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Toulouse devint archevêché en

autour de la mf^tropole méridionale les évêchés deMontauban, de Nîmes, Loubez, Saint-Pons, Castres et Saint-Flour. La cour de Jean XXII, très-brillante, demeura tout à fait indépendante dans ses actes, quoique la justice civile se rendît au nom des comtes de Provence. Jean, avec cette suprématie morale inhérente à la papauté même exilée, écrivait à Philippe le Long, roi de France, tout fier qu'il était, pour l'inviter à corriger ses mœurs et l'appeler à la piété : « Nous avons appris que, lorsque vous assistiez à l'office divin, particulièrement à la messe, vous parlez à l'un, tantôt à l'autre, sans faire l'attention requise aux prières qui se font pour vous et pour le peuple ; vous devriez aussi, depuis votre sacre, prendre des manières plus graves, porter le manteau royal comme vos ancêtres. On dit que, dans vos États, le dimanche est profané. » Les papes gardaient ainsi envers les rois cette liberté de langage dans les choses de religion et de conscience; ils ne se laissaient point intimider par la puissance et les passions de l'épée'.

Sous ce pontificat des papes nés dans le Languedoc, Avignon devint brillante et splendide par

1. Philippe le Long était un des chevaliers les plus brillants de son époque. Cette lettre est de 1318.

ses richesses, ses monuments, sa cour et ses grandeurs. Clément VI éleva ce beau palais qu'on voit encore sur la haute ville à l'imitation du Capitole, entouré de murailles crénelées, qui, dans ses ruines, est encore admirable *. Qu'on s'imagine un château environné de huit hautes tours comme les monuments floreniins avant la renaissance : six portes vous conduisaient dans de vastes salles couvertes de belles peintures du Giotto; sur le flanc, une magnifique chapelle où l'on voit encore deux papes couchés, la tiare en tête, sur leur tombeau de pierre et de marbre. Clément YI orna d'une ceinture de pierre la cité entière toute tourellée comme une Cybèle antique. Les campagnes furent cultivées avec art, arrosées avec soin au moyen de canaux ombragés d'arbres vigoureux. De toute part, on accourait en pèlerinage pour saluer le souverain pontife; jamais époque ne fut si grande, si splendide pour Avignon, que celle du séjour des papes. Les moines de Saint-Benoît préparaient la culture du sol; les terres papales devinrent grasses et fécondes; la fontaine de Vaucluse se para de bassins de marbre pour recueillir ses eaux. Clé-

1. Ce serait un beau projet archéologique que la restauration du palais des papes à Avignon.

ment VI y éleva le doux ermitage qui couronne le sommet de la fontaine, où il venait quelquefois se recueillir et méditer au bruit des eaux qui tombaient en flots épars comme la chevelure d'une naïade, ainsi que le dit Pétrarque.

Avignon eut sa noblesse pontificale, et à sa tête les Brancas (Braccassio), originaires de Naples, qui étaient venus s'établir en Provence. Comtes italiens d'Agnani , ils avaient acheté la seigneurie de Villosc, en Provence. Brancas portait d'azur à un pal d'argent chargé de trois tours de gueules, et accosté de quatre pattes de lion en mouvement des deux côtés de l'écu avec cette devise : Délia Brança il leoneK La splendeur bienveillante et artistique de la papauté attirait à Avignon les proscrits de toutes les contrées; les chants des troubadours venaient charmer par la poésie cette vie toute méridionale. A cette époque arriva dans le Comtat un jeune écolier que les factions italiennes avaient chassé de sa patrie; il se nommait François Pétrarque (Pe^rarca) . Néà Arezzo au milieu des guerres civiles, comme de famille gibeline, il avait été banni de Flo-

1. On peut traduire ainsi cette devise du blason : Par les ongles, on reconnaît le lion. Une des branches des Brancas devint Cereste, une autre Villars; mais la terre de Villars ne fut érigée en duché qu'en 1627.

rence', et après la mort de l'empereur Henri d'Allemagne, son père l'avait amené fort jeune à la cour pontificale de Clément V. Ses premières études, Petrarca les lit à Carpentras, et il les acheva à Montpellier. Encore enfant, il se passionna pour le beau site de Vaucluse et pour la fontaine aux eaux bouillonnantes, où il composa ses plus brillantes cansons^.

Ici une question littéraire s'élève : le poète dont l'Italie s'honore dut-il ses premières inspirations aux troubadours provençaux , aux traditions méridionales écoutées dans les beaux châteaux du Languedoc, auprès des dames et des chevaliers? Il est historiquement constaté que les poésies des trouvères et des troubadours se récitaient dès le douzième siècle en Italie, qu'elles étaient écoutées sur les places publiques avec le chant de gestes de Roncevaux^. Dante, exilé de sa

1. Le père de Pétrarque, Petracco ou Petro, appartenait à la faction des Blancs; à Florence, les églises, les monuments publics sont encore aujourd'hui bariolés de blanc et de noir en souvenir des factions publiques. Pétrarque naquit dans la nuit du 19 au 20 juillet 1304.

2. La famille de Pétrarque vint se réfugier à Avignon vers 1313. Le philosophe Ginguené , si niais dans ses déclamations, veut bien avouer que le pape tendait la main à tous les proscrits.

3. On peut consulter les précieux et grands travaux de M. de Saint-Palaye sur l'influence des trouliadours.

patrie, était venu étudier aux universités de Paris ; son poëme épique sur YEnfer, le Purgatoire et le Paradis, n'était que le résumé des dissertations théologiques de saint Bonaventure, que l'imagination du poète avait ornées des sombres et sanglants épisodes des guerres civiles italiennes •.

Mais dans Pétrarque surtout on trouve l'étude, l'imitation des troubadours provençaux poussée à sa plus vive expression. Pétrarque doit peu à Tibulle, à Catulle, à Properce ou Ovide; la beauté qu'il célèbre et qu'il aime n'a rien de commun avec les courtisanes romaines, Lesbie ou Nemesis , Délie ou Corinne : les sentiments exaltés qu'il exprime ne sont en rien semblables aux plastiques enivrements du paganisme. Pétrarque avait étudié à Garpentras, à Montpellier, la patrie des troubadours; ses premières impressions poétiques avaient été empruntées à un roman célèbre et tout méridional, Pierre de Provence et In belle Maguelone -, histoire d'amour simple, touchante et délicieuse au point de vue ro-

1. Dante n'est qu'un dénominatif de Durante. On fixe le voyage de Dante à Paris de 1316 à 1320; il y soutint publiquement une thèse de théologie.

2. On peut reporter au treizième siècle le premier type de Y Histoire de Pierre de Provence et de la belle Maguelone, depuis si souvent réimprimée.

manesque. C'était à la brillante cour des papes que Pétrarque avait pris cette langue chaste , ardente, délicate, moitié pieuse, moitié chevaleresque, avec quelque réminiscence de l'antiquité; l'amour tel qu'il le comprenait n'était ni nu, ni païen : il était souvent théologique et chrétien. A Avignon, à Oarpentras, se tenaient les cours d'amour ; les dames elles - mêmes s'essayaient à la poésie : Laurette de Sade et Phanète de Gantelme, toutes deux chantaient l'amour en rimes provençales : « Phanète avait une ardeur, une inspiration divine, laquelle fureur était considérée comme un vrai don de Dieu; elle était accompagnée de plusieurs dames illustres et généreuses de Provence qui florissaient en la cité d'Avignon, lorsque la cour romaine y résidait et s'abandonnait à l'étude des lettres, tenait cour d'amour ouverte, y définissant des questions d'amour qui étaient proposées et envoyées'. »

1. Nostradamus, Histoire des troubadours. On dédaigne trop le travail de Nostradamus, et l'on traite souvent ses récits comme des fables. On a toujours parlé de Oarpentras, de IVzenas, avec raillerie. Carpentras est une des villes les plus lettrées, les plus commerçantes, dans une situation charmante. Ces dédains viennent de Molière, qui, lAclie flatteur de Louis XIV, attaqua -par le ridicule la vieille noblesse du Midi, qui pourtant donnait les mousquetaires!

Pour la première fois on voit apparaître le nom de Laure de Sade, qui tient une si large place dans la vie poétique de Pétrarque; Laure de Sade n'est point un mythe, une fiction de poëte, une divinité invoquée; elle était la fille de messire Audibert de Noves, échevin et syndic d'Avignon, d'une bonne naissance et d'une noble fortune; elle épousa à l'âge de quinze ans Hugues de Sade, jeune homme de vingt ans, dont les ancêtres exerçaient les fonctions d'échevinage ', les plus élevées à Avignon; elle reçut en dot huit mille florins, deux habillements complets, l'un vert, l'autre écarlate, avec une fourrure et une couronne d'argent. Ainsi elle parut pour la première fois à la cour des papes, où Pétrarque, l'Italien proscrit, s'était réfugié: ce fut dans l'église des religieuses de Sainte-Claire, le lundi de la semaine sainte, que Pétrarque' vit pour la première fois Laure de Sade; et depuis ce moment elle fut l'objet de ses rêves et de ses Gansons ^ Le poëte ardent vint s'établir au pied

1. Le contrat fut signé le 13 janvier 1325. Laure était née à Noves, en i;508.

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