MOUVEMENT LITTÉRAIRE DE
dans la maison de Molière et de Corneille. Oa ne a'eal paa servi de Tume qui a yaln à ce grand répertoire les drames
fiévreux d'Alexandre Dumas, les gigantesques œuvres de Victor Hu^o» les comédies vigoureuses d'ËmileÂugier; — on aura été aux voix dans nn Yîeox chi^eau que monaieur Scribe avait oublié la dernière fois qu'il est venu lire au comité. Mais cette fois le Théâtre- Français a payé cher sa faute. Aussi malheureux que son ex-conteînporain Louis XIV, non-seulement il aura trop employé les Villeroi, —mais il a méconnu les princes Eugène. IjS victoire de Mallefille a été plus éclatante encore contre le Théâtre-Français qu'elle ne l'eût été par lui, plus littéraire sur un petit théâtre et avec une troupe d*occaftion, qu*on n*eût pu la faire sur la première scène de France et avec un admirable ensemble. Tout Paris a été voir le Théâtre-F'rançais à Cluny; on ne voulait plus voir que Cluny au Théâtre-Français. Ce n'est pas la topographie, c'est le juste courant de la faveur et surtout de la colère publique, qui a fait cette fois la rive droite de la rive gauche.
C'est là que je suis heureux de redire, quitte à me répéter, que MaUefiUe appartient à cette génération de 18â0 dont on veut en vain oontester la supériorité de taille* Pendant que des sceptiques microscopiques plaisantaient et picotaient les géants endormis, de temps en temps il s'en réveillait un qui souriait et emportait tout un Lilliput ivre dans un manteau d'arlequin.
Et voici que Mallefille meurt avant que la Comédie- • Française ait pu réparer l'inqualifiable déni de justice dont cUe s'était rendue coupahle à son égard. Mallefille n'était pas seulement le dramaturge énergique du bouls^ vard, mais l'ingénieux et spirituel auteur du Cmut el ia Dot et des Deax Veuves, deux comédies de son répertoire.
S96 $m G01IUB8I8 DU PAsai. .
Ce talent avait en effet une double face. Rude et violoai à la Porte -Sa inl-Martin et à l'Ambigu, il était plein de verve et de finesse attiipie aux environs du Palais» Reyal. On eût dit que la permqne de Voltaire ooilfait alors le front rugueux du paysan des Alpes. Après ses luttes romantiques, le triomphe de Glcnarvoiiy la grande soirée indécise des Sept Enfanta de Lêrep la demi*vicloire de Banâaly la chute de TiéganU le Loop^ la portée éminente des Mères repenties^ Mallefille avait su retrouver pour ses pièces du Théùtre-Français et pour les Sccpti" qaesp une véritable fleiibilité de toudbie et Tinstinot de la oomédie. Malheureusement — chose extraordinaire! cotaient essentiellement perfectible et varié, ne savait pas se transformer selon les occasions. J'ai été, pour ma part, agent dans une négociation dont le résultai pouvait promettre un véritable soulagement à la vie si honorablement laborieuse et si noblement nécessiteuse do Maîlefdle. Edouard Bertin, qui a su maintenir au Journal des Débats son niveau si élevé de criticjue et de polémique, avait désiré, après la lecture des Mémoires de don Jaan^ attacher à sa rédaction Maîlefdle. Tout llalté qu'il dut être de ce désir, ce dernier ne put s'assujettir à un travail en dehors de ses habitudes, et préféra rester dans la pauvreté libre.
Il était souffrant depuis longtemps. « Ah 1 mon vieux camarade, » m'écrivait - il après mon article sur les ScepliqueSy « j'irai t'embrasser dès que je pourrai me tenir debout. » Le bonheur ne l'avait pas suivi dans sa voie de démocrate convaincu et inébranlable qui n'a rien accepté que de la Républicjue, dans sa carrière d'écrivain consciencieux. Il y avait sur sa vie littéraire la même fatalité que sur son visage, dont les traits étaient nobles et réguliers, mais qu*un œil éteint et couvert d'un voile blanc défigurait singulièrement. Enfin le
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MCoèB était venu le trouver dan» sa retraite du Cormier* Les Sceptiques avaient attiré au théâtre Gluny, non-seulement les lettrés, mais le monde de la bourgeoisie, du
plaisir, de la flânerie eui ieuse. Les directeurs qui avaient dédai^é ces mômes Sceptiques, qui n'avaient eu que Tindiflérenoe pour ce suooulent festin littéraire offert tout dressé, mendiaient, quelques jours encore avant le jour fatal, les miettes de Mallcfillo à sa porte. Mais Mallefille n'était pas homme à se mettre à leurs ordres; il attendait ceux de Tinspiration. C'est la mort qui est venue !
On a réédité une ancienne comédie de lui, Payehé, précédée d'une curieuse préface qui relate les péripéties de l'ouvrage reçu à correction, puis refusé au Théâtre-P>auçais» enfin représenté au Vai|devilie où, diminué d'un acte et demi, il tomba : il lui eût été plus diflBoile encore de se soutenir, après amputation. Les deux procès-verbaux de la double déconvenue de Mallefille, au Théâtre-Français, sont très-amusants. Il fut surtout immolé par les femmes* Ces douces M énades étaient souvent impitoyables pour Orphée. Elles se croyaient parfois, il est vrai, le droit de )*appeler Morphée. Il y avait, à la première lecture, M"" Desmousseaux, Mante, Ânaïs Aubert, Plessy et, à la seconde, les quatre ci-dessus désignées, plus M"»" Noblel et Rachel, la grande Raehel qui, de temps à autrè^Melpomène distraite — immolait un écrivain paisible entre deux tragédies. Iphigénie en Taurido se retrouvait dan» ses sacrifiées humains. J'ai lu moi-même — > et le plus ^GU• vent sans succès ^devant des aréopages ainsi composés. Très-gracieuses toujours du reste, ces magistrales demandaient au patient la permission de s'occuper a quelque ouvrage de fèmme pendant la lecture. On écoutait mieux ainsi, disaient-elles. Je sais que, pour ma part, mes alexandrins ont valu pas mal de petits bas aux enfants
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de ces dames ou de puutoufles à leurs mnis. Ç a été là • le résultat le plus alair de mes hexamètres euagediéa.
MaUeÛlle» un peu raitcauier oonune tous les hommM eonvainous, nous raooata oomment oa rit aux éolals pan* dant toute la comédie, et comment on la lui renvoya pour la refaire, ni plus ni moins que les Sceptiques* Seulement alors M, Laroohelle a'aaûstait pas aomma direoleuc» La aoar d*appel d« Gluny n'avait pas été inatitaéa. MallefiUa s'en fia aux témoignages de sympathie qui lui furent donnés et crut devoir rapporter aux sociétaires l'ouvrage remanié. Dans rintervalle eeuxHii avaient reo« luie pièce de Soribe» le Fils dê CromweJL Ils omrent n'avoir plue besoin de Psychv et la refusèrent. L'arrêt pouvait être juste, mais le procède était dur, i/auteur porta sa pièce au Vaudeville, où elle fut admise moyennant ajnetement» d V près le système I^poonste,* au proportions du tlièâtre, Beulement, peu après, on vint du Théâtre-Français l'aire, sous main» la proposition, à Malleiille, d'aller relire sa pièoe sous un autre titre; Teseaide Soribe, dans le dremSi avait complètement édiouè. Le Fth dê Gromweii e'ètail égaré dans cette Angleterre de fantaisie , que lo Verre d'eau avait ouverte avec plus de succès. MailefiUe crut devoir rester ftdèle au théâtre qui venait de racoueilUr»-*» c'était Aneelot qui dirigeait idors, si ma mémoire eet bonne. La pièce ne fut pas heureuse sur ce terrain-là. On siftla et la presse, plus clémente pour uue œuvre à coup sûr distinguée» ne donna à l'auteur que des oonsolatione inatiles.
Aujourd'hui la pièce a retrouvé ses cinq actes. Il faut dire la vérité aux morts comme aux vivants. En dépit de rares qualités de style, eUe doAne raleon ans -ter* fiversalions du Théfttre^FrançaiSi sinon à son arrêt âéfl«' niftif , plutôt qu'è l'iMepitalité du YaudeyiHe. Ce n'était pas
MommnirF imàhàXBM os 1880. '199
là| à 6oup iftr» me lUchelieii, l'inqualifiable déni de
justice des Sceptiques, Malgré tout, la préface de MallefiUe n'en aj»porte pas moins un argument sérieux de plus aux dbjeetioiMi faites à l'endroit da eomité de leolore du ThéAtre-Franoeis. Quant à moi, je n'ai là-dessns qu*«ne opinion individuelle à exprimer; mais, à mon avis, le meilleur comité serait— de n'en point avoir. L'absoiutiame* mpuitmeu^ en poUtiquet eet enoore eo j)u'il y a de moine • défedneux en fait d'art.U n'a pae de danger d'epiureseiem ebei un auteerate que n'éternisent aueunee baïonnettes et dont les pouvoirs sont nécessairoment limités vis-à-vis du pli^ iiumble de ses surbordonnés par les presorip tiens du oode ciyil et par des dossiers d'avouée. 4% voudrais» pour ma part, mi directeur iteolui maie responsable» à pouvoirs limités et renouvelables, complètement indépendant, pendant oe laps de temps, de la république théé* traie entol que du réfime adminisiraftir* Ce smil «ne eembiaeîaan A trouver, D y a quelqu'un qui a plue d'en*
prit que Voltaire, a-t-on dit : c'est tout le monde. — Oui, mais oe n'est pas quand il dirige un tbéâtr0.
vni
Le Thvâtvo de Clara-Gaxul avait fait connaître Mérimée qui s'éteignait il y a quelque temps à Cannes, survivsKl k rfimpire et un pen à lui-même» ear on avait dé^jà nanoneé sa mort qu'il n'avait démentie qu'aveo une demi"
convictiun.
£ixeepté le Cêrroase du Saint-Saoremeat, qui n'eut point de sueeèe é la soéne» mmune des pièaea qui oon^osent le tbééti^ apoorypke de la eomédienne espagnole» ne ftit représentée dans sa forme primitive. Tontes à peu près furent exploitées par des arrangeurs. Les Espagnols 4i{
Danemark ont été mis en scène plasieurs fois et notamment aux Variétés, sons le titre de YEspionne rosse, jouée
par Jenny-Goloa et un nommé Daudel, chargé des rôles — de tenue , — et à qui on confia bien des rois de vauderilie. Inès Mendo ou le Pr^agevainoa, c'est, on le sait, rhistoire terrible du fils du bourreau qui se mntUe lui-> même pour n'être pas obligé de remplir auprès de lui rhorrible fonction héréditaire à laquelle son nom Toblige, Inès Mendo a été reproduite à la Gaîté, sous le titre de Polder on le Bourreau it Amsterdam. Le rôle était joué par le vénérable Marty, directeur et acteur à la Gafté, depuis mort à Gharenton, non comme pensionnaire, mais
maire et décoré*
VOeeamn^ une idée des plus dramatiques (unejeune fille confidente des amours de sa rivale, déeidée & se sacrifier pour elle et ne pouvant résister à la tentation qui se présente fortuitement de la faire périr), fut imitée au théâtre des Nouveautés» avec Virginie Déjaiet, auk premiers temps de sa carrière. On a monté pour elle, au Palais-Royal, à l'apogée do ses succès, le Carrosse du Saint* Sacrement^ sous le titre de la Périchole, qui devint aussi le titre d'une opérette d*Offenbaoh, pour
M""" Schneider.
Tiwàtre do Cîara-Gazul avait provoqué une vive curiosité que justtifiaient la sobriété habile de la manière et la netteté des- cmilonrs. Le deuxième volume d'oBUvres publiées sous^ la forme dialoguée par Mérimée, eut moins de faveur. Il se composait de la Jacquerie^ scènes féodales, rappelant une époque barbare et répuli^ve, à dessin oonfos, et de la Famille de Carv^jal où quelques traits vigoureux ne peuvent racheter l'horreur du sujet, fondé sur Tinceste, et qui rappelle la tenible his» toi]re de Béatrix Geaci.
uùu^ftÊÊKKt UHÉiuiioi ni i88(k 8M
La CbroDique têmjm dê Chéries IX donnt ma Pré mue
Clercs des personnages et aux Huguenots un quatrième acte. La Dame de Pique est devenue opéra. Toute l'œuvre de Méfimée poiurrait donner lien mx mdmea recharehesy si ee n'était pent-étre se perdre dans le détail.
Bien que Mérimée appartînt évidemment au mouvement romantique , ses travaux ne rencontrèrent pas l'opposition aehamée qui dî^utait le terrain, au théâtre on ailleurs» à Vietor Hngo» à Alexandre Dumas père, à Alfred de Musset, etc., etc. Il y avait dans Mérimée, si hardies que fussent ses données» si violents que fussent ses moyens» nn œrtsin soeptieisme inné, tikka ironie savante d*exéenfion qoi le préservaient des entraînements pas* sionnés, des intempérances de convictioDS hyperboliques qui prêtèrent tant à Tépigramme et aux récriminations ehes réeole nouvelle., lAii-mdme n'avait pas l'air de prmidre au séiienx le oôté tragique de oes eomédies sanglantes d'un trait si fin, d'un réalisme si bien observé, et désarmait ainsi d'avance les critiques, impitoyables aux novateurs que l'enthousiasme et la fièvre transportaient haut et loin — mais égaraient, quelquefois.
Un mot sur l'homme privé maintenant.
Quand Mérimée commença sa carrière, il était républicain et parfaitement esprit fort. Il n'est pas resté républioain, on le sait» mais oertaine publieation antireligieuse (qui aurait bien pu compromettre son éleetion à l'Aeadéinio, s'il n'avait été déjà alors arrivé à ce but) a prouvé qu'il n'avait jeté çà et là sur sa route que les préjugés embarrassants. Ërudit, historien intéressanti archéologue aehamé» très-versé dans les langues étrangères où,* s'il faut en croire les Mémoires de M™* Ancelot, il eut de charmants professeurs internationaux ; — il dut dans les premiers temps de ses suecès extra littécaiieSy un eoup
LES COUUaSBH DT5 PASSB.
d'ôpée à l'amour, qui, par pâruthàaa,,!» dédattunagea luaiidapttis. C'était «a honme des plus aimbkt* ma ra})i)clle avoir lanfé d'entrer au ThéAtfa^Français aveo
lui, ù lu première i eprésdatatioQ du Heari III et su Cour, d'Alexandre Dumas.
A oa momaat» la ayatèma daa aallaa da premiéra rapréaaalalion n'était paimt parfeatiomié aamma aujaurd'hai. ia
paria pfaai avec lui un simple billet do deux places à l'orchestre sans désignation do place numérotée. Il fallait faire une lienra da queue et Uvrar une 'férilable bataille dana laquelle, je dola le dira» liérinéa» que je auivaîa»' déploya les qualitéa d'un atratéga diatingué. Elles ne nous donnèrent pas la victoire; nous ne pûmes trouver une place libre à cette soleimité, dont Mérimée était fort aarieux. U rajuata aa oraTale en désordre , orotaa de aon Mieux aon habit noir aor aa ehemiaa froîasée et a'en alla chercher, pour se dédommager , un succès do causeur dans le salon de M»<* Ancelot^ qui recevait , je crois, le ■Mraaadi»
Mérimée était» du reate, exaelleni amit juaqu'à la paliœ
correctionnelle inclusivement — qu'il brava pour la défense de M. Libri, en attaquant, dans la Revue des Deux- MaadMf la chose jugée. On sait qu'il accepta le Sénat avae cette déainvolture habituelle qu'il apportail tallement dana aea prinoîpea radieaux qu'on ne s'étonna point de lui voir accepter des fonctions puiiliques sous divers régimes monarchiques.
Bon entrée auLuxambowrg fut done moina portée à aon passif qu'à eelni de 8aiate*Beuve qui appartenait beaueoup au môme ordre d'idées littéraires, politiques et sociales, mais qui les avait bien plus accentuées. Aussi Sainlefieute fait-il de Méfiaée un grand éloge dana aea Geo* êtrimsda imM%
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MOirvnnifr LmiiiAniB »e 1830.
En ddflmtive, Mérimée 'garde dans l'art la pari qa*i) s'est marquée à lui-même , limitée, mais distinguée et à coup sùr indéniable : réel écrivain et prosateur fortement empreint d'individualité. Ces esprits si maîtres d'eux* mêmes, à eoup sûr, ne sont pas les plus grands maîtres.
Cependant quelques-uns de ses morceaux touchent au ohef-d'ceuvro : Coîumbay le Vase étrusque, Carmen, la Manon Lescaut du crime : surtout Arsèûe Guiliot, élégant récit qui laisse apercevoir à travers la Porie ouverte des houdoirs d'Alfred de Musset, un grabat d'hôpital.
Si Mérimée a aimé à mettre eu scène les natures corrompues, les crimes pittoresques, il faut avouer que c'est avec un tact prodigieux» un fini inimitable. Il a été et res» tera un type véritable et supérieur comme joaillier en vices
et comme ciseleur en dilTormitcb.
Mérimée se rattache au mouvement de 18â0, non par la passion qui lui manquait absolument ( ce qui fut une circonstance atténuante aux yeux de certains adversaires
littéraires) mais par la nouveauté du procédé calculé, le choix hardi des sujets. Mérimée fut le doctrinaire du romantisme t
ÉCRIVAINS ET POËÏES