LA MALIBRAN
Après ïïfé^T pitté par toi tvreetrw baget,
iMne femmoy à présent, tu chantes pour les sagM»
Pour la vierge Marie et son céleste enftmt
Qui, dan«: ses bras divins, t'écoute en triomphanL Ne crains plus désormais qu'une avare famille N'épuise avant le temps la jeune et pauvre fille. L'or n'a pas cours là-haut; dans ce sublime lieu, Tous tes accents seront pour la gloire de Dieu.
AU GOm DE PARIS.
Hat flatteurs, autretolSi caressant ton enfance, Tasmiesl^it tes atlratts dt la toate^nissance: Qu'un rol« e*6st cmnme on dien, qui peut à voloiité Se Jeaer et dn peu^ et de la liberté. Mais aniie«rd*lHti, celui q«e cbacnn de Bons nomne (Looie-
I Philippe)
A bien asseï sonftort pour savoir ^*il n*est qu'homme.
Dans le second, comme dans le premier recueil, les saeilleurs sentiments,— on peut même dire tous les bons, — se retrouveront sous cette forme franche, limpide jusqu'à la transparence, parfois pauvre, il faut le dire. Il y a sur* tout un souvenir bien touchant à uyc femme qui avait élevé les deux frères, et qui mourut subitement avant qu'Antony, qui avait eu le malheur d'être iiyuste et dur avec elle, pût obtenir d'elle son pardon.
A dater du grand parti que le poëtc prend de mettre, pour ainsi dire , son talent en viager et son intelligence en pension» sa vie se déroule uniforme. Il se retira à Passy chez le docteur Blanche, où il eut le bonheur de rencontrer pour le soigner l'amitié dîuis la science. 11 paye un tribut de reconnaissance à l'excellente femme du docteur, et déoril en vers émus le vide que la mort de l'an^-ména* ^ère avait laissé dans la maison.
Antony Deschamps a eu le bonheur de trouver le dévouement héréditaire dans son asile de Passy, et le fiJs lui a continué, jusqu'au dernier moment, la solHcitude
EMILE ET ANTOiNY DESCIIAMPS.
affectueuse et iutolligeule du père. Le matin, Anlony lisait, travaillait ou causait, — après le déjeuner, entrait un moment au salon — et, généralement, se rendait ensuite
à Paris.
Là, on le rencontrait errant, triste et doux, portant avec sérénité et bienveillance le poids de sa vieillesse native. Il rentrait pour l'heure du diner et sortait peu le soir.
D'après ce qu'on pourrait croire des contrastes si marqués d'Emile et d'Ântony, les aventures de roman auraient été plutôt du côté du brillant coureur des hôtels de Rambouillet du jour. S'il m'était permis de soulever ccrlaias voiles qui doivent rester impénétrables, peut-être fau lrait-il reconnaître que, sous ce rapport, il y eut entre les deux frères un chassé-croisé bien inattendu d'habitudes, — mais je dois m'arrôter là.
Antony Deschamps est mort subitement , à soixantedix ans, pendant uu de ses voyages à Paris, dans une voiture où il était monté, se sentant irès*souffrant. La môme mort que Scribe, un esprit si dissemblable du sien!
Je ne me flatte pas d'avoir fait partager an lecteur l'intérêt et rémotioa que j'ai éprouvés à essayer de faire revivre un moment deux hommes, dont ramitic qui nous a toujours unis ne peut plus trouver aujourd'hui, qu'en moi seul, son interprète.
Je devais, quui qu'il arrive, co tribut à leur mémoire, et, peut-être, à la littérature contemporaine, ces portraits où il m'a été permis du moins — je puis le dire — démettre ce mérite des peintres les plus médiocres : la ressemblance. 11 y a des fdches où le succès même n'est pas ncccs.sairo pour qu'on pc félicite de les avoir l'einplies. A survivre, je ne sais s'il y a un bonheur» mais Ton sent qu'il y a toiyours un devoir.
ALEXANDRE DUMAS
Celui dont j'ai écrit le nom en tête de cet article a joui des plus prodigieuses facultés qui aiaai gainais peutétr# été doanéM à ua être humain. V«r?«» imagiaaimt wiéfté, dastérité de maia, eafin la mimnaie du géaie. Il avait plus d'esprit que tout le monde, qui a plus d'esprit que Voltaire. Il a eu les plue éclatants succès^ la po- ^liehlé la plus aaiTerseUe ; il à tmueé les deus moa* des, il eei deaeendn da saloa dans la loge da eoaeterf e* Il a voyagé des châteaux héraldiques à la tente du Mo-* hican, adoré de Pipelet et connu de 13as-de-Guir. Maie c'est dans la nort saxtaut gu'il a dû être eaviét Ua'a pu Toir las siallisar» et rabaissemeai de estle Fraass qoî n*avait pas su eonnattre les modérations de la liberté après avoir eu les grandes aspii-ations des Révolutions, qpù n'a pas eu la force de vaincre et de se sauver, après s'être laissé sntratnar anx ooupsbles laitdesses ds lapro-> ▼oeallon ; impoissanle daas la République seoBiê ellsa été dupe docile sous l'empire.
Qm^ alûM i'ai envié i.)umes i^ui avait ebaisi se moMut
LSS C0ULISM8 DU PASSÉ
pour noiirir. Cast la première foie qu'il e'esi montré égoïste.
Est-ce à ce motif d'envie qu'il faudra attribuer moa appréciation parfois sévère de l'emploi qu'Alexandre Dtt> mas a fait de si magnifiques qualités 9 Ge ne s«ra pas à coup sûr parce que si mon nom s'est rencontré sous sa plume des Mémoires (il on avait une pour tous les genres), il a tracé de moi une sorte de caricature banale, d'où l'aigreur, au reste, est encore plus absente que les soins et les égards dus à l'amitié : unique souvenir de sa part de longues relations, où il a dû reconnaître, parfois même tempérer mon dévouement pour lui. Ceux qui osa ' connaissent ne croiront pas è de la rancune. Si j'avais le tempérament de la vengeance, je n'en aurais pas le temps, et puis, comment se venger de l'homme chez qui a pu se rencontrer le mal, Jamais la malveillance ? Il oubliait jusqu'à ses toiis, dont il aurait dû tant s'en vouloir, lui surtout. Dumas aura toujours été beaucoup aimé, parce qu'il s'est beaucoup pardonné.
J'apprécierai donc sympathiquement, mais véridiquement, celte vie qui fut — comme sa mort — un suicide. Un critique n'est point un panégyriste d'oraison funèbre. Il y a quelqu'un auquel on doit plus encore qu'aux morts, le lecteur. 11 y a quelque chose de plus sacré qu*une tombe, — la vérité. Les ombres, les défaillances, les faiblesses sont encore des traits qui manqueraient à l'image d'un homme éminent. C'est le rabaisser que de lé flatter, et ce dont sa mémoire pourrait le plus se plein* dre, c'est qu'on ne l'ait pas fait ressemblant. Tout peut se concilier, d'ailleurs, et l'on sent instinctivement jusqu'à quel point on doit respecter la nudité que. recouvre le linceul.
. • J'ai dit que sa mort fut un suicide. — On avait prédit à
ALEXANDRE DUMAS
Damas qu'il périrtift à oeni vingt ans, tué en duel. Pour hii, e^eùt élé mourir jeune. Qu'on lui pardonne de n'avoir pas réalisé rhorosoope. Des entratnements plus nobles, à
coup sûr, que ceux qui tuèrent Gluck, Hoffmann et un ou deux contemporains illustres» — entraînements auxquels il dut ses plus fiévreuses, ses plus chevaleresques in^« rations, — > ont abrégé matériellement une carrière dont de plus déplorables nécessités avaient trop souvent transformé le caractère littéraire. Hélas ! quel a été le plus ohàtié ? Quel juge implacable aurait le droit de la sévérité vifl-é-vis de cet imprévoyant de la fantaisie qui a ton* jours été le forçat du travail ? Est-il quelque chose de plus navrant que cette page où, à propos de sa querelle avec Frédéric Gaillarde t (lequel avait su^ lui, conquérii* et aonsenrer une honorable aisance), il envie ce repos que la mort seule lui réservait, et avec quelle tristesse on sent les humiliations incessantes, les asservissements quotidiens, les fatigues à heures réglées qui ont dû peser sur cette existence de dilapidations joyeuses et de prodigalités sans fin l
« M. Gaillardet a quitté la France pour TAmérique» Paris pour la Nouvelle-Orléans. A ma grande joie, il a, m'a-t*on dit, fait fortune là-bas ; à ma plus grande joie encore, mes livres, à ce qu'on m'assure, n'ont pas été étrangers à sa fortune. Tant mieux f Heureux celui à ({ui la Providence fait un doux roi)os, et permet, au tiers « de la vie à peine, après un début brillant, de jeter la
plume et de se reposer sur des lauriers français, les plus •nviés de tous les lauriers, et sur les fleurs américaineSy
les plus brillantes de toutes les fleurs. «
« Celui-là; dans l'obscurité dissipée un moment autour de lui, mais qui revient peu à peu Tenvelopper de soa ombre «mie ; celui-là, comme Horace, garde pour chaque
Jmir k ék0B9 j«x«iiaa, al fontl cha^ia jovr le sovoi m iMidmnaiii ; mM-M ne oonnaft pas la Mie quotîdleiiiie el
le Inbeiir nocturne ; celui-là n'en est pas du moins arrivé à vivre plus longtemps à la lumière de la lampe qu'à la elarté de eeleil« Il peiil ee eoneher à rheare où ehanle le reuge-gorge, se ré^Mller è Flieure eè eàaiite rakraeKe ; rien n'interrompt pour lui l'ordre do la nature. Ses jours eoni des Joore, aee nnite eonideeDiiile ; el quand arrlTent een dernier jour et ee dernière waâif 11 a ^éee aa Tîeel dans sa vie.
« Moi, j'aurai passé à travers la miemi6| emporté par la loecHneliTe effrénée du travail, el Je ne me eerai eeeieà anounede eee tablée aux longe léétlne où ei'enivrent
les autres ; j'aurai goûfé è "toutes les coupes, et les seules que j'aurai épuisées, — car l'existence de l'homme, el rapide qu'elle aoit» a toujo™ laoupepoiir eellee4à, — • lee fieelee que j'aurai épuiséee eeroni lee eoupee
amères !
c A cette époque de ISSi, au reete, je n'étais pas encore c le travaUleur > que je enis devenu depnie. i'étaie un jeune homme de vingt-neuf ans, ardent au plaisir, ardent à Tamour, ardent à la vie, ardent à tout onfiQ, excepté à la haine I t
« Q'eet une dioee étrange que je n*aie jamale pa haïr
pour un tort et une offense personnels. Si j'ai consers'é dans mon cœur quelque antipathie ; si j'ai manifesté, soil dane mee parolee, soit dans mee éorite, quelques senti» • ments afreselfe, o'est eontre les fens qui, en arl, se
sont opposés à la grandeur ; qui, en politique, se sont opposés au progrès. Si j'attaque aujourd'hui, après vingtcinq ans éeoulés, M. Vienne!, M ^ ^ay, M. Ëtienne, toute f Aeadémie, enfin, on du moins ht majeure partie de ses memhfee ee n*est point parce que ces messieurs, en •
ALEXANDRE DUMAB.
général^ ont signé des pétitions contre nous, ou, en par<< Uealier, ont lui défendre mes pièoes ; e'est paroe q|tt*ilft ont empéobé la France de maroher à la oonquM eotUne^ raine de Fart, de fonder la monarohie nnWeraeUe dê l'intelligence. »
Tout Alexandre Dumas est là« Ce qui n'eel pns moine firappant» c'est que la première page de aee Mémoirei s'ouvre pai* un vœu qu'il n'a pu même réalieef ! téhelef la petite maison où il est né, à Villers-Gotterets, afin d'y iinir sa vie. Sur les millions qui ont ûltrô de sa plume à travers ses mains» il n'a pn se garder les qaelqnes mille francs néoessaîres pour le ton^ean préféré} M qui s*étail bâti un moment un château tout écussonné de ses gloires, avant d'être greffé des hypothèques de ses misères, n'a pu ft'assnrer mâme le lit de mort de son cfaoiau
n a véeu à l'anberge et il serait mcni, sans son fils, & quelque hôpital qui se serait appelé niaieeii H santé, — pèlerin du labeur qui n'a jamais pu s'arrêter, mourant qu'on a dù recueillir.
Le besoin d'argent, les nécessités matérielles eut pesé, A oonp sùr, snr bien d'antres lumimes émlaents que Damas. Le nombre en est si grand qu'il serait peut-être plus court de citer ceux qui ont échappé à cette loi trop oemmnne; mais tont en subissant ces haroélements jonr* naliers, ces tyrannies sans trêve, ces hommes sont restés eux-mêmes. Le protêt a tourmenté leur vie, il n'a point opprimé leur intelligence ; la dette criarde avait en vain hurlé aux oreilles de ces extases, sans les dénaturer. Alexandre Dnmas, malhenrensement» avait fini par ne pins chercher dans Fart que son produit matériel, dans riuspiration en coupes réglées que sa rémunération attendue, nécessaire, immédiate. Un jour, il me montrait mie de oes longées pages fsfil remplissait de mtgtmà^
440 LM G0QU88MI DU PMBi.
écriture élégante, ('éliée : « On mo paye, » mo disait-il, « chacune de ces pages c^nt francs ; un jour où il me fal- Itil abeoluuieAt quinse cento francs le lendemain, j'en ai «empli quinse dans la nvit. «
C'était le cas peut-être de rappeler la réponse do d'Asnièras au papa Dolihan dans le Sourd o\i l'Auberge pleine : m 4*ai aobeté dis ▼oliunes. — De quel auteur ? — De cette iiauteiir*4à 1 » en mettant la main à quelques centimètres aK-dessos de la table.
Une autre fois, lui, qui a eu de si brillants et de si sympathiques succès au théâtre, me disait qu'il regrettait de n'aToir jamais fait autre chose que des romans, — ses romans lui ayant beaucoup plus rapporté que ses pièces.
De là toutes ces phases si diverses de sa vie, tous les expédients aventureux de ses besoins dévorants ; de là ce Théfttre-Historique, où il devint directeur, où il se faisait jouer tout seul et où il se ruina plus ou moins en commandite ; de là cette bisarre existence où toute la fan* . taisie de ses poétiques et pittoresques aspirations s'accidentait de toutes ses servitudes aux exigences impitoya* mes de la réalitéw Un épisode caractéristique et oublié de cette diversité de goûts et de tentatives fut un certain voyage projeté, — le tour de la Méditerranée et pour lequel Dumas avait réujii dos souscripteurs, — ce qui fit annoncer asses plaisamment que le nouveau Vasco de Gama voulait découvrir « la Méditerranée. » Le voyage ne se fit pas ; mais, en revanobe, il ne paraît pas que le montant des souscriptions ait été complètement rendu piu* le futur directeur malhoui*eux du 1 liéàtro-llisloriquo. Quelques réclamations se produisirent :
c De quoi vous plaigoee-vous ? » dit-on aux intérassés trop implacables pour le spirituel et imprévoyant littérateur au long cours, — « le tour est fait. »
ALBXAMimS UUUAB, 441
Cê ne fat pas là uiia singnlitrité tablée. Im oontrastes
les plus étranges se rencontrèrent dans sa vie : tantôt conspirateur ot tantôt courtisan, remuant les pavés les jours de barricades, signant couvert de croix au mariaga des prinees — ici porté sur des Qrégates aux frais de rElat;
là auxiliaire de Garibaldi comme corsaire amateur — un jour ampiiytrion fastueux, eonvoquant la ville et la cour à des lêtes dont il ne marchandait pas la carte, le lende* main bohème qui en oubliait le total «-«général pour aller prendie, après 18^i0, la poudrière de Soissons ; imprésario après 18i8. Cœur indéiimment ouvert comme sa bourse» prêt à faire étinc^er sans oesse l'épée et Tesprit. Tour à tour Beaumarchais-Fracasse» Walter Soott-Bamum, Schiller et Alfarache, au demeurant toiyours sympathii^uo et iri-ésistible.
Cette prodigieuse diversité d'invention fait q[ue dans ses Mémoires, malgré sa mémoire exceptionnelle, il y a un certain nombre d'erreurs qui lui ont valu beaucoup de réclamations. J'en signalerai deux, du reste peu importantes. Ainsi, il accuse Anoelot d'avoir supprimé le rôle du Moro dans sa tragédie de Fiesque, imitée de Schiller : le rôle du More s'y trouvait parfaitement ; seulement, maquillé avec la poudre de riz de Talexandrin classique. Ailleurs, il confond M. Valéry, bibliothécaire, d'une taille gigantesque (1), avec M. do Saint-Valry, pocte agréable, ami , hôte habituel du cénacle romantique et père do M. de Saint-Valry, directeur politique de la Pairie.
C'est là le moindre inconvénient de cette fécondité ma-
(I) On «Titt, diiiiten, aomnii e» M. Valéry, bibliothécaire du Louvre, tfia dTéooacNslaer lit échillei; et B«ile DoMhamst âvalitett sar hi ce van:
U M b«ÛH 6l nuB«f«e ua oii««« d«a« los airt.
Inriive qui jette pèle-môle sur la place le chef-d'œuvre et rcriieie de p«ooliUe, qui oowm fmpnideaiaMni d» m&atê nom Iforeiitioii originale, Temprunt, le prodoit absohhment étranger. Il n'y a pas là de calomnie. Ne so souvient-on pas que, lorsque Paul Meurioe a revendiqué la paternité du roman des Ihwt DHm^ â propos du drame joùé â l'Ambigu, non-seulement Dumas a déclaré ne pas avoir fait l'œuvre de librairie signée de lui qui porte ce ftiire, mais qu^il a affirmé hautement ne l'avoir jamais lue f
Le ehftiimMit est Inévitable ; ayons mémo le eoura^ de dire qu'il est mérité pour cette insouciance de la dignité littéraire, pour ce dédain de la filiation légitime de l'idée, pour œt oubli de la pudeur de la famille intellectueUe. Que dtrail-on de Phomme qui abriterait ensemble à un foyer le fils légitime, le bâtard, l'adultéi iu avéré, les confondant moins encore dans la tendresse qui serait une excuse, que dans l'indifiérenee 1
Dans cet écrin banal et toujours ouvert, le strass ne se différencie plus du diamant, le maillechort fait tort à l'or véritable. Sur le terrain de cette foire aux alinéas. Monte ChristOf nn millionnaire de rintdligence, est coudoyé brutalement par nn paillasse dont le boniment entend être payé de la même fortune. Que devient alors la phyaionomie nette, le contour arrêté du talent, avec cette. • • dyssenterie de la plume t L'inspiration tributaire de la corvée quotidienne se résume par du génie à la ligne. L'œuvre choisie et resserrée pouvait trouver sa place d'élite sur les rayons d'une bibliothèque. Indistinctemeat étendue, indéfiniment prodigue, ell» se numérole sur la tablette du cabinet de lecture.
J'eusse voulu, comme je le veux toijyours^ lorsque je parle de quelque homme éminent, lire son œuvre entière. Jé té peux paè toujours lé fàire, hélas I même
ALSXANDItB DUIIA8.
pour des organisations moins prolixes — la vie est si courte qu'on n'y a même pas le temps du devoir ; mais quant à Dumas, je ravoue, je n'y ai même pas songé. U ne s'était même jamais flatté de la poskibililéâe oottnafM ce qu'il avait fait. Je ne tenterai pas de me donner sur lui une supériorité qui serait la seule, mais qui n'est pas eoriable, fût-elle possible.
Je me borne donc au Dumas du théfttn. Toui le monde sait comment, à son début, ses admirables facultés intellectuelles no trouvant pas d'emploi, il fut sauvé par sa belle écriture. Entré dans les bureaux du dno d'Oiléant, faisant du vaudeTille le dimanche, il était réprimandé par son sous-chef, quand on refusait ses pièces, félicité par le ebef le jour où il eut un grand succès. J'ai eu la curiosité, ayant cette fois la faculté d'être oonsdencienx, de Itfo les deux vaudevilles qui commencent la collection de son théâtre^ et dont je vis représenter au moins le second : la Noœ ei Fentemment^ que jouait avec entrain le eo* mique Smee, qu'on n'a pas oublié. 11 y a dans cette dernière
Llnctle un peu d'originalité et quelque esprit. Quant à l'autre, la Chasse et l'amour, il n'y a pas d'autre destination à lui supposer dans la volumineuse eolleetion qne oelle qu'auraient eu dans une malle quelques oljele de
rebut qui bourreraient les coins vides.
Le vrai Dumas commence à Henri III et sa cour, où se révélèrent nne aptitude dramatique hors ligne» de vraies qualités de passion, nne scienoe adroite de tirer parti dé l'histoire pour habiller ses personnages et pour remplir les vides que le drame réel laissait dans le canevas.
Haoflf /// êi sa eour ne fut pas joué de plein fouet à k ' Cîomédie-Françaiee. On y répéta d'abord la Chrîaêine, expurl^éeà peu près à l'état de tragédie classique. Néanmoins, la pièce avait effrayé les routines du comité et Ton avait eu
ridée de soumettre l'ouvrage à Picard, qui prenait en se-
vi a^o les pièces à Télat d'ciifuiico. Celte idée de soumettro à un auteur comique do S H'oiid ordre les tentatives de Tesprit hnipain en travail et les virilités d'une renaissance littéraire était grotesque. Néanmoins ce ne fut pas l'avis défavorable do Picard qui empèt ha la Cbristiue d'être jouée aux Français* EUe s'y répétait quaud Dumas commit l'imprudence de refuser le sacriAce de qudques beaux vers à Mars, (jui était chargée du priAcipat rôle. M"*' Mars était de l'école de IJoiiaparle, au parti de qui elle appartenait. J£Ue gagnait des batailles, mais ne supportait pas l'opposition parlementaire. La pièce de Dumas fut retirée de répétition. 11 y substitua Henri III, qu'il improvisa, et dont le barou Taylor, qui aida beaueoup (que ceci reste à son étemel honneur), 4 la rénovalion de la littérature dramatique, dirigea la mise en scène.
Tout inféodés qu'ils étaient aux traditions de leur littérature usuelle, les sociétaires de la rue Hichelieu virent
là de .beaux rôles ; c'était suffisant. La pièce était admi* rablement jouée. M*^ Mars prouva que ses élégantes qualités avaient leur application dans ce drame. Firmin était doué d'une chaleur épilep tique d'un grand effet. Son défaut de mémoire y eontribuait. Quand il cherchait le mot, il occupait la scène avec des convulsions. îl ne pouvait supporter d'être mis en scène au fond du théâtre. Il fallait tougoura qu'il se rapprochât du souffleur. Ce défaut de mémoire fut constaté plaisamment par Amaolt après une chute c à laquelle Firmin avait contribué dans son rôle, — sans le savoir, sans doute. » A ce moment, ▲mault et Viannet monopolisaient les ehntes avec les P^rtinax et les Afèogêsto, qui vwriaioBt de une à trois représentations. Viennet surtout, à ce point do vuo, était un véritable collectionneur.
ALEXANDRE HTMAS.
C'était Joanay qui, dans Henri III^ jouait Guise» et qui y apporta de l'énergie, mais trop d^xagération. Miohelot, oomédien habile, ne tirait assez bien du rôle de Henri III,
que M''*^ Mars avait vainoment réclamé pour son protégé, Armand, un diseur bellâtre, — sans que, malheureuse» ment pour eelui-ci, on pût calomnier la vivaoité de Tintenren^n de la grande artiste en sa faveur. De plus, M"® Mars, qui ne souffrait auprès d'elle aucune jeune et jolie femme, avait voulu faire donner à M»* Menjaud, excellente aotrice, mais peu gracieuse, le personnage du petit page pour lequel Firmin patronnait Despréaux, depuis M»» Allan. Dumas tint bon, ayant promis à Firmin de prendre son élève. La mise en scène fut très-intelligente. Duponchel, qui était chargé du détail, re- * chercha longtemps (je ne sais si ce foi avec succès), la livrée du duc de Guise. I^e succès M brillant et lucratif^ la pièce et les acteurs l'onlevèrent à la première représentation ; aux suivantes quelques protestations classiques se produisirent, mais qui n'eurent jamais la violence des cabales qui troublèrent les drames d'Hugo. Impla* cable au génie brutal, la routine est désarmée par le talent habile où le faiseur vient en aide à l'innovateur.
ChrisUoe à Fontainebleau, augmentée d'un rôle sym« pathique, fut jouée à TOdéon, où gonvenaU Harel, qui avait l'audace du spéculateur, et où régnait Georges, que tentait le besoin d'élever vis-à-vis de la Comédie- Française, son ennemie, hôtel contre hôtel, La première représentation fut très-orageuse. Trois actes faibles, que ne pouvait «soutenir une valeur poétique médiocre (Dumas en convient lui-même dans ses moments de modestie qui font cncoro partie de sa fatuité), deux actes vigoureux, mais qui aboutissaient malheureusement à un épi- . logue froid qui se déféndait mal contre une salle parta«
LES GOUUSSfiS DU PASSÉ.
gèe et où réiémenl hostile tenait à prendre sa revanche du saooès imposé d'Henri Jil (l'épilofue disparut dàs la Meonde reiNrésenlalion) — en aoiniiie, aiiceès iodécto, dont
le chiffre des recettes, cepenrhuit, semble trancher l;i signiiicatiuii en faveur de l'auteur et du théâtre. M^^"* Georges donnait à la pièoe l'appoi de son nom, de ses gloire» dfsasliqaes* UP* Noblet y prOQTa de vi^s disposîtiona qui s'éteignirent plus tard à la Comédie-Française, dans rinaclioii et i'eini)OUj>oinl. Lockroy et Ligier y moutraient les qualités dont toute leur carrière a £ait £oi.
A la suite de ChriMliae, on trouve dans resayre do Dumas le Nêpoléoa BoMaparte^ une mauTaise piéoe (luimême la juge ainsi) qu'il fhl forcé de « bâcler » pour Hai'ci. Dumas a x*acOûté dans ses Mémoires eoiiiment il fut mis en ohartre privée dans le cabinet de . toitette de Georges (avee foroe détails qui entr'ouvrent un peu trop l'aleéve derrière la ebambre de travail) jusqu'à ce qu'il eût salislait à cette exigence de l'imprésario, que les recettes du Napoléon do la PoKe-Saint-Martin empêchaient de dormir. La Bastille était plus littéraire que cette prison voluptueuse où on mit Dumas à la ehatne, à en juger i)ar l'anivrc dont l'Odcun s'honora ])eu et s'enrichit médiocrement, l^'réderiek - Lemaitre , qui jouait Napoléon Bonaparte» avait déjà l'immense talesot dont on applaudît enoore en loi de si beaux restes, mais il ressemblait moins au héros que Gobert, qui avait eu au boulevard Saint-Martin, dans le Mémorial, uu succès de daguei'réotype.
Après Napoléon Bonapartê, c'est -Antony qui valait mieux. Ce n'est pas une pièoe, mais un duo passionné,
énergique, qui a eu au théâtre Cluny récemment un vif . regain, malgré une forme un peu vieillie, La pièce l'ut reçue au Théâtre-Français après le soeoéa de Henri IJI.
ALEXANDRE DÎ'MAS. 447
Findn ol Mars ratèrent, mais bientôt les pradeftes tradittonnellesdn lieu, la timidité du théâtre roxal s'effarouebèrent de certaines crudités du drame. Chaque jour, pour adoucir l'ouvrage, on l'énervait. Bref, on allait à un insuccès pour éviter une chute, quand Mars prit prétezie d'un lustre neuf que l'on préparait pour i^unier la pièoe à trois mois, afin, disait*elle, de mieu^ exhiber ses toilettes. C/était un congé déguisé. Dumas le comprit bien et porta sa pièce à M*^ ûorval, qui était la vraie actrice pour jouer Adèle, à BocagOi un Antony suf&« sammsnt lalaly et Ala Porte«Saint-lffartini le terroir de la pièœ.
Dumas nous a raconté tous les détails de son entrevue avec M»* Dorral — qu'Alfred de Vigny à ee moment était en train 4e poétiser, — et le chapitre est curieux; mais le besoin de remplir la fameuse grande page à cent francs, n'y fait pas grAcc à des détails d'intimité, dont plus d'un eût dû rester dans la plume de l'auteur.
Antony est un Werther brun, — même \m peu nègre; il s'est conservé!. La Tour de Nèsle, aux reprises a paru complètement caduque ; mais le drame intime, même avec son attirail de phraséologie à effet et d'innovations surannées aujourd'hui, a gardé une étrange vitalité, ce qui s'explique du reste. Les maillots aux eonleurs voyantes, ftsiissent par donner des tons fiiux, les pourpoints de drap d'or s'efliloquent, — Thabit noir môme râpé est encore de tenue. Co qu'il y a de certain, c'est qu'il tirai une incontestable puissance pour faire supporter pendant cinq actes un pur et simple développement de passion, une causerie fiévreuse avec deux péripéties seulement, — la défaillance plus ou moins volontaire de la fnnme et Tarriiée mari jaloux, il faut laisser là tout ee oMé de litléwhw-parodie qui semble au milieu des
LES nOT'I.ISSKS DU PAPSé.
sednes les plus passimmâesy faire oiiYrir par le personnage principal une chaire de déraison; V « enfer » les
<c malédictions I » « Honte nu lion de sang » — le nom d*hommo, le cœur d'homme» —1 existence d'homme — « perdre son âme pourst peal — > Satan en rirait, » dit Antony» et à coup sftr, il rirait tout au moins des phrases.
Tout cola s'ost aussi démodé que la poétique exposée en scène par un jeune dramaturge du 4^ acte et les plaisanteries sur le ConatiMiooael — alors « l'asile des tra-> ditions classiques t.
On trouve dans Antony ça et là des traces d'imitaUon d*Hernanit et un de ses vers tout entier mis ea prose.
Mais ce qui appartient bien A Aleacandre Dumas, e*est la passion d'Adèle et d' Antony; — ces deux personnages s'aiment admirablement et aiment exclusivement. Us ont nne éloquence entrainaute, toutes lès fois qu'ils ne siégèrent pas dans la métaphysique, et renoontrent des traits d'une puissance qui semble tout au moins la contrefaçon du génie, a Combien de fois avez-vous mmé? demandet-on à Antony.'— Demande-t-on à un cadavre, répond-il« combien de fois il a vécut » On aime, on sonf&e, on s'épouvante avec eux dans cette communauté d'ardeui*s fébriles et d'angoisses saisissantes qu'on pourrait appeler encore un monologne à demc en cinq et le corar se serre avec une inexprimable terrenr lorsqu'on mtend le coup frappé à la porte de 1 hôtel — la sonnette à la porte de l'appartement annonçant l'arrivée du mari et forçant le couple criminel au terrible et dernier sacrifice.
Lors de la pièce primitive, les deux amants fuyaient dans une chambre voisine au moment où le mari brisait la porte du salon; le colonel d' H ervey prononçait sur le théétre quelques mots de eolôre, el Antony .rentrait senl en jetant aux pieds de Tépoux le poignard-ensanglauté qui
ALBXAmRS Dinus.
venait de frapper Adèle. A la répétition générale, l'avis de quelques amis qui se trouvaient là, le seatiment intime des acteurs éclairèrent subitement cette lacune du dénouement, et il fut décidé que M"**Dorval serieiit frappée en scène.
L'acteur chargé du rôle du mari (il s'appelait Walter), — qui perdait l'effet de son court monologue, — critiqua vivement, mais on passa outre.
Tout a été dit sur Bocage et M"» Dorval, et bien plus élofpiemment qpie je ne saurais le faire. Bocage réussissait surtout par la conviction. 11 ne jouait pas... il étsU le personnage, — trop peut-être, car à la fin de Riche et Pauvre, d'Emile Souvestre, à la Perte-Saint-Martin, dans la révolte de sa pauvreté, — • il mit littéralement en pièces rhabit et le gilet du riche, représenté par l'amoureux d'alors. Surville. Quant à M"** Dorval, en scène, elle tirait un admirable parti de tout, môme de sa voix, (jui était détestable,— rauque, presque éraillée, — mais qui de déchirée devenait déchirante quand la passion ranimait. On sait que les mots les plus simples prononcés dans la terreur ou le désespoir : « Qu'est-ce que tu dis? — Mais je no lui ai rien fait à cette femme 1 » faisaient éclater toute la salle en acdamations.
Au dernier acte, un accident donna lien à Marie Dorval d'ajouter à un de ses ])lus beaux effets. En s'écriant : c Mais je suis perdue, moil i Tactrice tombait assise à ce moment, uniquement parce que M^ Mars, aux fépéti* tiens, rue Richelieu, faisait le contraire. Bocage oublia de tourner le fauteuil vers le pul)lic; M"^ Dorval au lieu de le retourner froidement, tomba assise sur le bras de velours em jetant son exclamation avec une Vérité de terreur si effrayante, qu'elle souleva un orage d'enthousiasme. On avait cru que c'était la mise en scène convenue, tant^ elle parut heureuse et spontanée.
LES GOUUSaBS DU PASSÉ
Malgré aon mmkm d» premiôfe rapréBentaUon» le drama «n pen gréto, ne fit pas d'argent. On fat obligé de l'adjoindre à lin vaiuloville en cinq petits actes, Viatorine ou la Nuit porle conseil, qui Tenait d'obtenir aussi une véri- , table réussite. Lee deux ouvragée réunie fourairenft ime longite oarriére*'
A la reprise fort brillante, il y a quelques années, au IhéiUre (^luny par Lafcrrière et M"*" Duverger, Alexandre Damas, qui, placé dans une avant-scène du rez^de-chauseée» applaudieenit trée-fort ses interprètes» s'était laissé mêler un pea trop direotement à l'oTstion finale de ses deux vaillants défenseurs ; mais il fallait bien pardonner quelque chose à cette recrudescence de jeunesse générale.
En définitiTOy Antaay est la pièce la plus oaraotéris- ^qne du tbéêire de Dumas. Elle est doTonue ridicule par endroits. Elle n'est jamais méprisable. L'œil étincelle encore sons ses rides. La saillie énergique des muscles s'y dessine encore en dépit du costume suranné et de la queue de morue de Troque. Le type prino^al ayait été emprunté par Dumas à Marion Delorme, dont il avait entendu la lecture. (On sait que la représentation du drame d'Hugo fut retardée par la censure de Charles X.) £t leyalemenly Dumas en eouTÎnt lui->méme« Lm rapports entre Dumas et Hugo, souvent troublés depuis, totQours renoués, étaient alors la fralei'iiité du champ do bataille. N^ayant pu, par suite d'un malentendu, assister à la répétition générale de ChriBtiae, oà il eût fait enlever le maleneontreux épilogue qui avait refipoidi cette chute » ardente comme un succès, Hugo avait passé la nuit qui avait suivi la première représentation à refaire, avec Alfred de Vigny, les vers empoignés. On avait — je puis dire nous .avions bivouaqué oette*nuit là ohes Dumas, qui avait offert le souper tradiUonnelé
ALOAMBiai DiniàS.
AntoBYiéoBi le parfum d'ftudaoe ayait obligé, quand
on l'avait répété au Tht àtre-Français, d'ouvrir les portes et les fenêtres, eibien qu'il avait liai par profiter luimèiae de TieMie, reTÎnt rue Richelieu porté par le succès du boulevard • Bocage et M"^ Dorval étaient enga gés pour continuer leur création commune ; mais le Constitutionnel mis en scèuo dans la pièce, s'émut. M. Jfay y fit un article qui déi*ivait eu droite ligne de la fameuse pétition dressée pour demander à Charles X d*empècher lluTasion des Barbares contre la Rome classique. Charles X avait spirituellement répondu à la {jélition, qu'il n'avait, en fait de privilège, au théâtre que celui du dernier do ses sujetSy droit à sa plaoe au parterre* mais Charles X invio* lable n'a'vait pas son portefeuille à sauver* M. Thiers, mi« nistre de l'Intérieur, qui avait demandé Antony à Dumas pour se faire do la popularité littéraire, le défendit par un arrêté d'une ligne, pour sauver sa popularité parlementaire. Il y allait de son budget devant la pudeur des élus du scrutin censitaire ! La pauvre Dorval n'eut pour se consoler qu'une pièce de Mazères et uu rôle d'aieide dans une tragédie en un acte de Casimir Delà vigne. Elle se vengea ^irituellement des effarou^ments d'ingénue de M. Jay, en lui envoyant une couronne de rosière! Celui-» ci s*en tira par un madrigal d'assez bon goût. Cette génération en était restée au quatrain de M. de Saint- Aulaire* A Anton/ Téchevelé, Dumas fit succéder une fantaisie académique, un exercice du Conservatoire en cinq actes: Charles VII chez ses grands vassaux. L'auteur avait emprunté à Hugo dans ; il jugea Racine (déjà pillé par Alfred de Musset) d'aussi bonne prise et refit Oreste et Hermioiiei en prenant soin de bistrer le premier. Il lut la pSèoe en anivani de Tmrville, à quelqfues amis, dont étaient Bixio et l'auteur de ce feuilleton. On fut très-froid,
48t IM GOOUnNK DV PA88i.
al oeiix qui nrvWent la «ont restée, pour la pièce ; mais
Harel, directeur de TOdéon, dont la spécialité était de ne pas £aire d'argeat ai le goût de donner des rôles 4 Gaorgaa, Tit là mia oaaaaîon da raaier à la fois fidèla à sas iudiitiidaa attaelaaiiaaa al commareialaa. Il monta doue l'œuvre, mais ne voulut pas faire la moindre dépense, pas mdme celle d'un daim empaillé. On emprunta (la pièce ue fit jamais autre ehoaa) au Musée d*ariillerie, pour Charles V7/,uue armure et un eaaque dont la visière dermieontre s'abattait mal à propos, à la première représentation, sur le visage de l'acteur, pendant les tirades à effet. Celte couleur locale» — pour l'amour de Dieu, — ne compromit pas du resta une soirée tiède ipii ne valut un grand sucoèe qu'à Radne toujours vainqueur, quand on vient le olier^ cher sur son terrain. Yacoub l'Arabe retrouva le désert pendant les quelques représentalions de la pièce. — £lle fut moins malheureuse au Théàtre-Françaia, quand on l'y reprit, à ce qu*aasure Dumas.
Il y avait là, en effet, pour l'aloxandfin tragique, un fonds de clientèle inhérente à un petit nombre de banquettes, à part les quelques réveils que Rachel, il y a vingt anat une miae en scène et une diatribution intelligentes à l'heure actuelle— ont valus à la vieille Melpomène*
Dumas a mis dans son recueil, mais n'a pas signé Bichard d'AriinglOD^ malgré les instances de Goubaux et de Beudin, ses eoiiaborateurs, deux hommes laborieux et très-intelligents qui mirent une moelle nutritive où Dumas a féit circuler un sang chaud. Le résultat fut un grand succès, une .création admirable de Frédérick-Lemaître, un ouvrage qui n'a cessé et ne cessera d'être applaudi — métis heureux dérivant à la fois da Shakespeare et du mélodrame de la Gatté, comme le mulet, du cheval et de l'àne.
La soirée d'origine de Richard d'At-haglou a clc uuo
ÂlMKAMiam DOUAS. '
des plus saisissantes que nous ait données le théAtro moderne. Commençant avec de telles licences que rieu eaanile ne pouvait étonner, le drame alla d'audaces en audaces Jnsqu'aa paroi^ysme de renthoosiasme , doublé par la surprise. Dessiné dés la première scène, le sneaès avait cru jusqu'à la dernière. Le prologue, emprunté aux Chimiques de la Caaougale de Walter Scott, et dont les auteurs français, sur leur brochara, ont été chercher las exans^ jusque dans le théâtre ^rec, nous montre une femme se débattant dans les douleurs de l'enfantement, n'ayant que le temps de rentrer dans la coulisse et reve* aant, à peine .délivrée, so débattre dans le désespoir, devant son père qui maudit son amant, et devrait au moins ménager sa fille.
Harel , le directeur de la Porte-Saiiit-Martin , n'aimait pas ce prologue qui disait d'avance le mot du dônoùment* Le reproche n'était pas sans justesse ; mais cette exposition, qui osait tout, avait pourtant le mérite de -^bronaer
— le public. 11 n'y avait eu rien d'approchant jus(jue-là comme témérité sur nos scènes.
Autre énonnité. Dès le premier acte , lorsque Richard sent subitement la nécessité de devenir l'époux de Jenny, et met précipitamment au service do son ambition le sentiment, en lui faisant doubler les étapes, — Frédérick- Lemaitre , dans la chaleur de la scène , effleurait réelle*
ment de ssa lèvres celles de Noblet. Cette hardiesse
— qu'on eût trouvée naturelle sur des seènes de la chaste
Angleterre, mais chez nous sans précédent, — passa et fut applaudie. Le Figaro du lendemain appela cette mise en scène « une heureuse indécence. »
Le tableau de réleetion , très-bien mouvementé sur un grand théâtre, parut neuf et amusant. Je me souviens du frisson qui passa chez les spectateurs lorsque Frédé-
rick-lUchard , porté par ses électeurs pour défendre les droits dA peuple à le Gliambre des Communes, dit htm el fturtivemenftt en pessaal près de Thoiniisoii : e C?mé H
marchepied de celle des lords. » Toute l'apostasie ambi- UeuâOy tous les crimes de Richard étaient dans cas mots.
L'inférét devient pelpttent ifÊtmé Riebéfi se IMi n
merchepied vivant de Jenny, qu'il veut écraser du pied pour marcher à un riche mariage. M"* Nohlety — celte Jolie bnme de la famille des dineeweee M eenniMs» qoi, ée fOdéen et de la Perle*€Uifait4ifartin (ees deu iliMtree étaient à la fois dans les mains d'Harel) — alla à la Comédie-Française» prêta à la doulettr de ienny des accents indignés auxquels Dumas rend jostiee dane see
Mémoires , en daignant nous instruire qu'il n'y avait eu entre M^^ Noblet et lui que c des relations purement artistiques^ » tandis que tons les liens rattachaient à c Derval » (sic),
La scène où le roi paraît (en inconnu'), un peu théâtrale, un peu factice, parut originale et fut écoutée avec une sympathie étonnée. C'était un roi de tragédie» Erik^ Bernard , un ventre solennel , une majesté obèse , qui avait ceint, cette fois, la jarretière au lieu du diadème. 11 tint bien son réle. Lorsque , après le monologue d'éni* Tremeni ambitieux, — rendu par Frédérick-Lemattre avec un éclat qui n'était comparable qu'à la puissance de composition qu'il avait déployée dans tout le rôle, et quand lUchard se voit déjà maître de l'Angleterre ,~ s'adresse à l'univers entiw , Tompson vient jeter ces iMts de glace sur cette flamme : Mawbray est à Londres, et il amène votre femme ! une naïveté illusionnée, dans la salle , cria : « Oh 1 très-bien 1 * et fit toomer nn moment au rire Témotion du fRibile.
ALEXANDRE DUMAS. 455
J'avais 1« à Dumas » quelque temps àuparavant , une ti|fédi» de edlége où un soupirant marîé déolarait sa
passion à Mario Stuart jeune. Dumas me dit : Il faut que sa femme arrive pendant la déclaration.
Je rttrouTai dans Richard d'Arlington l'effet à eôté duquel j'avais passé.
Au taJi>leau de la grande route, Delafosse , qui avait tsn «veo beaucoup de dignité le rôle de Mawbray, stofa par sa présMies d'esprit un effet de pur boulevard, mais saisissant, mêlé à un ouvrage digne de Schiller. Ayant déchargé sur Thompson deux pistolets qui ratèrent également , il prit dans sa poche un poignard — qui n'y était pas, al abattit le traître sous son poing désarmé.
Au dernier acte, M^^^ Noblet i)oussa do vrais cris d'épouvante (comme la Malibran au troisième acte d'O/ei/o, sous la main de son père Garcia) devant Frédérick lui disant: c Je ne sais ce que je vais faire, mais pries Dieu I »
Ici je laisse la parole à Dumas :
c A la fin du second acte , Harel était monté à mon avant-scène. J'avais la grande avant-scène de droite , et
de cette place j'assistais à la représentation comme un étranger* Hcœel, dis-je, était monté pour me supplier de me laisser nommer avec Dinaux ; on sait que c'était le
nom quo prenaient au lliéâtre Oouijuux oL Boudin. Je refusai.
« Pendant le troisième acte, il remonta accompagné eette fois de mes deux collaborateurs, et muni de trois
billets de mille francs chacun.
« Goubaux et Beudin, bons et excellents cœurs de firères, venaient m'inviter à me nommer seul. J'avais tout fait, — disaient-ils , — et mon droit au succès était incontestable*
LES COULISSES DU PAflBé.
« J'avais tout fait, — hors de trouver le sujet, hors de trouver les jalons de développeneai « hors d'exéonter la soène capitale, enfla, entre Riebard et le roi, scène qjOLe j'avais complètement* ratée.
« Je les embrassai, et je refusai.'
t Harel m'offrit les trois iiiille francs. 11 était mal venu, j*avais les lames aux yeui:, et je tenais les mains de mes denx amis dans chacune des miennes.
c Je refusai, mais je ne l'embrassai pas.
c La toile tomba au milieu d'applaudissements frénéti- . qnes; on redemanda Richard, puis derrière Richard, Jfenny, Thompson, Mawbray et tout le monde.
« Je profitai de ee que les spectateurs étaient encore enchaînés à leurs places pour sortir et p-agner la porte de communication. Je voulais , à leur rentrée dans les coulisses, recevoir les acteurs dans mes bras.
« Dans le corridor, je rencontrai de Musset; il était très-pàlc et très-impressionné.
« Eh bien! lui demandai-je, qki!^ a-Uàl donc, cher poète?
c II y a que j'étouffe I me répondit-il.
€ C'était, à mon avis, le plus bel éloge qu'il pût faire de l'ouvrage ; le drame de iuchard est, eu effet, étouffaut.
« Richard eut un immense succès et ce fut justiea.
Richard est tout simplement un drame excellent. »
A part quelques procédés de boulevard, l'expédient un peu gros du bourreau séducteur et vengeur, je contresigne des deux mains le jugement de Dumas sur la pièee.
Quant aux trois mille francs refusés, croyons-le, puisqu'il le dit. Le théâtre de l'auteur uous a préparé aux invraisemblances.
ALEXANDRE DUMAS
Je n'ai poiat connu Beudin. Groobaux, on le sait, fut une banie' intelligence , nn homme de bien, ({ni eut de
grands succès au théâtre, et donna une nouvelle impulsioa à renseignement. Ce pseudonyme composite de Dinaux confondit sur bien des affîohes heureuses le nom des deux eoUaborafteurs.'
Leur travail patient, leurs fouilles habiles des caractères humains, la mesure et la vérité de leur dialogue furent un auiûliaire des plus heunsux pour rânprovisation passionnée et la puissance seénique de Dumas, -f- qui ne s'est jamais mieux révélé, il faut le dire, que dans cette figure de l'ambitieux. La main immortelle ù laquelle nous devons Shylock , Yago , Macbeth et Timon ne l'eût pan désavouée. Le rôle de 4enny est admirable; jamais l'honnêteté aimante n'a parlé un plus digue et plus sympathique langage.
Harel > pour ajouter à cette mine du succès ({u'il nuisit exploiter, fit faire de JRiehard une parodie sur son
autre théâtre de la rive gauclie de la Seine. Gela s'appelait Piffard Drohchoa, et peut donner idée de ratticisaie d*une pièce jouée sur un théâtre royal.
Richard valait beaucoup mieux que Térésa^ûe VAatooy délayé. Térésa suivit à peu de distance le drame de la Porte-Saint-Martin. Au reste, Alexandre Dumas, dans ses Mémoires^ raconte comment il a fait l'affaire, et donne son appréciation sur l'ouvrage :
« J'ai bien dit ce que je pensais de Charles VII ; j'espère qu'Anioet, mon collaborateur, me permettra de le dire de Térésa,
« Je ne veux pas tarder à exprimer mon opinion sur ce drame ;* c'est un dos plua mauvais, comme Angèle, faite en collaboration toujours avec Anieet, est ma des meilleura. (Ce<n. est exact.)
MiMcr œ seconde ; Thomme (pii a collaboré est semblable à rbomma qui s'est laissé pincer par la bout du éaigi daM M iMiMîrt af^éa la daift, la auâi;^ffte la Mla, la btaa, apaèa la kraa» la aarpa I n irai qaB Mt
y passe. £n entrant on était hommay en sortant on ast fil da fer.
c Un iMMA naliny Daaafa airiva oImb mî* piéaaaitpé éVraa liés ainfuMàrat aowaa â da jauav un
homme detrente ans, daas la persomne tPAntony, il s^élail fourré dans la tète qu'il ferait bien de jouer un vieillard da soixante» peu lui importait lequel. Les vieillarda dfi&naai al éa Ifarta MMoÊwe m dwasatant da^anl Ini pariant «en aonunafl, la panranlyalant pendant sa "veMai il valait jouer un vieillard, fût-ce le Don Diègue du Cidt le Joad à!AlhaIie ou le Luaignan de Zaïre. — Il avait tiauvé aonviaiUafdan noorriae ahas Aniaat Bmirgaoia ; il m'amanail la pèia nanrriaiffr. Je na eannaiaaaia pas A^cet; nous fîmes connaissance à ce propos et à cette époque.
c Anicei avait éaril le plan da TMaa. ia aanmançai par flMiIra da aMé la plan éarit, et par prier Anieal de
me raconter la pièce. Il y a dans le récit quelque chose de vivant qui appelle la vie. — Pour moi un plan écrit au contraire, est un cadavre» une chose qui a vécu ; on peut la fahranîaer ; on ne peut paa la fidra revivra. — Il 7 avait dans le plan d*Anieel la plua grande partis de la p!èce telle qu'elle est aujourd'hui. Je sentis du premier coup deux choses, dont la seconde me Ht passer sur la premièrs : c'est que Je ne faraia jamais da Térésa qn*ane' pièea médiocre, mais que je rendrais un service k Boeagsr
« Et voici comment je rendrais ce service à Bocage.
c Harely ainsi que nous l'avons dit, était passé de la
ALEXANDRE DUMAS
direction de TOdéon à la direction du théâtre de la Porte- Saint-Martin. Il avait Frédéric, Lockroy, Ligier ; Bocage lui était inutile.
< Il avait donc rompu avec Bocage. Par suite de cette rupture, Bocage se trouvait libre.
« Pour un artiste, la liberté n'est pas toujours un présent des dieux. Bocage tenait à garder cette liberté le moins longtemps possible, et, grâce à un drame de moi, il espérait la perdre bientôt. Voilà pourquoi il traitait si héroïquement Térésa de chef-d'œuvre.
f J'ai toujours été plus faible devant les arguments que l'on ne me dit pas que devant ceux qu'on me dit. — Je compris la position. — J'avais eu besoin de Bocage; il avait admirablement joué Antony, et, en le jouant, m'avait rendu un éminent service ; je pouvais lui rendre service à mon tour ; je m'engageai à faire Térésa,
« Ce n'est point que Térésa fût une œuvre tout à fait sans mérite. A côté de trois rôles faux, Térésa, Arthur, Paolo, il y avait deux rôles excellents, Amélie et Delaunay. m
Ici, je m'arrête. Dumas fait de deux personnages de la pièce un éloge aussi sincère — que le jugement sévère et juste qu'il porte sur l'ensemble de l'œuvre. Il dit d'Amélie qu'elle passe avec son voile de fiancée, etc., etc., au milieu de l'amour « ignoblement incestueux a (je ne l'eusse pas dit aussi durement) d'Arthur et de Térésa. Il est aussi expansif dans les aveux de son enthousiasme pour le rôle de Delaunay (le mari), qu'il reconnaît pourtant être imité de Banville, de V Ecole des Vieillards^ et de Duresnel, de la Mère et la Fille.
A qui Dumas n'a-t-il pas pris, à commencer par luimôme ? Il me fait penser à un clown que j'ai vu dans une parade anglaise, — et à qui on coupait la tète pour la
400 IM CMKIIJMM DU
serrer quelque part. Ce clown était tellement accapareur, eftsayaU de se la remettre.. • dans sa poche. DiunaB était m immenae déversoir littéraire où toat B*ab&orbait,
les eaux les plus limpides, les plus étincolantes, les fanges croupissantes.
DuBiaSt avec la uiéme nalyeté déclare qa'il y a dans TéréêÊ demi soénaa à la hauteur dé ce qu*U y a de plus beau au théâtre; celle où Delaunay insulte son gendre incestueux et adultère, — sous un prétexte politique, — et oeUe où il fait des neases à rhomme dont il ne veut pas rendre orphelin Fenfant, qui est son petit-fils.
Sans ntteindre tout à fait à l'enivrement de Dumas, eu ce qui le concerne lui-même, je déclare comme lui que œa aoénes sont belles et hien ameiiées ; mais cela ne suffit pas ponr racheter les vices d*une œuvre qui, da reste, même dans sa nouveauté, ne lit que médiocrement d'argent.
Aussi, AnîeelXDnmas nous raconte qu'il mît à la collaboration avec lui la condition d*éerire la pièce seul, — on voit qu'il était aussi franc pour ses collaborateurs que vis-à-vis de lui-même), Anioet, dis-je» fit-il oaettre TérétÊ en trois aetes, pour entrer dans les oombinâlsoos de répertoire.
Ânicet était un vrai dramaturge de ménage. Dumas alla voir et trouva la pièce ainsi tout à fait mauvaise, et il avait raisou. Une vilaine étoffe n'est pas mefTleure quand
on récourte ; seulement c'est plus pauvre encore.
Téréea, c'est Antoay compliqué do Phèdre; mais autant Anionf est dramatique, s'il n'est pas irréprochable» lor»qu'il est entraîné auprès d'une femme mariée, qu'il avait déjà aimée libre, par un penchant qui les conduit tous deux à une faute et les dévoue à l'expiation, autantArihur eat « iguoble^ » — le mot n'est pas de moi, mais je le
ALEXANDRE DUMAS. 461
silène, en partageant ses tendresses alternatives entre sa femme et celle dé son beau-père. Raoiiie» fui entendait le théàti« encore mieux que Dumas, n'a pas àsses de cinq
actes pour nous dire le désespoir et les remords de Phèdre, éprise du iiis de son mari, et llippolyte n'a pas épousé, lui, une fille dcThéséel — de Phèdre qui'ne commet même pad la faute qu'elle rêve et exècre à la ibis.'
Aussi voilà pouniuoi Phèdre sera éternellement dramatique, Intéressante, même jusque dans la vengeance oriminelle, que, dominée par CBuone, et presque inconsciente de ce qu'elle fait, elle prend de la froideur de l'amant d'Aricie, — vengeance qu'elle maudit dès qu'elle est accomplie. Térésa, consentant, dans un moment de pudeur, à se séparer d'Arthur, — * le ressaisissant, parce qu'elle. ai>pi*end que la jeune femme, d'abord indiflftrente pour sou liancé, se sont — heureuse avec son mari, — Térésa, appelant sans le moindre scrupule cette promiscuité da foyer à satisfaire ses passions et ne s'empoisonnani que parce que, surprise par son mari, elle ne peut plus continuer, Térésa est purement et simplement dégoûtante.
liCS naïfo — qui ont voulu admirer le drame sur le nom de Fauteur ont rejeté le peu d'effet de la dernière reprise sur l'insuffisance des interprètes, mais d'excellents acteurs eussent fait applaudir l'ouvrage et ue l'eussent pas fait accepter. C'est à peu près ce qui arriva d'ailleurs dans la nouveauté, malgré cette distribution exceptionnelle, malgré la singularité d'un drame monté salle Yentadour, à l'Opéra-Gomiquo (Dumas prenait ses théâtres où il les trouvait) et bien que l'influciice reconnue du courant fiévreux d'une école novatrice donnât, même pour le public opposant, une raison d'être aux émotions ultra-passlonnées de l'ouvrage.
Térésa, c'était alors Moreau-Sainti» fèmme de rao-
tBOr d« rOpéra-Comiqne et mère de l'homme intelligenl qui va sans doute régèoérer l'Ambigu. M^^ Moreau-Saintl, màtèmÊtÊmà Mto» istmmpmUàA muïm wtèm mm hainMlM ém ééimw» qui Wif èrwl m yta l'êatwiTagieê — mrit^ éhra du rôle. Bocage, bon ou mauvais, fut entraînant, irréaiatible, foudroyant. Quant à Laferrière, qui parlait oetia langua Mmlla amo la ntea aidevr, Dnmaa hqw maala oa^ iwifaaiiti Vtatav an rtuilitip'»* jsMn&'à as qu'os loi oM asia ^hoai aas t61# la féoH ^Kma étupilBB du Vésuve qui venait d'éclater. Il est heureux que rou- Araga fût postérieur de deux aiia à la révolution de juillet; raelrar «AI éamaadé à nmnler aana doota l'attaqua du Louvre at la prias daa Toîleriee. — CTeat pour Amélie
que Ton a amené à Dumas, de la banlieue, Ida Ferrier, depuis marquise de la Pailleterlo. — Dulau était Js&é par Théiiaid, on irieil aetear de TOdéos, aimple utilité, u'ayant pour mérite que du nélier, ayant eu un jour de vogue en jouant plaisamment Don Quichotte dans les Noces de Gamache, un pastiche musical (l'Odéoa jouait alora l'opéra)* Thénard étail un homme à tout faire. * L'anlaur raoonte dana ses MÊéaoirm qu'on essaya pour Paolo, Guyon, un pion An jeune Alexandre Dumas, et depuis mort sociétaire à la Comédie-Française. L'extrôme timidité, la gaucherie de Guyon aux répétitions empéehè» rent de lui eonserrar Is rèla ds Paolo.
On is donna A ml visnz Irial de l'Opéra-Gemiqne, Féréol, qui s'en tira habilement. Le sombre Paolo n'en était pas moins une vulgarité alors ^ .aujourd'hui c'est une parodie. On a dft supprimer, à la lepriae, à eet ItaUen de mardi gras son suioide de mercredi des cendres.
Les trois premiers actes furent assez froids à la première représentation, malgré le talent des acteurs ; ce sont laa dsmt demism qui, grAoe à cas méiAse intsrpiétea,
MtovtewitMi ■Miaèi UMtb, mêêêê hifllwt. L» wàmx it^
jottrd'hnl 6«t iPêlr» sur la pièce de l'avis que Dcrnia^ émet dix fois dans le chapitre des Mémoires qu'il consacre à TéréaM al de UitMr Tostnige dam Ift eollecftioQ da fliéélre ém Vn^lm.
Ne parlons pas du Mari de la veuve^ un acte pour M'** Mars. Dumas, qui avail le besoin de runiversalité dans les IMémteras tt dans lottteg lai eaiaaas» était tanlôé féMOede GcBiha pour AmrleltMtfèl le ftraldlfofmann pour le Roman d'une hcurê, 11 n'y a pas grand'ahose à dire ici de la Tout de Neale^ mais pour ua motif tffèSHMIléml, a'aal qu'on an a d^à trop parlé. La piéae fut d'abord mi lap|fe fMittn pwt la Porte flaini»Marttn, — puis demeura le morceau de pain du théâtre affamé. Harel donna cent cinquante foie la cf^i^niérarepréeentation de la Tear deNetlef quand il nie satail plos oomment rappeler les spectateurs mis en fuite par ses nouveautés médiocres et pauvrement montées.
La pièce à la reprise dernière à la Porte-Saint-Blarttn» après nne lonfne inlerdloiion que loi avait imposés la vertu ministérielle, n'avait point perdu sa faculté de recettes, bien qu'elle n'ait guère paru, il faut le dire, en dépit de qvslqnes scènes poissantes» qos la parodie d'ellemène* Pendant la longue existenee derotrmge, Bocage, Frédérick- Le maître, Mélingue; M™®* Georges, Dorval, ont tons passé par les rôles principaux, devenus le classique de rextravagant»
Le drame qui suit : Angèlê, fait en éoHaboraffon avec Anicet Bourgeois, — de môme que Térésa — mérite une mention particnlière. U f a là une audace qui n'est pas commune» nn tempérament dramatique donl U est im<possible de ne pas tenir compte. L'homme se servant de toutes les femmes» mère ou ûlle, pour servir ses projets
LEb COUUSâl^;S DU PAS8£«
d'ambition, — au basoia exploitant Tadultère et utilisant l*inoe«te, est jeté avec une Tigueur irrésistible de dassîB* Bocage joua le principal réle STee UB graiid eifeft et, au dénouement, lorsqu'il se trouve enfermé et face à face avec le poitrinaire, — protecteur d'Augèle déskoaoïée, — sa pliysionomie pAlissait, tout son eorps se reidiasaii, son diapeaa tombait , et il mgtssaii: t Monsieur, quelles sont ▼08 armes ? » avec un indicible accent de haine qui faisait éclater les applaudissements. Ge obapeau tombant fut raillé amèrement dans un artiele de la E»vb0 de Parm^ intitulé : De la liUératare facile (lisez, de la littérature d'imagination); il était signé de M, Nisard, dont le talent littéraire, incontesté d'ailleurs» n*a jamais eu de £aeile que rAoadémie et le Sénat, et provoqua une vive réplique de
Jaiiin dans son feuilleton des DC'bals,
Le succès d'AugùIo à la première représentation fut trèsvif; il avait été aidé par des circonstances particulières. M.GranierdeCassagnac, Victor Hugo, séparés aujourd'hui }»ar des idées politiques si divergentes, par des anta^'-onismes si inconciliables, se trouvaient alors en relations habituelles et dévoués également aux idées littéraires nouvelles. M. Ciassagaae était aussi révolutionnaire en fait de théâtre qu'il était destiné à devenir conservateur en habitudes dynastiques. Il croisa la plume contre Racine dans le feuilleton de la ^Prmseei fit égal^ent. à des points de vue différents, la guerre à Dumas. On fit remonter très à tort à Victor Hugo la responsabilité de l'article de Ûassagnac et la bonne entente s'effaça passagèrement entre ceux que l'on appelait . les deux grands maîtres du drame moderne. Il n*y eut point que parmi les partisans de Dumas une vive réaction en sa faveur ; à la première représentation d'Angèlef en étendant les vi&
▲LKXAimitH DUMàS.
applaudissements de la sali», oe dernier s'écriait : G'asi
Cassa^nac qui me fait mon succès.
Une revue du momcut, épousant la querelle de Dumas, iiivoir sur ia scène, au moyeu d'une trappe» Marie-Tudor enfoncée par -Angèle, Le drame d'Hugo, qui avait précédé la pièce de Dumas, n'avait eu le premier soir, selon les habitudes <lo l'auteur, qu'une réussite très-laborieuse; mais tout contesté qu'avait été ce succès, il avait déjà été plus lucratif et demeura prolongé ; et, à coup sûr, le grand souffle historique, la puissance de style qui caradérisent toutes les œuvres théâtrales du })OL'te de la Légende des siècles casseront, à la reprise do Marie Tudor qui se produira bientôt inévitablement, le jugement partial rendu primitivement par les petites coteries de Fépoque. • Lies effets de Tincontinence de copie se font sentir dans 4oute l'œuvre de Dumas. L'idée analogue se reproduit sous sa plume d'une pièce à l'autre. De même que nousreeonnaftrons Hsditàx dans le Laird de Dambiekief nous re- IrouTons Dahrlmare, le Don Juan de l'ambition, dans C«thcvino Howardf qui poui rait prendi e i)onv iiiveV Echelle des Hommes, 11 y a cependant, encore là, dans celte histoire de fantaisie, avtts cette Angleterre qui sert d'one trappe et ce Heari VIII qni s'échappe d'ufa gobelet, le véritable instinct drtimatique do l'auteur, complètement fourvoyé dans la pièce qui suit: Don Juan de Muiana, Ici, c es* la prétention de donner à la France son Fausl, son FeaUa de Pierre et son Abesverm. Dans l'entr'acte d'un drame et d'un vaudeville, Dumas veut escalader le ciel comme Enccladc, mais ce n'est qu'un ciel de toile peinte et de l'infini de magasin. La pièce, fort compromise dès le premier soir, ne se releva qu'à une scène extrêmement vulgaire de dnel où l'énergie de Bocage donna la réplique à la •
LIS QOaueSBB DU PASSÉ.
daque et aux amis. Bref, une chute — de |ilu8 haut que d'habitude et le friiil perdu d'usé dee rares prodin^* Mliaée vieeeiieeèae d'Hère!*
LemouYemeiit de 1890 arait eu dhren efféis, comnie les mouvements révolutionnaires. Les vieilles routines classiques ont éié emportées^ les unités ont disparu, les esDildiiiis sat élé ads à pisd. C*éMk bien. Les smfci- WÊÊÊâÊ hmtÊÊÊam ml sequis ph» de graadeor, prMsésMiit parce qu'ils avaient pins de vérité. La taille réelle des héros ne peut s'apprécier que quand on ne les met plus ssr deséehssses. Senleisenii à e^lé de eetie passieaheiiivosed'hsnsiiilé/attjl^STeelàfssrwiêeoirlede eontrciipied systématique de toutes les idées reçues. On voulut, en même temps qu'on dramatisait la vie hourgeoise, exalter , l'incondoile p déiiier non pas seolemenl la passion» mais Tsdidièrepoiirl'sdiillère. OasTsiiansimeliAls» im e^ fnoa frisé st dee bofttiiies à Melpomàne. On kftlroalar sous la table. Le désordre fut une poétique. Glichy (alors I il s'appelait Sainte-Pélagie), devint un temple de ioe* | sielm, reTgîs pssss à l'état d'iostitiil^ |
JTess est s^jourd'lNd m prodsil démodé ds ses sssfêrations caricaturées, une scorie parasite de toute cette lave refroidie. Ce n'est pas qu'en résumé je ne préfère encore espeadSBt les ébullitions dangereuses ds eelie époque à Is déim^sUea médallsirs de Is nétre. Le théMrs avait dors psrièls FeiiIlKmsIssiiie dm '▼iee. Aujourd'hui, la soèso , en a l'habitude. Il y a des ouvrages parfois pleins d'es- | prit et de talent (je citerai la Vie Parisienne — et Paul ' Araattfr, qui tout su s'élsvsntparfois si hsu^ n'a pas sa ss rsehsier assas de oette oentogion), dans Issqoalt
éclate, pour ainsi dire, une candeur d'immoralité, une
inconscience de débraillé. On dirait des gens ne s'a- \ perçoivent pas qu'ils se promènent déshabillés*
ALSXANDHK DUMAS.
Les dernière flMivros de oe emctém répoadaitni à
où «Ile l'a pu, sa eompensatkm d'une participatiOB inraf- Usante aux affaires publiques. Elles ont eu de graads mtiàh jiMtifiéft à eartains éganb. ilaia Kma Mi daM MB tel CTaal» je la lépèta, naeroyai^diiviaet el enteviw
d'hui il n*y a plus de croyance, même pour le vice. Comment osait-il apporter de la convictioa dans le désordre fsi M produit plus foe des M^ptiipMS malatenanif
Quel intérêt Toulai^^m qu'à la reprise le psbUo prit à toutes les femmes s'amourachant d'un histrion dont le mérite, à la ville» — * eat de boxer avec sucoéa dans les bovfes et de se USttë rapporter dies hd plss mort par FWveese que cenx fft» ses poings ont assomést
Je consens que la comtesse de Kœfeld, — si cela peut lui être agréable» — aille occuper, elle, femme d'unambas» sadeur» sur le sopha de la loge de Kean, la plaee qu'y avait peut-être occupée la Teille une figurante (à un moment donné le soufûeur rappelle prudemment à Kean qfom asix actes à jouor), mais j'avoue que cela m'est indifférenti -» fout au moins. — Je ne sympatikise guère plus avec cette Anna Darnley se jetant dans les bras de Kean, à peine dégrisé, qui la respecte, peut-être par épuisemeal, et l'épouse par hasard aa dénoÉoient. (Ce n'était pas U, en font eas, estte mistriss Kean, qui, Tenue peu* vre à Londres avec son mari, avait pour coutume de dire: « Avant que mon mari fût grand homme, ' et qui ayant élé mariée jeune avee lui, dut lui snnriTre dignement. (Kean est mort à quarante^rois a^s*)
Kean ressemble, du reste, chez Dumas, — il faut le ^ixn à tout ce que sa biographie nous en dit. 11 a pourtant sa refanehe dans la pièce. L'auteur le aMt en fiée d'un lord dibenehé, rairfsseur, ftussaire» etftdt 4 Kesa
une ovation à bon marché. Ces déclamations contre la haute société aujourd'hui, c'est du La Palisse en colère. La scène dans la loge de Keaa, qui fait aaaister le pul>liG aux angdeeesde Taeteiir tiraillé entre les devoirs da comédien appelé sur la soène et la jalousie d*hoimne à bonnes fortunes, est plus attachante. Elle est suivie d'un éi>isode asses curieux, celui de la représcntatioa de Ihinéo oùl Kean insulte le prinoe de Galles. Là, Alexandre Dumas» aveo sa yive inteUigenee soénique, avait tiré un parti heureux, au point de vue dramatique, du procédé déjà usé au poiut de vue comique : — des acteurs placés dans la salle ; — mais le dénoùment est de la dernière faiblesso.-
A c6té de eas ohos^ soraimées, ridioules même que j'ai signalées» Aakmy avait encore la vitalité du drame et de la passion. Keannw que l'agitation stérile d'un poncif épileptique. On sait que la pièce a été écrite pour Frédérick« Lemattre» à qui la rumeur publique attribuait un peu les habitudes privées de Kean, en même temps qu'elle lui reconnaissait son génie. Toutes les fois que ce gi-and coluédien a laissé son empreinte sur uu rôle, tout autre iutei'prète y devient bien difficile.
Kean» aux Variétés, où Dumas avait dirigé les voyages inquiets de sa tente capricieuse, dut à Tartisto créateur un certain succès ({ue lierlou n'a i)U rendre, plus récemment, sur la scène de l'Odéon, qu'en partie à ce tableau do coulisses exotiqoes, babile, mais d'une habileté vulgaire et facilement vieillie.
Je laisse là les opéras-comiques, Piquillo , de mémo que, plus tard, le Romm d' El vire, superlluités fautai* sistes de ce répertoire exubérant, sortes de copeaux en arabesques que jette, çà et là, une infatigable varlope attachée sans cesse à donner la mesure d*une œuvre trop.loiigue pour être partout solide. Je m'arrête quel-
ALEXANDRE DUMAS
ques instants à Caligula^ qui valait, comme leatalive, plus qu'elle n'a rendu comme résultat ; mais du moins ce fut une vraie tentative. On y voulait montrer Tantiquité chez soi et Iiomc eu déshabillé. Dumas était assez mal avec le Théâtre-Français à qui il avait fait payer dix mille francs de dommages-intérêts pour n'avoir pas joué Antony. 11 avait gardé heureusement les lettres de M. Thiers qui engageaient la Comédie, laquelle avait préféré la dépense du refus aux recettes de la repré* sentation. Elle n'en dépêcha pas moins Perrier, un de ses sociétaires, à Dumas, pour avoir' Ca/i^o/a; — puis, quand elle l'eut, et après qu'elle eut donné cinq mille francs de prime à l'auteur, elle le lit siffler, les amourspropres des sociétaires oubliés dans la distribution ayant été toujours plus haineux que les intérêts des sociétaires favorisés n'étaient avides. Dumas réclama en vain des chevaux pour la mise en scène : on jura (jue jamais chevaux n'ébranleraient de leurs sabots les planches ofiicielles. On devait pourtant manquer à ce serment, plus tard, pour un académicien, privilc<^^ié des Tuileries et hôte du Gompiè^^iie impérialiste, M. Octave Feuillet. CciliguJu est une œuvre manquée et dont la lecture laisse froid, en dépit d'un agréable prologue qui npus moaire, de façon trés-intelligente , le sybaritisme romain détendant les plîs rigides de la toge classique, et malgré quelques ti os-beaux vers où Dumas semble parfois frap])er le similor du génie. Dumas est, là encore, vaincu par le BrUannhua de Racine, comme il Ta été pour Charles VU j^v V Andromaqac.
A travers quelques formes de galanterie surannée et dans la monotonie do sa teinte trop retenue, le tragique du dix-septiéme siècle a bien un autre sentiment de la Rome des Géscnu La présence de Vactrice que Dumas
LIS C0UUB8IB SU IfÂBSL
épousa depuis (le répertoire de l'écrivain amoureux était alors sous la raisoa Ida, comme il fui depuis sous la raison Person), ne porta pas bonheur non plus à Caligulsu M"* Ida Ferrier, depuis M"^ Alexandre Dumas, était, dans son rôle de vier^^e sainte, d'un embonpoint qui inaugurait le martyre eaUipyge« Après une première représentation botnleusot la pièoe sombra définitivement. Damas attaohail pourtant une telle importance a son essai, que \)OMr cette 8olenn;Lté il devait iaire f9ndre uneA^édaille. iiélad i il n*en eut jamais que le ;rever8.
La pièoe devin», dans les foyers de théâtre, dans te monde littéraire, le type de la malechance et le symbole de Tennui. C*est une réputation qu'avait eue préventive» ment Aihalie ; mais CaJiguJa n'en a point appelé ausai efficacement. Dans une revne en vers de fin d'année , un personnage disait à un autre :
ftt ne caligulea» — Uns reut dire cecit — ça veut dire embâtar, GTeit va verbe nouYeau qae ron vient d'inventer.
De ee moment date pour Dumas une ère de — déveioa. I^ressé d'argent, ne voyant plus s'ouvrir pour lui les deux
battants des portos de grandes scènes, il tombe de la Comédie-Française à un petit ihéàtre qui s'appelait le Panthéon, et des oinq mille francs de prime aux oentimeg d'une quasi-banlieue. Il fait jouer là Psml JotÊûs, que, plus tard, Ilippolyte Cogniard, dans un accès de compassion, reprit à la Porte-Saint-Martin^^comme pour légitimer ce bâtard de la fécondité besoignense. Dumas revient à l'alexandrin, avec Frédérick-Lemaître , dans VAlebimîaie ^ joué à la Renaissance, et ^ui n'y ti'ouve pas la pierre philosophale. Sublima de rencontre ou familier d'occasion, l'écrivain travaille indifféremment dans tous les ganres : podto les jours où il no pouvait plub être constructeur
ALEZANBBX SU1I4B. 41i
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jdramalique, iEUPohite<^ ches Ini quand le maçon ohèmail.
Sur cette pente de la décadence, Alexandre Dumas est arrêté par un grand succès : MadcmoiscUo do Belle-lsle. Ce diam^-eomédie a la meilleure de toutes les qualités, 41 Tit et snrrit; ce qae les j^assions du drame moderne ont laissé de trop sous l'liid>it brodé que relève parfois encore la lame de Tolède, est oublié en présence de la vitaiîté de l'action » sous Tinfluence de la grâce ingénieuse des détails. Mademoiselle de Belle^Me^ jouée rue Bidie- Jieuy aToo eet art et ce goût qui permettraient de ne jamais ^effacer de ce fronton: maison de Molière, — ne fût-ce que j>arce (jua les intrigues de la Duparc et de la Béjart s'y zelrouYent encore; — HadeaoiaeUe de Beiie-Iaie, di»ge» eut ua eiùH de première soirée eaiTrant, que ne démentirent pas les bordereaux des recettes. Aujourd'hui la pièce amuse toujours beaucoup; mais le temps a mis à conire-jour eertainee parties du talileau. A des détails du sièole de Louis XV étudiés aveo intolligenee et ânessd", reproduits spirituellement, se môle une certaine phraséologie déclamatoire ^ contemporaine des essais du romantisme » et qui détonne eruellemeni aiyourdlnii. Bas inimdseinmaneeB mimstruenaesy des mofens inadmissibles laissent un peu protester la conscience contre l'entraînement que vous font subir cette dextérité merveilleuse avec laquelle la pièce est conduite» la facilite ' egiéable el décisive du dialogue, les audaces médioerement déeentee, mais incontestablement amneantes de la
situation. On peut admettre à la rigueur la substitution dans la nuit de M'"*^ de Prie à M^de Belle-lsle, — abusant riunnme te plusrouét te plusconna/ssearen Cait de teamtes qui fài alors. Mate comment croire que Rich^eu, au faite
des honneurs, dans la phase la plus brillante de sa vie, au pmmimt uù tes chevaux de son carrossed'amhassadeur
LM COULISSES DU PÂSSk
à Vieiuiô veuaieut de semer leurs fers d'argent dans les mes de cette capitale, consente à ee brûler la cervelle sur la chance d'un passe-dix avec un petit officier à qui il eût fait déjà beaucoup d'honneur en compromettant avec lui l'épée qui tua en combat singulier le prince de Lixen dans ] les tranchées de Philippsbourg ? L'anachronisme de ce compromis violent produit un effet criard dans la peinture de cette société amollie , dans Fencadrement de ces brillants salons de 1726.
Ainsi que je l'ai déjà dit, le succès de la première représentation de la pièce avait été on ne peut plus vif. A.u premier acte les plaisanteries de Richelieu adressées à d'Auinont, l'énuinération de tout ce qu'on a fait pour ce dernier, terminées par le conseil de se faire la barbe, soulevèrent pourtant une protestation passagère émanée de puristes qui ne comprenaient pas qu'un gentilhomme se montrât insoleat et de mauvais ton à la Comédie- Française (ce n'était là i)ourtant qu'un trait du caractère de Richelieu bien étudié], mais l'attention, l'intérêt ne se ralentirent pas an moment; des applaudissements enthousiastes ne cessèrent point de récompenser rensemble et l'entrain d'une exécution qui pourtant, M"® Mars exceptée, n'était pas dans des conditions <Ie valeur exceptionnelle, du moins eu égard au rang du théâtre. Firmin, qui a créé Richelieu» n'était nullement l'homme du rôle. — Mais petit, grêle, assez mal bâti, il unissait aux traditions de la scène, ou avait joué Fleury, une vive intelligence, uue i chaleur généreuse qui électrisait la salle, — qualités tou«* jours décisives les. jours de premières représentations, — batailles dont le succès est déterminé par le degré d'ar- i deur de la charge.
Mars, qui approchait de son déclin, et dont on plaisantait haattcoup les prétentions juvéniles au mamsat où
la pièce fut reçue, consulta ses cjimarades, entre autres Desmousseaux , en qui elle avait beaucoup de oonûance, et demanda — trèflkyraisemblablement déijà avec uii parti pris contraire — s'il ne conviendrait pas mieux qu'elle se chargeât du rôle de de Prie, la maîtresse — expérimentée — de M. le duc de Bourbon. Des camarades intéressées la poussaient vers ce côté de l'option; mais l'intérêt du théâtre et de la pièce ne permettait pas d'hésiter, et l'événement donna raison à cette beauté vainenaent touchée par les années, à cette grâce suprême, à cette sensibilité irrésistible qui savait donner aux spectateurs toutes les émotions du drame sans en prendre elle-même les allures. On sait que, depuis, Rachel a comi»ris avec succès M*'® de Ilelic-lslo dans les emprunts qu'elle a faits au drame moderne.
liO rôle de M*^ de Prie était confié à Mante, acthce de grande race, dont les brillants débuts contre-balan-* cèrent un moment la fortune de Mars. Malheureusement, un auxiliaire vint à cette dernière contre sa rivale: un excessif embonpoint dut interdire à M^^*' Mante les rôles jeunes que Mars ne voulait pas consentir à lui céder et finit plus tard par étouffer cette rivale. M^ Mante était une M"^" <lc Prie accomplie; le moins satisfaisant de la distribution primitive fut Lockroy qui, bien que «distingué de physionomie, parut un peu trop apporter sur la scène de la Comédie-Française les allures du boulevard.
Après le retentissement de Madomoiseîlo do DcUo-Isle Dumas se crut décidément naturalisé rue Richelieu, et écrivit, pour «les mômes acteurs, le Mariage sous Louis XV.
Toujours comme Encelade, — sous l'Etna de la nécttH sité, — Dnmns se retournait sans cesse, se rattachant, au besoin, du drame à la comédie.
Ij& Mariage soas Louis eut un succès un peu froid.
^4 MB OOnUtW DO PASSÉ.
mais Msev. . . Gomédie-fVfliiçaiée. Agréable de diàlogtie;
ce pastiche de Marivaux, empoudré à la maréchale, avait un paribm de rhorticultnre da terroir (psi fit accepter la banalité du sujet et la légèreté de Tintrigue. Pourtant, d'abord, en l'absence de Dumas, établi à Florence, la pièce avait été refusée par le comité, qui à coup sûr n*6taitpas dans son droit, — car û en avait accepté de pires d'hommësr qui n'avaient pas- donné au tbéàtre des succès tels que ceux de Henri fil et do Mademoiselle de Belle-Islc ; mais Dumas traitait directemeat avec les ministres. M. Thiers lui avait valu dix mille firancs de dommages-intérêts pouf Antony; rcn«,^agement offieiél de M. de Bémusat fit mettre en répétition la pièce refusée. En revanche, la Comédie, payant par £orce une dette à Dumas , ne put se résoudre à continuer Tacquittement de celle que quarante ans de triomphes lui avaient fait contracter envers M^** Mars. On lui retira brutalement un rôle écrit pour elle. (A l'une de ses représentations, on lui avait jeté une couronne d'immortelles— de celles que Fon met sur les tombes— sortie de la loge d'une de ses bonnes camarades. ) On envoyait mourir celle qui , il faut le dire , ne pouvait se résoudre à vieillir. Firmin et Plessy prirent avec suooès — comme on devait s'y attendre — les deuit rdles prin<^aux. L'ouvrage a été remis depuis en quatre actes , avec une grande dextérité de main, par Régnier, le sociétaire dont l'intelligence et l'expérience se sont montrées si souvent utiles aux autours. Cotte reprise, quoiqu'un peu froide le premier soir, paraît avoir décidément acclimaté Touwage rue Richelieu.
Les acteurs principaux de la création du Mariage aaas X.01Ï2S -XV avaient demandé une autre comédie à Alexandre Dumas. Il eut la bizarre idée de leur refaire la môme dans les DemoiselIeB de Sam^yr : un mari, e'esl-à-âîte
ALEXANDRE DUMAS. 475
deux maris fuyant leurs femmes. IL fourra Philippe V dans cet imbroglio hybride qui n'avait ni la gaieté d'une comédie, ni Tîntérét d*un drame. La diose passa à peu près cependant le premier soir, ^ràce à la faveur dont jouissaient Firmin et Plessy, grâce à l'humour de Régnier; mais la critique perdit patience. Les Demoisellea do Sàint-^yr furent outrageusement sifllées dans les ffeuîTlefons du lundi. RoUe, critique très-écoufé dans le National, traita la pièce aveo un souverain dédain. On demanda si Alexandre Dumas ne'se... moquait pas de son publie en lui ofbvnt ce pâle assemblage de scènes d'une facilité vulgaire, où il semblait avoir pillé tout le monde, y compris lui-môme. Janin fut un des plus vifs. Dumas se f Aoha, répliqua par un article où il relevait des iapsof du feuilletoniste, et termina par nne certaine menace cava* lière et personnelle qui sortait tout à fait du domaine de l'art théâtral, des formes de la critique parlementaire. Jaidn riposta en comparant à la Ôn de son feuilleton Alexandre Dumas à un Fracasse à queue rouge qui émaillaif alors un vandeville du Palais-Royal de ses hâbleries fanfaronnes et mal assurées. Dumas se crut obligé d'envoyer un ou deux grands gaillards à moustaches à Jules Janin, mais on intervint pour épargner à ces amourspropres de denx plumes belligérantes Tinoonvénieni d'amener Yadius et Trissotin (les meilleurs esprits en querelle sont ridicules) dans une allée du bois de Boulogne ou de Vincennes, et on réussit enfin à empêcher d'aller jusqa'an sang cette rencontre entre la poignée de verges et.., l'objectif. A peine est-il besoin de dire que tons les torts étaient du côté du dramaturge.
Si Dumas avait tué J. Janin, — dans un entr'acte, » il n'aundt pu écrire sur lui les lignes sympathiques que je trouve dans ses Causfries, où fl raconte très-gaiiineiit
eommeniU arrive qoeTémineilt critique de»Débat8f après avoir autorisé les amis de l'auteur à compter sur sa bien-
veillance, se trouve amonc à al)îmor la pièce et à tympaniser Tauteur parce que sa première ligne a tourné à gaudM au lieu de tourner à droite» Ce qu'il y a de plus • curieux et ce qui peint bien- Alexandre Dumas, c'est qu'a* près avoir été aimable pour celui qui l'a fustige si souvent, il est fort dur pour Théophilo Gautier dont toute l'œuvre critique n'est qu'une exaltation des succès de son romantique anû» une atténuation de ses chutes et enfin le manteau de Sem étendu pieusement sur ses défaillances sénilesl Voici l'appréciation que Dumas fait de Théophile Gantier, — il faut croire que la première ligne a tourné à gauche: « Eh bien, Gautier a , si vous voules , boutique d'orfèvre, échafaudage de peintre, atelier de sculpteur; mais, à coup sûr, il ne lient pas magasin de blâmes ou d'éloges. D'ailleurs, que critique Gautier? Les pièces de théâtre? Il avoue lui-môme qu'il n'y entend rien; il y a plus, il le prouve quand il eu fait, Gautier fait autant de cas — au théâtre, bien entendu, — de Bouchardy ipie de Victor Hugo, de Ozy (jne de M*^* Mars. Chargez Gautier de rendre compte d'une tragédie de Hugo, d'un drame de Vigny, d'une comédie de moi ou d'une bague de Froment* Meurice : il ne trouvera pas six colonnes à dire sur la trafrcdio, le drame ou la comédie; il trouvera un volume à écrire sur la bn^ue. »
Entre 1q Mariage sous Louis AVet les Demoiselles de Saiat'Cyr, Dumas avait eu un retour au drame dans
Lorcnziijo, joué îiu ThéAtre-Français avec un luxe de talents qui eût sufii à assurer le succès, si le succès avait été possibiB. Il y avait dans la pièce Beauvallet, Ligier» Guyon, Firmin. Le drame à la lecture n'est point mépri* sable, mais le public ne parut point prendre au sérieux
ALEXANDRE DUMAS
Ail
ces amoui^ de la gaint-Martiu entre Dumas et la muse édieveléey — on pourrait même dire éboiurif fée d'ifeorj /// et é'Antooy. Sans 6tre suseeptible de plus de succès à la scène, le Lorenznccio d'Alfred de Musset avait de bien autres qualités d'étude historique et de style.
ruines s'accumulent sur la route de Dumas. Halifax^ mauvais proverbe, est sifflé aux Variétés. Le Laird de Dnmbiekie, qui rabftche le même sujet, tombe outrageusement à rOdéon. Indigence et incontinence à la loisi Nous retrouvons avec cette dernière pièce tombée dans un certain Ghifûnch, valet de chambre de Charles II, le Lebel de Louis XV, figurant déjà dans une Louise Ber^ ihird, jouée un [)eu auparavant à la Porle-Saint-Martin. Une mention honorable à Z/Oiiise Bernard^ bien qu'il n'y ait eu là qu'un demi-succès, parce que cette fois Técrivain, au lieu de chercher de pénibles combinaisons d'échiquier dans une partie emmêlée, a fait appel à son cœur pour . trouver des situations émouvantes dans une ^donnée simple, mais passionnée,
A dater de ce moment, Alexandre Dumas entre dans une phase nouvelle : celle des grands succès et de la dégénérai ion. A part quelques exceptions rares, mais qui mériteront d autant mieux d'être notées, il no transporte guère plus au théâtre que des appropriations de ses romans, des découpures de ses feuilletons indéfiniment déroulés, œuvres monstrueuses qui n'ont plus rien do cette unité de pensée, de cette concentration d'action nécessaire à toute œuvre dramatique régulière et bien constituée; des scènes qu'on peut commencer à volonté au premier, au troisième, au sixième chapitre, conduire jusqu'au dénouement du récit primitif en une représentation, ou que l'on scindo, si on le préfère, eu deux ou trois soirées, — lanterne magique sans suite et sans
478 m GonuBSKS du passé.
conclusion, tableaux sans cohésion et sans harmonie» ' album illustré que ron feuillette d'une main nonchalante^ que Ton parcourt d'un œil distrait et qu*on peut achcTer
le soir même ou remettre au lendemain, sans que le bon sans, hors de cause» s*en offusque, ou que le succès matériellement acquis en souffre I
Ces moutures de second sac que l'écrivain besoig'neux tirait de ses récits (regrettant de n'en pouvoir tirer une troisième de ce qui était représenté), n'ont ancunemeni la valeur, je ne dis même pas de sbn œuvre véritable, mais des pièces — niomc des plus mauvaises — qu'il a écrites dans les conditions du théâtre avec l'unité d'une pensée concentrée.
n n*y a pas à contester là une certaine dextérité de
main, une certaine habileté à mettre l'histoire anecdotique en droits d'auteur après l'avoir exploitée è la ligne. Mais ces longues machines qui se mettent en moavemenf ou s'arrêtent avant, pendant ou après la fin du livre, selon la fantaisie de l'auteur ou selon les exigences de la régie, qni ne peut pas s'exposer tous les soirs à payer doublé garde en passant minuit, sont la négation de toute espèce d'art. Ce n'est plus ni du roman, ni de la comédie, ni de l'histoire, du mélodrame même, ^enre qui a encore sa valeur dans sa destination populaire» — le mélodrame, ce sont les Percherons de la tragédie. C'est quelque chose de fatigant, même dans le plaisir, d'insupportable, même dans l'effet, que cotte succession de tableaux juxtaposés, où l'intérêt cahote sans cesse en cherchant à rattacher, à chacpie lever de rideau, des élé* monts qui n'ont i)as de rapports entre eux, et à suppléer par des récits aux sous-entendus que laisse, entre cha~ eun de ces chapitres dialognés, la suppresbion des développemante que permettait le livre. Tout celà avait été
le
ALBXANDRB DUMAS.
possiblo au temps de la grande vogue du commerce de Fauteor, lorsque la mansarde et le salon savaient éga* lement par cœur les héros qu'on allait voir à la scène;
mnis aujourd'hui, de môme que les opérettes et les féeries, — pièces tirées des romans, théâtre de cabinet de lecture, tout cela, ce sont de vieux moules qu'il faut briser.
Je pourrais borner là cette étude déjà bien longue sur Alexandre Dumas, mais ce qu'il y a de plus long, c'est ee qui est écourté ; ce qui semble de trop, c'est ce qui demeure incomplet. La fin de Dumas, de oe prodigieux improvisateur, de ce laborieux lazzarone, vaut d'être mieux racontée, et le pul)lic no marchandera pas, je l'espère, un quart d'heure d'attention de plus à l'homme qui a passionné trois générations, et ne peut être encore «ublié de celle-ci.
Dumas a pu mourir en faillite morale et dans la pénurie matérielle; mais, vis-à-vis de ses gloires comme en face de ses ennemis, il n'y a pas à craindre que la France reste insolvable.
J'ai voulu relire jusqu'au bout l'œuvre de Dumas. J'enjambe les drames tirés de ses romaus — ou ses romans tirés de ses drames — car je n'affirmerais pas qu'il ne reversât pas, indéfiniment, la môme liqueur du tonneau du libraire dans la bouteille du théâtre, et réciproquement. Cependant il y a <|uelqucs exceptions au système, mais quand ce n'est pas à iui-môme qu'il emprunte, c'est à Schiller pour Intrigue en amour et aux Brigands pour le Gentilhomme de la montagne; 4 Iffland, pour deux pièces qu'il réunit en une seule; la Conscience — nu de sos derniers succès mérités; — ù Shakespeare, pour Ilainlet, qu'il traduit en collaboration de Paul Meuriœ ; à Ëschyle, pour VOreaUe ^ sacrifice expittoire au dieu du vers. La
Dame de AJoaaoreau ne fournit qu*ua seul drame très-loeratif ; mais Monte^riato défraie quatre pièces et les pre*
migres parties se jouent alternativement en deux soirées. On ne s'étonnerait plus de lui voir mettre ea scène l'avant-propos ou la postface.
Au miliaa de cette sxploitatîon infatigable» à travers tontes ces transformations d'étiquette de la raison cornmcrf'inle, je diatingiie deux on trois rechutes de talent, pour ainsi dire et du talent personnel. Il y a un Catiliaa^ joué en IS&i» tout bouillant des passions révolutionnaires et qui ne manque ni d'ardeur ni même d'un certain sentiment de la Rome déjù césarienne. — De décadence à décadence, on pouvait se comprendre. Les premières parties à* Urbain Grahdier dramatisent — asseï heureusement — l'anaobronisme du magnétisme. Une pièce intime, le Comte Hermann, mérite surtout d'être signalée. Elle appartient bien, je crois, en propre à Dumas. Le Comte Hermann c*est Téréaa revue, corrigée et assainie. Là, au lieu de nous montrer le fils déshonorant la femme de son père, Dumas nous montre 'l'oncle, l'asoendant, prêt à mourir, léguant sa femme, son bonheur à son noveu, son lîls d'adoption ; ce fils s'immolaut iui-mème au repos domestique du chef de famille et, dans cette lutte de générosité et de dévouement, le comte Hermann remportant enfin le prix de ce dévouement en laissant unis par sa mort — volontaire celte fois — Karl et Marguerite.
Il y a dans tout ce drame qui produisit un très-grand effet à la première représentation, plutôt que des recettes, un soufne d'honnêteté, un instinct de régénération remarrpiable. On sent que l'auteur a le besoin de s'absoudre luimême de ses gloires trop fiévreuses par un suooès plus pur; — la feuille de laurier est là à l'état de feuille de vigne.
ALEXANDRE DUMAS. * 481
Ua autre drame, qui ii*eut du reste qu'un suceôs d'estime» le Marbrier^ a droit aussi d'être excepté. Il y a là une de ces données simples qui rappellent le drame allemand le
Frère et la Sœur. Un armateur revient d'un voyage de dix-huit ans et veut retrouver ses affections au complet : un enfant de moins pour lui» c'est la mort. Ufne jeune étrangère, arriyée au sein de sa famille^ lui offre l'imag» de sa fille. On n'ose le détromper ; mais le fils de la maison trahit sa passion pour celle qui, aux yeux de son père, est sa sœur» st, devant l'horreur de l'inceste qu'il voit se dresser dans son foyer, le pére est heureux d'apprendre que celle qui sera toujours sa fille n'est pas la smur de son
fils.
A part ces quelques drames, abandonnons la fin de ce répertoire que Dumas eût pu renfbreer numériquement du moins, s'il Feût voulu, de bien des pièces que je n'y
vois pas figurer : le Mariage au tambour, le Testament de César, les Frères corses, et voilons les excursions au Cirque : l'une, — une sorte de réussite» — la Barrière de Clichy, transfiguration ridicule de Ni4K>léon I*' en Washington, qui donne occasion à Dumas de se proclamer républicain (il est capable de s'être lui-même cru tel}; l'autre, la Tour SaialrJacques, tombée complètement. Ne croyons pas à une fantasmagorie du Vampire, qui passe dans cette lanterne magique ; ne mettons que pour mémoire la Jea^ nesse de Louis XIV, que la censure propice empêcha pour l'honneur do l'auteur ; une foule de petites pièces : le Cacbemire vert, V Invitation à la valse, le Verrou de la Reine, VHonneur est satisfait, — Romnlus, une bergerie tirée d'une boucherie allemande, des vétilles servant de lest à fout ce bagage, quand il ne ^équilibre pas de façon égale à la contenance du volume; et surtout oublions ces dernières faiblesses : les Gardes forestiers, qu'il fit jouer au Grand*
L8B GOlLttOBS DO PASSÉ.
Théâtre à» Marseine avee une troupe de proTÎnee; une
Madame de Chamblny, qu'il improvise, salle Ventadour, avec des comédiens do reucoiitre, derniers eufautillages de ' ritoinnie qai n'avait pas le courage de se dégriser des fumées de la rampe et de renoncer aux immortalités décer» nées par le ehef de daqvie, — puériles obstinations de ce grand esprit qui, après avoir rempli lo monde do sa popularité, tantôt légitime et tantôt usurpée, après avoir battu ■lonnaie à son effigie sur tout le globe, — Traie ou fausse monnaie, — vent avoir encore, pour ainsi dire, les innsions inoffensives de la gloire en chambre et des ovations entre ^ deux paravents.
En sortant de cette dernière pièce qu'avaient accueillie, sdle Yenladour, des ap[)laudissements de coiivenance, un peu de compassion, j'écrivais :
« En constatant le succès de Madame de Chambla^t demande cependant s'il n'y aurait pas un meilleur emploi de cette magnifique intelligence qui s*appelle Alexandre I Dumas, que do ressasser les éléments banals d'un roman vieilli pour faire jouer, au milieu des chaleurs, par une ^ troupe incomplète, avee des décors d'emprunt, dans une | salie peu favorable au drame, une pièce qui ne peut rien ajouter à la légitime réputation de son auteur. N'y a-t-il pas là une de ces faiblesses regrettables de joueur an repos qui se laisse reprendre par la nostalgie du tapis ydvil Quand on possède toute une encyclopédie de VietoireB Bt Conquêtes, est-ce la peine de rentrer en campagne pour lui si faible rcsullat? Se fig'ure-t-on le grand (londé, accablé de goutte et de lauriers, jouant à la petite guerre, ou , bien un Rantsau, tout couvert de blessures historiques et de mutilations immortelles, mettant jsa dernière gloire à passer avec ostentation en revue les six pompiers de sa commune? »
4tt
ALMXANDltB DOMAB.
La piècd s'éteignit dans la solitude. L'éeheo tint vivement au cœur de Dumas. La brochure parut précédée à la fois d'ua avant-propos et d'une préface. L'avant-propos est écrit de ce style imagé et avec cette verve tantôt amére, tantôt illusionnée que Ton connaît à l'auteur. On nous y met au fait do tous les procédés bons et mauvais dont récrivain a été l'objet de la part des directeurs, et de sa reconnaissance pour ses interprètes. Il ne leur mamhande pas les éloges; quant à la préface, on peut la citer tout entière, elle est plus significative qu'elle n'est grosse:
ARISTIDE TrmgM» en ue Mène,