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Ainsi dans la première scène de V Advienne

SiMO. Vos istœc intro auferte; abite, Sosia,

Adesdum : paucis te voio...

SosiA. Dictum puta :

Nempe ut curentur recte hœc.

SiMO. Imo aiiud.

Sosia. Ouid est.

une langue parlée, un patois usuel, depuis les Pyrénées jusqu'à la Loire, et si même on voulait bien pénétrer les origines, l'italien et l'espagnol ne seraient qu'une dérivation du provençal, la langue mère.

La popularité, on peut même dire l'universalité du provençal, est un fait qu'on ne peut contester : il y a des monuments de cette langue qui remontent au dixième siècle. Une vieille chronique contemporaine qui raconte les invasions des Normands dans les Gaules et énumère les précautions que prenaient les églises pour cacher leur trésor, emploie l'idiome provençale « En Giles gissent loz corz des saints dont saint Palleuz fu porté à Xainxtes et qui fu sèvèlis Gilés le prince d'eus Pvomains e est en la menzad'Angoulênie e de Xainste et qui fu portés Gilès le prince d'ous Romains; e est en la menza d'Angoulême e de Xaintes, » Voilà quelle était la langue de Provence et de la Languedoc au dixième et au onzième siècle : on voit l'usage des articles multipliés qu'avaient introduit les Goths et les Wisigoths. L'existence et l'universalité de la langue provençale est également constatée dans les

1. Cette chronique est dans les manuscrits de la Bibliothèque impériale 10307-5. On ne peut nier son authenticité, car elle est écrite en caractère du onzième siècle.

vers de l'empereur Frédéric Barberousse, aux cheveux dorés, le spirituel et galant écrivain, phénomène de science au moyen âge ' :

Plas mi cavalier francès E la donna cathalana, E lourar de! genoes E la cour de Kastelana, Lou cantar provençales E la dansa trèviane, E lou corps aragones E la perla juliana, La man et carne d'Angles E lou donzel de Toscana.

La langue provençale était déjà ainsi expressive et charmante, abondante et riche dans ses figures ; elle était parlée par Barberousse, cet empereur d'Allemagne qui conduisait la troisième croisade. Frédéric avait vécu en Italie, à Rome, et pourtant il préférait s'exprimer en provençal: ce qui porte à croire que cette langue était universelle; elle fut élégamment parlée par Guillaume IX, comte de Poitiers (né en 1070, mort en 1 122), de mœurs si joyeuses, d'habitudes si dissipées, cour-

1. Frédéric Barberousse était né en 1121 ; fils de Frédéric, duc de Souahe. Traduction : u Le chevalier français me plaît, la femme catalane, la ruse des Génois, la cour des Castelanes, le chant provençal, la danse trévisane, le corps des Aragonais, la perle julienne, la main et la chair des Anglais et la jeune fille de Toscane. »

tois chevalier, mais grand trompeur de dames. Tous ses chants et sirventcs les plus hardis et licencieux furent écrits en pur provençal avec l'entrain de la Science gaie; son sirvente du Chevalier muet qui vient à bout de se faire aimer de deux dames à la fois, parce qu'il sait garder le silence et ne point bavarder de sa bonne fortune, est écrit en langue provençale qui ne garde pas plus de pudeur que le latin ^

Au onzième siècle se forma la véritable nationalité provençale indépendante des souvenirs de Rome : après l'invasion des Wisigoths, elle avait cessé d'être province latine et d'obéir aux empereurs ; elle forma une branche, la plus riche de la vaste monarchie des Goths; les invasions des Sarrasins d'Espagne désolèrent les contrées du Midi, jusqu'à ce que Charles Martel eut arrêté les populations berbères dans les plaines de Poitiers. L'influence de la grandeur carlovingienne se fît sentir sur la Provence * après l'expédition de Gharlemagne contre les Maures d'Espagne;

1. Guillaume de Poitiers est considéré comme le premier des troubadours; on peut lire, sur sa vie galante et un peu désordonnée, Geoffroy, prieur de Vlgeois. (Labbe, Biblioth. ms., t. II, p. 292, et Guillaume Malmesbury, de Geste, reg. Anglor.)

2. Dom Vaissete et don Levic, Histoire du Languedoc, t. I, in-f°, travail immense, commandé par les états du Languedoc.

partout l'empereur d'Occident marqua le glorieux sillon de son passage : la tour Magne^ de Nîmes rappelle le nom et la frloire di's Carlovingiens ; la chronique de l'arch vêque Turpin est remplie des beaux exploits des paladins dans le Midi, en Provence S en Septimanie et en Gascogne ; Turpin il buono Turpino inspira les chants de l'Arioste.

Mais la nationalité provençale ne s'abdiqua pas même en présence de la grandeur carlovingienne, elle se révèle dans le poëme des Quatre fds Aymond. Tous ces héros poursuivis par la colère de Charlemagne appartenaient au Midi et en parlaient la langue. Maugis, le magicien, qui joueseptbons tours à Charlemagne, était de race méridionale. Les quatre glorieux frères qui montaient l'intelligent Bayard, le coursier aux naseaux de feu, étaient seigneurs de Montauban. Le traître, le méchant qui excitait contre eux la colère du grand empereur, était un homme du Nord, Ganelon de Mayence ^

1. La tour Magne, qui s'élève sur une des sept hauteurs qui forment la ville de Nîmes, comme dans la Rome antique, n'est pas un monument romain; sa construction est carlovingienne.

2. La chronique de l'archevêque Turpin est insérée tout entière dans la chronique de Saint-Denis, comme si elle était la vérité même. Cependant on sait qu'elle est apocryphe.

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