‹ Les coups d'épée de M. de PuplingeChapitre 12 sur 15 · POURQUOI HERVE BADILLAU NE DAIGNA PAS RESTER AU SERVICE DE SON MAITRE · texte numérisé non relu

POURQUOI HERVE BADILLAU NE DAIGNA PAS RESTER AU SERVICE DE SON MAITRE

Malgré racliarnement avec lequel son adversaire avait frappé, Henri de Puplinge ne mourut pas, mais il ne revint à la vie qu'après une longue et cruelle maladie, pendant laquelle ni sa vaillante femme ni sa sœur ne le quittèrent d'un instant, lui prodiguant, sans trêve ni relâche, les soins si tendres dont ces anges du foyer ont le secret.

A les voir ainsi penchées, l'œil inquiet, le front pâli, sur cette couche sanglante, un pein-

tre eût trouvé l'un de ces tableaux qui émeuvent les plus endurcis et dont le charme rendrait jaloux les maîtres eux-mêmes.

Quand il put les reconnaître, elles lui sourirent, et ce fut de tous les remèdes le plus actif et le meilleur.

Il leur parla, de cette voix étrange et faible des convalescents qui ont failli surprendre le noir secret de la mort et qui semblent s'arracher du tombeau par un effort sublime de leur volonté.

Il avait tout oublié, la nuit néfaste, le meurtrier et son crime, le serment prononcé tandis que les affres de l'agonie tordaient son corps.

Philiberte lui apprit doucement, par mots entrecoupés, en modérant sa joie, qu'il était son époux et qu'il ressuscitait non seulement à la vie, mais encore au bonheur; que son amour, comme son ambition, étaient l'un et l'autre couronnés; qu'il commençait une grande race, et qu'enfin le vieux Miolanais-Lescheraines, héritier de trente barons, ne voulait pas mourir

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sans avoir auparavant tenu dans ses bras le petit-fils enté sur sa lignée.

Le prince d'Oneille vint voir Henri à plusieurs reprises. II lui dit ses mécomptes, récrimina, rappela ses services et de quelle ingratitude on les payait.

Puplinge reçut là une Itçon profitable. Il comprit qu'en politique un homme de sa sorte était une manière d'instrument que l'on mettait à l'écart ou que l'on brisait après s'en être servi.

Il s'estima fort heureux d'avoir tant obtenu, alors qu'il espérait si peu.

Il se dit aussi que chercher à monter plus haut, que fcure fond sur le crédit et le dévouement du prince d'Oneille, serait montrer peu de sens et qu'il faudrait se tourner d'un autre côté, ou renoncer absolument à toute velléité ambitieuse. Aussi, quoique la régente et le comte Philippe d'AgUé n'eussent jamais fait prendre de ses nouvelles, il se résolut à passer dans leur parti.

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Philiberte, à laquelle il fit part de cette décision, l'en blâma.

Ce fut le premier nuage qui s'éleva entre eux, alors que leur union commençait à peine.

Ses instances durent céder devant l'opiniâtreté de son mari. Elle essaya même de le battre avec ses propres armes.

— Les hommes, lui dit-elle un jour, se créent en dehors de leur parti, ne s'imposant à lui que lorsque les circonstances les ont rendus nécessaires. Prouvez que vous possédez un esprit supérieur. Etudiez beaucoup et longtemps, car la politique n'est point une chose innée, mais une science qu'il faut apprendre et que l'expérience augmente.

Il voulut discuter. Elle pleura.

— Je comprends, lui dit Henri : vous avez combattu pour Maurice de Savoie et vous caressiez l'espoir de devenir princesse... Je vous aime et vous m'aimez, Philiberte, oubliez ceux que vous avez servis, et qui sont aujourd'hui de simples particuliers sans avenir. Moi, je veux

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