LA PROVENCE ROMAINE
An 10 à 300 de J. C.
Les Romains marquaient tout sur leur passage, d'un caractère de grandeur et de beauté particulière. A peine avaient-ils occupé le vaste et fertile territoire des Gaules appelé Provincia, renfermé entre les Alpes , la mer, le Var et le Rhône, qu'ils élevèrent d'opulentes cités et fondèrent de riches colonies : Forum Julii (Fréjus) aux temples de marbre blanc; Antipolis (Antibes), célèbre par ses bains grecs, ses cirques, ses théâtres ' ; Saint-iMaximin, station militaire;
1. Antibes et Fréjus étaient dans l'origine deux colonies marseillaises, mais elles durent leurs grandeurs et leurs eni-
Aix, la ville aux eaux bouillonnantes dans ses vingt fontaines, qui rendaient la santé et la vie aux vétérans des lésions ; Apt sur les petites Alpes, AptaJulia, la ville chérie de César; Avignon, fille grecque de Marseille ; Arles, cité impériale qui possédait le chef-d'œuvre de la sculpture antique, la Vénus aux formes divines; Saint- Rémy, avec son mausolée aux sveltes coupoles, aux colonnettes élancées, modèle éternel du beau', et Saint-Chamas, fier de ses portiques.
Un peu plus loin, le splendide pont du Gard avec ses arches suspendues sur trois étages: route, voie , aqueduc ^ Puis l'arc de triomphe d'Orange et ses bas-reliefs de la grande époque'; et toi, Nîmes, justement orgueilleuse de ton temple inimitable (la iMaison carrée), de tes arènes où vingt mille spectateurs se tenaient assis quand les gladiateurs tombaient pour Cé-
bellissements aux Romains. Forum Julii rappelle évidemment une dédicace à Jules César.
1. Le mausolée de Saint-Rémy appartient à la plus belle époque. On ne voit rien de comparable, môme à Rume.
2. Le pont du Gard est situé dans une vallée pittoresque et solitaire; le vent, qui agite quelques oliviers sauvages, lui donne un aspect mélancolique et abandonné.
3. C'est à tort qu'on attribue la construction de lare de triomphe d'Orange à Marius. Il ajtpartient par son architecture à l'époque augubtale, qui gariiait la majesté de l'art comme les monuments du Campo Vaccino.
sar ' en le saluant; Nîmes qui le dispute à Pompei par la grandeur de ses monuments de la belle époque d'Auguste, A quelques pas de la Maison carrée, au sommet d'une source ruisselante en fontaines s'élèvent encore les débris gracieux d'un temple dédié à Diane, où les chastes prêtresses se baignaient à l'abri d'une forêt épaisse; les proportions sont sveltes, les colonneltes, ornées de statues, semblent faire contraste aux gigantesques gradins du cirque. Ce cirque, je le vis un jour de fête'^ ; un régiment de hussards y donnait un carrousel : hommes et chevaux étaient imperceptibles au milieu de ces immenses ruines. C'était un anachronisme; aux carrousels chevaleresques, il fallait la place royale; aux cirques, il fallait des orgies de sang, de bêtes féroces et de gladiateurs.
Le voyageur curieux des choses du passé n'a pas besoin de visiter l'Italie pour trouver les débris luxuriants de l'antiquité; aucun pays ne peut se comparer à la Provence pour la richesse de ses monuments. Quand on a quitté Vienne '
1. J'ai visité, et pour ainsi dire mesuré, les plus beaux cirques antiques : Rome , Vérone , Tarragone , Nîmes et Arles ; je crois qu'on doit donner la supériorité à celui de Mmes. Le plus grandiose est celui de Vérone.