‹ Les coulisses du passéChapitre 61 sur 70 · IA8 CODLIM» DU PA86B · texte numérisé non relu

IA8 CODLIM» DU PA86B

tronvaift exqaîse, — et les deux hôtes familiers de la mai*

son, — une belle chienne qui s'appelait Diane, — un vieux chien noir — ChabaiTas.

Sainte-Beuve donne une idée fort juste de cette première floraison du romantisme mitigé, — alors que l'on voyait vivre et coml)ntlre ensemble V. Hugo, Alfred de Vigny, Emile et Antony Deschamps, Jules de iiességuier» Piohat, Belmontet, Jules Lefévre, Alexandre Soumet, Alexandre Guiraud, Baint-Yalry père» Ghenedollé, Ulric Guttinguer, etc. Quelques-uns de ces noms qui, pour ceux qui les connaissent encore, semblent se rattacher au elassioisme le plus pur, appartenaient alors au groupe des innovateurs, vis-à-vis des Jouy, des Vlennet, des Delrieu et autres incurables de Talexandrin unitaire. Plusieurs de ces poètes. Soumet et surtout Jules de Hességuler» ainsi que le rappelle Sainte-Beuve, n'étaient pas exempts d'afféterie et dans le talent et dans les manières surtout. Il y avait dans ce r cénacle » quelque diose comme Schiller en apprentissage à l'hôtel Rambouillet.

L'e point culminant de cette période, où, pour emprunter une expression que Sainte-Beuve s'applique à luimême, girondins et montagnards de la révolution littéraire marchèrent ensemble, fut bien, comme le disent les Portraits contewponùns, la première représentation de Clytemaesire de Soumet. Ce fut un grand succès le premier soir, auquel applaudirent même les dramaturges de l'avenir. Duchesnois jouait Clytemnestre. Talma, (Oreste) dont, tout enfant, je remarquais avec étonncment Tépaississement matériel, y disait à Electre (M^ Bourgoin) avec un naturel et un charme exquis, en M présentant son compagnon de voyage «t de périls comme si sa sœur devait déjà le connaître :

Cast PfUda, ma aoeur...

SAINTK-BWJVB.

Ce cénacle composite, dont on retronve les travaux eomninns dans deux recueils : la Muse française et le Coii"

servateiir littéraire, dut se dissoudre vers 1827 ou 1828. Chacun prit son vol dans un sens différent, sauf ceux qui continuèrent à Toleter. L'un des incidents de cette liquidation littéraire ftit raffaire à*Amy EobsaH où je ftis mAlé, dont j'ai déjà parlé, mais quo le l»oau et touchant livre — qui pour moi est plus qu'un livre — Victor Hugo raconté par un témoia de sa vie, raconte avec une précision qui manquait à ma propre mémoire. On y rap[)eUe comment je fus amené, sur l'idée de Soumet, à eonseillpr à Victor Hugo de faire jouer sou imitation de ^YaUe^ Scott, un an après la représentation de la pièce que Soumet lui-même avait tirée du même roman. On sait, d'après le môme livre, que cette dualité do KcnilworlJi était née d'un projet de collaboration des deux poêles, projet qui dut être abandonné pour incompatibilité d'humeurs dramatiques. On n'osa pas , au ThéAtre-Français , dans la pièce de Soumet, prendre ce vulgaire nom d'Amy. Il parait pourtant <[u'on l'avait essayé aux répétitions, à ce que m'a raconté l'auteiw. Mais Mars, qui jouait le principal rôle, en étant venue à cette phrase : « J'étais Amy quand il m*aimait ! % (on prononçait Emy à la façon anglaise), un éclat de rire général du soeiétaric^jt mit lin à cette velléité de couleur locale , et Ton prit le nom d'Emilia, — tout à fait convenable à cette littérature qui eût volontiers réclamé dans la mise en scène la tunique h bandes, la lo(jue à créneaux, et autres accessoires de dessus de pendule. En définitive, cette euphonie en quatre ou cinq actes ne tomba pas.

Rlle participa même un moment des recettes que faisait invariablement sa séduisante protagoniste ; mais bientôt elle s'éteignit sous l'indifférence. Magnin, un critique as-

S10 UB8 G0ULIS8IB DU FASSÉ.

sez avaucé du temps, me disait : La pièce de Soumei, c'est bête ! Heureusement, à Soumet, trop oublié aujourd'hui, il reste enoore d'autres titres littéraires que celui-là.

ChAlona-d'Argé m'a oonté qu'à la première représentation (VAmy Robsart, à l'Odéon, au milieu du tapaf^o et des sifflets, combattus par quelques juvéniles sympathies écrasées sous le nombre, les rires et les plaisanteries . narquoises partaient surtout d'une baignoire oik se trou- Talent Soumet et ses amis, qui étaient toujours à ce moment dans les liens les plus intimes avec Victor Hugo. Soumet était un excellent homme et que pour ma part j'aimais beaucoup;'— ce qui me fait douter de l'authenticité de l'anecdote. Cependant il est possible que le plaisir de voir tomber un .jdversaire littéraire — et un concurrent dans la partie — ait entraîné Soumet au delà de quelques convenances de la confraternité affeciueuse. Dans tous les cas, je laisse la responsabilité de l'assertion aux mânes de GhAlons-d'Argé.

L'auteur si cher et à Jamais sacré pour moi de Victor Hugo raconté par uu témoin de sa vie, en me rappelant des Bonvenirs qui m'avaient échappé, est trompé à son tour par les siens — en racontant « que la revendication de paternité faite par Victor Hugo en présence des sifflets, fut pour la pièce une réclame involontaire, que les jeunes gens qui ne s'élaient pas dérangés pour une pièce non avouée, accoururent alors, qn'on applaudit, que les sifflets redoublèrent, que l'agitation du parterre s'éten<iit dans le quartier Latin, que le gouvernement intervint en interdisant la pièce. »

Amy RobatiH n'eut qu'une soûle représentation. M. Sauvage, le directeur, épouvanté du tumulte, ou cédant à d'autres considérations, ne crut pas devoir la rejouer, à rétonnemeut et au regret de quelques-uns des acteurs,

SAINTB-BBUyE. 3^1

entre autres de Doligny, qui avait créé avec beaucoup d'entrain et un certain succès Fiibertigibbet. C'est le Journal des Débats, i0 crois, dont le môme livre cite déjà rarrèt impitoyable, qui annonça le retrait de VouvragB ainsi : « Cette bouffonnerie romantique ne salira plus les planches d'un théâtre royal. «

Telle fut la fin à*Amy Rohsarl dont, comme on sait, le manuscrit perdu assimile la destinée à celle de ces villes des temps fabuleux, aujourd'hui disparues et dont on ne peut plus même déterminer l'emplacement avec sûreté.

Ce n'est pas ici, on le comprend, le lieu de souligner les éloges donnés à Victor Hugo par Faneien intime de la maison, par celui qui, avec Louis Boulanger, fût Théte le mieux venu de la maison de la rue Notre-Dame-des- Champs, et le compagnon le plus fidèle aux promenades du soir. Je regrette toutefois que le sénateur n'ait pas été à son poste de critique pour la dernière reprise de Yffernani, à rendrolt duquel, de même que pour tout le théâtre de Victor Hugo, il n'a évidemment qu'une admiration timide, une estime circonscrite ; ce qu'il semble attribuer du reste, avec beaucoup de bonne grâce, aux insuffisances de son organisme littéraire. Il aurait pu voir eombien ce beau drame, venu trop tôt, a rajeuni avec les années, et comment il est rentré triomphalement au Théàtre-Francais, escorté de ces jeunes générations dont (et ce fut là d'abord son seul tort) il avait devancé l'ap^ parition.

Les articles sur George Sand — surtout les lettres qui les suivent,— complètent de la façon la plus captivante et la plus instructive le premier volume des Portraits coa^ temporaÎDs, On y voit, dans un de ces billets intimes de fauteur à^tndiana, la répulsion instinctive que lui inspirait la présentation d'Alfred de Musset, dont la fasciua-

Digjtized by

LIS G0ULI88B8 DU PASSi*

iton sur eUe fut des plus promptes, el ^ devait exercer sur sa vie «ne si orageuse influeuee. — Dans une note,

Sainte-Beuve rappelle le duel de Gustave Planche et de Gapo de Feuillide, à propos de la critique du dernier sur Lélia^ oe qu^il attribue exelusiveiiieiit à un monvement chevaleresque du premier. Ce ne fut pas tout à fait là le motif — ai ce dut être le mobile du combat. Cape de Feuillide, dans son arliclC; en désignant ceux des amis de George Sand, dont elle avait rappelé dans son livre les physionomies, avait semblé vouloir désigner Planche « comme le misérable qui avait posé pour Trenmer. »

C'est par Ballanche que s'ouvre le second volume des Portraits eoatemporaiaa — douce et inoffensive tète, qu'une douloureuse opération avait laissée défigurée, — comme si sa physionomie avait été prédestinée à demeurer aussi peu connue que son talent a dù demeurer accessible à peu d'intelligences ; ce qui a prouvé que Ton peut arriver à l'Académie par toutes les routes» même celle de rincompris. <e vis un jour, ches un de ses vieux amis, Ballanche arrivant un soir. Il s'endormit sur un fauteuil et ou ne le troubla pas. Ou^ était habitué et on continua à causer à voix basse jusqu'à son réveil.

Les articles de Sainte-Beuve sur Alfred de Vigny ont un grand intérêt ; ils sont complétés par une étude sommaire écrite à la mort du poëte, et que nous retrouvons dans les Causeries du Lundi, L'auteur à*Eloa^ lorsqu'il loi a convenu de marcher seul, n'a plus voulu beaucoup reconnattre ses anciens compagnons de route. En particulier, il a semblé renier les liens d'amitié qui l'avaient attaché à Témiaent critique et jusqu'à l'incontestable déférence qu*il avait, dfil témoigner précédemment pour ses jugements. Sans affirmer qu'il n'y a pas eu des torts

des detQx côtés, il n'y a guère à douter qu'en déflnitiTe les meilleures raisons ne se tronvent du oôtô de Sainte*

Beuve.

Dans Tensemble des travaux de ce dernier, à coup sûr le talent d*Alfred de Vigny est apprécié à toute sa yaleor, et ceux auxquels ce talent n'était pas sympathique (ce qui n'est pas mon cas particulier) se trouveront plus autorisés à le considérer comme surfait par son laborieux commentateur, que le poëte n'a pu être justifiable de se croire inunolé par luL Malheureusement il faut être appelé à tenir la plume du critique après celle du producteur en matière première, pour comprondre combien est diflicile la situation qui vous place entre les exigences de la dignité d'écrivain, le reftpect du public, et, d'autre part,, la crainte défroisser des susceptibilités excusables et que soi-même l'on a pu ressentir plus que personne.

Sainte-Beuve parle des prétentions d'Alfred de Vigny de régner sur la scène aussi brillamment qu'il avait réussi un moment dans le roman. Ctnq^Mars avait projeté une lueur do popularité sur ses beaux poèmes antiques qui ne l'avaient précédé que pour rester tout à fait dans l'ombre. C'est le cabinet de lecture banal qui avait commencé à venger Alfred de Vigny des longs dédains des bibliothèques qui s'ouvrirent tardivement pour lui. Quoi qu'il en soit, cet esprit si soigneusement cultivé, cette passion qu'on eût dite choisie, n'obtinrent point au tbéâtre la place qu'ils y ambitionnaient et qu'ils méritaient peut-être. Le seul brillant succès de première représentation d'Alfred de Vigny fut Chatterton^ et encore l'ouvrage ne ût-il point les receltes dont Sainte-Beuve lui attribue l'honneur, R^ris à de bien rares intervalles, combien sa destinée fut-elle moins heureuse que celle

LES GOtfLtsflkB PAaaà»

du Vêrrê (fêâti, pur exemple^ de VMrie ou de tA&t d*aa-

tres pièces si inférieurés en Yalenf 1 Le More âé Venise ne se soutint pas longtemps. La Maréclnile d'Ancre^ après une première représentation orageuse^ se joua devant les banqfuettes. Preaqae an môme moment, Àfarion Deforme était représentée â la Porte Saint-Martin, devant

une salle comble, et luttait quotidiennement contre des hostilités résistantes qui décontenançaient les acteurs et ffàisaient acheter chèrement les recettes du drame.

Alfred de Vigny qui, dès ce moment, ne quittait pas la loge de M** Dorral, s'en plaignait amèrement pour colle-ci devant Victor Hii^^o. Il eût volontiers fait un dogme de Tinviolabilitc de cette déesse profane devant le parterre, et pei:tf-'étre à ses réoriminationa se joignait ce sentiment de rivalité littéraire ou plutôt théâtrale, indiqué très-finoment par Sainte-Oeuve dans son élude. A la fin cependant, ces doléances, moitié amoureuses, moitié personnelles, impatientèrent Victor Hugo qui lui répondit : « Que voulez-vous, mon cher ami, il n'est pas donné à tout te monde d'avoir le calme du désert dans sa salle ! »

Un petit épisode chaste et charmant (jui nous montre dans les Portraits les yeux de Delphine Gay un moment attachés sur le poète guerrier (il est peut-être une autre muse dont Alfred de Vigny a moins ignoré la sympathie !), contraste avec le roman orageux de ses amours avec Marie Dorval.

Celle-ci se paraît (des préférences du poète, qui a fini par le sentir trop et qui, s'il faut en croire les amertumes transparentes répandues dans la Colère de Syainson (1), fut trahi autrement encore que comme il pou-

Ci) IM MHiiêi, fottv n dM otttrai éomplèM. Mlebel Lé¥y.

Oigjtized by Googl

SAINTB-BEUyB.

vait s'y attendre. <x Je dois beaucoup à M. de Vigny, » me disait M"* Dorval; « il m'a fait lire. » Marie Dorval rappelait, en effet, ces génies brues auxquels il ne manque c|tte l'orthographe. Bile Ta due à Tauteur st élevé et un peu nuintessencié 4e Steilù, Mais, avant la rupture» de terribles ouragans dévastèrent rette oasis où le poëte avait cherché le calme et renchantement. Un jour, Marie Dorval, de cette main aguerrie aux luttes du drame, le jeta ft travers un paravent qu'il brisa. Enftn, après l'en-

fantement en commun de Chufierlon, qu'avaient précédé bien des déchirements, on se sépara. 11 était difficile, en effet, que l'entente poétique s'éternisât entre ce Satan aristocratique, oe tentateur naïf ^ un pied fourchu à talon rouge et une Kloa qui avait pu s'élever sur les ailes de la passion, mais dont le paradis primitif avait été éclairé par les quinquets des Funambules.

La flguro que J'ai retrouvée avec le plus d'émotion parmi tous ces ])ortraitB à la plume, c'est celle de Marceline î)esl)ordeo- Val more. Je ne crois pas que jamais physionomie plus noble, plus pure, plus iuléressante ait représenté plus idéalement l'alliance du talent et de la douleur, fille qui luttait toujours contre la misère, a vu mourir successivement tous les siens. Elle qui n'avait rien, a encore tuul perdu ! Sa vie entière ne fut qu'un chant et une souffrance. Son Parnasse n'a pas cessé d'être un Calvaire. Sainte-Beuve a eu raison dans ses sympathies, fille s'est à certains moments élevée Ai haut, que son talent semble s'envelopper de brnmes. Citer n'est ni dans les possibilités ni dans le but de cet article. Cependant, y a-t-il rien de plus poignant que ce erl final d^une Ame à qui l'on propose de recommencer la vie f

tm cùuumm ou PAMé,

Ta retroum Vêmm, le mêmel Lampe oragama, an«iaa-lalt — lalownar an monde oà rem aiaM?

O mon SaaTeor, éleignea-moi!

On lai a reproché un peu de manière. Jf*ai entendu raconter qu'elle avait conseillé à une amie, malade des entrailleSy des.... baim intérieurs. Les puretés excessives de Tâme ont toutes parfois de ces pmderies de langage. S*il était un cœur au niveau de celui de Maroeline, ce fut celui (le son mari, Valniorc, dont le talent de comédien n'était pas, il faut le dire, à la hauteur de sa digne intelligence. Harel» qui Tavait engagé lors de la oréation de la Chambre ardeote, où il jouait un empoisonné^ dit, après l'avoir essayé : « Rien ne porte malheur comme une bonne action. » Plus tard, pourtant, Valmore me joua un Louis XIY à TOdéon, dans ÏAudimicè eeorète^ d*une façon qui ne donna pas raison à Harel, lequel, au reste, n'avait i)eut-ôtre voulu que faire un mot.

Un dernier trait et qui suffira. — Une personne dont le nom a quelques rapports euphoniques avec celui de yim» Valmore^ eut, je ne veux pas employer un autre tenne vis-à-vis d'une femme , ou, pour mieux dire, de sa mémoire, — le malheur d'écrire des vers haineux contre Victor Hugo exilé, — Victor Hugo, dont la maison loi avait été jtmverte sympathiquement pendant vingt ans. Le rapport des consonnances fit attribuer par quelques personnes à M""' Valmore ces tristes alcxaiidrius. Il y avait peut-être danger, sous l'Empire, pour Valmore à réclamer publiquement au nom de sa femme ; car il avait, je crois, une modeste place dans une administration de l'Etal. Il n'hésita pas pourtant, ne voulant pas qu'on pût soupçonner un moment des amertumes d'une courtisanerie rimée cette belle âme sans fiel qui n*avait jamais vécu que pour Part et le dévouement.

SAINTE-BEUVE

M»« Tasta qai» dans le second volume des Portraits contemporains, suit immédiatement M*« Desbordes-Val-

more, forme le plus frappant contraste avec le poëto féminin des Pleurs, à part la considération due au caraetère, Tadmiration due an talent, partagées entre elles si légitimement. L'une, une Sapho errante et plaintive,

l'autre, une douce muse casanière.

Desbordes-Valmore a sans cesse foi devant Tadversité. Tonte la vie de M«« Tastu a été calme, aussi

heureuse qu'estimée, et ce n'est pas peu dire.

M. TasiUy son mari, imprimeur, était un assea bel homme qui ressemblait d'une façon frappante à Huet,

sociétaire de l'Opéra-Comique, au temps où l'Ûpéra- Gomique avait encore des sociétaires.

Sainte-Beuve a deux bêtes noires : Viennet et Auguste Barbier. Ou comprend jusqu'à un certain point ses oQléres contre cet ancien pair de France, honnête homme, mais hargneux et brodé toute sa vie, — un hérisson doré sur tous ses piquants, — un ncadémicion du Dannbo. Seulement je regrette l'animosité que l'autour des Portraits coBiemporaiosiémoigne contre Auguste Barbier. Sans doute l'œuvre de l'auteur des ïambes est trés-inégale, mais rien n'est supérieur à eertaines parties de ces poèmes. — Ce n'est ni à son lever, ni à son déclin que se mesure l'élévation du poète. C'est à son zénith. On ne juge pas de l'éclat d'un astre quand il se voile. Sainte- Beuve porte au passif de Barbier le silence qui, depuis un certain nombre d'années, s'est fait autour de lui.

M« de Monialembert, qui n'aura peut-être jamais autant vécu que lui, le disait mort. C'était faire à Barbier

un crime de sa vie calme, méditatrice, retirée. (Vêtait mettre à sa charge implicitement son horreur de la ré-

LW 00ULI88B8 OU PAB8K.

olame el ses préoccapations exclusives des travaiix àe

son choix.

L'auteur des f^orlrails vent que réloction d'Auguste Barbier à T Académie ait été due uniquemeut à quelques vers dirigés par lui contre le Corse à ebevetni plats. En admettant, que ce soit à une raison de ce genre qu'Auguste Barbier ait dù d'rtre admis. Tesprit de parti, l'esprit de cléricalisme, eu particulier, a fait faire à l'Académie assea de mauvais choix, pour lui en dicter une fois un bon.

Saiutc-Beuve crayonne, eu passant, la figure de Jules Lefebvre depuis Leiebvre-iJeumier, à qui, tout jeuoe homaie, une paiBiom méooniiuB fit eheroher ta moHi (qu'heureusement il ne trouva pas) dans les luttee de 11

Pologne. Jules Lefebvre a été iueompris en littérature connue eu amour. Il n'eu faut pas moins remercier Sainte-Beuve de lui avoir laissé une pierre tumulaire à côté des monuments élevés par Féminent critique au préuie heureux. Les derniers temps de la vie de Jules Lefebvre ue pouvaient laisser deviner ses commencements difficiles et «ombres. C'était un homme du monde, d\]B commerce aimable, dans une situation prospère, trèsheureux de jouir de la vie, qu'une maladie cruelle abrégea i)our lui, et qui n'avait plus aucun trait de ce poète fatal, de oe lugubre monomane de poires conoepiions dont je caractériserai la manière par ces quatre vers restés dans ma mémoire. Il s'agit de la décapitation da criminel, dans son poëme du Parricide :

Le tronc recule et meurt, le saAff JiUlik et oeale, hà tête cwiTalsive au loia boaâit et roula, L*(Bil terne agite encore un regard efflM^ Pm la boaetM m satfe at la vie a eeaifl

I /auteur des Portraits a hésité à croire à une anecdote

SAINTE-BEUVE. 379

qui nous montre Balzac forçant Latouche à accepter un cheval arabe et ne le lui envoyant pas. Il était probable

que ce cheval arabe n'existait pas et n'était autre que ' l'hippogriphe sur lequel nioiilait rim.igination de l'écri- ^ ▼ain. Quoi qu'il en soit, c'est parce que Balzac y rêve tout haut que l'htstolre doit être vraie.

Ubie Guttingner est encore un de ces po6tes quasisombrés qu'il faut savoir gré à M. Saiutc-lknive d'avoir recueillis à bord.de son livre. Ce n'est pas seulement rhospitalité de la traversée que les naufragés de la pensée y rencontrent, c'est celle du navire à l'ancre d'où Ton peut descendre et rayonner dans les foyers du pori. (inttinguer a laissé quelques vers empreiuts de cette chaude et vraie passion qui accidenta d'orages le midi de sa vie.

Souvent, au plus fort de cette crise, je le vis seul fondre « en larmes et sangloter longlemps la tôle dans ses mains. Quatre vers d'Alfred de Musset ont frappé en médaille cette téte souffrante et ravagée. Le drame fut terrible. Guttinguer fut menacé un moment d*un éclat qui eût pu lui enlever la tutelle des enfants nés d'iui [)r( inier mariage. La faute no cessa pas un moment d'être inséparable de Vexpiation pour un amour toujours en pleurs et enfin voilé de deuil.

Guttinguer voulut savoir rpiolle avait clé l'impression produite chez les paysans de Normandie (il y avait de belles propriétés) par ce lugubre roman. Il interrogea un fermier qui fut longtemps à ne pas vouloir s'expliquer ; enfin, poussé par Guttinguer, il répondit :

— Ah ! dame, oîi dit : M. Guttinguer, il aime à s'amuser !

Tout s'adoucit avec le temps. On a connu ensuite, de même que Iules Lefebvre, Ulric Guttinguer calme, patriarcal, entouré d'estimes presque envieuses, piotégé

U» COULISSES DU PABSà

contre des souvenirs cruels par les affections d'un dernier foyer, d'une famille de la saint Martin. Il aimait encore à réunir les poètes à sa table, dont sa cordialité intelligente était le luxe le mieux apprécié. Ce fat à un déjeuner chez lui que je retrouvai Alfred de Musset. Nous nous étions perdus de vue depjuûs longtemps. Vers la ân du repas» Alfred me dit :

— Fumes-tu t

— Jamais.

— Tu os bien heureux, reprit-il, voilà une heure que je sou^ de ne pouvoir sortir.

— C'est bien aimable pour nous toutes, lui dit l^l"^

Page 1