I.I8 G0UU88I8 DU PAflSâ
t TiCs vieillards calomnient volontiers, dit-on, le pré- « sent ({ui a succédé à leur passé. Je crois pourtant pouc Toir affirmer , sans médisanoe , qu'en distillant en « flacons les admirations de tout genre dont on est si « prodigue aujourd'hui, on n'arriverait pas à recomposer « les enthousiasmes superbes d'un parterre ôHieraam ou «de Marioa Delorme* »
Et la femme qui a écrit ce livre charmant se dit une vieille femme... elle se trompe. Cet esprits toujours sa grâce et sa jeunesse. Cette âme n'a pas d'âge. Contre ces intelligences d'élite , la vie est aussi i(npuissanle que la mort.
Le Théâtre-Français a eu une idée dont il faut le féliciter : celle de faire dire pour l'anniversaire de la mort d'Alfred de Musset, la Nait octobre. J'ai voulu, à cette occasion , relire ces volumes de vers » dont les premiers sont nés dans nos jours de congé communs, quand nous suivions ensemble gaiment, dans les champs, la muse de Vexeat,
Je marche dans mon passé en rouvrant ces pages* J'y feuillette toute ma vie. Je vois encore sur le bureau d'Alfred la copie de cette ode romantique où se sentait l'inspiration d'Hugo :
Que j'aime à voir dans la vallée...
Le Mardorlip , d'Alfred de Musset, descend en ligne directe de Don Juan, — ce Mardoche que j'ai vu faire , moi le confident de ces premiers tAtonnements poétiques. Il m'est arrivé plus d'une fois de les révéler à ses parents, dont l'écrivain novice se cachait. M. de Musset-Pathay, le
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MOmmOMT URÉRAM DB iSSO. 98i
père d'Alfred, a fait d'exoellents trayaux sur J.-J. Rooaseau. Sa mère était également une peraonne des plus
distinguées par l'intelligence. Souvent, pour leur curiosité bien concevable, dans ces papiers que j'empruntais fàrtivemenlà une poehe de lyoéen, à o6té des plus idéales aspirations, se trooTaient oertaines gaillardises de jeunesse qui nuançaient de sévérités comiques la satisfaction bien léj^ntime de parents lisant déjà dans ces essais en désordre rhoroscope du grand poète.
La pièee de CbarleB^Qmnt à Saint^usê, qae Paul de Musset a eu la bonne inspiration de restitner aux œuvres posthumes, était plus longue, il me semble. Il y avait là des strophes. Je retrouve dans le volume, avec plaisir, les témoignages de l'amitié d'Alfred pour le jeune duo d'Orléans, notre eondisoiple au eoUége Henri IV, et que le poftte fréquenta plus que moi. Il était invité fréquemment à aller passer à Neuilly les dimanches chez le prince qui fut depuis Louis-Philippe. Quant à moi, ce ne fut que pendant une semaine que , assis à oété de oe oamaradé princier au bano d'honneur, je connus « de Chartres , » ainsi qu'on prodamait son nom à la distribution hebdomadairc des places. Tète si sympathique, front si bienveillant destiné à se briser prématurément sur une chaussée subuibaine , — qui était déjà pour lui , sans doute , la grande route de l'exil 1
jr'assistais chez Anton y Oeschamps à cette soirée où éclatèrent comme une tempête de poésie, les premières verves de D. Paôz , — succès à la fois de surprise, d'admiration , presque de scandale. Je . retrouve avec plaisir un autre sonnet à Victor Hugo , — oe sonnet où se noya , dans de fraternels alexandrins , la brouille de deux nobles intelligences trop ombrageuses peut-être pour se cétoyer longtemps impunément, trop hautes pour
m LES COULISSES DU PASSK.
80 perdhra loBgtenps de vae. Je voit â¥ee attencfariseeneiit eee dêtmhn vers, tout pleims de k mort, où le séant
a déjà mis sa marque dans la défaillance de la pensée. Le Souper choz .4/"* Bacbol, curieuse anecdote, nous fait deyiner, par les vers qui servent de post-'SorjpUun, un de CM romans qui 'agitant rexistenoe du poète, olaviar vfTanl que la plus BubHme inspiration frîsaif Tibrer, que les passions de l'amour brisèrent , que celles de l'oubli éteignirent.
Je ne ckeroherai pas à découvrir quel mystère amoureux est mis en scène 'dans ce petit drame poétique de la
A''';;7 d'octobre. Tout ce qui a pu ôlre dit à la fois avec vérité et convenance sur la vie privée se trouve dans rexcellente notice que Paul de Musset a consacrée à son frère aans le tome X de la grande édition de luxe ; je me
. l)orne à une citation qui me suggère un rapprochement.
Il semble difficile de trouver un plus; amer désespoir,
i|n plus implacable désenchantement que dans ce morceau • ■ - '.i • ..... ... (* « . I. tt»«
de la Nmt a octobre :
aoate à tôt, temme à fmû loiDlm, •dKtlai ânatfa*
ç^l ensevali dans Voml^re
Mon printemps et mes beaux jours!
C'e#t 'la voix, c'est ton sourirH, '
C'est ton regard corrupteur, Qui m'ont appris à maudire Jusqu'au semblant du bonheur^
OM ta jtttiMsili'at Ht €ft«»ài0i m*Q^% (ait déMipér^;
Et si je doute des larmes, frol? qû« Je ifat* vb^plaurcnr.
Cependant eette strophe du MQrger ( il est eurieux de
comparer les doux poètes) est plus effrayante peut-être. 11 s'agit d'un testament ^ue le poêle muuiant envoie c à
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eéÙÊ dont le nom wêx, lèpres lui reyient, oomma nn miel lait de plante amère. »
Vous lui dires ma mort, et que c'est samedi
Qu'on doit me mettre ea terre, — onze heures pour midi; —
Vais si, dans sa claire prunelle ose lanot tremblait, — rien vfnnp seolennat, — Tous ponves déchirer en deux le testament :
Alors ce ne serait pas elle.
il y aurait peut-ôtre quelque chose qui aurait causé à Alfired une plus violente douleur q[ue toutes les trahisons de l'amour, si nous en eroyons ses lettres. C'est une faute
d'inii)rcssion qui altère le sens rrune de ses strophes. Elle lui causa une iiisumiiic de trois nuits. 0 sublime enfantillage des grands poôtes I O rsspeot pieux de leur propre pensée, qui fait sourire tout antre, — mais sourire agenouillé !
I.a A'///7 d'octobre, qui semblait ne devoir être qu'un régal de raffinés littéraires, a attiré la i'ouie à tel point, que la Comédie-Française avait supprimé pour la solennité l'hospitalité au leuilieton. Ce n'est pas là-dessus que je la tracasserais. Si je n'étais pas invité chez Elle, — j'étais attendu par Lui. x]'iii era le retrouver, en elfet, avec Delaunay qui reproduisait avec une réalité effrayante ses traits connus , nous rendant en même temps dans son costume toutes les coquetteries de la jeunesse d'Alfred — dandy rimeur dont les boucles blondes ondulaient déjà avec tant do fçràce sous leur couronne invisible. Delaunay avait déjà marqué sur son teint pâli, dans ses yeux rougis, les ravages du mal qui devait l'emporter préma* turément.
Ce que j'eusse réclamé , c'est une mise en scène |)lus ingénieuse. Celle poi4i>ie n'a aucun mystère; elle se dit rampe levée , et la muse , deliQ^t attirés <4u fautsail du
t84 Lsa couusiw du pamA
poète» m l'air d'avoir laissé son manteau el ses sooqnes dans l'antiehambre. J'eusse voulu (|uo la scène se jouftt
dans la nuit , éclairée seulement par la lampe studieuse de l'écrivain et par un rayon de lumière électrique qui eût frappé, au lever du rideau, le front de la muse. Qu'on en plaisante tant qu'on voudra, mais je voudrais que ces ressources de Toptique ne fussent pas* faites exclusivement pour les féeries indécentes et les parades indigestes, et je ne vois pas pourquoi l'on ne réhabiliterait pas ces appareils qui ont tant éoiairé de nudités , tant soUicîté de coneupiscences, — en leur faisant porter leurs rayons magiques sur un pudique tableau , sur de nobles figures.* Il est temps que la mise en scène devienne une initiatriee au lieu de demeurer une entremetteuse.
Le ThéAtre-Français nous a rendu aussi Le Cbêndêlier avec un soin et un goût remarquables. 11 y a pour la salle quelque froideur et quelque gène dans ce sujet , tant soit peu cynique, où Ton voit la coquetterie adultère se servir d'une ingénue pour masquer sa liaison aveo un libertin. Mais du moment que la passion éclate, du moment que le cœur blessé de Portunîo se déchire, les larmes — ce sang des douleurs uioiales — lavent tout. D'un bout à l'autre, on senl le souflle de ces deux grandes muses d'Alfred de Musset : l'ironie amére,— la passion généreuse. Le Chaadeiier servira une fois de plus à prouver que l'art n'a pas de ces pruderies qu'on veut lui imposer, et apprendra aux rougeurs trop faciles , — môme sous le maquillage , aux pudeurs de cliché, que ce qui démoralise un peuple, dans son expression la plus élevée : la langue de l'art, ce n'est pas le nu des grands talents, c'est le déshabillé
de la vulgarité.
Ce qui me frappe dans II ne faut juter de rien , — cette déliideuse piimeur d'imagination, à mon avis, le ohef-
MOUVEMENT LITTfilUlRE DE 1830
d'œuvre du poëte au théâtre , c'est l'horreur du pédaatesque ou, pour mieux dire, du prud'hommesque que j'avais toujours eonnue (à mon camarade d*école , aux premières phases d'une vie si hâtivement terminée et dont — tant nous étions unis — il me semble , en lui BLirvivant, que Je lui ai volé sa part. Oaus le rôle de Van Buck , — à certains endroits du moins , — de M"^ de Mante, de l'abbé, la solennité bourgeoise, gourmée, prétentieuse, est successivement et obstinément immolée. Le dénoùment du séducteur, vaincu, confondu par une sorte d'audace de la candeur, d'effronterie de la pureté , pour ainsi dire, c'est adorable, c'est l'innoœnoe sauvée par la nndité.
Une conférencière d'un rare mérite, M°*« Ernst, a dans une de ses soirées , donné sur Alfred de Musset des détails d'un intérêt vif pour tout le monde, et pour moi plus' que tout autre. Je reconstruis tant bien que mal de -
mémoire le petit récit de M"*« Ernst :
c Je hd lisais ses vers dans le livre qu'il m'a donné lui-même, il me faisait signe de passer quand j'arrivais à
des pa.uos (jui auraient pu me froisser. (Alors M™* Ernst était M"® Siona Lévy.) J'ai raconté comment, avec cette grâce et cette bonté du génie qui aime à communiquer ses joies et ses enthousiasmes, il nous avait initiés, mon feèTB et moi (qui étions fort ignorants), au théâtre de Shakespeare et de Gœthe. Un jour il nous a lu un poëme qu'il avait dédié à une sœur de charité qui l'avait soigné dans une grande maladie. Ces vers sont les plus beaux que* je connaisse de lui : je les ai vainement cherchés dans ses œuvres posthumes , et je ne serais pas étonnée qu'il les eût détruits; il y a des gens qui ont la pudeur de leurs piétés, comme d'autres celle de leurs faiblesses.
S^^t) T.ES rOI'LISSES DU PASSÉ.
et les cachant avec plus de soia : Musset était , je crois , dec^fut-là. »
D'Alfred àe Masset à MQrger, il B*y a pas loin — on
Tient de le voir.
Un ^solaolf du Oi^inaftse stMl tomiiné pt le Sentuat
d'Horàee. M. Montigny a Irien fàit d'illustrer son affiche avse le nom de Mùrger. Non, à coup sûr, que ce soit là une vraie pièce. Lui, Mûrger, le poëte de la Bohême, lui l'Mfant de la faataiftie, Mrû jaaiais été oapabla de iaiii^
nn bon vaudeville? Il ne se le serait jamais pardonné i
à peine, du reste, aurait-U eu le temps du vcuionls. 11 n'a i^urvéyjj <i\x€^ dq quelqviea jQUfs ^ sqw f i^Jlçiès d\\ Pal%i§- ^^jf^\ i «fifps inênaa 4u Vmi^ fi^i^yeni étr^ tpan- «HiBilil* Il o'4F » 14 do lAf^SW que «oji cqu^eqlricîté am^ santé et incurablemeni spirituelle. Cependant la scène ftu liorace brûle les lettres « des aju-iennes, » fait ressouvenir
vje^xt yoUignr d? ps çes p«)iM^tt«§ pn^àniipée^
Car ce luxe nouveau qui tfi re|id si jolie ipQ fiippelle pas mes ainours (^isparus. Et ta fa'es (\ue plus morte et m^etix ensevelie Mtkili ea'liaéaM dW Mis 4^ Unf'ete Ml M ptas.
Gaîté dç croque-mort qui 8*en^rre ^ui-mén^e,
Vd/lï que je me mets a Vire* corn m'p un fou.' Mais cette paîté-là n'est qu'une raillerie : Ma pluiuc on écrivant a tremblé danr, ma main, El quand je souriais, comme une chaude pluie, te^ laVmes'tftraçafent lHTmétâ mrTê ^Un.' ' '
flien manque à cette destinée, si littéralement aventureuse de Njurger. Il ^st né dans une maison où courait
sur le papier la plume spirituelle de Jouy, qui n'était pas
MOUVBIIEliT UTTÉiliURB DE 1^90.
seuleaient le poète traiiiquc et ciipillaiie de SylJa, — où le pinceau d'isabey curcssaitia loile^ — où la Mulibruii et la Viardot essayaient leurs premiers chants. Mais c'était dans la soupente du portier que Mûrger avait vu lé jour, si toutefois le jour y pénétrait. La loge du concierge au départ, la Bolième sur le clieuiiu, l'hôpital à l'arrivée, telles ont été les trois étapes dé cette roule — un calvaire dans une cour des Miracles! Pourtant la gloire a doré cette misère fantasque et laborieuse. Les carrosses des ministères, de l'Institut, sont venus escortera sa dernière demeure le corbillard de celui qui fut toute sa vie le poète de la mansarde ou le génie à pied.
J*avais voulu par couseîenee dans un de meç feuiUetqna parler de la BêtaWe de TouIatmOf rejouée au théâtre des
Menus- Plaisirs, direction Gaspari.
Mais, hélas 1 le malheureux théâtre n'avait pas vécu Tespace d'un,*, scrupule. Il faut donc me eontenter de mes souventrBy — cette richesse appauvrissante qui ajoute à l'intelligence tout ce qu'elle retranche à la vie.
L'ouvrage fut, il y a longtemps, la grande pièce du spectacle d'inauguration du théâtre l^nt- Antoine, davenia tbéàti*e Beaumarchais. MM. Anténor iol][ et ^9 Villeneuve^ ouvrant cette petite scène, dont ils devaient un peu le privilège à M. Victor Hugo, allèrent luî demander, à double titre d'écrivain illustre et de voisin ^M. Victor Hugo demeurait alors à la place Hoyale), une pièce d'ouverture. Victor Hugo les reçut pendant qu'il déjeunait. Il ne s'engagea pas è défrayer cette solennité modeste, mais il leur proposa une pièce de Méry, qui à ce uiouient était assis à sa table. G'était le mercredi. Méry» qui n'avait
rien de fait» et môme rien en vue* accepta. On se donna rendes-vous au lundi suivant ohei Victor Hugo également
et Méry lut, au jour dit, la Bataille de Toulouse, entièrement achevée.
Deux actes froids, peu habiles, peu scéniq[ues laissèrent le SQOOÔs indéterminé jusqu'à un troisième acte, où une situation vigoureuse justifia les sympathies qui s'attachaient à cette pièce-^a^^eure. On sait qu'au tlénouoment, un mari, sùr de son déshonneur, enferme avec la complioe Tamant, à l'heure d'aller combattre avec ses frères dans cette journée suprême t où l'Empire descend à son loiiibcau. » — Tout l'amour de la jeune femme ne peut arracher au remords et au délire de la honte le transfuge malgré lui, qui se précipite enhn, du haut du doigon où il est enfermé et cadenassé, et va tomber sur les baïonnettes de son régiment qui passe au pied de la tour. Un noinino Orner, qui n'est pas celui qu'on a applaudi à l'Ambigu, et qui reatra bientôt après dans la vie privée, dont je voulus en vain Tarracher pour une eréation, était fort remarquable dans le rôle du mari.
Il y avait là aussi une fort belle personne, M"*« Fierville, qui fut longtemps à l'Ambigu.
L'ouvrage, à coup sûr, ne justifiait pas la confiance qu'y avait mise en dernier lieu ce bon directeur des Menus- Plaisirs, mais commençant la comédie, il avait joué un petit l'ôle dans la pièce à la création, — ii avait écouté cette voix lointaine de la religion des souvenirs, si indifférente aux générations chez qui la vénération n'entre guère dans les éléments de la curiosité. Méry, du reste, n'a jamais réussi au théâtre. Paradoxe vivant, improvisateur intarissable, Méry avait trop d'esprit pour la scène et pas assez de patience pour le succès. La Bataille de Touloase est encore peut*ètre sa meilleure pièce ; mais
uouvKmsNT LrrrKiUURB db iSâO.
de môme ^e pour ]e neréehal Soult» elle, n'a jamais été pour Méry ni bien penioA ni bien gagnée. §•
Frédéric Soulié I lutteur \omhé dans Taràne, < moirt
par le cœur, comme il avait vécu, » ainsi €fae V9l dit mi grand poëte, et en se sentant mourir, — Frédéric Soulié, dans sa carrière n'eut jamais de repos. Il put connaître la fortune, -7 jamais l'aisance. — Je me rappelle encore le bal qu'il donna pour la centième représentation de la ' Closerie des genêts» — C'était un talent intermittent, qui n'a jamais rien donné peut-être de complet au théâtre, mais qui n'y a rien commis de méprisable^ Il a leujours eu la conscience de son œuvre, comme il a fini par avoir celle de la mort.
Après avoir perdu beaucoup de talent dans ces œuvres incomplètes, dans des succès parfois éclatants, mais rarement solides, Soulié a pu enfin laisser un drame : 7a Cl<h série des genêts , sa dernière œuvre, qui s'est toujours maintenue à la scène, parce qu'elle a une qualité irrésistible, la conviction : cette qualité de la génération à laquelle appartenait F. Soulié, et qui restera son unique, mais étemelle et incontestable supériorité sur les générations gouailleuses et sceptiques qui l'ont suivie.
F. Soulié croyait, s'indignait, aimait, avec les personnages. Il poussa même dans la vie, jusqu'à ime sorte ùê défi aux lois sociales, le culte d'aHèctions plus dévouées que régulières. Sa liaison intime et fy[)Solue avec la femme d'un de ses premiers collaborateurs (la commandite littéraire a parfois de ces faces intimes) se dénoua par. la mort de celle*ci.
On eût pu et dù ignorer tout. Soulié, qui ne. se croyait
Ml %MB eOULUMB DU PASsA.
pas quitte envers la mémoire é'une compagne à qui il avait dù las soins les plus infatigables dans les souffrances d'une maladie qui devait enlever plus tard et pourtant prématurément la poète» adressa alors à tous ses aniis le singulier bOlet de faire part imprimé qae voici, et que je reçus moi-môme :
« M. F. Souiié a l'honneur de vous faire part de la perte éonMmoBe ^'il vient de làire en la pmonnf ée B..« • (Le nom y était en toutes lettres.)
La vie de Soulié ne fut qu'une lutte, avec la misère d'abord, ensuite avec la fortune imprévoyante et se dis« «ipant aussi impradminent que se gagnant laborieuse*
La Closerie des genête était Hfée (Pun roman. Frédérie Soulié demandait à toutes les formes de la littérature, comme Dumas, la satisfaction de besoins d'une vie insou- ^ense et inoonseisnte.
La maladie de eœur fit des progrès et le travail no s'arrêta pas. Succombant à la peine, il vit venir la mort et soutint courageusement ce dernier drame où cette fois i*aeteur s'éteignait réellement avec hi pièce.
La difféf«noe entre la Cloaa^h des genêts et la Toar de Nesle est frappante. L'une, c'est de l'habileté démodée ; l'autre, du génie tionqué. Frédéric Soulié est détestable par moment, mais il n'a pas vieillL On dirait un géant qui trébndie parfois. L'autre drame, avec son moyen âge de fantaisie, ne semble aujourd^ui qu'un nain spirituel, tombé do sos échassos.
Les cinq premiers tableaux de la Closerie des genêts roulent avec un effet irrésistible. Les trois derniers caho* tout parfois dans Tabsurde on subissent le soubresaut de gros effets vulgaires répétés malheureusement. Ce vieux
ivsan faisant liie de force à sa fille l'aveu de son dés*
MOUVEIISNT UTréRAIRB DB 1830. 291
toute la petite fortone qui lui revient, atteint «çv dendèree
limites do l'art, — c'est de TF^schyle, en sabots; — mais je n'aime plus qu'ensuite Kérouan parodie avec son épée mélodramatiq[iie le pistolet du général outragé.
Le ehoix dee interprétée» qui n'avait pae teujenrs pu sauver des ouvrages défeetneux, avait beaneoup servi la Closetie des r/cnéls. Saint-Ernest fut un Kérouan épique. Un comédien soigneux et très- original que j'ai déjà nommé, Matis, jouait le général; Vemer (depuis le Por* Ihos traditioBiiel) Dominique^ et Montdidier, alors dans la force de l'âge, tenait avec beaucoup d'élé^uncc et d'autorité Montéclain. Ils sont tous morts.
Paulin-Ménier avait le petit rôle du souave* Il n'était pas eneore au sénith; mais il doit au peu d'édat de sa juvénilité d'alors de ne pas s'être lui-môme couché pour jamais. La belle et intelligente Lucie Mabire (M™* Edouard Plouvier), qui a succombé aussi, Cktjon» maintenant à la GUnnédie-Aançaise (Je ne sais pas ai Je dois l'ezeep^ ter des tombes); l^nehanteresse M** Naptal Amault» aujourd'hui riche et à moitié Ilusse, représentaient les passions féminines et les séductions de la pièce.
Ën rdvanche, Montdidier, qui a créé Montéclain aveo iant de bonheur ef d'intelligenoe ^ est mort pauvre et oublié, après avoir tenté malheureusement la carrière de direoteur à l'extrémité du boulevard.
Le Frédéric Soulié dramatique était le eomposé d'un filent qui touchait au génie et d'une gaucherie qui ddpesseit souvent la naïveté. 8ehil1er semblint qucHquefôis passer la main chez lui à Calino. On n'a pas l'idéë I^ar exemple de la maladresse du drame des ÉtudiantSf oà TaiÉteiir n'a même pas pHs la peine de varier les moyens. Les deux couples d'amettreinc font eonnainmnoe