‹ Les cours d'amourChapitre 28 sur 65 · C'est ainsi que Pélraj" jue fait 1^ portrait de Laure · texte numérisé non relu

C'est ainsi que Pélraj" jue fait 1^ portrait de Laure

cueillit plus que des os rongés el de la poussière ; puis une boîte de plomb qui contenait un parchemin effacé, avec un scel de cire verte : sur une petite médaille était la figure d'une femme, le sein voilé, avec ces quatre lettres, M.L. M. J., qui furent traduites par ces mots : Madama Laura morta jacet. Sur le parchemin était un sonnet signé de Pétrarque, peut-être ajouté après coup, car il n'était pas digne de lui. Les antiquaires racontent que dans son voyage en Provence, François P" composa un sonnet sur le tombeau de Laure, en vers obscurs et difficiles, comme à peu près tous ceux du roi chevalier*.

En petit lieu compris, vous pouvez voir Ce que comprend beaucoup par renommée ; Plume, labeur, la langue et le savoir Furent vaincus par l'aymant et l'aymée.

Oh! gentille âme, étant tant estimée, Qui te pourra louer qu'en se taisant!

Car la parole est toujours réprimée Quand le sujet surmonte le disant*.

I. Le grave chancelier de l'Hospital, qui parcourut la Provence, a fait des vers latins sur le tombeau de Laure : At tibi si monuraenta placent antiqua, videbis Felicem Laurae tumulum cineresque beatos, Laudibus, ingenioque et summi carminé vatis. '2. On ne peut douter que ces vers soient de François 1" par ce témoignage de Marot :

G Laure, Laure! il t'a été besoin

La famille Perruzzi, au sein de laquelle avait vécu Pétrarque , conservait un tout petit basrelief représentant Pétrarque et Laure : on le montrait à Bologne aux Provençaux avec une politesse extrême. Le cavalier Vincente Perruzzi faisait remarquer que les traits de Laure étaient effacés sous l'empreinte des baisers qu'elle avait reçus des curieux qui l'avaient autrefois visitée'.

Ainsi la légende reste et se perpétue quand les monuments sont détruits ; le tombeau de Laure de Sade a été mutilé, profané : il n'en reste aucun vestige. La patiente érudition de l'abbé de Sade a recueilli les fragments de tout ce qui se rattachait à celle qui illustra sa famille; on peut y voir combien furent brillants les temps, hélas! trop courts qui virent la souveraineté pontificale sur Avignon' et le Gomtat; la ville que baigne le

D'aimer l'honneur et d'être vertueuse; Car François, roi , sans cela n'eût pris soin De t'hoMorer de tombe somptueuse, Ni d'employer sa dextre valeureuse A par écrit ta louange coucher.

). Vincent Perruzzi a publié une notice intéressante : A'otisiesnpra due ]nccoli ritrailiinbasso relicvo rapprcsentanti Petrarca et Madama Laura. In-8.

2. Le recueil très-complet, très-étendu, de Talibé de Sade, porte ce titre : Mémoires pour la rie de François Pétrarque. Amsterdam, 1781.

Rhône, seconde Rome, ne le cédait point à Paris. Autour du trône pontifical se groupaient les cardinaux, les évoques, une noblesse aussi illustre que celle de la cour de France: princes, ducs, marquis, les Brancas, les Durazzo, les Sade, les Grillon. Au delà du Rhône, Villeneuve fut bâtie par les papes, comme cité de plaisance ; Villeneuve, relique du temps passé qu'on aperçoit encore rayonnant au soleil. La grande culture protégée fit des terres du Gomtat un paradis terrestre; de vertes prairies émaillées de fleurs entouraient la cité. Avignon fut préservée des débordements du Rhône : des ponts construits à la façon des Romains* unissaient les deux rives du fleuve majestueux. La joie, la gaieté, étaient partout sous le doux et débonnaire gouvernement des légats; les proscrits trouvaient asile sur Ks terres papales : le gentilhomme que l'honneur forçait au duel, le persécuté politique destiné aux prisons d'État, le juif même, s'y étaient librement étabhs^ Tout était joie, et la vieille chanson po-

1. Les papes avaient fondé à Avignon une confrérie pour la construction des ponts, sous l'invocation de saint Benézcl, constructeur lui-même.

2. Les juifs étaient et sont encore nombreux à Avignon; ils peuplaient les villages environnants du Comtat et gardaient un grand respect pour l'autorité des papes.

pulaire récitée par les enfants exprimait le bonheur de tous.

Sur le ponl d'Avignon, * On y danse, On y danse.

Sur le pont d'Avignon, On y danse tous en rond.

Jeu charmant, exercice de ménestrandie du moyen âge, où l'on passait en revue tous les arts, tous les métiers, toutes les corporations. Maintenant tout est triste et solitaire dans Avignon, avec ses rues désertes balayées par le mistral du Uhône : les campagnes gardent le souvenir de la sollicitude pontificale dans ces vastes plaines de garance qui l'entourent comme d'une mer d'or; les premières graines en furent apportées d'Italie par les légats, quelques années avant la révolution qui fit cesser la paisible et douce domination des légats sur Avignon. Ce fut aussi par la protection des papes que s'introduisirent la culture du mûrier, apporté d'Italie, et l'éducation des vers à soie, source de richesses pour la Provence et le Languedoc.

Le temps maicht*; ie siècle est voué à l'or comme le roi Alidas, tout se durcit et se matérialise; la fontaine de Yaucluse elle-même ne

voit plus que quelques rares voyageurs , et ses beautés sauvages sont dédaignées pour quelques fantaisies hébétées. C'était la nuit; le bruit des eaux, éblouissantes sous l'éclat de la lune, se faisait entendre au loin ; je suivais le torrent, à travers les rochers suspendus, jusqu'à sa source, couverte de mousses humides ; rien ne troublait la solitude que l'aboiement lointain de quelques chiens de bergers, et je pus m'expliquer les plus beaux vers de Pétrarque quand il avait vu Laure, couverte de fleurs, se baigner dans les claires eaux de la fontaine'.

Quand on veut se faire une idée de cet âge de joie, de poésie et de troubadours pour la Provence, il faut lire le charmant livre du monge (moine) des Iles d'or^. Imaginez-vous un manuscrit splendide écrit sur parchemin, enluminé de figures délicieuses : rouge et azur, oiseaux rares, paysage charmant. Ce manuscrit est l'ouvrage ûu moine des Iles d' 07' , qui l'avait écrit et orné dans l'antique monastère de Lerins, premier asile de saint Honorât; il l'acheva dans sa cellule, où il

1. J'ai vu les cascatelles de Tivoli et l'Arno, j'ai visité les plus belles chutes d'eaux de la Suisse ; rien ne me paraît comparable à la fontaine de Vaucluse. J'étais là en douce réunion avec mon frère bien-aiméet sa famille (27 juin 1863).

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