectives iiiimenses du Taris auté-haussiuaniiien, — de l'autre sur le spectacle de toutes les gloires vivantes de l'époque réunies aU salon. L'hospitalité y était plénière ; la cordialité ne choisissait pas. Souvônt Nodier demandait inutilement à sa femme, qui demandait à son tour à sa tille, sans plus de succès , le nom des visiteurs nouveaux, des pèlerins inconnus qui venaiient s'abreuver sans obstacle à cette source inépuisable de bonne grâce et de plaisir. La mère de famille qui vient d'éerire ce volume de souvenirs , — jeune fille alors, — était le charme et la vie de ces soirées. Poëte elle-même et musicienne, elle prenait part aux ofmseries d'art les plus élevées . comme elle donnait le signal de l^ danse. Son fravail, inspiré par le cœur, contient à la fois une réponse tonclianto aux agressions dont son pèro était l'objet et les i^écits comiques des manies, des distractions de Nodier, qui en cherchant son chapeau dans la chambre , sort de chez lui et vient déposer le flambeau allumé qui le gnide sur le bureau du contrôleur <lu théâtre des Variétés, où il avait coutume d'aller touç les soirs.
Voici ce que je trouve encore comme re^et d'up temps que celui où nous vivons , quoi qu'on en puisse dire, n'égale pas :
a Uegrettnble temps! Les passions intelligentes se « développaient à l'aise sous un souftle puissant. On scn- « tait palpiter quelque chose au fond de ces luttes int sensées, mais pleines d'éclairs , auxquelles nous avons
« assisté ; tout un monde de pensées grandes se mouvait « autour des sphères lettrées , et partout.