‹ Les coureurs d'aventuresChapitre 5 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

autre ves'sloBâ due h nia 4:os£)B9aiii<^aii»e tie

Ifîîîî'iaie.

Les trois coups de canon qu'on tire des rompai'ts d'une place mariiime, lorsqu'un forçai s'est évade, melient la populaiion en rumeur; les ouvriers de l'arsenal, les habitants de la ville, la gendarmerie et les paysan??

des envii ons cherchent activemenl le galérien, pour la capture duquel est accordée une prime plus ou moins forte , suivant qu'il a élé pris dans l'intérieur du port, iiitrà ou extra muros.

Le costume rarement convenable du fugitif, son anneau qu'il n'a pas toujours eu le temps de limer, la coupe de ses cheveux surtout , facihlent les perquisitions. Obligé de se cacher durant le jour , sans relations au dehors, sans asile le plus souvent, il ne manque guère d'ôîre pris et ramené.

Frédéric était plongé dans une affreuse incertitude sur le sort de Bardan; nous n'avions plus d'autre pensée. Le malheureux ne nous avait pas expliqué les moyens dont il conî[)tait faire usage, nous n'osions prcn-

1)*AVENTUAES. 1)9

(Ire aucun renseigneme.it, de crainte de nous compromettre. Rien ne nous prouvait qu*il fût à bord de la goélette que nous avions vue appareiller; nous redoutions, du reste qu'elle eiit été visitée par quelque gardecôte , comme il arrive souvent quan 1 les trois coups de canon ont donné Téveil.

Enfm nous reçûmes une lettre grasse et vieille en apparence; elle ne portait point de date, récriture ne ressemblait en rien à celle de la première ; elle était aussi adressée à Fiédéric Dorment ; il Touvrit et lut :

€ Recevez mes remereîneats, mi)U3ieur, ei soyez sans inquiétudes sur mon compte. Tout est pour le mieux, la brise favorable,

iOO LES COrUEUKS

le ciel clair et Thorizon large. Veuillez témoigner à voire ami ma gratitude pour la part qu'il a prise clans une affaire délicate, mais que j'ai menée à bonne fin, grâce à Dieu et à votre obligeante intervention. Je chercberai l'occasion de vous prouver à tous deux que vous n'avez pas rendu service à un in-

grat.

» Votre compagnon d'études,

R. DES MOLLEUX. »

L'ambiguilé cl la signature de celte lettre ne nous laissèrent aucun doute sur son origine; il était évident que, pour notre sûreté même, Rodolpbe ne pouvait s'exprimer plus

DAVEMIHIES. iOI

clairement; elle nous délivra du cauchemar qui nous oppressait; nous célébrâmes riieureuse évasion du forçat par un accès de belle humeur et un bol de punch sans sucre.

Le sucre était déjà une rareté que la guerre maritime mettait au dessus de nos ressources. La betterave n'existait encore qu'à Tétat de modeste légume, et la fameuse que^^tion qui met en émoi nos pauvres colonies ne fournissait matière à aucune polémique.

Bref, l'amertume de notre punch fournit le texte d'une violente diatribe contre les Anglais : c'était de l'actualité. Une demi-douzaine de camarades avaient été invités à venir vider notre écuelle d'eau-de-vie brûlée; ils ne se firent pas faute de malédictions cunirc Vl-

bion et ses croiscuii?. On paila beaucoup de la guerre, on but au succès de nos armes, au rélablissemeni du commerce et au pîompt règlement des comptes do la marine , ce qui intéressait particulièrement chacun de nous.

Ce dernier vœu, du moins , fut réîilisé peu de temps après: Frédéric et moi reçiimes enfin Tordre d*embarquement commun que nous désirions. Nos avances nous furent payées; nous acquittâmes aussitôt notre dette envers la vieille usurière, sans songer davantage à notre propre débiteur.

Cétait mille francs de moins dans notre escarcelle ; mais la Sémillante, qui nous portait, avait une réputation de marcheuse; nous rêvions parts de prises, nous étions pleins de

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belles es[)érjiaces , et considérions d'ailleurs comme une sorte de devoir le service que nous avions rendu à Rodolphe Bardan, avec lequel, bien entendu, nous croyions en avoir à jamais fini.

Mais, je vous Tai déjà dit, Thistoire de cet homme m'a poursuivi par la plus singulière coïncidence d'événements, ainsi que cela doit arriver et ariive si souvent dans la vie maritime, vie de lambeaux qui finissent par se coudre ensemble et faire un lout biiçarré comme l'habit d'arlequin.

Une fois en mer, nous eûmes une petite affaire avec une corvette anglaise de môme

10 i LhS COUKIiL'US •

force ; le combaise lermina sans aucun avantage marqué de part ni d'autre; nous nous séparâmes, cl a})rès avoir réparc nos avaries, nous continuâmes à faire route pour aller croiser sous les A(;ores, selon nos inslructiens.

Je ne vous parlerai pas des diverses belles captures que nous fîmes; les débuts de notre campagne furent charmants; le meilleur accord régnait dans Téiat-major; nous attendions deux frégates françaises qui devaient nous rejoindre.

Que n'en disait-on pas? Nous étions dans une position su[)erl)e; trois navires réunis feraient merveilles. Nous avions si bien commencé (pioique seuls. Chacun parlait de l'emploi qu'il desiinait à ses parts de prises.

l/AVliNTURliS. " 105

— Ma foi! inieiTompii le commissaire du batimeni , j'aimerais mieux être en sùrelé à Toulon ou à Brest qu'ici à risquer d'êlre croche par les Anglais.

M. Dublin , lel était le nom de notre agent compiable, aimait à prendre le contrepied de toutes les questions; beau phraseur, discuteur enragé et très prolixe de sa nature, il prétendait alimenter ainsi les conversations de l'étai-major. Quand il était en possession de la parole, il ne la cédait qu'à son corps défendant, c'est-à-dire qu'au moment où ses éclats de voix étaient étouffés par la rumeur générale.

L'affectation du style matelot était un de ses travers favoris; on pouvait être sûr que les imnges du gaillard d'avant abonderaient

UM) LES COURlîUUS

dans ses discours; et plus il c(ait échauffé, plus il les prodiguait.

Galant homme au fond, mais à genoux devant un paradoxe; du reste viveur, comme on dit aujourd'hui ; bon camarade et d'un excellent caractère, voilà son portrait de pied en cap.

Un houra formidable accueillit sa déclaralion ; il n'en continua pas moins.

— Hurlez, criez, beuglez tant qu'il vous plaira, s'écria-t-il, vous ne me ferez pas changer d'avis. Vos rêves creux me rappellent la Laitière et le pot au lait , ou mieux encore l'histoire d'un certain Dinan, que.j'ai vu forçat dans le port de Brest, et qui comptait bien pourtant rouler carrosse au Heu d'être condamné à perpétuité.

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— Ce diuble de coîi.'missaire! in'ierrompit un curieux, voyons, conlez-nous ça?

Le café était servi, Dublin ne s'en fit pas dire davantage; Frédéric et moi nous échangeâmes un regard.

— Vous savez qu'avant notre armement j'étais employé aux bureaux du bagne, reprit l'agent comptable ; j'eus l'occasion d'y apprendre les aventures de ce Dinan; un homme fort bien élevé, que je lâchai d'avoir pour secrétaire ; mais le commissaire chef de service ne voulut pas me le donner. On le traitait avec des ménagements qui m'étonnaient, quoiqu'il fût condamné à vie, jein'enquisdes causes de sa peine; c'était, le croiriez-vôus ? pour avoi? gagné un quine! La loi du 25 brumaire an II avait aboli la loterie , mais le

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Directoire» qui n'csi pas si sol, n'a pas manqué de la rétablir. On serait bon enfani, par exemple, de ne pas prendre Targent des eommèr€S et des imbécilles qui ibnt la bêtise de le donner pour le roi de Prusse, c'esl-àdira pour la République une et indivisible !

— Connu ! commissaire, à bas les digressions, au lait, s'écrièrent les officiers.

— J'y suis, messieurs , j'y suis. Mon Dinan , qui était un roué de premier brin, avait une connaissance à Paris, une fine lame, apparemment, coiiime vous allez voir. Ils vous dressent à eux deux une hirondelle , un pigeon, un moineau, je ne sais quelle volaille , à porter des lettres à Strasbourg. L'oiseau stylé, le galant s'établit au bout de la ligne; la belle amorce l'hameçon, vous

liAVKNTUUÈS. 109

compieneî. Le farceur met deux ou trois cents francs sur le gros lot , gagne d'emblée, et revient à Paris, la guerJe enflirine'e, réclamer des milliasses de millions. Le quaterne seulement rapporte soixante-quinze mille fois la mise; pour trois cents francs, ci: vingt-deux millions cinq cent mille francs ; joli denier l ime paille à côté de ce qu'il cfemandail, — - Halte-là, cadet! ça ne se ramasse pas dans la main d'une poule ! on va te cracher le trésor en miettes ! attends-moi ua, peu , je te régalerai ! — Il s'était imaginé à^j faire le grand seigneur, d'acheter Paris ^ ^t les faubourgs ; il n'y en aurait eu qur ^ pour lui. On vous l'a coffré au bagne; /affîeux!! hein?... C'est-il un drôle de p^U'^jcuiier quie notre Directoire. Pourtant, .^^ r^ j^i^qjj 'jq

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quiiie depuis; le qiiaterno passe encore, jiiais je ne m y froiterais pas. Je viens de vous conier comment fut coïncë le maître flibustier qui comptait liianger plus de beurre que do pain... Eli bien, je le répète, il en est de même de nous autres; aussi je donnerais à la minute la moiûé de ma part de prises actuelle pour être à terre avec l'autre moitié. Après quoi vous ne rencontreriez pas souvent le neveu de ma tante sur la mer jolie. J'en réponds! On ferait Tappcl gonéjL'al : — Dublin ! absent par congé, pas plus ^e Dublin que....

Uji houra frénétique interrompit une troisièiiiC loi j l'orateur, dont U voix finit cependant encore '^'^*' dominer le tumulte.

Pour en i/evenir à Thisioire de Dinan,

d'aventures. 111

lîjessieurs, on lui laissait la bride sur le cou. Il se niellait en bourgeois, allait et venait à son gré dans la ville , se présentait en société dans une tenue élégante, avait une tournure d'incroyable et de séducteur. Ne Tai-je pas rencontré au bal chez madame Guibert, la veuve du capitaine de la Sans- Culotte. Il y jouait pis qu'un vrai rentier. Un beau joui', il va dans une auberge de la rue des Malchaussés, s'habille en couvreur, monte sur le toit, descend trois maisons plus loin, et, attrape à courir! On m'a assuré qu'il s'est sauvé à bord d'un caboteur. Le fait est qu'il a disparu complètement. Pour ma part, je suis persuadé qu'un homme de cette trempe finira par faire fortune; il vous avait un aplomb!...

112 LE?i COUREURS

— Ah ça, commissaire, interrompirent les auditeurs, il n'y en a que pour vous; vous allez comme un moulin à paroles, et voici deux heures que ça dure. Savez- vous que votre histoire est un fagot à dormir dehoui?

— Rien de plus vrai pourtant; c'est connu dans Brest, tout le monde vous le dira!

— J'aime hien que vous appeliez Brest en témoignage, quand nous sommes aux Açores!

Frédéric et moi montâmes sur le pont sans avoir desserré les dents.

— Seconde version de notre texte, lui dis-je.

— Quant à moi , répondit-il , je n'y ai appris qu'une chose, c'est comment Rodolphe

i/aventures. 115

s évada de VEloile d'Or, et je suis vraiment fort aise de le savoir.

En ce moment la vigie signala deux voiles; peu après on les reconnut pour frégates; nous nous réjouissions en pensant que c'étaient celles que nous allenelions.

Il n'en fut pas ainsi : ces frégates étaient anglaises.

Notre beau phraseur de commisaire n'avait

dit que trop vrai ; nous fîmes une défense

héroïque, mais le commandant, le second et

un tiers de l'équipage furent tués, nos mâts

désemparés, noire coque percée à jour. Les

Anglais nous avaient mis eiiti e deux feux :

il fallut amener pavillon.

Je ne me rappelle jamais, sans frémir de

rage, ce combat inégal où lant de bra^oui'C, I ^ 8

1 14 LKS COUREUHS

(l'adresse et de sang furent dépensés en pure perle.

Dans mon malheur, pourtant, j'eus la consolation de n'elrc pas séparé de mon ami Frédéric : nous fûmes placés sur le même p on ion.

Uexemplc de Rodolphe nous revint aussitôt en mémoire : nous combinâiics un plan (l'évasion. Frédéric n'avait pas un poil de Laibe: il trouva moven de se procurer un déguisement de femme; moi, je devais me costumer en soldat de marine. Je savais où dérober un uniforme complet.

iNolre plan était bien arrêté. Nous avions remarqué en entrant dans le port le lieu où les canots étaient amarrés, et nous ne craignions pas de risquer la vie pour reconqué-

OAVhMURKS. 115

riria liberié ; mais l'argenl nécessaire nous nianquaiî.

Nous attendions tout d'une circonstance heureuse, que nous guettions du matin au soir.

Huit ou dix mois s'écoulèrent ainsi; un jour enfm un matelot portugais vint à bord du ponton et me remit, avec mille précautions, un paquet à mon adresse; il contenait cinquante livres sterling en billets, et pas un mot, d'ailleurs, si ce n'est la même signature que nous connaissions déjà : R, des Molleitx,

Vous sa\ ez le succès de notre évasion et ses suites; il me re^rte maintenant à vous apprendre quelles circonstances me mirent de nouveau en rapport avec Rodolphe Burdan. Sans elles , j'aurais toujours ignoré comment

lit) LHS COUREUnS

nous advini le secours aussi 0|3poi'lun qu'inespéré auquel nous dûmes noire délivrance.

En disant ces derniers mois , mon oncle roulait entre les doigts son ïné\'i\ixh\e papelito d'Espagne; il se baissa vers le foyer, l'alluma au contact de la braise et le porta à la bouche; puis une légère colonnelte de fumée blanche et iransparenie sortit lentement du coin de ses lèvres et monta dans le vasie tuyau de la cheminée.

— C'est à dire, la suite à un prochain r?«-

DAViMLIU'S. 117

méro, s'éci'ia Albert après un uio lient d'atlente générale.

— Précisément, répondit mon oncle ; ici se termine naturellement la première partie, ou, si vous aimez mieux, le premier acte d'une histoire à grands intervalles, comme vos drames modernes.

— Vous ne les aimez pas, cependant, mon oncle; vous êtes un classique enragé.

— Classique comme Homère, dit-il, quoique je sois peu exclusif de ma nature.

— Toujours est-il, mon oncle, que dans vos récits vous n'êtes guère Tesclave des unités.

— Et comment voudrais-tu qu'il en fût autrement, quand on n'invente pas et qu'on reste dans la vraisemblance? Du reste, je ie

M 8 LMS COUiUXRS

répète, le caiacièie des récils (raveuliircs marilinies et autres est préciséint^nt l'absence d'unité ; certains personnages paraissent , jouent leur rôle et disparaissent pour nu plus revenir. Comme dans un drame de Sliakspeare,la scène se passe nécessaliement à dix ans de distance, dans Tune des quatre parties du monde , tour à tour.

— Ou encore dans la cinquième, repris-je en riant.

— Il n'en sera pas question tant qu'il ne s'agira que de Rodolphe Bardan des Molleux; mais nous pourrons nous en rapprocher beaucoup.

Mon oncle sentait ses paupières s'appesantir; sa cigcirette soporiiive était fumée : il se leva et nous donna le bonsoir. Albert o\ moi

d'aventures. 119

restâmes quelques insiants encore dans le salon avec les dames.

— Ce pauvre M. Frédéric! dit Cloiilde, il est rare que son nom ne revienne pas dans les récits de mon père.

— Son histoire est bien singulière, bien sentimentale surtout, dit Lucie.

— Je voudrais bien la savoir; je la demanderai à papa quand celle de Rodolphe Bardan sera finie, s'écria éiourdiment la petite Juliette.

— Non, mon enfant, dit ma tante avec gravité; n'inlerroacz jamais voire père à ce sujet, vous lui feriez de la peine.

Anna leva vers moi ses arands veux bleus; ils rencontrèrent les miens.

L'on en pensera ce qu'on voudra, -ïiais ce

120 LES COUKtUKS d'aVEMURKS.

i'Ogai'd me reiulil beaucoup plus curieux des aventures de Frédéric Dorniont (jue loulcs les exclamations, les épilhèies et les léliccnces qui ravaienl précédé. Je nn'adressai à Albert; il les savait, et promit de me les raconter quand je voudrais. Je pris note de cette promesse, qui se confondit gracieusement dans mon esprit avec la pensée de la bloiuie Anna.

Dieu ! que d'indiscrétions en si peu de lignes ! Vous voici sachant déjà qu Anna est une blonde aux yeux bleus !

CHAPITUE IV.

La àlciicoutre.

Le lendemain de la petite scène iniinie qui avait si fort intéressé mon esprit et mon cœur à la connaissance des aventures de Frédéric Dorment, mon oncle, après avoir réduit en cendres sa cigarette dio;estive, rompit le silence qui régnait autour de la vaste cheminée^

122 LRS COUUEURS

et commença dans les leimos suivants ce qu'il appelait la seconde partie de son récit.

Quoique j'aie toujours été modéré, en matiè» res politiques surtout, je me trouvai dans une situation fort délicate au commencement de la Restauration. J'avais servi tour à tour l'ancien régime, la République et l'Empire, ce qui me donnait l'air d'un transfuge, bien que j'eusse constamment obéi à ma conscience en défendant mon pays contre l'étranger.

Mais, que ceci ne soit un blâme pour personne, j'aurais sans doute agi tout autrement, si les plus mauvais temps de la révolution ne s'étaient écoulés durant mon séjour au Brésil.

Quoi qu'il en soit, ce séjour avait été long

i/aventlkes. 1^5

et donnait lieu à une interrupiion notable clans mes états de services; je n'avais pas encore droit à ma retraite, et j'étais en possession d'une sorte de sinécure militaire qui m'était très» utile pour surveiller l'éducation de mes enfants; je tenais à la conserver jusqu'à ce que mes trente ans effeciifs fussent révolus, et que j'eusse donné une carrière à Albert.

Or, tout le monde avait soif de repos à cette époque; les places sédentaires étaient avidement convoitées; on se les arrachait à grands renforts d'intrigues; la mienne convenait à bien des gens, on pouvait me l'enlever d'un jour à l'autre, et m'oblîger à rentrer dans les cadres actifs de l'armée. Force était donc de m'-' mettre sur la défensive.

124 LtS COUKKUKS

Je })ariis do Marseille, afin d'assurei' ma position par des démarches i\u ministère; j'abandonnai les douceurs de mon intérieur pour aller une dernièi'cfois vivre en garçon à Paris.

Un joui', en entrant à mon restaurant liabi- (uol, je tus brus{[ue:ïienl accosté par un homme chamari'é de croix, qui me tendait la main avec un sourire affectueux:

— Monsieur Roland, me dil-il, je remercie ma bonne étoile de m'avoir conduit ici, par le plus grand des hasards.

— Quoi! Rodolphe Bardan! m'écriai-je.

— Non, non ! dit-il avec un geste plein de dignité, vous confondez; je suis Rodolphe Des MoUeux, qui a eu le plaisir de vous connaître dans la marine.

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