‹ Les cours d'amourChapitre 13 sur 65 · Cet acte est du 1" révrier · texte numérisé non relu

Cet acte est du 1" révrier

nique se plaint à l'évêque de Tours de ce qu'il n'y a plus aucun respect pour ses volontés impériales dans la Provence : « Évêque, trouve-toi avec tes vassaux à ma cour plénière. » L'évêque méprisa celte sommation féodale ' bien qu'émanée d'un empereur.

Raymond Béranger, premier comte de Barcelone, prit le titre de marquis de Provence ; il eut à lutter contre la maison des comtes de Baux et de Forcalqiiier, lieux célèbres en Provence; famille glorieuse et infortunée, les comtes de Baux perdirent leurs fiefs; alliés de l'empereur d'Allemagne, domptés par la Maison Catalane des comtes de Provence, ils s'effacèrent du livre féodal! Ce fut une cour pleine de magnilicence que celle de Raymond Béranger , elle comptait mille chevaliers tous armés; au milieu d'un festin éclairé de flambeaux de cire, les barons de Castellane, d'xVgoult et de Sabran ^ firent leur hommage au comte suzerain.

1. Les empereurs citèrent plus d'une fois les comtes de Provence au banc de l'empire. Frédéric donna souverainement la Provence au comte de Toulouse; maison tint peu compte de ses actes. (Mss., Béthune, 5 vol., 9421-267.) Dom Vaissete et Levic, Histoire du Languedoc, sont fort curieux sur cette époque.

2. Ce sont les plus anciennes races de la Provence, la première couche de sa noblesse.

Sous son successeur Déranger, l'hrrésie de l'Albigeois vint jeter le désordre dans la hiérarchie des fiefs; il en résulta un morcellement de terre et une sorte d'anarchie dans l'organisation de Ici, Provence. Arles' Aix, Marseille, Avignon se proclamèrent villes libres par le même sentiment qui fit les républiques de Gênes, Pise et Venise; elles proclamèrent leurs statuts particuliers. Jamais les empereurs germaniques n'avaient renoncé à leur suzeraineté sur Arles; Frédéric II ne cessa de réclamer ses droits sur le royaume de Provence. Les villes répondaient en se proclamant en république : Marseille, toujours fière et indépendante , se gouvernait par elle-même; son port était magnifique; elle venait de publier son Consulat de la mer à l'époque où se promulguaient les lois d'Éléonore de Guyenne ; ville souveraine , elle traitait avec Gênes, les cités d'Italie, les empereurs grecs et latins de Constantinople ; elle signait des chartes pour le passage des pèlerins sur ses galères; les croisades lui ouvraient les voies de commerce avec la Palestine; elle ne dédaignait pas de traiter avec le Soudan d'Kgypte et les émirs des villes

1. Arles s'érigea en république et nomma un podestat, comme en Ilalie.

— aide Syrie. Le commerce fait oublier bien des scrupules, et tout en grandissant ses relations, Marseille restait profondément religieuse' et ennemie de l'hérésie des Albigeois.

Le monastère de Saint-Victor était son orgueil et sa gloire catholique. Les moines envoyaient des colonies sous le titre deprieurés dans les lieux incultes ; les règles de Gassien et de saint Benoît obligeaient les religieux au travail assidu des mains et aux défrichements; ils cultivaient donc sans cesse les terres infécondes à côté de la colline, autrefois couverte d'arbres druidiques, et alors toute nue, toute pelée : les prieurés de Saint-Victor s'établirent le long de la petite rivière de l'Huveaune et de la mer jusqu'au vallon de Saint-Loup; on appela ces prieurés les terres du bon Dieu, à cause de leur fertilité et de leur destination. Les cartulaires de Saint-Victor contiennent une multitude de dons que les comtes de

l. On peut voir dans Ruffi toute l'histoire de Marseille à cette époque. Ruffi, le savant historien, retiré dans sa belle pinède, est admirable pour l'histoire de l'antique Marseille ; mais à mesure qu'il approche de la réunion de la Provence à la couronne , on voit que le prestige de l'autorité royale l'aveugle et le séduit. Ce n'est plus le vieux patriote marseillais, respirant la liberté municipale avec l'odeur du pin et du genêt dans sa bastide chérie : c'est le magistrat ébloui par le siècle de Louis XIV.

Provence, les seigneurs, les bourgeois faisaient au monastère de Saint-Victor, l'honneur et la perle de la cité. Saint-Victor avait sa juridiction indépendante dans la ville de Marseille ellemême, si libre gous ses comtes'.

1. Indépendamment de la juridiction du monastère de Saint-Victor, il y avait aussi celle de l'évêquc de Marseille, fort indépendante. Mon parent et allié Charles Kothen s'est voué au culte historique de l'abbaye de Saint-Victor: sa modestie a voulu en vain m'interdire de signaler ses fortes études et son dévouement aux antiquités de Marseille.

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