A Vienne, on voit les débris d'un beau temple eu marbre
et salué la spina de l'hippodrome romain , cachée dans les vignes, on longe le Rhône, qui roule majestueusement ' : à chaque pas, sous chaque broussaille, on trouve une ruine, un vestige, un souvenir. 'il n'est pas jusqu'à la campagne de Provence qui n'ait quelque chose d'italique : la fontaine de Vaucluse qui tombe et éparpille ses eaux rappelle les cascatelles de Tivoli; Gémenos et la Sainte-Baume le disputent aux Apennins ombrés d'arbres séculaires. A quelques lieues de Marseille se déploie la solitude de Saint-Antoine , pêle-mêle d'oliviers, de figuiers , de ces mille fleurs de Provence dont la suavité vous pénètre d'un parfum si doux; le valon est couvert de pins, de petites métairies, suspendues aux flancs des collines, qui ressemblent à la maison d'Horace, ombragées de vignes, où le raisin pend par grappes jaunissantes ; les eaux abondent comme à la fontaine d'Égérie et les routes sont entremêlées de genêts et de roses sauvages.
Au milieu de cette Provence romaine, Marseille
de Paros; un arc de triomphe s'éltive à une grande hauteur, un autre temple dédié à Auguste et Livie dans les proportions de la Maison carrée de Nîmes.
1. Cette aiguille, que l'on peut voir à quelque dislance de la route, a été longtemps désignée comme le Tombeau de Pilale. C'était une Aiguille ou Spina, un but pour les courses. Autour sont les débris d'un cirque.
formait comme une république à part; si Arles, dans sa grandeur, était sous le gouvernement des magistrats délégués de Rome, Marseille indépendante n'était que l'alliée du peuple romain, sans lui obéir, bien que César l'eût domptée après un siège long et glorieux *. On aurait une fausse idée de la cité de Marseille si on se la figurait telle qu'elle est aujourd'hui avec ses rues larges, exposées au vent et au soleil; les anciens avaient des idées plus justes sur la situation des cités ; les fils exilés de Carthage, de Tyr avaient bâti leur colonie nouvelle dans une vallée entre deux collines : l'une au levant, couverte de pins, sombre forêt druidique qui l'abritait du vent chaud et fougueux du Midi {h labesh) dans la vieille langue de Provence; l'autre au couchant, âpre rocher nu qui la préservait des tempêtes du Nord , sifflant sous le nom de misiml à travers le Rhône; le port était ainsi parfaitement abrité. Un temple, consacré à Diane, était sur le promontoire comme le phare d'Apollon à Rhodes ; après venait une plage admirable, couverte de sable brillant (Aréna) des campagnes arrosées par des ruisseaux couverts de fleurs : le côté où a été bâtie la ville nouvelle