Le sire de Ventadour était Eble II, qui vivait au milieu
La jalousie du sire de Yentadour éloigna le poëtc passionné qui vint s'abriter à la cour d'Éléonore de Guyenne, séjour de galanterie: plein du souvenir de sa dame, Bernard en exprima sa douleur. « Que ne puis-je fendre l'air comme les hirondelles, et porter mon cœur chaque nuit aux pieds de celle à qui j'offre de loin mes chansons. Éloigné de ce que j'aime, je suis rempli de son image gravée au fond de mon cœur. Chaque matin le rossignol me réveille en chantant ses amours ; ses doux gazouillements sont préférables au sommeil, le vent qui vient me caresser du château de ma dame m'apporte tous les parfums du Paradis; mon amour est si exclusif qu'il n'est ni reine, ni duchesse qui puissent me tenter, et je refuserais même l'amour de la comtesse de Provence, de la dame de Saluce, de son aimable sœur Béatrix deA'iennoispour n'aimer qu'elle ^»
Ce fut un troubadour aimant et poétique que Lons de Capdeuil, digne chevalier, gracieux chanteur, maître en la science, éperdument amoureux d'Azalaïs, fille de Bernard d'Anduze-; non-
du onzième siècle; il était lui-même poète, ainsi que le dit la chronique du prieur de Vigan rapportée par Baluze.
1. Bernard de Veutadour finit sa vie à la cour de Ravmond V, comte de Toulouse.
■2. Bernard était un des grands vassaux de la Marche, qui signiiiait Hlors la frontière de la rive droite du Rhône.
seulement il la chanta dans ses vers, mais encore il la couronna de magnificence et de fêtes : doutant de son cœur et pour l'éprouver, il s'éloigna d'elle; il fergnit d'aimer Adelaise, femme de Roscelin. vicomtesse de Marseille '. Azalaïs, se croyant délaissée, cessa d'aimer Lons de Capdeuil , qui déplora son imprudence : « Oh I madame, vous n'avez vu en moi qu'inconstance et légèreté, tandis qu'il y avait excès d'amour; si j'ai essayé de m'éloigner de vous, mon cœur a été toujours fidèle. Oui, vous êtes belle! maudit soit le miroir qui vous le dit trop. »
Troubadour et chanteur non moins ardent, Arnault de Marveil ^ aima follement Azalaïs, fille de Raymond, comte de Toulouse, dont il avait visité la brill mte cour, digne d'un haut suzerain^ « Hélas! qui pouvait prévoir qu'en arrivant dans ce pays, je payerais si cher la témérité de voir tant de beauté et de grâces; le soleil brûle et je ne puis faire l'aveu de mon amour ; je m'éloigne,
1. Roscelin, d'abord moine de Saint-Victor, devenu vicomte de Marseille, fut excommunié parle pape Innocent III, en ino. Ruffi en a donné la généalogie dans V Histoire de Mars ille, t. I, p. 78.