DÉDICACÉ
rhomme d'État, il est tel volume de la Comédie humaine qu'il pourrait lire non-seulement avec intérêt, mais encore avec profit.
Je regrette, monsieur le baron, que les limites nécessairement fort restreintes d'une dédicace ne me permettent pas de développer ma pensée tout entière. Néanmoins, comme vous le faisiez vous-même hier avec une éloquence dont le sénat et le pays se souviennent, je rendrai, en passant, hommage à la Révolution française, mère du roman contemporain. Ce ne fut pas l'antique régime féodal seul qui succomba en 89, mais avec lui toutes les vieilles poétiques. Le peuple fit simultanément irruption dans la littérature et dans la constitution, et Ton peut affirmer -que rinstitut fut enlevé en même temps que la Bastille.
Si vous me demandez , monsieur le baron , quel est l'homme qui me paraît avoir incarné avec le plus de puissance ce prodigieux mouvement artistique, je n'hésiterai pas à vous répondre que c'est Balzac. Lui seul comprit le mot profond de Royer-Collard qui recelait en germe toute la réforme httéraire accomplie : « La Révolution n'a laissé debout que des individus. » Dédaignant de se mêler à la querelle aussi brillante que puérile du romantisme, Balzac saisit, isolé des castes qui l'avaient jusqu'alors absorbé et tout chaud encore des convulsions sociales, l'homme nouveau, le retourna sur toutes ses faces, eut l'intuition sublime de ses misères et de ses grandeurs; puis, ne sachant dans quel moule assez vaste jeter cette physionomie originale, cent fois plus vivante, plus vraie, que les dieux, les héros et les rois de l'ancienne esthétique, il lui ouvrit les cercles de sa Comédie, un poëme sombre et rayonnant que Dante n'a pas soupçonné. Le roman, ou pour mieux dire l'épopée humaine, était inventé I
Pardonnez-moi, monsieur le baron, d'avoir pris les