CHAPITRE PREMIER
Une Jfeniie fille de lân ¥11.
La cloche du port venait de sonner sept heures du soir. L'aspirant se préparait à sortir; mais son camarade, assis dans Tunique fauteuil de la chambre commune, paraissait absorbé par ses réflexions.
■ — Il est temps de meitrc nos fracs, dit
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gaîmenl FréJéric Dormont. Allons, Roland, à quoi donc songes-lu ? Tu as Tair tout préoccupé.
— Inutile de nous habiller, répondit l'officier en hochant la tête.
— Madame Branteuil serait-elle sortie, par hasard ? '
— Non, mon ami, mais elle n'y est pas pour nous. J'ai de tristes confidences à te faire.
Effraye de cet exorde, Frédéric attendait une explication avec anxiété; il restait immobile comme une statue.
— Madame Branteuil m'a fait appeler ce matin, reprit Roland. Elle m'a dit que tes assiduités auprès de sa fdle l'inquiétaient,
d'aventures, 2(H>
ei qu'il fallait renoncer à nos visiies ordinaires.
— Mais j'aime Élisa! s'écria Taspirani consterné. *
— Je ne le sais (juc trop, répliqua son ami.
Le bonlieur de Frédéric était brisé.
Depuis le désarmement de VAtalante, il s'était fait une douce lîaljilude (ie passer avec Roland la soirée chez madame Branteuil,qui habitait la même maison qu'eux et les avait accueillis d'abord avec une extrême bienveillance.Unebombe quiéclaterait au milieu d'une salledebalnejelleraitpasplusdeterreurparmi les assistants que la funeste déclaration de Roland n'en avait jeté au cœur de son camarade. Un profond silence s'ensuivit, 1 u
Nous en profilerons pour entrer dans les détails nécessaires à rinlelligencc de notre récit, exactement contemporain de l'évasion de Rodolphe Bardan à bord de la goélette de M. de Coisin.
Madame Brantcuil était veuve d'un souseomiîiissaire de la marine; elle était venue de RocheforiàBrest pour solliciter une faible pension qu'elle ne pouvait obtenir. Par une nécessité de sa position pécuniaire, elle vivait très mesquinement , retirée dn monde, ne voyant personne.
Elle n'en était que plus désireuse de trouver celte pierre philosopliale »lc toutes les mères qu'on appelle un gendre; un gendre qui apiiorlàl dans son intérieur, non du luxe, mais au moins ce birn-etre qui
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esi un impérieux besoin pour une certaine classe de la société : telle était son ambition du moment.
Quand elle sut qu'un lieutenant de vaisseau, encore jeune, d'une bonne naissance, et jouissant p:ir lui-même d'une petite fortune, occupait un logement dans la maison, un rayon d'espoir traversa son esprit. Elle cliercha l'occasion de lui demander un léger service de voisin. Roland fit preuve d'obligeance.
Comme pour reconnaître son zèle, on l'invita à venir quelquefois se délass^ en familie des travaux du service; enfin on lui offrit une intimité à laquelle il fallut bien admettre aussi son ami Frédéric.
Celui-ci bonii sa bonne étoile; il avait
nnerçii Élisa, cl ne chercliail (jif un moyen de s'introduire chez elle.
Ardent comme on Test h son âge, Taspirant s'était épris de la jeune fille, et, dès le premier jour, il avait déclaré à Roland qu'il Tadorait.
En fallait-il davantage pour que rofllcier se tînt sur la réserve et répondit assez faiblement aux avances de madame Branieuil ? Il était, du reste, dans celte seconde période de la vie où Ton regrette encore un premier amour; ses souvenirs du Brésil n'étaient point effacés.
Jacintinha, comme on sait, avait singulièrement influé sur sa destinée. Elle avait été cause qu'au départ de Bahia, il ne s'était point trouvé à bord de sa corvette. Sa dé-
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sei'iion, volontaire ou involontaire,— le fait n'est pas encore claireinent établi, — l'avait transformé, pour plusieurs années, d'élève de la mnrine française en déserteur, en coureur d'aventures, en négrier, en vrai Banian. Siins une série de hasards providentiels, Roland aurait peut-être fini par se corrompre au contact de l'écume des gens de mer, et sa carrière, au iiea de se ter.inner paisiblement dans une charmante bastide provençale, aurait eu quelque dénoûînent misérable.
Pierres qui roulent finissent toujours par se briser.
Roland, réintégré dans la marine, et, qui mieux o.^t, promu au grade de lieutenant de
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vaisseau, avail nrccssaircnu-nl hh des icfl exions analogues :
— 11 ne voulait plus, disait-il, avoir de passion sérieuse, et ne demandait qtie le repos du eœur.
Enfin, Tcdueation d'Elisa Brantcuil avait été négligée, et comme il la jugeait sans i>assion, c'était un défaut capital à ses yeux.
A ceux de S^Védéiic, au contraire, elle semblait accomplie. \ive, s})iritiielle, enjouée, franche jusqu'à Tétourderie, elle stimulait par son abandon et. sa trop grande légèreté Taudace du jeune aspirant.
Chaque soir, quand les deux amis rentraient chez eux, ce dernier avait à raconter mille riens délicieux dont il était heureux comme d'autant de victoires. A la faveur
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d'une convci'saiion eniicii-de enli'o Roland et iiiadanio BranleuiJ, i! avait toujours ca un instant de leto-à-lèle avec Elisa ; clic n'avait pas dit une parole, pas fliit un geste qui ne fussent gravés dans sa mémoire. C'était tantôt une allusion sentimeniale, un mot significalif, un sourire plus cloquent encore; tantôt un simple regard qui l'cnlhousiasmaienr. 11 ëiaii ravi.
Une jeune fille qui laisse lire dans son cœur est un phénomène si rai'c de nos jours, qu'une femme a deux têtes, telle qu'on en voit a la foire, serait une héroïne moins invraisemblable.
Hatons-noiis donc de diro qu'Elisa avait clé abandonnée entre les mains d'étrangers indifférenîs, pendant ces premières années
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qu'une iiièro ne manque jamais de mettre liabilcment à })rofii5 car il s'agit alors de comhaltre les penchants de la nature.
Personne n'ignore qu'à l'âge de dix ou douze ans, tand's que Cornélius Nepos et les (juatre murs d'un collège sont les doux loisirs réservés aux garçons, les filles, leur tricot à la i^ain, apprennent l'art de dissimuler ce qu elles éprouvent, de ne rien voir, de ne rien entendre, de ne rien comprendre, et surtout de se taire. Ainsi préparée, la demoiselle peut sortir de la chrysalide, elle a des ailes et un aiguillon à toute épreuve.
C'est d'ordinaire vers l'âge de dix-sept ans que s'opère la niétamor[>hose.
En d'autres termes, la jeune personne est sulïisanuTient diplomate pour entrer dans le
monde ; elle sait déjà la valeur exacte d'un compliment; elle se joue avec un égal succès des rhétoriciens, des sous-lieutenants et des aspirants de marine, brave même les plus audacieux cousins, et a Tingénuité de n'être tout à fait aimable que pour les futurs maris vus et approuvés par Tautorité maternelle.
Dieu nous garde de blâmer un si prudent usage; mais Elisa, la mal apprise^ faisait exception à la règle générale. Il importe de le déclarer. La cause en était d'ailleurs dans les temps à travers lesquels elle avait grandi et dans les infortunes de sa mère.
Madame Branteuil n'était pas une de ces femmes qui, par leur adresse ou leur énergie, s'opposent à la décadence du leur maison ;
elle perdit son aiari ei se trouva sans ressources à l'époque même où li Franco était bouleversée de fond en comble; la pauvreté Taccabla, comme la richesse Taurait éliloaie. Abattue par l'adversité, elle se laissa jeter hors de sa sphère, accepta une position inférieure, et ne put exercer sur sa fdle cotte active surveillance que nos mœurs rendent indispensable. Heureusement elle avait un frère qui servait dans les armées de la République, et qui vint à son secoui'S. Grâce à lui, elle put enfin rentrer dans la classe sociale dont elle était descendue pendant la Terreur et les premières années suivantes; elle avait repris Elisa auprès d'elle; enfin elle était venue à Brest.
Peu de temps après, VAlalanlc arriva du
d'aventures. 2lî)
Brésil avccPioIand et Fréileric; on a vu clans quel espoir elle les attira chez elle ; mais l'inexpérience de sa fille rendit inutiles tous ses projets.
Par amitié pour son jeune camarade, Toffîcier ne clierchait pas à détromper madame Branteuil, dont les intentions devenaient évidentes. K se l'onfermait dans des lieuxcommuns aduiiraiifs qu'elle interpréta favorablement tant que l'illusion fut possible. Mais enfin lorsque le voile tomba et qu'elle voulut s'assurer de la vérité par des questions directes, la loyauté de Roland ne lui permit pas de consei^er le moindre doute. Il en résulta une rupture pénible, que la prudence exigeait.
^iO LES COURI'imS
En apprenant celle falalc nouvelle, Frédéric élail hors de lui.
— Ce n'est pas lout, s'écria-t-il enfin, Elisa nVaime, moi, j'en suis sûr.
— Je veux bien le croire, dit Roland^ seulement, à quoi bon le raidir contre d'invincibles obstacles ? Madame Brantcuil ne nous recevait que dans le but de m'avoir pour gendre. Tu le savais.
— Et je savais aussi que lu n'aimais pas Elisa. Dès-lors, rien ne m'empêchait de chercher à me faire aimer, et quand j'y suis parvenu, tu me conseillerais d'abandonner mes plus douces espérances ?
— Et, qu'espcres-tu donc ? demanda Roland. ♦
Le mariage î reprii vivement Fré-
déric.
— Folie! murmuiii Tofticier d'une voix étouffée.
L'aspirant l'entendit.
— Folie! répéta-t-il, et pourquoi, s'il te plaît? N'as-tu donc jamais été amoureux? Crois-'iU que j'aie oublié le nom de la belle Jacintinha, pour laquelle tu laissas partir ta corvette sans toi, pour laquelle tu as passé au Brésil de longues années de misère ? Je ne t'en fais pas un reproche, au moins; ton amour l'absout à mes yeux. Mais ne viens pas traiter de folie un sentiment que tu as éprouvé, quand après tout, je n'ai que des vues droites et légitimes, que je puis avouer à la face du ciel et de la terre.
— Ne l'emporte pas, Frédéric; si j'ai fai^ une fauic, je suis le premier à eu convenir, et je veux t'épargner les malheurs qui en furent la conséquence pour moi. Ne me force pas à me repentir d'avoir favorisé ion pcn- . ciiant pour Elisa. Je l'avais cru sans dangers : je voyais le momenl où nous partirions; l)uisse-t-il ne pas tarder! Une fois que nous serons en mer, un autre te remplacera auprès de cette jeune fille, toi-même tu l'oublieras peu à peu.
— Jamais !
— Dès demain, j'irai faire de nouveaux efforts pour obtenir nos ordres d'embarquement.
— Eli bien! moi, dès demain j'irai trouver madame Branleuil, je lui dirai que j'aime sa
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fille, que je ne puis tarder à être nommé enseigne, et qu'alors je serai un parti convenable. N'ai-je point une belle perspective militaire, et une partie de la fortune de mon oncle ne me reviendra-t-elle pas un jour?
— Ta démarche sera inutile. On te répondra que tu es trop jeune, que le grade d'enseigne n'est pas une position, que les espérances d'avancement et de fortune sont encore douteuses, et qu'enfin on ne veut s'engager à rien pour l'avenir.
— Mais on t'aurait bien accepté !
— Sans doute, puisque j'ai sur toi l'avantage de l'âge et du grade, et la chance de rentrer dans mon patrimoine dès que l'ordre se rétablira en France. La famille Branteuil n'a pas de prétentions élevées; mais actuelle-
--* ij:s couueuks
ment lu ne sevcïs pour (^lic d'aucun soulagement, lu deviendrais au contraire une nouvelle charge.
— Aussi ne demanderai-je qu'une promesse.
— Tu ne Tobliendras point de madame Bianieuil.
— Qu'importe! répliqua Frédéric impatienté, je l'aurai d'Elisa.
Roland vit bien qu'il ne changerait pas la délerminaiion de son ami, il se tui. Longtemps encore l'aspirant discourut avec amertume ; sa douleur ne se dissipait point en vaines paroles; mais du moins elle se soulageait.
L'officier en avait assez dit; il savait que la discussion ne fait qu'irriter les blessures du
cœur, il avait ce lact si rare qui consiste à ne point dépasser les bornes des représentations permises à Tamilié; car il est un point où le raisonnement se convertit en injure et les observations en offenses.
Ilimportait peu de détourner Frédéric d'une tentative infructueuse, Tessentiel était de Véloigner d'Eîisa, c'est à dire de lui trouver une place sur quelque croiseur.
Bien souvent déjà Tofficier avait inutilement adressé la même demande à Tautorité mariiimie. Un jour on lui avait proposé un embarquement pour lui-même; mais il n'y avait pas de poste vacant pour son ami, il avait refusé; une autre fois, le cas inverse s'était présenté, Frédéric avait suivi son exemple. Les
concurrents étaient si nombreux que Ton ne 1 n
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conlraignaii personne à marciier contre son gré. Ainsi les deux marins étaient restes longtemps à terre, sacrifiant tour à tour Tun à cause de l'autre les positions qui leur étaient ofTertes.
Sur ces untref;iites, l'amour de Frédéric avait fait de rapides progrès; Roland voyait que les obstacles lui donneraient un nouvel aliment, et commençait à en craindre les suites.
Le lendemain, tandis que Roland allait solliciter auprès du major de la marine, Frédéric se présenta chez madame Branteuil, qui lui fit un accueil glacial.
— Je croyais, dit-elle, vous avoir prévenu en chargeant votre ami de ma réponse.
— Mais, madame, répondit l'aspirant, vous ne connaissiez jias encore mes intentions...
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J'espérais qu*ii me serait donné de désarmer votre rigueur. Je ne puis tarder à partir... A mon retour, j'aurai un grade qui me permets tra...
— Brisons là, monsieur, interrompit sèchement la mère d'Elisa. Si c'est un refus positif que vous cherchez, je le fais.
La veuve du sous-commissaire avait cru à la possibilité d'un mariage entre Roland et sa fille. Ses mauvaises dispositions avaient augmenté envers Frédéric, car elle le regardait comme l'obstacle qui avait empêché ses projets de réussir. Elle le reconduisit jusqu'à la porte d'un air irrité.
L'aspirant sortit outré, et trouva Roland qui revenait.
— Pas d'embarquements possibles, dit
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urnèrimoiU roiîicior; tous les viosies sont pris.
— Et moi, s'écria Taspirant, j'ai la rage dans le cœur!... Tu avais raison hier soir. On m'a chassé sans daigner m'eniendre.
-— Pauvre Frédéric î dit Roland, prends courage... Faisons une belle campagne, revenons avec de grosses parts de prises, et sois tranquille... Je serai ton interprèle auprès de madame Branteuil.
— Mais nous sommes enchaînés à terre, dis-tu ?
— Dans un mois ou deux, on doit armer plusieurs navires, l'on m'a promis qu'alors nous serions les premiers embarqués.
— Deux mois, c'est bien !... En deux mois, j'aurai le temps devoir Elisa, de lui parler, de
D*AVEMU!iES. i2l
lui écrire. Je veux qu'elle aliende notre r(aour... Non, non, je ne désespère pas encore.
A partir de cet instant, Frédéric ne cessa de chercher l'occasion d'une entrevue; il guettait les rares ahsences de madame Brantcuil, et alors il parcourait la maison dans tous les sens afin de rencontrer la jeune fdle, mais elle était retenue dans l'intérieur des apparte-' ments.
Unevieille servante qu'il maudissait de toute son ame en gardait la porte.
Vingt fois il fut tenté de brusquer rentrée, de se précipiter dans le salon et de tout dire à EUsa, mais il craignait de rolTenser, de manquer du temps nécessaire [;ôur expliquer sa conduites el de i ouîprc ainsi lo durnior fil d'cspérancj <:ui lui restât.
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Quand la jeune fille sortait avec sa iiièro, ce qui était fort rare, il les suivait de loin; souvent il ne rencontrait que l'œil sévère de madame Branteuil ; il rentrait démoralisé. Une ou deux fois pourtant il obtint à la dérobée un sourire d'Elisa ; son audace s'en accrut, il redoubla de vigilance.
Un soir, se trouvant sur leur passage, il osa glisser une petite lettre dans la main de la jeune fdle; elle la prit.
— Enfin, pensa-t-il, j'ai donc fait le premier pas! Si elle m'aime véritablement, elle saura me répondre, elle m'accordera l'entretien que je lui demande.
Il se rappelait avoir commenté avec Elisa le texte des parents barbares, inépuisable sujet des amoureux, des romanciers etdesvau-
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cicvillislcs; il se i';j[)[>c]ail ('om])ien elle IroU' vail piquanlc l'adresse de Rosine dans le Bar^ hier de Séville, comme elle riait de bon cœur au récit decliaque nouvelle ruse fe'mininedont illui parlait.
Que n'avait-elle [)oint dit des [Précautions inutiles !
Elle paraissait merveilleusement disposée à lutter de finesse avec toutes ces pupilles et ces nièces infortunées qu'on rencontre si souvent au théâtre et si peu dans la vie réelle.
Huit jours entiers s'écoulèrent pourtant sans incident nouveau; l'aspirant avait passé de l'espoir à la crainte; toutefois il ne se lassait pas, mais Elisa était invisible. La vieille bonne ne cessait de faire faction à l'unique fenêtre que les deux amis pussent voir.
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liolaiid, que Frédéric instruisaii do toui, s'cflbrçaii de garder la neutralité dans celle intrigue, à laquelle il eût préféré des aventures plus simples et plus gaies; il voulait entraîner Frédéric dans un monde d'un abord moins difficile; il rengageait à suivre son exemple, 5 étourdir son chagrin par de franches folies.
L'aspirant tenait ferme: une entrevue avec Élisa était son idée fixe, les difficultés l'irritaient sans le rebuter. L'officier finissait toujours par compatir à sa souffrance.
— Mille grâces d^ tes consolations! lui dit enfin Frédéric; à quoi m'avanceni-elles? Si j'éiais à la place, et toi à la mierine, j'aurais agi depuis longlciiipsî
D'AVEMUllliS. :255
Roland n'avait pas prévu un pareil reproche; il n'y fut que plus sensible.
— Que ferais-tu ? dexuanda-t-il.
— Je trouverais un prétexte pour aller chez madame Branteuil, je verrais Elisa, je lui parlerais, et je t'apporterais de ses nouvelles.
Il y avait une ceriaine amertume dans la réponse de Frédéric.
— Mais le prétexte ! s'écria Roland. Ne suis-jepas mis hors de cause tout comme toi?
— Il y a un moyen bien simple auîiuel j'ai pensé cent fois; va dans les bureaux de la marine, prends des renseignements sur la pension que réclame madame Branieuil, et l'on t'accueillera encore à bras ouverts si lu rapportes une bonne nouvelle. Quand on
veut êlrc ulilo à un ami, on le peut toujours. Roland se mil aussitôt en uniforme.
— J'irai aux informations, dit-il en sortant, je ferai au moins preuve de bonne volonté.
Peu d'instants après, madame Branteuil sortit dans le même but. Elisa, qui Favait accompagnée sur Tescalier, lui dit encore :
— Bonne espérance ! Je ne sais pourquoi je pense que vous rapporterez d'heureuses nouvelles aujourd'hui.
Frédéric avait entrouvert sa porte et allait se montrer quand Elisa rentra chez elle.
— C'est désespérant ; encore une occasion perdue, pensa-l-il.
Tout à coup, la jeune fille passe devant lui en courant ; et, rejoignant sa mère au bas de l'escalier :
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— Mon Dieu! dit-elle, vous aviez oublié les ctats de service de mon père, je vous les apporte.
— Je croyais bien pourtant les avoir mis dans mon l'éticule, répondit la vieille dame. Allons, mon enfant, je te remercie; rentre bien vîte chez toi; je neveux pas que ces messieurs te rencontrent.
— Oh! ils sont sortis tous deux; la bonne et moi les avons entendus passer, il n'y a qu'un instant.
Frédéric, dont le cœur battait d'espoir, avait silencieusement descendu un étage.
Madame Branteuil disparaissait dans la rue ; il se trouva sur le passage de la jeune fille qui remontait.