‹ Les coulisses du passéChapitre 59 sur 70 · LM COULUMOES DO PASSÉ · texte numérisé non relu

LM COULUMOES DO PASSÉ

Talli«, an troisième aete, saooède l'épisode ezlra-scéiiiqae de la sib^le de Gtimes. L'efM de l'entreviie émoiiYante

de Sextus et de Lucrèce, au quatrième, se perd dans un long moaoioi^e du premier^ terminé par ce mauvais Ters :

htê aatefl npynéi hMUitot bmhi taticpilia»

Après la mort de Lucrèce, c'est-à-dire après la pièce finiOf se trouve un interminable épilogue politique^et c'est là ce qui impatienta le public à la première représentation qui se termiou par les bruits les plus discordants. Cette œuvre, présentée à l'avance comme un modèle de restauration des maîtres du xvn* siècle» n'émanait nullement d'un Monck littéraire des vieilles dynasties de la poésie tragique.

Mais en dépit de ces inexpériences, de ces lenteurs, de cette naïveté du faire qui ne cherche à combiner aucune péripétie, qui prend les événements tels qu'ils se trouvent et les met simplement en vers, à la suite les uns des autres,— on accompagne d'un intérêt constant, d'une attention soutenue, quoiqu'un peu sérieusCp ce noble travail où le poète à coup sûr ne se double pas d'un dramaturge, mais où du moins il ne cesse d'écrire sous l'inspiration du lettré. Le vers n'est pas irréprochable, mais il a souvent une force, une netteté concise, une allure carrée, pour ainsi dire, qui met dans la forme l'intérêt qui ne peut pas toigours s'attacher au fond. On a pu reprocher avec raison à Ponsard de donner à des Romains du temps de la louve les inreurs qui ont abâtardi l'aigle des Césars. — Mais il a étudié, on le sent, les mœurs qu'il n'a pas tant dénaturées qu'on le croit peut-être, puisqu'on ne les connaît guère, et dont il a voulu, enfiitde comipfion, nous donner le développement au lieu du germe.

touvAnm sr Fosns morts. 809

n est probable que, i>as plus que toutes les grandes figures des temps héroïques, Lucrèce n'échappera à Voïdium de l'opérette. Nous verrons sans doute Lucrèce se livrer à une ofaorégraphie échevelée avec Sextus à un bal Mabille de l'Aventin, et Gollatin jouera à une Bourse du Forum, de compte à demi avec Brute. ( -c jour-hi, ce sera moius encore dans l'intérêt de la dignité du critique, de la propreté de l'intelligence, qu'au point de vue de mon plaisir personnel que je tournerai le dos à ce mardi-gras de l'histoire romaine et que j'irai revoir, si elle est encore sur l'afliche, l'étude sobre et virile de Ponsard.

Après la mort de Técrivain on a r^ris le Liaa amou' reox pour que la première recette pût être consacrée à la souscription pour le monument de son auteur. L'œuvre à la fois inAlc et enfantine de Ponsard avait semblé avoir à ce moment son même attrait pour le public. A coup sûr, ce ne sontpoiittlà non plus les combinaisons dramatiques qui agissent sur la foule. Il est im])ûssible de rien voir de plus naïf que les tergiversations de ce général Ilumbert, ballotté entre les sentiments de son cœur et les convictions de sa conscience, et dont l^ rôle oscille régulièrement, d'acte en acte, comme le pendule d'une horloge, — républicain quand il est dcdaigiic par une ci-devant, et héros quand il ne peut rien faire de mieux. Toujours estil qu'on entend parler un beau langage, que le cri d'une vraie passion retentit parfois jusque dans ces péripéties primitives, — qu'une brèche ouverte sur le passé a laissé venir jusqu'au public le vent d'une grande époque, et qu'il s'est laissé prendre à ces nobles distractions qui le reposent de tant d'ahjectes orgies de ses fantaisies. Ce succès prolongé a été à la fois une bonne fortune et une leçon pour la Gomédie-Fran(;aise, qui — le fait est de notoriété publique » n'avait monté le Lian amoureux qu'avec pou

810 LBS cotrusm ou pASsAt

âecoTîflance cl dans la qiiasi-corlitude d'une de ces réussites pneumatiques qui se résument par un vide estima})le. La fortune de VHonneur et PArgeB^ enrichissant l^Odéon ftprès avoir été dédaigné me Richelieu, n'orait pas éclairé le secrétariat. Il ayait penr d'être si littéraire 'et semblait demander g-rAce d'avance pour Falexandrin. Aussi, il faut le dire, qui pouvait s'imaginer que, dans la maison de •Molière, on attirerait deux cents fois la fonle avec de la poésie, du style et de l'histoire f

Quoiqu'il en soit, la Comédie, i! ftint le dire, a pris avec beaucoup de phuosophie son parti de son succès. Elle s'est résignée à s'enrichir de très-bonne grâce; seulement la reprise essayée à Paris, après les deux sièges, fbt moins heureuse. On était littéralement déoouragé d'héroïsme ot à bout d'enthousiasme patriotique.

Ponsard est mort à temps. Ses souffrances n'avaient pas désarmé l'épigramme. Sa ûn prématurée le mettra, lui aussi, à sa véritable place. Avocat des petites causes à son début, il est devenu ensuite un des plus nobles défenseurs de l'humanité tout entière. L'étude de l'histoire, l'amour de l'antique, le grand mouvement d'émancipation humaine de 89, le dégoût des appétits matériels, la réprobation des bestialités cupides n'ont cessé tour à tour de l'inspirer. Demeuré étranger jusqu'à son dernier moment à l'art du théâtre, il n'en a pas moins entraîné souven les masses bourgeoisés et populaires^ au souffle de sa seule conviction, contre lesquelles s'émouésaient les traits sceptiques, et que ne décourageaient pas les rires blasés dont on poursuivait ce « Corneille-Prudhomme ! » Ponsard n'a pas redouté le lieu commun ; il a pensé qu'après tout cette banalité de l'honneur, cette niaiserie de la liberté valait bien, pour qui savait les aimer, les ex» centricilés de la décadence théâtrale, et que Tenaul

Digjtized by

icmVArtrs et i^oetes morts. 311 - — - . .

de certains recueillements de lunie était préférable aux écœurements des jQ^eusetés actuelles^ Mourant d^à, il eonsacrait encore à la canse de l'indépendance de la pen^ Bée aYOO OaHIée ses derniers hémistiches interi'ompus sans cesse pai- la souffrance, et si, dans la galerie de l'art, son bas-relief un peu froid n'est point placé aussi haut que les peininres vivantes du Génie, il sera respecté par le temps qui s'arrêtera devant cette alliance si di^ne du talent et de la conscience.

Au moment où le noble patient a trouvé dans de véri» tables tortures une mort qui était une délivrance» Lam* bert Thiboust, un des plus francs, un des plus fins représentants de la gaieté gauloise etderobservationparisienne, tombait à quarante ans, l'éclat de rire encore aux lèvres, au moment où il venait de jeter à l'asphalte du boulevard son dernier bout de cigare et son dernier trait spirituel.

Lambert Thiboust, dont je ne veux pas citer ici, bien entendu, toutes les œuvres, a touché à la comédie dans les Poseurs, — ouvrage oublié et très^remairquable^ — au drame élevé dans les Filles de marbre et dans le Secret de miss Aurore, — au drame populaire dans V Homme nest pas pariait, — qu'il a signé seul^ au succès toujours et partout. Cependant, voici ce qa'il m'écrivait modestement, il y a quelques années à peine — <r Les Jocrisses de ramour, les Diables l'osos, voilà^ j'en sois convaincu, tout ce que je puisi faire, tout ce que je sais faire ; — je suis, comme anteur dramatiquCi un Parisien qui aime à rire et qui tâche de faire rire. »

Il suivait quelques jours avant sa mort le cercueil de

Ponsard. A cette date, on le voyait encore sur le boulevard, son lieu de flAneric habituelle.

Pauvre Lambert Thiboast ! son iiiaéraire tradiiioimel a été bien inopinément et bien cmeUement modifié.

Paul de Kook mort : c'est une faoe vulgaire, si Von veut, mais réelle de Tesprit français qui s'éteint, c'est la

bourgeoisie du rire qui s'en va, l'entre-sol devenu vide dans la maison de la gaieté. Tout ce monde de grisettes, d'étudiants, de physionomies de la bouffonnerie mitoyenne disparaît avec lui. Les origines de l'écrivain sont médiocrement plaisantes. Il est le fils, nous apprend Vapereau, d'un bauq^uier hollandais mort sur l'échafaud révolutionnaire.

Dans les bureaux d'une maison de commerce, la démangeaison endiablée du gros comique vint le tourmenter. Il s'en alla poursuivre au loin la muse du débraillé. Il a énormément travaillé pour le théâtre. Ses premières pièces, dont je retrouve les titres dans le même article, sont les plus lointains souvenirs de mon enfance.

îl y a là un ^f. Mouton, un lever de rideau de la Gaîté, joué cent fois, l'histoire désopilante des terreurs d'un paisible bourgeois, à qui on prépare pour sa féte des surprises qui se traduisent, pour sa crédulité naïve, en complots de brigands. Jo me rappelle aussi, à l'Opéra- Comique, un certain Philosophe eu voyage^ joué par le bel Huet et M*»* Lemonniw, — du marivaudage lyrique ; car Paul de Kock était avant tout un producteur. Son esprit mettait parfois l'habit noir, pourvu que ce fût sur communde.

ur

ÉCRIVAINS £T POETES MORTS. 313

En débutant — littérairement'— ou non, j'avais écrit un roman irès-sombre qui s'appelait Tout ou rien. Un beau jour, j'appris que Paul de Kock Tavait mis en drame. L'écrivain avait commence d'ailleurs par de lugubres mélodrames à l'Ambigu. 11 m'offrit, je dois le dire, deux plaœq pour la première représentation de mou roman» qui réttssil beaucoup ce soir*U. La pièce toi rejouée et avec moins d'effet, il y a peu de temps, au même théâtre, pour accompagner une farce dite nouvelle de l'écrivain, peu digne de sa fortune populaire et dont le rire édenté s'essoufflait en vain à nous ressasser les plus vieilles plaisanteries de toute sa carrière de loustic ^ en trois actes ou eu quatre volumes.

Mais si Paul de Kock a vécu du théfttre, il n*y a pas

vécu : sa gloire est ailleurs. Le temple de son immortalité se subdivise en cinq cents cabinets de lectures. C'est dans le comique de pharmacie et dans le pittoresque de banlieue qu^il a conquis oette renommée humoristique qui s'était répandue jusqu'à Rome. Grégoire XVI, on le sait, s'informait toujours des nouvelles de l'écrivain qui charmait pour lui le temporeli — sans pourtant choisir dans le. spirituel. Paul de Kock allait partout» obser^ vait par lui-même. Il paya cher un jour son rôle de khalife Haroun Al-Raschid do la farce. Ce jorur-là, à Mabile, un danseur aviné se laissa choir sur lui et lui brisa le pouce.

On l'a enterré près de UomainviUe, non loin des lilas au milieu desquels se sont tant verdis le nankin et la mousseline de ses héros et de ses héroïnes favoris. Il y a eu trois discours sur sa tombe : c'est bien académique. Ilélas ! et même pour Paul de Kock, il faut bien qu'il arrive un jour où Ton nous prend au sérieux.

M. OàMék l'oa âm éujmB dts auleium draailifBBB, ■Mft Si j m qvilqilis wamêm, fol le oontanponin de D6migiers, de TMavloii, de RoeliefoH père ; il était ton*

jours vif et alerte cumme un flonflon. On ne voit m e p«e pourquoi cette machine, qui paraissait si solidemeiU montée» e'eel arrêtée lo«i à ooop. n aTaîl travaillé à beaueoup de pièoee o« plvtèl avait partioipé à im eertain

iioiahie de fomiiiaiidites dramatiques. Il aj»parienait à une génération d'auieurs qui disparait chaque jour avec le genre qu'elle repréaentait : le vaudeville — pléiade de la bonne hnmenr ayant jadis ad<H>té le nom ftmàbre qui commence, hélas 1 à trop se ju&liilcr aujourd'hui — - de Tassociaiioa du Caveau.

Je suis sur un terrain un peu brûlant, en parlant de Fiorentino. Peoi-étre on n'a pas onblîé» dans le monde de la presse et de la scène, que j'ai élé de sa part Telnet

d'uue inimitié constante , qui n'a pas été que pour moi seul un sujet d'étounement, et dont je n'ai jamais compris ni le but ni la cadse. Cela suffît à m'intardire tout oe qni pourrait ressembler à une attaque rétrospective contre l'ancien lundiste du Constitutionnel et de la France.

Je laisserai donc chez Fiorentiao l'homme de côté, et je me bornerai à m'occuper» au point de vue critique et eneodotiqUe, du recueil nonvean de ses feuilletons, qui vient de nous être donné : les Grands Guirjnols , — > en rouvrant les précédentes séries : Cuuiâdics cl Couwdicns, dont on ue s'étonnera guère que je n'aie point cru devoir

imvrjanB n poitbs morts, 815

parler. Mais, tout bien réfléchi, je no pense pas deyoirm'abs» tenir de parler au pulilic des théâtres , de ces annales de la rampe, parfois piquantes et instructives, môme là où elles amnsent moins.

Il est impossible à qui que oe soit, «- et je n'ai pas le droit de faire exception — de contester à Fiorentîno une certaine valeur de feuilletoniste, surfaite un peu par les Tivaoités des luttes mômes qu'il s'était exposé à braver, mais dont il reste quelque ehose à l'écrivain après les lustres éteints et le rideau baissé de ces théâtres qui ont été son arène.

Florentine laisse, dit-on, de curieux mémoires cornmenoés, et dont un volume à peu près était déjà écrit. Peut-être les verrons-nous, pour le plus grand plaisir de ceux qui rechercheut le lîachaumont de tous les passés. 11 est toujours intéressant de retrouver là la trace des premiers pas des talents qui ont fourni une si brillante earrière, et qui souvent la continuent encore, les aurores des séniths actuels : M°*« Galli-Marié se révélant dans la Servante Maîtresse ^ M"® Félix Miolan s'essayant dans Y Ambassadrice f etc. En général, le choix des articles réunis, sans qu'on nt pu éviter absolument de tomber dans quelques répétitions, presque parfois dans quelques rares contradictions, m'a paru lait avec beaucoup de ^oût et de discrétion. Dans cette dei*nière demeure, où Ton retrouve le critique-juge que je ne veux pas juger, le férrailleur de plume que l'on n'a plus à redouter, on sent qu'une main affectueuse, intelligente, accoutumée, a fait cette fois encore le ménage du feuilleton.

Il y a souvent dans Fioreutino , et c'est un point pour lequel tout le monde peut le louer (car ce sont là des tra«vaux aussi honorables comme but, qu'irréprochables dans leur mobile^ des études bien faites sur le passé de l'art,

LB8 G0ULI88I8 DU PASSi

sur des phases historiques auxquelles se raltuchent des œuvres qu'il était appelé à apprécier. J'ai remarqué la notice sur Grasaini, la chanteuse qui eut le rare mérite de donner au costome la Yéritô» et de continuer dans l'opéra la rérolntion commencée pour la tragédie par Adrienne Lecouvreur, et qu'a continuée Talma. A.u reste, les routines furent plus rebelles qu'on ne croit, et se prolongèrent tout le commencement de ce siècle. On habilla Ion <; temps, au Théâtre-Français, Molière, notamment le Misanthrope et TurlnffOy en costume Louis XV, et encore les hommes et les vieilles femmes portaient seuls la poudre. Il n'était pas admissible que des femmes jeunes (au théâtre) ou ayant la prétention de plaire, eussent de la poudre, fûi-eedans le Marivaux. Toutes les actrices, y compris M"« Mars, en jouant les pièces des deux derniers siècles, se coiffaient à la mode de Tannée où se remettait sur l'affiche ce répertoire.

Ce tiX une jeune et jolie comédienne de FOdéon, peu après 1830, Déranger, qui, figurant une ingénue du temps de Louis XV, eut le courage, une première fois, d'encadrer avec de la poudre son gradeus: visage. Un coup de sifflet fiit le prix de son audace; mais la voie était ouverte, la poudre fht hasardée» adoptée, et on multiplia les occasions de la porter.

L'institution (si institution il y a) de la claque occupe beaucoup Fiorentino. D'abord il se prononce contre radicalement; ensuite il paratt en admettre jusqu*à un certain point la possibilité et se déclare contre les brutalités du sifflet, il y a certaines nécessités qu'il faut jusqu'à un certain point reconnaître chez des peuples d'une civilisation très-avancée, — et de même qu'on croit devoir (précisément pour mieux sauvegarder la morale ailleurs) des concessions aux — tyrannies — des sens, peut-être peut-

Èaavkvm sr ponnd» morts.

on supposer aussi qu'il y ait un publie c de toléranee. •

Ce qui est cei tain, c'est qu'il y a eu, à diverses époques, notamment au Gymnase, du temps de Perlet, suppression momentanée de la elaffue et que l'on a toujours été obligé d'y revenir. lia elaque ne peut être qu'à la eondition d'être btou faite, sans quoi on ne la supporte pas. C'est l'expression , \m peu plus accentuée , du public : c'est comme le maquillage — modéré et le chignon volumineux pour la femme : on n'y eroit pas beaucoup» mais cela fait toujours bien. Dans les représentations trop — sincères — dont je parle, la toile baissait sans un seul applaudissement. Cétait glacial; on était si accoutumé à entendre applaudir, au moins à ce moment-là» qu'il semblait que le public manquât à sa réplique.

I/abus est bien invétéré d'ailleurs. On sait les fortunes faites dans Tindustrie, les chûteaux prélevés sur les besoins des amours- propres, les situations acquises par ces optimismes sub-lustriens. Un chef de claque. Porcher, qui eumulait la Vente des billets des auteurs avec les produits de « l'appréciation » quotidienne et bienveillante de leurs œuvres, se donna, au spectacle du mariage de sa lille, la satisfaction de voir succéder un parterre d'illustrations littéraires, à œlui dont il avait commandé les bataillons utiles. Il y eut des traits de probité cités chex les tra • fiquants do ce négoce , dont les tribunaux n'admettent pas la validité légale : — de l'argent refusé à des acteurs ou actrices, dont Tadministration ne voulait pas laisser éiêblir le succès. Un chef de claque à oheveux blancs, de l'ancienne Porte-Saint-Martin (Harel exigeait qu'il se fît teindre , parce qu'étant si vénérable , il se taisait trop remarquer), père de famille, peut-ôire maire à la banlieue, me dit avec orgueil : €— J'ai trente ans de claque , et je n'ai jamais applaudi un traître. »

SIS hWÊ oonumm du fabsé.

Il faut ajouter d'ailleurs que souvent uù la claque n'existe pas daas les théâtres, c'est précisémout là où elle eat ie plus insupporlabie. aux Italiens, d'où il eal oonvera (|a'elle est abaonte, jamais Dn n'a tant applaudi A tort ou à travers qu*à la saison dernière. Ce n'était pas toujours bon signe. On pouvait se souvenir que précédemment, notamment sous M. Bagier, ces satisfactions systémati'ques étaient la preuve du déficit de la eeisse» pour la soirée du moins. L'enthousiasme était asses régulièremeal en raison inverse de la recette. Adelina Patti chantant devant quinze mille franos de locution, était accueiUie avec la froideur défiante de gens qui avaient payé au moins un louis chaque plaoe, et l'idéale dira avait quelque peine à rompre cette glace durée. M. et M"»« — tel ou telle, qui jouaient pour 1,800 francs — au plus 3 ou 4,U00 — avec une salie pleine d'amis, étaient rappelés avant d'entrer en scène et bissés avant la première note^

Mais, il faut le dire, il n'est si mauvaise chose qui ne puisse être gAtée, et les directeurs ont dénatiiro complètement le caractère de cette philanthropie quotidienne à heures fixes par la suppression du parterre. Du moment que le parterre est consacré comme étant l'expression spéciale de l'opinion du public, — le siège du jury (si toute la salle est la cour), — on concevait jusqu'à un certain point, un jury... trié; mais dans plusieurs théâtres, Vaudeville, Gymnase, Variétés notamment, le parterre est remplacé par des stalles où viennent s'asseoir les dandys et les femmes ; la claque est aussi déplacée avec ce voisinage aristo.oratique ou élégant» que le serait une culture de rapport confondue parmi des , arbustes d'agrément et des fleurs rares; ce qui fait qu'on est obligé de reléguer l'enthousiasme presque entièrement à la troisième galerie, dans les cintres» jusque dans les ooulohrs et que, lors*

qa'un trait spiritael ou œnsé tel » un mot de situation est dit sur la seèoe» on croirait entendre sortir d'une botte

supérieure, d'un tiroir ignoré, des applaudissements inattendus qui sexnbisraient presque s'adresser à quelque personnage populaire passant siu* le boulevard. L'illusion manque tout à fait» et, presque aniant que dans la vie, ai^ théâtre il faut de l'illusion.

Dans un article sur le livre : Molière mmicien^ Fie* rentino plaisante doucement Castil-Blaseï qui remplit son ouvrage portant ce titre, de tout autre ohese que de Molière et de sa inusi(|ue. Ou ne pouvait prendre ni au sérieux ni en dédain GastiUBlaze, un Gascon de lettres» un musicien pour tout faire, éditeur, arrangeur» feuilletoniste, oompositeur, maroband, publioîste, au demeurant

un travailleur-Baruum, un charlatan érudit, un bénédictin jouant de la grosse caisse, 11 a laissé d'excellents ouvrages, entre autres son Histoire de /Opère où, à côté de beaucoup de gaillardises d'un goût douteux et de polémiques vieillies parce qu'elles sentent la personnalité, se trouvent les plus utiles recherches sur le passé de la musique et de cette belle scène» des appréciations d'une compétence incontestable.

J'ai assez signalé, dans les séries de Fiorentino, le côté amusant et humoristique qui suivrait à la curiosité du pubUo. Voici maintenant un fragment qui s'applique à merveille aux théâtres lyriques subventionnés, qui ont le tortdefermer dans les chaleurs, sans songer que la bonne saison est trop courte pour produire les artistes inconnus» les compositeurs sans ouvrage. Je voulais, quand je relus Comédiee et Comédiens, formuler quelques observations à propos de la clôture si inattendue do l'Opéra-Comique,

et celle de l'Odéon, pour être dans les habitudes, n'en fsl pas-molai à regretteri je trouvai sMm opinion tout

lAB G0DU8SB8 OU PA88Â.

exprimée dans le chapitre c des Théâtres subventioiinéB. » L'argumentation de Tartiele a trait à l'Opéra (lequel,

aujourd'hui, on le sait, ne ferme pas), et le signataire s'adresse au ministre ; mais cette polémique sensée s'applique également à toute scène royale, impériale ou nationale. Cette fois, Fiorenthio ayait fait, en partie du moins, mon feuilleton. En bonne conscience, c'était bien le moins (jn'il me dût.

c L'Opéra est fermé. Du moment que les directeurs ont

obtenu l'autorisation du ministre i ils sont en règle. Nous n'ayons pas à nous occuper d'eux* U faut les mettre hors

do cause.

« Fermer l'Opcra ! cela s'écrit d'un trait de plume. Mais art-on bien réfléchi aux conséquences d'une fermeture ari>itraire? La yie d'un théâtre est comme la vie d'un individu. Elle ne peut s'arrêter et se suspendre à volonté. Dès qu'un théâtre est fermé, les répétitions cessent, les travaux sont interrompus, la troupe s'éparpille et s'égrène, et lorsque, après un mois ou deux de vacances forcées, le théâtre essaye de rouvrir ses portes, il se trouve sans répertoire, sans pièces nouvelles, sans ressources, dans une situation bien plus fâcheuse que celle qui pesait sur lui au moment de la clôture.

« Les artistes ont dans leur engagenient un article par lequel ils renoncent à leurs appointements en cas d'incendie, d'émeute, de réparations de la salle ou tout autre eas de force majeure. Evidemment, les artistes ont cru faire un acte sérieux. Ils ont pensé que le ministre, leur prolecteur naturel, ne signerait pas légèrement une mesure (pii équivaut , pour eux , à la spoliation. Or, la salle de l'Opéra ne s'est pas écroulée, que nous sachions; le feu n'a pas pris au dernier décor du Propbèies on n'a

Digjtized by

iciuvAiNS R poms MOirn. SU

point battu le rappel. De quel droit M. le ministro vient-il se substituer à rincendie, à l'écroulement, à Témeute, à une catastrophe q[aelconqae , et eréerait-il à plaisir un oae de force migeiire t »

Villemot fat un flâneur de lettres, un journaliste de Tôcole bnissonnière. 11 excella surtout & parler des pièces

qu'il n'avait pas vues et réussit jusque dans les tâches qu'il désertait. U n'était pas à coup sûr un critique, mais une sorte de La Fontaine de la fantaisie. Ce n'était pas à lui qu'il fallait demander d'analyser, de discuter une œurre. « Quelle différence Toyes-Tous entre ce qui est littéraire ou non, bon ou mauvais, pourvu que cela amuse ? » me disait-il un jour avec un sans-façon paresseux qui n'aurait été à rien moins, B*il avait été homme à le rai* sonner, qu'à mettre Molière et Clairville s«r la même ligne. Ce n'est pas qu'il n'y ait dans les deux volumes qui restent de lui des pages excellentes, classiques de forme, notamment ces fragments de la Vie à Paris, qui définissent, en même temps qu'ils prouvent son talent et la des» tinée de ce talent :

« L'art de la causerie a ses lois difficiles à déterminer « et à -définir, instinctives plutôt que formulées. Abor<» c der un sujet, le traiter sur le ton qui lui appartient, être c concis sans sécheresse, léger sans mauvais goût, savoir « se dérober quand le terrain devient perfide, tirer au vol c le gibier qui passe, résumer dans un mot, à la fois ia- « géniaux et profond, un fait et une situation, parler cette c langue à demi voilée que nous ont léguée les beaux esc prits des deux derniers siècles ; glisser sur les surfa- « ces sans effort et sans bruit, comme le cygne sur sou

Mi

IMB QÙVUmmB DU FAMÉ.

c lao; n* hMrior p«rBOiiii« dans om milU érokitîoiis

c d'uao course au clocher, franchir avec grâce les obsta- « cles, sautar lestcmeut les fossés où chacua croit gua < vous ailes ouUiuter : voilà un aperça 4as ^piaiitéè ya* c liées de quiconque aspire à la réputation de causeur; c je ferais mieux de dire de quiconque la mérite, cap oe^ c lui qui y aspire y atteindi^a rarement. Il faut que ce soit t un art révélé» jamais un art travaillé. » Plus IoîAi mirant dans le détail, il ajoute : c L'art de causer est lunlé* « pendant du talent et même du génie. — J'ai connu des « hommes très-supérieurs, les uns incolores, les aui très insupportables dans la conversation. Chas les 9 uns, le travail du cabinet absorbe le cerveau* Qbes les c autres, une excessive préoccupation de soi-môme, une c préoccupation constante à occuper dans un salon la « place qu'ils oeoupenidans l'État ou dans leslettreSfdiSii» c nent à la causerie tout l'appareil d'une repréeeniation « théâtrale.

s Ristt ne restede ses esprits aimables fui cbarmsnt « tout une génération, rien que leur portrait, appeada à

t la muraille de quelque salon dont ils furent les fami- « liers. — Ils disparaissent, d'autres viennent qui voient € k portrait et demandent : Quel es4 ce monsieur ? On « ne sait que dire. Ce a^nsieurt oe n'es! plus risn :

€ c^était un causeur. »

G'est lorsque Villemot se néglige qu'il est excellent ; s'est quand il est sin^ple qu'a est prssqus grand et qu'il trouve des traite oosum oeMnii pour peindre le libraire Ladvocat, un ex-beau de l'induslrio : a C'était un Diogène superbe logé dans le tonneau des Danaïdes. t PeuW être ailleun a<-t->il un peu chercbé la gaieté qu'il reooon» Irait souvent^ mais qu'il peursuirail trop visîblemttnt

ÉCRIVAINS Hr POETK.S Moms.

quelquefois. Eu diaeai : « On reproche à M* Barrière de * reprit ekerebéf mais en feil d'eq>rit je ne garde ranenne

^ qa*à eem qui ne trompent pas, » Villemot plaidait sa propre cause; mais à travers le goût douteux de beaucoup de Boa plaisanteries, la bizarrerie imposée de quelques •nfree» Il a un mérite rare, irrésisfible : ses duroniques, ' A dix ans de distance, se dévorent encore. J'ai vwûn les parcourir, — je n'ai pu y réussir, — il m'a fallu les lire. J'eusse voulu pouvoir rechercher oe que Villemot a pu* Uié depuis dans d'autres journaux, notamment le ftops-— et M Figaro,^ où il est reniré. Mais oommeaft rassembler toutes ces feuilles envolées?

Je connais mieux d'ailleurs le Villemot des premiers temps que celui de la seoonde manière ou plutdt de la sa* «ende rémonératioB. Villemot a été longtemps ingénieux obscurément et spirituel à peu près gratis; un peu bohème, pauvre secrétaire d'iui théâtre, et enlin s'essayant à la chronique dans un journal italien de M. de Gavour, le BiaofgimeatOf gf✠à l^intervention d'un ami-Providenee, Bixio, qui fut pour tous l^obKgeanee même et faisait avec une bonne grâce parfaite les honneurs d'un salon hospitalier où se retrouvèrent, en épaves de deux ré- 'Volulions, les célébrités blanchies dont le salon de Charles Nodier, à l'Ai^senal, aTait vu, dès avant 1880, les débuts. Ministre un moment en ces temps orageux de la république de 1848, qui comptaient un duel ou une émeute par jour (Bixio se battit avec M. ThierS), je vis remonter tout exprès à son banc l'Excellence républicaine, à la fin dVsine séance de la Chambre, pour me donner la primeur d'un document. Villemot fut un instant le correspondant de ÏEmaBeipaUaa, un journal belge mort ou en* élevé depuis, mais qui m aienent lit mie eoneurrenee asseï sérieuse à YiaiâpeaêâMoê peur qu'on m'Mtvoyàt

LB8 G0UU88I8 DU PASSé

de Bruxelles ses chroniques comme sujet d'émulatron. C'était Bixio qui» ayant des relations dans tous les partis» réunitoait chaque jour pour Villemol les éléments de son courrier international. Il ne lui demandait qu'une chose,

c'était d'avoir lu le matin tous les journaux avant leur entrevue. Viilemot n'en a jamais, même un jour, pu trouver le temps !

Viilemot dut être sans -doute plus étonné encore qu'hea* reux de la fortune qui vint s'attacher enfin à sa verve intermittente ou retardataire, à sa plaine de littérature irrégulière. 11 aimait assurément la vie ; il sourit visiblement, dans une de ses chroniques, aux théories de longévité de M. Flourens, théories qu'il devait si cruellement démentir pour sa part. Mais, il faut le dire, et si douloureuse que soit sa perte pour ses amis, pour ses lecteurs, des amis aussi, — au moment où elle est arrivée, sa mort a eu une espèce de logique. Dans un passage, il noos raconte ce trait curieux, qu'il tenait de feu MoSssard, régisseur-né de la Porte-Saint-Marlin et lauréat de vertu de l'Académie.

Le jour de la seconde entrée des étrangers à Paris, on donnait à ce théâtre (la Porte-Saint-Martin, pas l'Académie), la Pie Yolease^ mélodrame en pleine vogue. Il y avait dans la caisse 1,800 francs, recette alors* assez considérable. On ferma les portes de la salle parce que le bruit des canons roulant sur les pavés nuisait à l'intérêt du dialogue et pouvait distraire les spectateurs.

Au blftme gaulois, et même français, ({ue lui inspire cette défaillance du sentiment national que Viilemot appelle « la souplesse de l'esprit parisien, » l'écrivain ajoute cette phrase qui, aujourd'hui, semble avoir été prophétique : « 4e me plais à espérer que nous ne serons pins soumis h la môme épreuve et que, dans tous les cas, nous la boutieudrious d'une façon plus digne. »

iCAEYAiNS BT Po'mS II0RT8.

Ces lignes proaTeht qu'il eût été moins tenté de fénner

les portes, comme les patriotes de 1815, que d'ouvrir les ietièlres pour tirer sur ce cortège du supplice de notre honneur.

Toutefois on se figure si peu ce bonhomme du feuilleton» ee rêveur de la plaisanterie, dans les terribles dreon-

stiiiices par lesquelles nous avons passé, ([ii'il a été permis d'attribuer, eu partie- du moins, sa mort à la légitime émotion qu'il a dft ressentir d'événements qui eonsternaient toutes ses sympathies et brisaient toutes ses habitudes.

Qui sait si ViUeinot n'est pas mort d'une insouciance dont il n'avait plus le plaœment?

Dans un réeit humoristique qu'il fait d'une réunion de la Société des auteurs dramatiques, Villemot nous montre un membre insinuant timidement ({uo Rothschild fait représenter des vaudevilles clandestins sous le nom d'Auguste Flan. Ce dernier fut une victime ^ avérée — de la guerre. Prano-tireur de la littérature théâtrale, brûlant beaucoup d'amorces dans les escarmouches de petites scènes et ne tirant bien souvent qu'à poudre, uni militairement sur l'affiche à M. Blum» de qui le nipproehaieat» dans les revues — de fin d'année, des sympathies d*esprit ou une conformité de monosyllabe, Plan était parvenu à so faire bûtir hors de l'enceinte de Paris un petit pavillon et à y collectionner une bibliothèque. Le malheureux avait osé être, littéraire dans la sone des fortifications! Tout disparut devant les réquisitions du géflie, au moment du premier siège, et ce réfuj^ié intelligent de la banlieue emportant, ù la hâte, loin de son asile détruit, ses livres incomplets, ses papiers épars, dans un hôtel ds Paris, n'a pu survivre à cette expatriation de la pensée.

A propos de chroniqueurs, il est impossible de ne pas

diM un mot lU GuÎAot» pore de la flàroniqae. Sa ûliation lui asiait donné parfois de renaui, s'il avait ▼é<m, el il n'aurait pas toujours retrouvé dans saeréation le goM et

la mesure qu'il y apportait. Une ou deux fuis seulement, il dépassa les limites que sa finesse et son altioisme lui traçaianl; s4 ee qui le rendit d'autant moins exensable, e'est que les victimas de son laissep-aUe» dans le tnit forent

des femmes.

Une attaque à M"<^ Volet, jeune et jolie actrice des Variétés, fille de M. Goralli (le père était mettre de ballets et gracieux chorégraphe à l'Opéra), et sur le point d'épouser un jeune fonctionnaire, — amena une rencontre entre le feuilletoniste et M. Goralli, frère de M^^^ Volet, député de la fauebs ann Assemblées de la République de 1848. Guinot pril sur le tsmin la rssponsabiiité de cet oubli de sa copie. Heurenssment, le duel avait d^ un caractère — politique — à cette épo([ue, et une égratignure d'épée répondit à une égratignure de plume. Les acteurs de ce petit drame à dénsûment snodin sent tous morts aujourd'hui.

Volei'i'idée d'ane nouvelle on d'un roman de Oninot, assez scabreuse, comme on va voir, (|ui a inspiré, il y a peu de ieuqia» au Palais- Koyal, le vaudeville delà Femme qm àégayê, \Jmù jenne âIJ0f je me sers exprés de ce 'mot, mariée dans le cadre de réserve à nn vienx général en disponibilité complète, était conduite par lui à un médecin célèbre pour éiie guérie d'un mutisme chronique. Le doetenr, à qui on ne s'était pas nommé, se méprenait sur Iss liens qni moisseient les deux nouveaux venants — si distants d'âge *- à sa consultation, et disait à l'oreille de celui qu'il supposait le père, sans se tromper beaucoup : idariea mademoiselle votre fille, il ne le disait point si bas tontsiois que la jenne £Ue n'entendit. Édifiée par cette ■éfélitiwi, ponl4lfo paru fliage plus pénible que prévu,

Digjtized by

àdorÀîHB ET poîens hihits.

elle. . . recouvrait la i)arole; mais là commençait son em-

barras. Pai ler, même jtonr tenir le langage le plus ionocont« c'était sa trahir. De là des péripéties qui échappent à ma mémoire.

On fit trois pièces au moins sur ce thème — corsé ou plutôt qui ne rétait pas assez. Alors les droits sur les matières premières n'étaient pas aussi vivement aussi officiellement défendus, et c'est tout au plus si Paul Vermond (le pseudonyme de Guinot dans ses œuvres de théfttre) était d'une seule de ces pièces. Pareille aventure m'arriva exactement, lors de mes débuts plus ou moins littéraires, pour une nouvelle, et Alp. Karr constata dans un article humoristique intitulé : Uno Idée do M. Fouchor, que sur trois auteurs de trois pièces (peut-être même y avait-il couple d'auteurs pour <^aque pièce), un seul, Charles Desnoyer, avait eu la pensée de s'adresser A Tauteiir du récit original. Encore n'était-ce pas lui qui s'était adressé à moi, mais moi qui lui avais demandé de manger ensemble la fin de mon dtner, que Ton dévorait sous mes yeux et san^ ma permission.

VU

On croit avoir vécu et vécu longtemps, et Von est resté

un vieil enfant dans l'art. On s'est jugé peut-être versé dans la littérature de tous les temps, et l'on ignore le livre ijui était sous vos yeux; on a méconnu le génie qui vous a coudoyé. 4'avais entrevu par moments PierrO Dupont ) j'ai comme tout le monde fredonné les Bœnfs, à en ennuyer les autres. Je l'ai entendu, lui, se levant à la lin d'un dîner, au milieu d'un souper, jeter quelques refrains qui ne m^avaiei^t paru être, je Tavoue, que les imj^ovisations éphémères d'une agréable muse de dessert.

Pkrre Dupont meurt; quelques détails me sont donnés sur lui, sur ses derniers moments. Mes souvenirs se réveillent, je demande ses œuvres, je les paroours haletant»

et je me trouve en face d'un des ^raads poètes qui aient jamais existé.

4e laisserai dans la vie de Pierre Dupont le socialiste et le dubiste. Je vois, au reste, que, gracié après avoir

été condamné à la transportation, il a chanté spontanément ce qui est et tout ce qui lui a paru grand, juste, utile dans le régime impérial: la guerre de Crimée, la guerre d'Italie, TExposition nniverselle» jamais rien que oequ*il sentait conforme à ses idées, approuvé dans sa conscience républicaine. Que de haines, que d'imprécations cette impartialité a dû lui valoir de ses coreligionnaires politiques de 18481 L'apostat le plus maudit, le plus implacablement proscrit, c'est toujours Fimpartialilé I La vénalité n'indigne qne les honnêtetés sereines et paisibles, l'impartialité fait défection aux passions qui ne lui pardonnent pas.

Au fond, Pierre Dupont rêvait la firatemité universelle, l'abolition du massacre au point de vue de Fart, la fin de

l'extermination réglée.

11 faut rendre grâce aux progrès du temps et à la douceur de nos mœurs* Aqjonrd'hui, on laisse vaguer et divaguer librement ces utopistes médiocrement sains d'esprit. On peut être impunément inoffensif, cyniquement bienveillant, effrontément philanthrope. Il arrive bien quelquefois, quand on a été fraternel — avec trop de ferveur, il faut l'avouer, comme ce pauvre Dupont après 1848, qu'on soit oondamné & sept ans de Lambessa. Mais, bast! avec des protections, on vous en tire. Un jour, Pierre Dupont a voulu à tout prix la réalisation de son idéal de paix et de ooncorde» et il a compris qu'il n'avait

ÉCRIVAINS ET POETES MORTS

qu'un moyen d'atteindre ù ce inonde inconnu : il est mort. Aujourd'hui, peut4tre, laisee-t-il tomber de haut Téobo de ces vers snblimeB :

Dans le pays blnti des poëtM, Je sais de divines retraites, Des coins d'astres où j'ai pleuré ; Régions hautes et sereines Où n'atteignent Jamais les haines, où s'entretteat le Ira motA.

Dans cel asUe iavlolable, k toQi m» maux Impénétrabto, Hm eiprit fler É*Mt retiré.

Et puis il s'eei dit : Si je meurs, cela fera peut-être souvenir que j'ai existé.

Ce qui m'étonne pour ma part, c'est l'accouplement de deux hommes qui ont vécu chez Pierre Dupont paisiblement ensemble. 11 y avait là un poète de la valeur d'An« dré Ghénier, d'Alfred de Musset et d'Auguste Êarbier; il se rapproche surtout de ce dernier par cert aines naïvetés d'opéra-comique, — et il y avait aussi un chansonnier de la trempe de Béranger, parî^ois simplement de Désaugiers ou d'Emile Debrauxl

Ck)inment, passant aux sommités d'un Parnasse, se résignait-il à chercher parfois la clef du Caveau? Comment n'a-t-on pas vu se battre des deux côtés de leur la • nière de chair, ce Rita de l'hexamètre et ce Ghristina du flonflon? Je me l'explique pourtant; à quelque chose est bonne cette maxime, nauséabonde de banalité: Liberté, égalité, fraternité. Chez Pierre Dupont, le grand poëte était un démocrate. Il ne s'est pas reconnu le droit d'être fler.

Ainsi, le chansonnier a fait les Bœufs, un peu maniérés dans leur simplicité, immolant jusqu'à la famille à l'amour des animaux: ; le poète.a tait les fUtaiMaa, un tablM de

im «OUUtSM DU vAisé,

gw où pas «a trftH n'est faible, que Braeaasaat eût an-»

▼ié à Théoorite, dont Virgile eût rendu jalouse Rosa Bonheur :

Yofw paître, mix terdi éu unni», .

Ces taureaux* 4eat let mdei trattg»

Le fanon superbe

Attirent plus d'un voyageur Qui les regarde, tout songeur, Des prés tondre l'berbe,

On voit s'agiter les rosastiX

FartOOt où leurs large=! naseaux

Soufflent leur iMleine :

Leurs yeux ont des retlots san^îlants, Leur poil flotte sur leur fronts blancs

En touffes de laine.

Dans ces taureaux à rœil de feu, L'£gypie aurait choisi son Dieu Pour ses sacrilices.

Raoïe eût prit la plua argenté, ^ Le plna flar, qui patae en baanté' Las blanclies géaissea.

Leurs cornes menacent le ciel Et perceraient <rim coup mortel,

Bn raae eampagnei Le plna vaillant toréador Qui moisaonne la gloire et l*or

Aux cirqaea d'Espagne.

Qu*il Tienne à passer, par hasara.

Une génisse an dons regard,

Ils feront, sauvages amants, Retentir de mugissements Rivière et pacage.

Restes libres dans le désett, Breetez le pâturage vert.

Fuyez nos i'ntrave<!

Loin des tyrans et des bourreaux, PaiiSez en libert(^, taureaux :

Les bœufs sont usclaves,

§ê ne puis tout Qltari eepMideiit û m'asl impmMà» iê

résister au plaisir d'accrocher à cet article cet antre tableau d'uae jeune ûllc tuée par des a))eill6s. C'est à croire, en lisant ces vers à leur dale^ que Thermidor aurait pu sauver André Ghénier :

Au signal atlenda tout te frospe Undil

Sur Finnocente, hélas 1 que rien ne défendit :

Ni son A{*e eh sa fleur, ni ses cris, ni se«5 charmes,

Ni ses yeux bleus priant, d'où ruisselaient let larmOfU

L'essaim l'enveloppa comme un vaste filet.

Une abeille en furie aux tempes se collait;

Les autres se pendaient en grappes murmurantes,

Perdant leurs aiguUlona fc ses tresm irrante* ;

Lea autres, en seipest, s*ennnileient à son oon.

La yferge, tortorée, alluii sans savoir où,

Poussant des cris profonds qui faisaient que loin d'iflle

Les oiseaux effrayés fuyaient à tire d'aile.

De douleur et d'effroi sa gorge se serr.i,

Et Laure, en un moment étouffée, expira.

Me la revoyant pas, vers le soir, ses compagnes

Allèrent la cbereher sur le flanc des aMmtagnes

Où son pas solitaire aimait à s'égarer :

Se ttère les guidant, mareiuiil, non sans plettréf,

Appelant dans les bois : Laure? et deae es W, LlOfet

Et rien ne répondait que la forêt sonore;

Les vierges la suivaient en appelant aussi*

Quel chef-d'œuvre ! et comme nous sommes plus haut que Ma Vigne, que la Mère Jeanne f si vives et si oharmaaftes que soient oes gauMaerieB* Toutes les notes résonnent dans ces deux volunes. Qnel vers eomélien que

celui-ci, adressé au czar, sur les restes palpitants d'une partie de ses nations :

Immole une moitié pour être sûr du reste.

* Quel souffle dans ees vers sor rimprimerie :

Goloiiib nous rapporu des floM

Un monde et dos terres noiiTelles.

Déjà le livre était éclos, Goienberg lui donna des ailes.

M UB8 OOUUSfllB DV TàBSà.

Jésui multiplia les pains,

Gutttberg sème la parole. •

Quelle grandeur sinistre dans ce couplet, — et ce n'est qu'une chanson, — sur les corbeaux:

Que disent les croassements

De ces funèbres cenlenaires?

Us sèment le? pressentiments * Et parlent do nos vieilles guerres.

En renontaiit par le Al des àléax

Aux grands combats des époques lointaines.

Que n'ont-ils pas à la face des cieux Vu sV'gorger de peuplades humaines ?

Les Grecs d'abord, et les Romains plus tard. Ont à leurs becs opposé leurs cuirasses ; il leur souvient d'Alexandre et César, Dont ils flairaient avidement -es traces. Que disent, ete.

Le pittoresque abonde, l'humour déborde* Il suffit de rappeler le Bêrbier de village, Monsimr de Viralœll, la

Chien de berger (cette dernière charmante au point de vue de douce philosophie), le Cochon, etc. Mais c'est la veine humaine, amoureuse, maternelle qui est .inépuisable ohes Pierre Dupont.

Qui ne se sentirait ému à ces vers si simples sur une jeuue i'emme qui vieut de mourir :

Elle avait la beauté qu'on no saurait décrire Parce qu'elle n'est pas toute à l oxtérieur. Et que pour la comprendre il faudrait savoir lire A travers le regard, ù travers le sourire, Jusque dans l'oml^re même où t*al>ifte le emnr.

' Quelle fantaisie lamartinienne dans ces deux vers :

Bndermeoe-noQS aona Falle de la nuit Qnl mène en rond Im étoOee tranqniHes.

ÉCRIVAINS KT !»ORTKS MORTS

Qaelle naïve exolamatton d'admiration d'amour dana 008 trois vers :

* * C'est une folie

Qu'a faite le bon Dieu; Rose est si jolie l

Mais je ne puis résister au désir de dter presque entière

nne délicieuse barcelonnette (quel titre charmant!). Le premier vers de chaque strophe de cette berceuse rimé a est lin sourire, le dernier est une larme.

BÀAC£LONN£TT£.

Don, »

Petite Jeanne» dorsl (|o*an toge de son aile Garde ton flme fr£Ie Dans ton si petit corpi.

Dors,

Dors, Petite Jeanne, dors!

La nature entière Est ton ouvrière, 1,0 lin tresse tes cheveux; Sa fleur azuré les yeux, Lelii clOI ta paupière!

Don, ete.

Ta petite amie

Est déjà mutine, Tes netaiB et tes petits pieda Ont à leon doigta déliés Un ongle en oornaline.

Don, eie.

Tout un monde veille

Et prdte roreille A ton sourfle, à tes soupirs,

ï.p sein prévient los désira De ta bouche merveille.

Dors, etc.

Pour cette enfant seule.

L'aïeul et l'aïeule.

Mm GOUUi» DU FAMÉ.

lA métn «t le père aussi.

Sa donnent plus de souci Que s'ils tuurntient la meule* Dors, etc.

Cette frêle tôte, Cette miM qui tlle Attire tomme un miroir Bt d'un cri fiit ^meufotar Le maison inquiAte* Oor^ etc.

Si la terre est belle,

Si rastre étincelle.

Si le Muet du sOlcn louo aYOc le papillon,

Tout cela ! c'est pour elle.

Dors, etc.

Bientôt ta prière

D'une aile légère.

S'en va sur ton mil bleu Sur Tèpanle du bon Dieu

Se poser liamilièrel Dors, etc.

Quelques mots maintenant sur l'homme et le compo- Biteur :

Noa-seuloment P. Dupont composait les airs ainsi que les paroles, mais ii les interprétait d'une façon tout individuelle et presque personnelle. Avant de chanter, il avait reoours aux moyens faélioes, puis, lorsqu'il se sentait suflisamnient monté, il s'asseyait auprès de quelque accompaguateur improvisé ou, faute d'en trouver, entonnait, sans accompagnement, son chant étrange, sauvage, doux et tenible. Il y a des gens que le feu sacré consume a})rès les avoir enflammés. Pierre Dupont était de ceux-là. Comme Alfred de Musset, avec qui il avait xme certaine ressemblance physique (c'était un Fantasio un peu alourdi) il cherchait à alimenter cette flamme par

ÉCRIVAINS ET POETES MORTS

les mêmes moyens que oeux qu'il employait pour ralluner^ en les «ggrevant loqjotirs'— passion morbide» inexorable. Ge fût enrtout eprètf la mort de sa f^me qu'il

avait tendrement aimée, que P. Dupont s'affaissa de plus en plus intellectuellement; même on pouvait le dire mort depuis longtemps. Pendant le séjour de M"»* Ernat à Lyon, le Bttecès des leetures poétiques le transporta ; il fit de très-beaux vers sur la mort do Lamartine et adressa à la muse voyageuse quelques œuvres inédites, entre autres Wk grand poème sur le XIX* siècle qui m'est communiqué gradensemenl et dans leqnd je souligne ees Tore :

L'âme do la chanson erre sur les tombeaux Et quaud vient le moment réveille les héros.

Et cenx-ci» sur lord Byron allant combattre pour les

Grecs :

Pourtant il exécrait les excès de la guerre Comme une vierge a peur des éclats du tonnerre. Mais quand il faut briser le joug des oppresseurs, Liberté) Poésie et Guerre sont trois sœurs.

Et void son épitaphe, que j'emprunte & son même recueil :

Garde ton âme égale au milieu des traverses.

Quand les soucis fr<'*quenls et les peines diverses

8'abattraienl sur ton cœur pour lo mettre en lambeaux,

Comme sur un cadavre un essaim du curbeaux^

Oppose aux becs vaincus ton âme cuirassée.

Dans ttic tour d*aeicr reiraacbe ta pensée;

Ton corps est ynlnéitMc cl tcn «awr Mt4e cluilf «

Ta ppnséCf en revanche, est plus libre que Tair*

Quand tu verras ton corps traîné sur une claie.

Et ton corps déchiré ne fût-il qu'une plaie,

Tiens ton àmo sereine au-dessus des douleurSi

Et, par prévision, jouis de jours meilleurs.

Car une voix tonnanle, au fond de tes entrailles,

Te dit qu'après la vie, après les funérailles,

TCO lam trouvère, tou» cec licas bria^i

ene Jde infinie et dlmmcrtels baisera.

Ai-jc tout (lit sur Pierre Dupont? J'en suis loin. Je suis entré dans uuo mine de diamants, ot je grapUle ! Je me suis trouvé dans une grotte ébomssante de stalactites, j'en ressers poar crier qa'on y vienne aprôs moi. Bans parler de tout co qui m'a échappe de vers excellents ù une ieclurc hàtive, disons qu'avec ce poète et ce chansonnier vivait encore on bonne intelligence, un excellent prosateur; j*ai pu lire à peu prôs deux ou trois morceaux : la biographie de lacquart, son compatriote; les Deux Formes, une étude des plus chaudement colorées-— et je suis retourné aux fleurs de la poésie.

Dans l'édifice élevé par Pierre Dupont, la prose, c'est la maçonnerie, — elle est solide. — Mais, je Tavoue, j'ai préféré refaire l'école buissonnièro au jardin.

Encore un travailleur qui a succombé à la peine; celui-là avait quarante ans au plus. Ernest Capenda a été surtout fécond, notamment comme romancier. Au théâtre, en générai, il n'avait pas été heureux et n'avait guère prouvé que tout juste asses de talent pour tomber honorablement. 11 possédait toutefois une certaine individualité qu'il perdit pur un succès. Il fut de moitié dans les Faux BoashommeSj — admirable comédie, vogue immense et in^uisable, mais où .l'on ne voulut voir que l'autorité, le talent si reconnaissable, d'ailleurs, du chef de collaboration, Th . Barrière. Depuis ce moment l'auteur des Frelons, une chute d'estime, semble passé à l'état de parasite . littéraire et voué complètement à ce rôle que le . Dictionnaire Vapereau a défini d'un mot d'autant plus sanglant qu'il semble mis sans mauvaise intention. A. la suite de quatre ou cinq lignes sommaires sur cet

Digjtized by

ACRIVADfS ST POBTIB MORTS.

auteur d'une dousauie de pièces, de dnqnante volumes

de romans, le biographe ajoute : Vo/. Barrière. — Tout est dit.

Gapendu valait mieux ^'un renvoi abréviatif; seulement pour lui comme pour tant d'autres la production

quotidienne obligée, infatigable, a empêché, sans doute , la condensation do rœuvre choisie et intelligente. — Combien de vrais écrivains sont condamnés à n'ôtre que des journaliers de lettres l

Anicet Bourgeois était un exemple de ce que peuvent le travail et Tordre chez un esprit médioore de portée,

mais solidement organisé et persévérant. Peu d'éducation première, à ce que nous dit Vapereau. Une étude d'avoué a été la première étape d'une carrière dont l'élément lucratif a été une précieuse entente du théâtre. Il avait * une science de composition, un agencement de situations d'une telle habileté, qu'elle simulait le talent ; un instinct de gaieté qui lui donnait pi-esque de l'esprit, et quoiqu'on ne puisse dire précisément qu'il ait été sans rival, — comme l'al&rme le DioUouDuire des CaniêmporàiBS, — * dans le genre du mélodrame, peu d'auteurs y ont eu une suite aussi rarement interrompue de réussites plus ou moins marquées. 11 revient, sur cette fortune théâtrale, une part réelle à Técrivain ou plutôt au constructeur dramatique ; elle est d'autant plus incontestable qu'il a attaché son nom, et, à coup sûr, sa participation à une foule d'ouvrages de spécialités les plus diverses avec le même bonheur, et qu'il a pu inscrire quelques jolies comédies, Poarqnoif et le Mi/ilro d'^/e; quelques féeries vraiment enchantées, les Pilules du diable, i côté de oes grandes

d&è IM «OVIJHttS BU

tbéêtnâM dn MUmàu éêa miMê el èa

Mais, il faut le dire« un mcrpirelllvini emploi des oiroon"stances propices et des talents en vogue, l'a servi dans oeUe littérature à tous erine. Après son début su tkéàtre de le Oellé per un méloâme intitulé : Qtm^e on Je poHMa, en 4818, il sut utiliser à son bénéflee, dm Lnludp, la fin du rèp:ne de Cuiilheri de Pixérécourt, longw temps autoorate et autear à peu près unique dans bùu do* meioe du boulevard du Temple, Aideet a*atta«be eimut* 4 Alexandre Dumas et Taide à produire, en société anonyme pour sa part, et plus ou moins prospère, Tcrcsa, Angèîe, le Fils de l'Emigré. On le vit ainsi fonder successive* ment^ soit aveeées privilégiés de la favMur el des fssettss» soH avBo des monopolisemv brovetés, dss mitreprisMl dramatiques dont, au reste, il savait, en ce qui le concernait, contribuer à accréditer la raison sociale, buecessi- Ternent, il travaille avec Anoelot, DuoNttoir, Labiebe^ rbeureux Dennery (cette dernière eommandits é^ivalaii sur les planches, en influence décisive, à l'alliance de MM, Thiers et Guizot sur une autre scène), et avec presque tous les auteurs à renom qui n'avaient pas làit v«mi d'isolement.

J'eus, après un suocès, le Paefê de famine, l'honneur d'une proposition de collaboration de sa part. La partie vertueuse de sa earrière dramatique fut de moitié avee M. Michel Masson. Us firent ensemble une Meadiaaie,

qui eut un prix ofllciel de moralité, et les Orpheline du poat Notre-Dame^ qui l'eussent mérité. Je vois môme Shakespeare sur la liste des collaborateurs d.'Anicet pour on MaBheth, Morts et viirants, — génies des grandes œuvres du passé ou concoursdes situations, des actualités prédominantes, regain des idées bonapartistes, pour lesquelles il éerivit un Napoléon , après 1880; flot de la démoonitis

idtftAnlB Ht PomM vofM. aW

' ' rw

montante, dont 1« cOuMfii Itli fit donner, en 1848, Afërmmu

ou les Enfants de la nêjiuhliqiw, — il a tout exploité au profit d'une forluac amassée, après tout, pnr des industries licites, que dirigeait nne vraie inteliigenee, et consenrée avec cet oi*âre qui donne à Vhomme de lettres lo oolrae

de la retraite et la dijîiiitc de la mort.

Voici une des singularités de sa vie dramatique.

Ânicet Bourgeois a donné à ia fois, au mois de JanYier iMfi, dedx drames : /A fiîleéu paysan, h la Qatté, en eol*

laboiatioii avec M. DcnnovY y oi la Bouquetière (fns Innocents, avec M. Dugué, à i'Ambig:u. 11 fondait de grandes espérances sur la première pièce, Jouée de façon exeep» tionnelle par fierton père, Paulin-Ménier et M»* Lia Fllix. C'était un drame intime ftiit sur une donnée très-scabreuso, mais avec un art et une sobriété remarquai)! es et une rare puissance de concentration. Il comptait beaucoup moins sur le drame de l'Ambigu, une série de scènes épisodiques assez médiocrement reliées entre elles. La Fille du paysan parut en effet d'abord réussir davantage, mais le succès ne se prolongea pas, tandis que les recettes opiniâtres de la pièce du boulevard 8aint*Martiii tendirent toujours à monter.

La Bouquetière survécut longtemps à sa sœur. Une reprise de la Fille du paysan eut lieu dans le vide; la vogue du mélodrame historique s'est accrue à toutes ses réapparitions. Le public y trouve de la variété, du oos« tuine, un peu d'instruction mêlée à do l'éniolion, et bien que les auteurs ne soient point sans reproche au point de vue de la vérité des faits, il y a là à coup sûr quelque chose de plus digne d'être montré que dans ces spectacles de luxe malsain et dq gaieté grossière, où l'on peut résumer ainsi les chances d'attrait des deux sexes — beaucoup de pantalonnades et fort peu de pantalons.

vm Gouuam ou passé»

La ûlle unique d'Anicet Bourgeois a épousé le général Yassoigne qui a fait la campagne de Chine.

P1«B réoemment, aa succès du Bossu et d'une petite pièce : les Deux Soards, avait succédé in extremis, pour Anicet Rourgoois, Gilbert dWnglars, long drame monté à la Gaîté avec un grand luxe» dans un entr'acte delà Ch&ite^ Blanche; — auteurs, acteurs, acthce, sujet de Fœuinret procédé de charpente et de style, rien n'était jeune. Ces sénilités combinées eurent un résultat négatif que je dus constater. Je crus toutefois vis-à-vis d'un confrère que j'avais la fatuité, permise encore, de pouvoir appeler on aaeiVji, ne pas devoir me départir d'égards, qu'oublièrent certains' débutants de certaine presse, qui débutent toute leur vie, et qui n'admettent pas que les « vieux » accaparent au théâtre une place, qu'eux ne prendront jamais. Attristé, comme toujours, quand il me faut être sévère, j'eus une consolation, après un feuilleton, où, en condamnant l'auteur, je rappelais Vhonorable aisance due à un labeur ininterrompu, et où je montrais par plaisanterie Ajucet s'oocupant dans son château à couronner des rosières; je reçus la lettre suivante :

f Mon cher Foucher,

» Vous aves critiqué, vous n'aves pas assassiné mon pauvre Gilbert. — Vos confrères de la grande presse se

sont montrés, en général, indulgents et bienveillants comme vous, — tous les critiques ne sont pas des in suite urs.

m ie n'ai pas de château, mais j'ai, au bord de la mer à Etretat, un pavillon grand comme la maison de Socrate.

Si jamais vous vous promenez par là, souvenez-vous que sur la falaise, il y a un petit pavillon qu'on appelle la

ÉCRIVAINS ET POETES MORTS

Sonnette du Diable, et dans ce pavillon, un vieux camarade* »

Anicet Bourgeois, retiré à Pau, .où il se traitait d'une anémie , — malade aussi, dit-on, d'un anthrax , — y est

mort, toujours favorisé par le sort, avant la déchéance de la patrie* «

Benjamin Antier, qui* avait quatre-vingt-trois ans quand il est mort , si j'en crois Vapereau , était à la fois de la famille littéraire de Désaugiers et de l'intimité de Béranger. L'amour du couplet s'unissait chez lui au culte du mélodrame. Les Beignets k la cour, où se retrouve la gaieté d'un habitué du Caveau, ont été au Palais-Royal, pour Virginie Déjazet, roecasioa d'un de ses meilleurs rôles. Dans ses innombrables ouvrages, qu'il serait fastidieux de citer tous, une erreur, à un moment, le servit mieux que sa grande expérienoe du théâtre. Il eut le bonheur de se tromper sur un de ses personnages. Il avait, dans Y Auberge des Adrets^ tracé de bonne foi le type banal d'un bandit à la manière noire du boulevard. Un acteur de génie eut l'idée d'en faire le Falstaff du crime et Robert Maeaire, continué dans une autre pièce, fut une fortune pour Antier, l'un de ses auteurs.

Je vis encore cet octogénaire, à la plus récente reprise de X Auberge des Adrets , sortir le dernier de la représentaition qui n'avait été , hélas ! qu'une parodie d'une parodie. Antier a lutté vigoureusement jusqu'au bout contre la décadence physique. Tous les matins il taisait uno longue promenade ; — la jambe , disait-il , c'est le pivot de rorganime. U savait qu'il vient un âge où le jour où l'on s'arrête , on tombe. Le jour est venu où il a faUn...

8'arrdter. Antier ne fat gttère qa*QQ faiseur apiritael, mais il a été en môme temps un aimable homme.

Un mot snr Amédée Rolland : c'était une intelligenoe remarquable et dont la perte prématurée est navrante. On me permettra, toutefois, de me départir de cette politesse de pompes funèbres qui fait nécessaire meut uu gftnd bomae de q«îeenqiie vient de mourir et fOi déovèle ffue la Térité n'est pas de deuil. Le» vers d'Amédé* Rolland ont de la puissance, de la désinvolture et parfois on en rencontre de tres-beaux. Mais, dans l'ensemble, il y manque le sentiment du vrai. C'est l'aspiration au gnmd sans la notion du Jusié , qui vient le plus aouvent du ocBur. On dirait parfois du Miohel-Ange aveugle. Cette absence do coup d'œil était encore plus fatale au théàtro où Rolland n'eut le plus souvent que des succès de forme 9 et quelquefois, somme pour ua darnière ^èoe da Vaudeville, les Rivalea, des chutes oomplètes, ineonôiliables pour la pensée avec la valeur littéraire du poète, A part son début théâtral, le Marohaad malgré lui, qui fut spnpathiquement aeoueilli, mais comme promesse, ses œuvres qui ont le plus impressionoé la aaHe, sont les Vacances du Docteur et YUsarier d§ village, deux drames où la collaboration anonyme do Victor Séjour (un tempérament essentiellement dramatique) était venue à la rescousse, on peut le dire sans inoonvénient anjovrd^htd. Une autre eollaboralion fat moins propiee sa poite énm les Cbanteurfi ambulants.

Les titres d Amédée Rolland sont surtout dans ses reeusils poétiques; malfri leurs défauts, ils rssteroni intéressants pou» le elievelie«r ioielllgest qui oeil di«*

Digjtized by

ÉGRiTAiiis mt poim nom.

tinguer nae oeuvre de mérite dans le demi-jour. Pour

1© public, malheureusement, ils loi ont souvent TelTet d'un beau apeoiaole où la rampe u'est pae levées

Jules de Prémaray avait d'autant plus droit aux. bou<* venlre dnlundi qa*i\ a été à la ^ois aittenr drtfmflliciQe et feuilletoniste. Longtemps airant sa mort« la maladie Vitwtà%

enlevé aux sphères de l'aotivilé et aux luttes de l'intoîligeuce. Prémaray était un esprit ûa qui n'avait eu dans au« cun genre, au théâtre, des qualités assea aooentuées pour f obtenir de grands suctsès. L'épisode de la fie de Véerivaifi qui a le plus appelé l'attention sur lui a été dans le rôle que M. Deiestre-Poirson lui donna , lorsque , en 1844 ^ le directeur du Gynmase voulut soutenii* la lutte oontre l'association deë duieufs dramatiques. L'assoefallen » qui fut calomuiée alors eomme elle l'a été (oujours, — no trouvant pas satisfaction à de Justes exigences , avait déclaré à M. PoiTson qu'il eAt à se pourvoir d'autrés auteurs que de ceux qui avaient ednllé lettre intérêts à notre commission élue. Que restait-il à M. Poirson ? Il fiomble alors que Hegnault de Prémaray eût reçu de ce directeur le droit dé dil*e comme Médée :

Moi,

Moii dis-je^ et ç'ett assez.

C'est à ce moment qu'il donna, entre autres pièces, pour Bouffé» le Dooiear Boèia, sur le même patron que SulUran et qtie dix antres pièces jouées antérieurement ou depuifl.

Il s'agissait d'un comédien (Oarrick) qui dégrise une jeune fille éprise de lui en faisant succéder l'imitation des pluâ ignoblës siiônes d'i^sde à l'inoarfialiôti séduetriee

344 LIS G0ULI8SB8 DU PASSé.

des héros de roman. Dans It léërqniae de Banigaa oa Itt

Nouvelle Mariée , on commença à distinguer la grftce enchanteresse et pudique, le talent instinctif de celle qui fut depuis une grande artiste, la femme la plus honorable, la mère la plus héroïque, Rose Chéri.

Le rôle prineipal de Prémaray finit avee la lutte que M. D. Poirson fut obligé d'abandonner. Le directeur y perdait la fortune que le répertoire de Scribe st de ses ooUaborateurs lui ayait assurée. M. Poirson avait eonduil la oommission jusque devant les tribunaux et avait voulu la faire condamner pour coalition. Ce fut lui qui fut condamné. Alors il perdit courage et se déclara vaincu en frappant du pied la terre, c Puisqu'elle ne tourne pas I » s'éoria-t-il dans une lettre publique où il se comparait implicitement à Galilée , sans doute parce que , comme l'astronome, on l'avait vu renier la seule découverte qu'il eût jamais faite, — celle de la planète Scribe.

Quant à la planète Regnault de Prémaray, elle avait, je le répète, disparu du del dramatique du Gymnase en même temps que les nuages passagers qui Tavaient assombri. Ce n'était pas, je le répète, que l'écrivain fût sans esprit et sans talent, et il prouva de la linesse, du goût et une certaine valeur littéraire dans le feuilleton de la Pétrie qu'il prit ensuite et qu'il garda si honorablement jusqu'au jour où la maladie fit tomber son bras défaillant ; mais il ne pouvait se sentir de force à soutenir le fardeau que M. D*. Poirson avait voulu lui imposer. Il donna d^uis quelques ouvrages avec des destinées diverses : les Droits de F homme , une agréable comédie en vers, interprétée par Sarah Félix (iniidèle aujourd'hui aux productions de la veine poétique pour VEau des téea). La Baalaagère a des éeaa n'eut point de SQCoès à la Porte -Saint- Martin en 1866, mais Tannée

KCniVAINS ET POETFS MORTS.

précédente les Ccmrsd'or^ eneoUaboration avec Léon Laya (M. A. Achard n'ékait-il pas aussi de la pièce?)» une satire du sexe fort — réponse ironique aux Filles de marbre,

de Barrière, ^ a été très-agréablemeut jouéo et reçue avec faveur.

En définitive, on pent dire pour Régnaolt de Prémaray, mourant — avant cinquante ans , dans une maison de

santé municipale , — que sa vie a été colle de tant do gens de lettres ; — un peu d'houueur saus beaucoup de profit, une estime méritée et acquise • mais bien stérilement; une lutte incessante, *une fin prématurée , la souffrance sans atténuation, et, pour dernier refuge^ rhôpital à peine déguisé.

xni

Édouard Brisebarre était encore une existence-type : des études qui n'ont abouti qu'à l'école buissonnière, une Attique qui confine à la Bohême. Élève du collège Charlemagne, où son nom le fait plaisanter, gentilhomme, s*il • faut en croire une biographie violemment louangeuse, ol locataire fiévreux de tous les hôtels garais do la destinée, Édouard Brisebarre est tour à tour clei*c d'avoué , employé aux contributions, comédien, teneur d'écritures à la Banque, dramaturge, vaudevilliste, poëte, — en passant, capitaine rapporteur aux conseils de guerre, — membre de la commîssiou des auteurs dramatiques, directeur par ooeasion, rencontrant parfois le talent, vivant le plus souvent du métier, passager de Tinapiration, et esclave de la nécessité !

Depuis la Fiole de Caglioslro, écrite pour M"» Déjazet, avec Anieet et Dumanoir (qu'il aurait faite à dix-sept ansou à quatorse ans, selon qu'on voudra croire Vapereau ou oette

LIS ootiUMM DO ràmà

même biogrraphie qui le reclilie, — et notez qu'il avait déjà alors passé par trois ou quatre étais l), depuis kà Fiale de Cagliosiro, dit-ja» jusqu'à ss dernière piàoe , la Boah de Neigé (pas celle des Bouffes-Parisiens)» i Glunyï — «quelques grands succès , beaucoup d'œuvres morl-néefe , des essais dans tous les genres, en total cent vingt-trois fois le public appelé à le juger» et endéûoiiive toujours la lutte et la souffranœ. Il publie des drames en deux Tolumes , désespérant de les voir prendre par des direelours ; le tliéàlro les lui emprunte ensuite. On tarde à démolir le Théâtre historique ; alors Briai^sne se dit qu'il aura enoore le temps de s*y ftdre jouer. U organise une troupe et fait représenter deux cents fois son uieilleur drame, Léonard , avec la collaboration iutel- Ugeute dû Nus^ avant que le marteau ait donné son lugubre signal.

Il en sort , non pas miné, somme dit la même biographie, — c'eût été, je crois, dilUoile, — mais plus pauvre qu'auparavant.

Il y avait dans Léoattrd une idée soeiate, généreuas, un plaidoyer vigoureux du droit à la réhabilitation d'unepremière faute. La qualité distinctive de lirisebarre a été l'observation. Aussi a-t-il mis eu scène plusieuis estégories de la société : les Beaiiert, les Portieiw^ k|B OeoB de théâtre, les Médeeiae, etc.

Dans cette deniière pièce, il y a un trait atteint au sublime par la vérité. Un charlatan , qui se prétend supérieur à toute la Faculté» voit gravem^t malade tft ën danger de mori une femme qu'il adore ; il oublie mit prospeelus et iuii)lore — un médecin !

• A côté de quelques di'ames tiés-énergiques, Briaebarre a des fantaisies dee plus agréableSf des gaieiéi dM mÎMX féusidesf dent phuieurs nous rsstersat : £# Tigre du

ÉOEiVAUig BT POftT£S MORTS. §41

BeafalBf la Vie m partie double, le Baiser de réirier, •!«•

6a dernière œuvre un peu considérable, F Arrnchetir de dénia , fut aceueiilie à l'Ambigu avec une sympathie narquée.

BH8db«m , bientôt sexagénaire malgré l'arithméticnie

optimiste de ses biographes , malade , peu heureux , n'inspirait ni envie ni crainte , et ii eu était arrivé à ce point de la iFie où les fronts pieux se découvrent devant Yoos « où *la malveillanoe voue tolère parce qu'elle sait cfu'elte n'aura pas besoin de beaucoup de patience en se laissant devenir juste.

Cette sympathie ne put cependant lui donner un grand sucoès. Mais le dénoûment suprême était proche, et Brisebarre devait bientôt connaître un repos qui jusque-là a semblé presque toujours lui être interdit*

Bouchardy vaut mieux que les clichés — à la charge que les ana — - à la ligne, dont les petits journaux loi ont fait à peu près exMusivement une oraison funèbre. On n'a ▼oul« voiren lui que le prototype de la littératui^ des : Merci, mon Dieu!... A coup sûr, Bouchardy avait vieilli ;maici ce n'est pas sans avoir vécu réellement et largement. Je vais donc cher<^er à recomposer en quelques traits brefs cette figure qui mérite tout au moins un derniei' jet de lumière, fiU-il bien passag-ef, avant de tomber dans Toubli auquel sans doute elle n'échappera pas.

La place de Bouchardy a été intermédiaire entre les industriels eu mélodrame et les vrais éciivains. S'il n'a pas même approché de Schiller, il y a eu autre chose chez lui que elles Pixéréoqurt. Je crois atoir pent^dtre donné

348 LB G0IILI8888 DU PASSi.

idée asses exaetoment de ee que foi cet ouvrier grayeur

devenu écrivain dramatique, eu disant que s'il n'a pu devenir homme de lettres» du moins au théâtre il est resté artiste. Son style, toujours infirme, manquait presque d'orthographe, mais le talent du dessin se retroa-vait dans l'œuvre.

11 débuta à l'Ambigu, en 1837, par un petit drame, Hermana rivrognef où une certaine originalité sauTage faisait pressentir un tempérament fait essentiellement pour les luttes de la scène. C'était Guy on, depuis sociétaire aux Français, qui jouait Ilermann l'ivrogne. Bouchardy donna à peu près en môme temps le Fils du bravo, une petite saynète comique, en collaboration avec M. Dell^i^y» P^vi ^® succès. Le fils du bravo, avait-on

dit, s'était trouvé orphelin dans la salle.

Ni le comique ni la collaboration ne convenaient guère à Bouchardy. C'était seul, la nuit, avec du papier à cigarettes et du tabac, qu'il construisait laborieusement ces grandes machines dont Oaapardo Je pécheur fut le l)remier spécimen heureux. Il cherchait quinze jours, trois semaines, deux mois, le ressort qui devait faire porter le coup décisif destiné à emporter le succès* Ce besoin d'isolement, cette impuissance à usw d'autres ressourees que de ses forces personnelles, en même temps (jue ses procédés de travail, se retrouvent exposés dans un billet qu'il m'écrivit le lendemain d'un jour où j'étais allé (nous commencions tous deux), lui proposer un sujet de pièce. Je crois devoir le citer tout entier :

« Mon cher monsieur, lorsque hier vous êtes venu me a demander ma collaboration, j'ai été si flatlé du comc pliment que vous me faisiez en voulant m'assccier à « voti*e oeuvre, que je me suis trouvé indécis, quoique « m'étant bien promis de travailler seul ; mais après

taitvAiNS Bf posrn morts.

c quelques réflexions, j*en reviens à mon premier prin-

c cipe et je vons donne iei des raisons.

« Je suis à cette heure occupé de deux pièces que les « chauces me font souhaiter voir arriver promplemént ; « toutes deux se eontrarient tellement dans ma tète que c je ne puis arriver à là solution du plan d'une d'elles, c M*occupcr d'un troisième ouvrage serait indubitable- « meut vouloir nuire aux deux autres, déjà si douteux» < lesquels nuiraient beaucoup de leur c6tô au nouveau « venu. Je ne vous apporterais donc qu'à grand'peine t une collaboration pleine de préoccupations et indigne « de votre conception.

« J'espère que vous verrez dans ceci, non pas du pé- « dantisme, mais la situation d'un jeune homme quia jua- « qu'à ce jour tout préparé pour faire seul son chemin, s'il « le peut, et j'espère ainsi que si, plus tard, après avoir « échoué, J'allais moi-même vous faire roùre que vous « me files hier, roua .réûàehire* à voire toar avant de « me refaser votre aide.

m Tout à vous,

ff J. BOUGHAROY, •

11 me semble qu'il est impossible d'exprimer une pensée plus modeste, plus loyale et plus délicate à la fois

que dans cette dernière phrase.

A Gaspardo ie pécheur ^ joué par Saint-Ernest, qui lit plus la fortune de l'Ambigu que celle de son auteur, car à ce moment les droits d'auteur étaient au plus de quarante-huit francs par soirée, pour cinq actes (d'abord trente-six francs qui turent dévolus ensuite aux pièces en trois actes), succéda Loague-Epée ie Normand, représenté par Guyon, et qui n'eut aucun jiacoès. — Les pièces de Bouchardy pouvaient se comparer à un décor

habile et piUoresque qu'équipent ai font mouvoir une foule de maohinas eonpliquées, mais si par hasard la trame n'était pas asses forte pour sappoiier le frottement

de la roprésonlation, alors il semblait rfu*elle se crevassait ot ue laissait plus voir (}ue les poulies qui grincent, les eontre-poids qui se balanoent lourdraient.

De pins, on eftt dit que pour Bouehard j la ohance fftt intermittente. À rtnsneoès de Loogue^Epée h Normand, de rAml)if^u, succéda à la Gaîté l'énorme retentissement du Sonneui' de Saint-Paul, La presse ne paria guère de la pièee. — Quelques lignes, dédaigneuses même dans leur bienveillance, au bout du feuilleton, ftirent tout ravant-coui eur de celte vogue, qui fut à coup sùr un des plus grands éléments de prospérité do rancienuo (taîté. Longtemps, dans le eabinetdesdireoteurs, MM. Montigny et Meyer^ un tablean dressé par M. Glénard, le olief oontrélenr, laissa exposé ce bordereau triomphant du drame centenaire. La nioyeiuio était de quelque cliose comme 2,200 ou 2,400, — chiffre énorme alors. — Je orois qu'on y donna ensuite pour pendant, dans le eabinet de la môme direction, les recettes de la Orâce de Dieui

Francisque aîné, M»"'' Gautier, sœur de l'acteur Bouffé, donnèrent, en particulier, beaucoup d'intérêt dans ce drame à la situation de est aveugle recherchant dans l'ombre son bonheur perdtt et servant d'iostrament à la justice divine eontre les assassins d'un roi. M. Laferrière créa le rôle d'Albinus, le sympathit{ue protecteur de l'opprimé. Sa personnalité un peu remuante ne se trouva pds à l'aise sur eette affiche, l'effet de la soirée lui étant tOHS les soirs vietorirasemeiit disputé par des protagonistes adoptés du puldic. Il créa ({ueltjues diflicultés, à la vin.^tième représentation, et manifesta des exigences. kxk ae« d'y satieistoe, MM. Mentigny et Meyer domié-

ECRIVAINS ËT PO£TËâ MORTS. 351

reui le rôle à un comédien nommé Amy Dieu (toal ré-* œmment pensionné par raisooiation des ariislas), un beau garçon, et qui, bien que d'une intelligence dramatique très-inférieure à celle de l'acteur qu'il remplaçait, ne laissa ni déchoir la puissance de la pièce ni baisser les Moeitoe.

Tontes les fois que le Sonneur de Saia^Paul est repris, il ne laisse pas le public indifférent. Sous leurs pourpoints démodés, ses personnages vivent et occupent eneore, Ciwiêiophe le Suédeia^ dont le premier aets durait dinq quarts d'beure, marqua pour Tauteur le retour de sa mauvaise ehanoe invariable, mais LaMere le Pâtre fut plus heureux à tous les titres que tous ses aînés, même les plus victorieux : car faisant participer Bouchardy aux bénéfiees si légitimes du droit proportionnel, il luirap* porta trente mille francs.

La pièce consacra ralliance de Bouchardy ot de Mélingue, tous deux venus au théâtre par la route des arts, tous deux sUnspirant du môme souffle de Téoole nouvelle. Seulement, l'auteur de Oaapardo le Péobeur mi a été, pour ainsi dire, Télève prolétaire, Tinstrument {populaire destiné à lutter, à vaincre passagèrement, dans les faubourgs de la cité littéraire où d'autres, mieux doués, au* rônt fondé une dynastie de l'intelligence.

La situation principale de Lazare, où le muet retrouve instantanément l'usage de la parole pour sauver un personnage intéressant, était puissamment trouvée. On plaisantait un peu sur les infirmités dont Bouchardy dotait toujours ses héros, et de là des idées grotesques de drame médical (ju'on lui prêta et qu'il n'y aurait plus lieu dê rappeler ici.

Bouchardy acheta avee le produit de Lazare Je Pâtre une petite maison à Ivry, une iéhne qu^l faisait valoir

LES COI'LISSES ni' PASSÉ.

lai-mème toai en eombinant laborieufiement ses draines. Le matin il tnait des ponlets, la nuit des tyrans. Mais

Fère de ses plus grands succès était fermée, les bons numéros ne sortaient plus guère. — P^ris Je bohémien^ la Sœur du muletier, la Croix de Saint-Jacques, le Seereê des Cavaliers ^ Mioaëi V Esclave (j'en passe et des moins bons), trouvèrent le public médiocrement attentif ou ne Tattirèrent pas bien longtemps. Bouchardy, vivant toujours seul, n'avait pris aucune part au mouvement des • idées en marobe. Un drame dans lequel je Teatralnai à la Gatlé, Les oa la Sceur da soldat (la Gbine ouverte n'était pas alors un phénomène plus difficile à réaliser que Bouchardy acceptant une collaboration), ne rompit pas cette mauvaise veine. Un mélodrame populaire, Jean le Co* ehetf le dernier» fit luire un de ces rayons aurifères» — qui descendaient surtout de la seconde galerie — sur cette littérature plébéienne.

Depuis, Philidor, un drame en frac, à la Gaîté (4862), fut bafoué. On en avait assez. Bouchardy avait d'ailleurs passé pour mort en 1852. De quel droit en appelait-il de cette inhumation précipitée t N'étaii-il pas temps pour lui de laisser la place, surtout à ceux qui ne peuvent pas en profiter ? 11 n'y a que ceux-là d'impitoyables et d'impatients de la prendre, les autres savent se la faire.

Le dernier drame de Bouchardy, V Armurier de Saik^ tiago, fut moins malheureux. Joué en septembre 1868, au Chàtelet, il ne ramena point la foule, mais son apparition, du moins, rencontra, à défaut d'enthousiasme, quelques sympathies modestes, presque respectueuses. Il y avait là une scène d'armures vides, scène de quelque effet, mais il semblait que ce fût là un symbole de ce drame posthume, tout hai naché encore, mais qui ne renfermait plus de personnage vivant,

Digjtized by

ÉCRIVAINS ET P0BTB8 MORTS. 353

Je ne veux pas faire ioîJ'éuuinératioR complète de toute ' cette œuvre, destinée peut-être presque en entier à ( érir,

mais pour laquelle l'oubli ne doit pas être le mépris ; mais j'cyoute que daas les intervalles de ses grandes pièces, Boucbardy donna» sans se nommer, sur des scènes de vaudeville, quelques pièces gaies où il prouva plus de dextérité qu*on ne devait Tattendre de cette main habituée à soulever de grosses masses dramatiques, — entre autres la Fille terrible, jouée aux Variétés pour les débuts presque enfantins de Sumnne Lagier,

Qui depuis.. • mtit tlofi elle était. Jeune et mince.

Reste le Bouohardy privé, et pour celui-là l'éloge ne saurait être trop spontané, trop cordial. Sans avoir pn échapper à ces troubles presque inévitables de la vie

d'artiste, Houchardy fut l'homme de la famille, pas do la famille heureuse, hélas ! Sa fille unique se paralysa et mourut à dix-hùit ou vingt ans. La mort mit le deuil dans cette maison où Tingratitude du parterre avait fait le vide.

Un roman tragique a dramatisé un moment cette vie de dramaturge. Une jeune actrice nommée Dcolaudcs, qui créa un rôle dans les Bohémiens de Paris, en fut rhérolne. Pas de beauté, mais un grand charme, aucune tenue dans les idées, mais de la passion dans le ccour ; . en définitive, liaison orageuse dont il reste des lettres qui ne le cèdent point en ardeur ù celles de la religieuse portugaise. A quelque oause que fût dù son désespoii*, M"* Deslandes se suicida à Lyon où elle ^ait été engagée comme actrice. Ce fut une commotion terrible, presque une mise en cause dans la vie de Douchardy, qui 11 etail responsable que de sa douleur.

Je ne crois pas avoir été indiscret en complétant par ce trait intime une physionomie d'artiste qui sembla

LIS GOUUSm DU PilSSé.

to\)jourB incomplète quand on n'y a pas interrogé le

cœur. Tout a été su d'ailleurs et pardonné par rexcelleiite femme qui fut la compagne courageuse et dévouée de Bouchardy et demeure la gardienne justement honorée de son nom.

J'avais perdu eomplétement de vne cet ami dans les

dernières années de sa vie. Aucun de ses confrères, dtt reste, ne le voyait. Je ne sais même au juste si c'est à Antony on à Chatenay qu'il possédait une petite pro« priété, ayant vendu sans doute celle qu'il a eue à Ivry. Je ne crois pas beaucoup aux douze ou quinze mille livres de rente laissées à sa veuve, mais je me plais à croire, et j'ai quelque lieu de supposer qu'il lui reste une aisance suffisante.

Bouchardy était jeune encore pour la mort, comme il était resté jeune pour la sunlTrauce. Nature plus nerveuse que vivace, plus laborieuse que solide, Bouchai-dy a eu légitimement son heure pour avoir presque illustré, — sans pouvoir l'immoiilaliser toutefois, — ce que j'appellei'ais volontiers la démocratie de l'art. .

Ce pauvre Carré, qui vient de mourir jeune aussi, a été encore un exemple de ce que peuvent i'eutcnte du théâtre et le travail honorable pour arriver à une véritable fôrtune dramatique, sans qualités individuelles bien prononcées. Il a eu, comme tout le monde, des hémistiches de collège, et a débuté par des j)oésies jetées au vent: les Folios rimes; — puis, en vei s, à l'Odéon: la Jeunesse de Luther; — une imitation de Térence : FEuBuque ; ^ au Théfltre-Français, un acte: Scttramoaehe etPaaeuriel; — delà liitératuro plus ou moins perdue.

icaiivÀiifs vr vt>wnB noRtft.

Sa collabora lioa avec M. J. Barbier, où devait se marquer sa véritable voie, avait commencé, je crois» daas une pièce de TAmbigu ; un Drame de Familie où Paulin Menier aristophanisait Vêl charge d'Augoste Vacquerie. Le Drame de Famille avait ému le public sans l'altuer. Eu 1850, Henriette Deschampa à la Porte- Saint-Martin (direction Poumier'Vemeuil), en société de Carré avec M. Nodl Parftiit, aujourd'hui député, n'eut pas une 'fortune beaucoup plus prolongée, malgré les applînidissoments (pi'une charmante actrice, M''" d'Harville, lui valut. Le mai'iage a, depuis» enlevé d'Harville au théâtre, où à coup sûr elle eût élevé pour elle le talent au niveau de la beauté. Les Contes d'Hoffmann, à l'Odéon, avec M. J. Barbier, joues par M™« Lau. eut et Tiâseraad, furent plus heureux.

Ën dehors de son association principale, Carré eut quel- . ques succès. Une bluette — Jobia et Nanette, avec Léon BattU; fut beaucoup jouée. Ce qu'on ne sait pas généralemeut, c'est que Carré a paru rendre possible au théâtre Murger, en ajoutant simplement» pans se nommer, la somme de métier nécessaire à la comédie du Bonhomme Jadis, restée au répertoire rue de Richelieu.

11 prit sa part, également, avec H. Lucas, du graud succès de Lalla Bouck^ décidé par l'harmonieuse et éminente partition de Félicien David.

Mais le livret si poétiquement archaïque de Galathée, fut le point de départ d'une longue suite de travaux lyriques, heureux et productifs, soit par la traduction ou i'arirangement de chefs-d'œuvre, tels que des Noces de Figaro et du Médecin malgré lai, soit par des poômes ifui, bien qu'in8i)irés parfois de grandes compositions étrangères, devaient davantage à cette heureuse société des deuxécrivains.

Je citerai la Jolie comédie des Noces de éeânBeiie,

UtB COUUSBBS DU PA88B.

Psyehé^ EÊoai, Ul Reine de Sebe, le Perâon de Ploërwei, Bornéo et Juliette, Mireille, Hemîet^ ete.

Carré, dans celte fortune de moitié de pue le lyrique, ocmiparable à celle de Scribe et de M. de Saint-Georges, a'een an même degré ni les eombinaisons ingénienses, ni la forme amnaante, ni lliabilelé d'agencement dn premier^

non plus peut-être que les situations saisissantes trouvées souvent par le second; mais à un certain sentiment de œ qui convient à la scène» ans scènes élevées surtonl, il Joignait, de même que son collaborateur, une valeur

poétique très-propre — quoi qu'aient dit de contraire les routiniers du paradoxe — à mettre en relief les inspirations musicales des maîtres*

L'article où Nestor Hoq[ueplan a constaté ches les danseuses le développement- exagéré des muselés inférieurs n'est pas un des chapitres les moins curieux de son volume intitulé Parisiae. L'écrivain n'est pas moins intéressant lorsqu'il vous parle de la tyrannie des longues traînes inventées uniquement pour vexer les hom^ mes, obligés à des efforts surhumains pour éviter de les déchirer du pied lorsqu'ils n'ont pas été contraints déjà à ces mômes efforts pour les payer. J'adopte tellement l'idée de Hoqueplan que je suppose que la robe longue peut compter à elle seule pour une revanche du cigare. C'est surtout à la sortie dos grands théâtres — «le l'Opéra notamment — que l'on apprécie les servitudes imposées par ce luxe de toilettes. Quand on descend un escalier derrièire deux ou trois de ces merveilleuses, on passe à l'état de navigateur hasardeux, en danger également de s'accrocher à un récif de guipure ou de siéchouer sur un

KCHIVAINS KT POKTES MOHTS.

banc de velours. C'est en vain qu'on voudrait chercher un détroit entre ces écneils ; on tomberait inévitablement d'un Charybde à Tanne dans nn Scylla an mètre. Il faut

demeurer patiemment et surcessivement en équilibre sur chaque marche, quelque temps que cela dure, jusqu'à ce qne ces flots de satin ou de dantelks se soient retirés définitivement de degré en degré jusqu'à la plage du irestibule.

Actuel par Tesprit, instructivement rétrospectif par les souvenirs, Nestor Roqneplan nous a raconté ce duel de Dovalle où, à la suite d'un billet de spectacle refusé avec

trop de sans-façon et d'un article de journal un peu trop vif, un poète, d'un véritable avenir, expira dans toute l'ardeur de ses illusions, avec toute l'auréole de sa pureté de chérubin. Dovalle, sons la balle du pistolet de M. Mira, est tombé littéralement vierge et martyr. Il a été le sujet d'une monographie, en quelques pages, do Victor Hugo, et inspira aussi quelques lignes touchantes à M. Louvet, son ami, depuis député et ministre, alors simple étudiant.

Il faut rendre justice à Roqueplan. Il a toujours en le courage de son opinion, fût-elle contestable. Il est pour Paris en tout temps, et brave héroïquement en face le préjugé de la canqtagne. Il se déclare carrément pour le luxe, et plaide môme pour celui du quartier Breda les circonstances — exténuantes. Son livre sera pour nos neveux (la génération des petits crevés, qu'il peint si bien, ne devant laisser guère de ù\fi) un curieux document. An fond, Roqueplan n'est pas si sceptique qu'il veut le paraître. Qu'on lise chez lui l'éloge de la famille et des enfants, et vous prendrez ce viveur en flagrant délit de sentiment patriarcaL .

Il y a aussi de curieuses monographies des « rats » dans toutes les acceptions du mot. Par exemple, il résulte de

la lecture approfondie de ces piquants mémoires de l'é-* poqae, que Roqueplan a été un gastronome des plus coin flommés el des plus Busceptibles. Ghe> loi la fourefaetle était aussi délieate que la plume. Le chapitre où il traite des dîners en ville est à faire frémir les téméraires qui eussent osé l'inviter. 11 y avait cependant une classe d'amphitryons que n'eût pn efArayer le danger devoir leur menu désavoué par eet estomac d'élite : ceux qui, comme nous, avaient lu ce livre sans pouvoir le quitter et qui éprouvaient le besoin d'ajouter à ces pages trop courtes, le futur second volume dans la conversation spirituelle de fauteur. Mais Roqueplan avait dû s*y résigner; il ne pouvait plus être invité à dîuer que par des égoïstes.

xvn

J'avais dû enoadrer de deuil le feaillelon que je re**

• produis ici ; autrement il eût fait tache parmi toutes les opinions représentées dans la presse , il eût été en désaeeord avec toutes les diversités de l'intelligence qui ont salué» an dernier passage, l'homme exoellent el éminent, dont le nom semblait, et demeure encore, — c'est une consolation du moins — inséparable de ïOpi" Dion nationale, une œuvre désormais patrimoniale.

Adolphe Ouéroult avait dans le style cette qualité si éminemment française, la clarté, —-celle qui vient de la sincérité, la plus grande do toutes les forces. C'est pour cela que, sur toutes les questions, on i-echerchait à la première page de son Journal, <— presque comme un ar<bitrage, «— cette netteté de discussion, cette lucidité de combat.

Du reste, Adolphe GuérouU eut plus d'un courage, et sans rappeler ici — ce n'est pas une biographie que j'en-

ÉCRIVAINS ET POETES MORTS

tteprenûBt — les phuas 4e sa ¥ie politique ei^traasparente et si honnête, on peut dire qu'il n'est pes de gonvmiemeni si eontesté, d'homme si impopulaire qu'il fût,

quelque drapeau qu'il arborât ou à quelque parti qu'il appartint, qui n'ait dû rencontrer la justice bienveillante de sa plume, au jour d'une loi sage, ou d'une bonne aotiûn.

11 y a, en effet, dans cette absence virile de parti pris, dans ce dédain de l'obéissance passive aux vulgarités des oouranis impératifs, sinon plus de courage, au moins on courage plus rare que celui —si universellemefll loué en lui , — d'une énergique résistance , aussi dangereuse que légale, à la tète d'une coalition d'honneur de la presse parisienne, contre le pouvoir monstrueux et sans frein du 18 mars, qui a failli faire plus encore de mal à la Hépublique, si c'est possible, qu'il n'a coûté à l'humanité.

Adolphe Gnéroult était encore chez lui, dans mon article; je ne pouvais donc louer avec une chaleur qui eût dù paraître de l'affectation, ses instincts de famille, son goût à la fois éclairé et passionné pour les arts (ce n'eût pas été de ce cher mort que Shakespeare eût pu dire: rhoinme qui n'a pas de musique en lui, etc.), — cette conversation simple, facile, à la fois instructive et cordiale, que recherchaient également amis et adversaires. Il était de ceux avec qui on se sent à l'aise d'avance, et de ches qui il semble que l'on sorte toujours content ù lu l'ois de rinterlocuteur et de soi-môme.

Je ne veux pas toueher à certains côtés de sa vie qui peuvent être douloureux, mais qui sont le plus à son bon* neur, à ces calomnies tombées et qui, on retombant, ont écrasé le calomnial«;ur. r/estj)0ur ces huntes de la haino qu'il faut avoir la pitié de l'oubli ; mais je ne puis clore cet adieu sans un mot de souvenir au lien affectueux q;ui

fit pour Guéroult ua coUaboraieur du signataire de ce travail, jusque-là aeoleineiit un ami.

Ce n'est pas à son ekoii. même que s'altache ma reconnaissance. Guéroult avait bien voulu uie dire, — et pour ma conscience du moins, j'ai dù le croire, — que le renfort de mon modeste concours n*étatt pas contre les inté*> réis du journal qu'il dirigeait; mais ce qui me fera toujours débiteur envers sa mémoire, comme je l'étais Yis-è^vis du vivant, c'est la spontanéité cordiale avec laiiuelle il avait voulu, en m'ouvrant à deux battants les portes de YOpimon Dêtwnële, que ce choix réparât de façon catégorique et éclatante quelques procédés asses inattendus auxquels ma vie d'homme de lettres et mes relalions d'houmie du moude ue m'avaient pas accoutumé jusqu'alors.

lî

SAINTE-BEUVE

Les deux PUSiiiEns volumes de ses purtuaits cohtexpoiui^is» — Quelques notes sua sa vie.

Sainte-Beuve a lui-même, avec une rare bonne foi, indiqué les défauts de ans Porlrails contemporains. L'aveu s'en retrouve dans une nouvelle édition de ces panégyriques successifs, annotés de sévérités rétrospectiyes. Tour à tour hôte assidu de l'Abbaye-aux-Bois, ami de Béranger» de Lamennais et de Lamartine, initiateur passionné au bcnéiice de M. de Scuancour, intime du foyer de Victor Hugo, confident de George Sand, ses études manquent un peu d'impartialité et surtout de largeur dans le point de vue de l'ensemble. Il raconte souvent et n'apprécie pas assez. C'est une pièce un peu trop vue de la coulisse, à côté de Tauteur. C'est un tableau duquel on ne s'éloigne pas assez pour l'embrasser dans son entier; la critique de l'écrivain manque de recul.

Ce n'est point qu'en thèse {générale, je hlàme ici les sympathies témoignées par M. Saialo-lieuve aux nobles esprits dont il a parlé dans un langage si digne.

« L'homme n'est jamais plus grand que lorsqu'il admire, » dit Auguste Vacquerie dans une phrase qui fait

ta» C00I488B8 DO PASSÉ.

uul tui a'ht'ièU ut- .1 Hun ci- ir qu'a ^Oii tuleul. I.'enthoutti.i^iii ' hincet'<* et jusUiie i'ait pour mui lu base de toute disoussiou d'art. Le juge littéraire pour qui la passion do beau ne fait pas contre-poids 'à la haine du vil ou du médiocre, ne peut tenir «qu'une b;ilaiice faussée. Pour ma part, je n'ai jamais eu qu'en faible estime et surtout 4e plaindrai toujours les esprits raccourcis auxquels manque l'ittiaition du grand et dont Tidéal se limite à la satire gouailleuse ou à la gaieté grivoise. Ils perdent à la fois une vive source de jouissance et un levier d'influence énorme. Ce sont là las oolft-ds^atte de la critique; ils penvent amoser beaucoup, comme Scarron, leur patron; ils peuvent se traîner dans le succès, ils ne s'y élèveront jamais. L'esthétique sans la foi au sublime, c'est une religion où il n'y a pas de dieu.

C'est là le mérite capital de M. Sainte-Beuve. Il est un pair des écrivains qu'il juge, li parle de la poésie en style de poëte. Il écrit sur les illustres prosateurs des feuilletons qui sont des œuvres. Quand il compare Wordsworth à Lamartine, il ne se contente pas de caractériser l'illustre esprit anglais, il le traduit eu vers do maître. C'est le juge du combat qui descend dans l'oi-èAC, ramasse une épée et donne en un instant la mesure de sa force avant de retourner à son siège consulaire*

Toutes ces qualilés se montrent, mais sans exclusion du défaut que jo signale, dans les deux premiers portraits: Chateaubriand et Béranger. Pour nm part, je ne vis qu'une fois l'auteur d*Atala et M"'* Récamier à une soirée de l'Abbaye-aux-Bois, où je fus présenté par mon ami Goubaux. Je fus étonné de la petite taille de Chateaubriand, que je me figurais grand. M*"^ Récamier, (ja'on devinait encore avoir été jolie, a dans ma mémoire quelques points de rapport physique avec la célèbre M'"*' Suiiit-

le

SAINTK-BEUVE.

Aubin, de rOpéra-Comic^ue, qui, bleu avancée en âge, avait encore une certaine gentillesse sénile. .

Quant à Déranger» je ne Tai point connu personnellemcut. Jo rogrclle un peu, en ce qui concerne ('hateaubriand, d'une façon générale, le }i.ii li pris d'optimisiue de Sainte-Beuve, parti pris dont il plaide lui-même les circonstances atténuantes. Je le regrette à Toccasion de Béranger, sur un point spécial. J'aurais voulu, au nom d'un goût aussi épuré, d'un procédé aussi châtié que celui de l'auteur des Portraits, un blàmOy — un regral tout au moins, de certaines chansons de Béranger, qui traînent Tamourdans l'obscène et la gaieté dans le cynisme, ('es effervescences du matéi iaiisme peuvent se pardonner aux délires de la jeunesse ou aux excitations des soupers, aux effluves d'une séve printanière ou aux vapeurs de nuits orageuses. Le côté grave, — c'est qao la publicité les éternise sur le lit voluptueux qui se transforme peu à peu pour elles eu une sellette d'accusé. C'est qu'elles demeurent contemporaines de la vieillesse et survivent à une tombe. — Bien n'est triste comme les rides de la débauche.

Aces réserves près, je n'ai pas besoin de dire que je m'associe à tous les éloges donnés (dans un langage excellent) par Sainte-Beuve à Béranger. Béranger, c'est l'esprit d'un (îaulois avec le cœur d'un Français. C'est le génie familier du foyer national, bi Uéranger a vieilli pal^ qpielques côtés, s'il paraît avoir gardé un culto trop fanatique au («ésarismeen culotte de pesu et aux che* vrons autoritaires, c'est la faute du temps où il a vécu, beaucoup plus que la sienne. La tète la plus haute, le regard le plus perspicace ne peuvent découvrir les horisc ns qui ne sont pas encore ouverts.

Il m est impossible cependant de souscrire à une asser-

Page 1