‹ Les coulisses du passéChapitre 58 sur 70 · DE CARACTÈRES DIVERS · texte numérisé non relu

DE CARACTÈRES DIVERS

MORTS DEPUIS QUELQUES ARNAbS.

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On a tant plaisanté François Ponsard qu'on aurait pu

faire croire qu'il était un homme de génie. Il n'en est rien. Les tombes ne veulent pas plus être flattées qu'elles ne peuvent être insultées. La part de l'auteur de Char» lotte Corday est encore asses belle sans cette exagération. Ponsard était d'une école qui bénéficia bien plus de ce qui lui manquait, qu'elle ne profita encore des qualités qu'elle pouvait justement revendiquer. Le public avait beaucoup vu des écrivains qui abusaient de l'imagina* tion. Ceux qui en avaient peu durent donc être bien venus. On avait poussé à l'excès les émotions du théâtre — ceux qui n'en avaient môme pas l'instinct ne devaient pas lui déplaire. H connaissait des renards à queue entière ; les renards à queue coupée possédaient du moins l'attrait du nouveau. .

A ce moment vinrent à peu de distance les deux représentants de l'école du bon sens : Ponsard et Augier ; les autres ne comptent pas. Ce ne sont pas deux elassiqiies

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qui ont tué le romaatisme, — poui* deux raisons: — lapitK mière, c'est que œ n'étaient pas des olassiqaes; — la seconde, c'est q[ae ce qu'on appelle le romantisme n'esiste

pas.

A propos de Ponsai'd, Alfred de Vigny avait écrit dans ses notes cette phrase, qoB j'ai citée, mais que je reprends parce qu'elle exprima mieux ma peusée actuelle que je ne

saurais le fairo,

« Toute la presse vient do louer Lucrèce pour ses qualités oleseiques» tandis que son snocés vient précisément de ses qualités romantiques, détails de la vie intime et simplicité de langage, venant de Shakespeare par CarK>iaii et Jules Ct'snr. »

C'est parfaitement juste, et c'est précisément ce qui a motivé en partie les sifflets nsses aigus qui accueillirent la fm de la pièce, faisant succéder au drame (si drame il y a), une péroi aisou qui n'est plus que de l'histoire ver^ siHée. Emile Augier, fantaisiste aimable et d'abord poét§ assei médiocre , *— devenu depuis un écrivain satirique des plus vigoureux, — n'était pas davantage de rac9 classique.

Quant au romantisme, il n'existait pas, je le répète, 4 moins qu'on ne le fasse consister dans les vers brisés, dans l'abus delà couleur locale, dans la recherche des gibets et des fantômes, dans tous ces enfantillages dont les grandes œuvres n'ont pas su toujours se préserver et qui ont dominé dans les productions éphémères* U n'y avait, en fait de romantisme, que ce droit immortel de la vérité dans l'art, de reprendre possession d'elle-même, en cessant de se circonscrii^e dans le comique ou le tragiqucg d(^it qui datait de Shakespeare et Schiller, de Molière même qui a touché au drame dans le Misanthrope ^ une vraie oomédie pourtant,

ACRIVAINS ET POETES MORTS

Il y avail tout simplMuaat dans oe 89 littéraire des qbu« vres de second et de preaoier ordre» par exemplet — la

Tour de Neale^ un pastiche très-spîritnel qu'on ne prend

plus au sérieux, et Ilernani, venu avant terme, presque étouffé à sou apparition au inonde, qui a revécu depuis» de façon à prouver qu'il ne devait plus mourir. Il y avait enfin les hommes qui. ont vécu et vivent encore, remis glorieusement à leur place par la postérité qui commence, et il y avait ceux qui sont resti^s en route, comme il y a encore ceux qui savent s'éloigner du théâtre dont les exigences dépassent aujourd'hui leurs forces, ou oeux qui

n'y réussissent qu'à (Jcini.

Ponsard et Augier, grâce surtout à leurs admirateurs maladroits qui ont dénaturé le caractère de leur talent, se trouvèrent donc surtout mis en opposition avec la nouvelle école. De môme celle-ci dans toute sa première ardeur avait eu à combattre Scribe et Casimir Delavigne, ^ talents d'un moins sérieux aloi que les deux podtes de l'éoole du bon sens, mais qui étaient doués, l'un d'une facilité d'invention prodigieuse, bien que parfois assez misérablement monnayée, — l'autre d'un véritable sentiment du théâtre.

Mais le temps remet chaque chose à sa place, Laorèoe a

cessé d'être le bélier romain avec lequel on sapait les murs des hurgs de Victor Hugo, iie talent m sert plus à attaquer le génie. On a pu voir par l'effet comparé de la reprise de oe môme Hernani et de Liiordea, oe que le ré« pertoire dit romanti([ue a d'autrement vivant que les alexandrins de l'école du bon sens. Ce qui manqup surtout à Ponsard, je le répète, c'est l'instinct dramatique. Après le premier acte de sa tragédie, Lucrèce, le principal personnage— et le plus passif de la pièce, — disparaît et ne reparait plus qu'au quatrième agip. A la ecéue as&ez vive 49

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