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La chronique des Quatre fils Aymond, encore aujour

Le héros de la poésie méridionale, ce fut Gérard de Roussillon, à qui une chanson de [/este fut entièrement consacrée; chevalier brave et courtois, il sauva la Provence. Tout le moyen âge retentit de la renommée de Gérard de Roussillon* récitée en tous les manoirs; les villes en gardaient le souvenir, ainsi que de Guillaume de Poitiers, le premier des troubadours.

C'était le temps oij la Provence se défendait contre les excursions des Sarrasins; si les Maures avaient renoncé à passer les Pyrénées défendues sur les frontières par les marquis (gardes des Marches), les pirates africains remontaient le Rhône. Plusieurs fois Arles fut ravagé, ils massacrèrent les chrétiens jusqu'à Tarascon; à Arles, un champ tout entier servit de cimetière aux chevaliers et au peuple victime de ces invasions terribles.

Ici se montre l'héroïsme des saintes et courageuses filles de Marseille, qui préférèrent se défigurer plutôt que de tomber sous le joug des Sar-

d'hui la lecture favorite des paysans du Midi, a été altérée sous François I", comme presque tontes les chansons de geste du moyen âge , qui furent alors mises en prose et augmentées.

1. Gérard de Roussillon est un de ces héros romanesques dont on ne connaît pas l'histoire réelle et dont les chroniques font à peine mention, comme Roland et Autger le Danois. Quand la poésie s'empare d'un nom, l'histoire réelle disparaît ou s'altère.

rasins ; le peuple les honora encore sous le titre de Dcnazarados (sans nez) : on voit ce pieux dévouement à la vertu reproduit en bas-relief sur quelques vieilles tombes'.

A cette époque doit également se rattacher le premier type de la délicieuse chronique de la belle Maguelone et de Pierre de Provence rappelée incessamment par les troubadours et par les poètes de l'Italie : quel bel exemple de fidélité et de noblesse dans les sentiments ! « comment l'amour vint au cœur de la belle Maguelone, combien il fallut d'héroïsme, de combats, de persévérance à Pierre de Provence, pour conquérir une escarboucle aussi précieuse ^ ! »

Tous ces monuments appartiennent à la langue primitive de la Provence dont la nationalité s'organisait sous ses princes, ducs, marquis et comtes.

1. Plusieurs cités prétendent posséder les tombes réelles des religieuses Dcnazarados ; on trouve, en effet, divers basreliefs qui représentent des femmes sans nez; mais, on le sait, les ravages du temps altèrent principalement les parties saillantes du visage.

2. Le roman ou légende de Pierre de Provence et. de la belle Maguelone est encore un des plus populaires ilans le Midi; il était [irimitivement en vers; sous Charles VIII il a été mis et translaté en prose.

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