se nommait Cébo, et il était né en l
avait été délégué ' ; de là ce surnom du moine des Iles d'or qui lui est resté, car les îles d'Hyères, nouvelle Hespérie, étaient remplies d'orangers, de citronniers (les pommes d'or antiques). Vivement impressionné par ces sites délicieux, plus d'une fois le moine les reproduisit azur, sinople, gueules, sur les manuscrits.
Cette solitaire existence d'artiste et d'écrivain, le monge des Iles d'or la consacra tout entière à retracer la vie, à reproduire les œuvres des troubadours de la Provence, avec leurs mœurs et leurs usages; les vers des troubadours, le moine les transcrivait en lettres noires, la notice sur chacun d'eux en caractères vermeils, ornés de miniatures : il en multipliait les copies, qu'il destinait comme présents k ses suzerains les comtes de Provence. C'est évidemment une de ces plus belles copies^ que possède la bibliothèque du Vatican, la plus riche du monde. Dans cette œuvre se révèle la l^rovence tout entière , libre et fière sous le gouvernement de ses comtes.
1. Les moines de l'île de Lérins, comme la plupart des monastères, fondaient partout des colonies.
2. Elle porte le chiffre 3204 dans la Bibliothèque du Vatican. Crescentini croit que c'est l'original écrit de la main du moine des lies d'or.
LES COMTES DE PROVENCE DE LA RACE ANGEVINE. — NOBI- LIAIRE DE l'Émigration italienne en Provence.
On ne peut quitter l'histoire des comtes de Provence de la race aragonaise et catalane sans leur rendre cette justice qu'ils exercèrent une heureuse influence sur les mœurs et la civilisation charmante du pays. Cette noble race aimait les fêtes chevaleresques, les plaisirs, les danses, les chants qui ravissaient les cœurs; elle fit pénétrer en Provence la farandole, le tamoourin, le flageolet, empruntés aux Maures et aux Castillans; on dansait à Arles, à Marseille, à Aix, comme à Barcelone, à Tarragone, à Tolède. Le chant doux et répété du paysan d'Aix, de Marseille, ressemblait à la scagna de Séville, et la ronde provençale était empreinte des souvenirs
de la race aragonaise; la cigale chantait sous les figuiers de Provence comme dans la huerta de Valence ' et les rives fleuries du Guadalquevir. La race dBs comtes aragonais était brave aux batailles, et l'on peut voir sur l'empreinte de leur scel quelles étaient leurs habitudes belliqueuses. Sur un sigillum (scel) de don Sanche, comte et marquis de Provence , on le voit représenté le casque en tête, sur un cheval caparaçonné, couvert d'une rude armure, l'épée et le poignard de miséricorde à côté, et la lance en arrêt. Sur un autre scel, il est reproduit avec son bouclier presque gigantesque, toujours la lance en arrêt , et son coursier, les naseaux ouverts, semble fournir une impétueuse carrière. Quelquefois les comtes aragonais sont retracés dans une attitude moins belliqueuse, comme les féodaux en chasse, un faucon sur le poing, un lévrier en laisse; le comte n'a point d'armure, il porte l'une de ces robes longues et souveraines des barons siégeant dans les cours plénières et dans la vie des châteaux *.
* . La huerta de Valence ressemble beaucoup aux jardins arrosés d'eaux de la Provence ; la pastèque, le melon blanc et vert de l'Afrique y couvrent le sol ; le laurier-rose fleurit en pleine terre.