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CHANTS ET POESIES DES TROUBADOURS

Douzième au quatorzième siècle.

Pendant le règne de la famille aragonaise des comtes de Barcelone, la Provence vit fleurir ses plus tendres, ses plus gracieux troubadours qui chantaient la science gaie au milieu des dames et des chevaliers : faut-il attribuer ces douces aspirations aux Arabes, alors souverains de l'Andalousie, Séville, Grenade et Cordoue, et maîtres en poésie? Ce serait une erreur : est-ce que la Provence avait besoin d'emprunter à d'autres qu'à elle-même ces jeux de l'imagination éclose aux rayons du soleil du Midi, comme une fleur naturelle * ?

1. L'histoire de la poésie des troubadours a été l'objet de grandes recherches et de systématiques opinions : Millot, Histoire des troubadours, est d'une grande fécondité d'ex-

Les poètes arabes dont on a exagéré l'influence n'avaient pas inspiré Guillaume, comte de Poitiers, et ses sirventes moqueurs, ni le charmant Bernard de Ventadour, un des plus anciens maîtres en la ^enestraudie. Né dans une classe obscure, Bernard, attaché à la maison de Ventadour, osa en aimer la dame, Agnès de Montluçon, jeune, vive, enjouée: « Les douces chansons naissent toutes du cœur; qui peut les inspirer, si ce n'est l'amour ? Tout ce qu'il enfante me plaît. .. . et pourtant je ne connais l'amour que par les inquiétudes qu'il inspire; si ses peines ont pour moi tant de charmes, que pourrais-je dire de ses plaisirs?... Aussi quel est mon bonheur lorsqu'à l'ombrage d'un pin, sur une colline embaumée, je reçois un baiser de la noble châtelaine ; je ne vois, je n'entends plus rien : au milieu de l'hiver, les prés me paraissent couverts d'une noble verdure ; la neige est pour moi comme un tapis de fleurs'. »

traits et d'aperçus; M. Raynouard s'est borné à publier Ifs textes souvent fort obscurs, même pour un Provençal. Nostradamus est d'un grand intérCt, mais souvent un peu conteur de chevaleresques aventures ; Saint-Palaye est l'érudit que je préfère. Quant à Ginguené, c'est un lourd plagiaire qui a voulu faire de la philosophie avec les mœurs croyantes du moyen âge.

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