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CHAPITRE PREMIER

Le Cabaret de i'ÉtoUe d'Or.

Piodolphe Barclan, dit mon oncle avec irislesse, élnit le contemporain de mon ami Frédéric Dormont, dont vous m'avez entendu pai'ler si souvent. Par une ^-lingulièro fatalité, son histoire m'a poursuivi de force, au point que j'en ai su tous les détails sans les

se Li:5 couiiiiuus

avoir jaiiKiis rcclîcrcîics. Acteur dans ruac des scènes principales, je no fus plus tard qu'un simple spectateur; enlin le hasard seul m'apprit le dénoûment d'une vie que remplirent les fortunes les plus diverses.

Vous vous étonnez quelauefois des vicissiludes de mon existence, quoi de plus simple cependant ! J'ai servi sur terre et sur mer, voilà tout. Parmi mes contemporains, qui n'en peut à peu près dire autant?

Il n'en est pas ainsi de celui dont vous voulez que je vous parle.

Il n'est pas de position sociale que Rodolphe Bardan n'ait connue, pas de dangers qu'il n'ait affronlcs, pas d'entreprise qu'il n'ait tentée. Je ne vous l'offrirai pas comme

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un modèle do conduite, loin de là; mais je puis affirmer que jamais homme n'a déployé plus de témérité, ni plus d'énergie, dans Texécution de ses projets.

Rodolphe éiait Champenois; c'est dans la première jeunesse que Frédéric l'avait connu; ils étaient alors camarades comn:>e on l'est à cet âge, où la moindre simJHtude de caractère suffit pour l'aire naître un r^ipprochement. Tous deux intrépides, obstinés et aptes à tout, ils rivalisaient d'audace dans leurs jeux, d'entôtemeni dans leurs querelles, de succès dans leurs éludes. Ils devinrent intimes et se perdirent de vue en quittant les bancs du collège.

Frédéric entra dans la marine; il était plus jeune que mxoi de six ans, mais sa franchise

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me plut; jo lui païus digne de son amitié, il iiic leclierclia, nous nous liâmes fraternellement. II m'avait connu pour la première fois lors de mon retour à Bahia, et me rendit alors les services les plus désintéressés.

Sans lui, sans son concours, sans Tadiessc (jii'il déploya pour me faire admettre à bord de YAtalantCy que serais-je aujourd'hui? — Un méchant couieur d'aventures, peuteti'e...

Après VAlalante, Frédéric et inoi fûmes ])lusieui's fois embarqués ensemble; c'est avec lui (pie je fus fais prisonnier et que je m'évadai des pontons. Mais son nom ne revienth'a (jue irop souvent dans ce récil, son souvenir m'attriste toujours !... Écartons de douloureuses pensées!

En 1799 (l'an VII, comme oa disait à celte époque de débine profonde), je me trouvais à Brest avec mon ami Domnont. J'étais lieutenant de vaisseau, lui encore aspirant de marine. Nous vivotions péniblement en attendant une d' slination. On ne nous payait pas : il ihllait s'ingénier à trouver des crédits pour les premiers besoins.

Les ordres d'embarquement étaient rares : on se les arrachait.

Frédéric avait bien quelques protections dans le port; elles ne nous furent utiles à rien : toutes les places étaient occupées.

Malgré notre jeunesse et quoi({ue nous ne fussions point aux prises avec nos plus cruels moments, nous nous lamentions à qui m.ieux mieux; mais le temps passait

encore assez lesteiiient, grâce à noire gaîté, à noire amilié surlout, el })uis à quelques distractions de cœur, à quelques amours, pour trancher le mot, dont Tune, hélas! eut des résultats bien funestes pour Frédéric, et influa sur ma carrière mihtairc plus qu'aucun autre accident de ma vie.

Un soir, nous étions retirés dans notre petite chambre commune... une vieille do mauvaise mine frappa discrèlement deux coups à notre porte, ouvrit et entra.

Ce que la misère iH le vice ont de plus révoUant se lisait sur sa ligure.

Je jugeai, dès le premier abord, à quelle classe inlame elle appartenaii. Son regard oblique, son allure défiante, son costume, tout en elle, me lit soupçonner, qu'elle était

une de ces malheureuses qui spéculent sur les hontes du bagne, et semblent, on quelque sorte, plus repoussantes que les forçats euxmêmes, par leur contact volontah-e avec la fancc de la société.

Je lui demandai d'un ton de colère ce qu'elle pouvait avoir à faire chez moi h pareille heure, et, sans attendre sa réponse, je me disposais à l'expulser rudement, lorsque, jetant sur nous un do ces coups d'œil d'argousin, qui saisissent un signalement sans hcsitaiion, elle tendit îi mon ami une petite lettre.

— Vous ne pouvez être que M. Frédéric Dormont ? dit-ollo.

Un signe de teie lui suiPii pour réponse; elle disparut comme un fantôme, sans

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bniii, et ne laissant d'autre trace do sa visite qu'un billot conçu en ces termes :

« Bagne de Brest, 18 prairial an VIL

» Si vous êtes toujours le même, vous > ne repousserez pas un ancien camarade » sans Tavoir entendu, quelque honteuse w que puisse vous paraître sa position. Ne D vous refusez pas à une action noble et

* généreuse ; il ne faut que vous trouver seul ,

* demain à midi, h l'auberge de VËloile s> d'Oi\ rue des Malchausscs. Vous prc'ercz » l'oreille aux confidences d'un lionmie qui j> vous inspirera plus de pilic que de dégoût,

* et vous api)rendroz que lu livrée de i'in-

d'aventurls. C3

)) famie n'est pas toujours lu prix du dés- » honneur.

»> C'est un forçai qui vous écrit, ma'S ce I) forçat se nomme :

» Rodolphe BardanT »

Frédéric pâlit, laissa tomber la fatale leitre, ei, visiblement ému par mille pensées déchirâmes, il ne répondit pas d'abord à mes questions.

— Es-tu mon ami? m'écriai-je enfin brusquement.

— En doutes-tu? repril-il avec un accent indéiinissahle dont je ne pouvais encore apprécier toute la valeur.

— Et lui aussi, conlinua-t-il, éiait mon ami. Nous avons vécu dix ans ensemble sur

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