CHAPITRE II
La Boite aux Lettre»,
En apercevant Vaspirant de marine, qu'elle s'attendait à rencontrer, Elisa ne joua point la surprise; mais elle posa sur ses lèvres un doigt qui commandait le silence. Frédéric resta muet; ses regards suppliants deman » daient une réponse à la lettre qu'il avait
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écrite; celte réponse tomba h ses pieds. La jeune fille le vit la ramasser et rougit. Frédéric tremblait de bonbeur; cependant, avec une présence d'esprit doi;t il ne se croyait pas capable :
— C'est ici, dit-il tout bas en montrant une fente de la rampe, c'est ici que je glisserai...
Il n'avait pas fini de ]>arler, que la voix criarde de la bonne se fit entendre :
— Mademoiselle ! voire maman m'a recommandé de vous prier de rentrer tout de suite, ou plutôt de ne pas vous laisser sortir.
— A quoi bon m'appeler? répondit Elisa du ton le plus simple, vous voyez bien que je remonte.
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Frédéric s'était prudemment esquivé en sens contraire. Malgré son brûlant désir de dévorer le billet de la jeune fille, il n'osa point se diriger vers sa chambre avant d'avoir entendu fermer à double tour la porte de madame Branteuil.
On a parfaitement le droit de trouver notre héroïne fort mal élevée; mais nous avons déjà prévenu les ' reproches, en expliquant les causes de son extrême laissé-aller. On n'a pas oublié que notre scène se passe en l'im YII de la République, une et indivisible (ce qui, par parenthèse, n'empêcha pas ladite répubhquc d'êtie fort divisée, comme chacun sait).
Et puis, vous ne l'ignorez point, charmante Anna, vous qui nous avez mis la plume h
la main: rien d'invcnir dans ce récit; il ne nous appartient point de rendre Elisa plus excusable, ni notre intrigue moins vulgaire. Si la passion de notre aspirant de marine court la poste, est-ce notre faute? On est si inflammable après trois ans de campagne dans l'Inde, surtout quand on habite sous le même toit qu'une blonde, blanche et rose jeune ûWe dont nous n'essaierons pas le portrait. Non, car c'est vous, toujours vous, Anna, qui posez devant notre ima^^ination dos que nous cherchons à peindre une svelie blonde aux yeux bleus.
— Il y a blonde et blonde, direz-vous ; un lys diffère toujours d'un autre lys, et parmi les roses, que de variétés infinies ! — Mais nous n'avons pas connu Elisa, et nous vous
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connaissons; et nous voudrions doler celio que Frédéric aimait, à'défaut de l'éducation accomplie et des perfections qui vous distinguent, des attraits, de la grâce, de la démiarche, du regard et du sourire les mieux faits pour captiver un cœur de vingt ans.
Une objection [)lus sévère pourrait nous être adiessée par les physiologistes maritimes. Volons au devant.
L'aspirant de marine, — et Frédéric en
était le type, — malgré sa bravoure à toute
épreuve, son insouciance et sa philosophie
pratique dans Tétroit poste de l'entrepont,
ou la misérable mansarde où il se réfugie à
teri'ê, — l'aspirant, dans le monde, est d'une 1 iti
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liniidiié affligeante ou d'une excessive gauclieiie.
Sorti du collège pour entrer à Técolc navale, (rois O'j (juntre ans de mer n'ont pu lui donner un gi'and usage. Il tremble de se fourvoyer, il a p( ur des léir.e'rilés dont il se sait capable. li se paralyse, il se glace, il balLuiie, il bésiie; il manque toujours le but qu'il brûle d'atteindre.
De là au tôle que nous voyons jouer à Fii'déric, quel inimeiise intervalle! Eh bien! rien de plus facile à concilier ; la contradielion n'est qu'ap[^a!ente; si l'aspirant est le [)lus liinidc des dôbulanls, il passe plus vile qu'aucun autre à l'ex'reme opposé, à la familiarité, au sans-gêne.
Que sa divinité cesse de lui imposer une
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respectueuse retenue, qu'elie fasse un seul pas vers lui, il en aura bientôt fait quatre.
Sa sylphide devient à l'instant une camarade qu'il aime d'amour.
L'espièglerie s'en mêle, l'audace revient, et le langoureux soupirant retrouve toute la témérité du sauteur à l'abordage.
Eiisa avait été affable, Frédéric fui hardi; Eiisa avait aplani le premier obstacle, Frédélie franchit tous les autres d'un bond. II ne faut rien moins que de telles données [)0ur qu'un véritable aspirant de marine n'en soit pas réduit aux ballades et à la lune.
Mais une fois la glace brisée, qui pourrait dire ce qu'unpareilécerveléne hasardera point?
!;]!4i LES COlJULinS