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LA NATIONALITÉ PROVENÇALE DANS SA DÉCADENCE

Du quinzième au dix-neuvième siècle.

Le titre distinct de comte de Provence, que Louis XI, Charles VIII, Louis XII, avaient conservé dans leurs ordonnances parlementaires, n'était plus qu'une de ces formules qui survivent aux réalités politiques dans la vie des nations. La Provence fut soumise au système général qui depuis François I" avait prévalu dans l'administration de la monarchie. Seulement quelquesunes des villes et môme des villages gardèrent leurs privilèges municipaux et le droit de se régir eux-mêmes; le roi de France ne leur commandait l'obéissance qu'en sa qualité de comte de Provence. Plusieurs communes restèrent sous le régime féodal; les parlementaires eux-mêmes

devinrent seigneurs d'un grand nombre de fiefs et changèrent leur nom primitif.

Ainsi définitivement réunie à la monarchie, la Provence subit tous les accidents, tous les sacrifices des guerres générales; dans la lutte de François 1" contre Gharles-Quint, elle fut envahie par les bandes espagnoles et napolitaines du marquis de Peschiera et du connétable de Bourbon. Marseille soutint un glorieux siège, resté comme un grand souvenir dans ses annales; les matelots de ses galères pointèrent le canon avec tant d'habileté que Peschiera put railler le connétable sur ses dédains pour les braves citoyens en armes ^; plus d'un boulet vint ravager la tente du duc de Bourbon. On vit dans ce siège le courage et le dévouement des dames marseillaises, nobles ou bourgeoises ; elles portèrent la terre et le ciment pour réparer les brèches et seconder la défense municipale^.

Ce noble souvenir était, naguère, précieusement conservé. La vieille tour de Sainte-Paule,

1. Le siège est de 1524 : « Ce sont les timides bourgeois qui viennent à vos pieds la corde au coi et les clefs à la main. »

2. Les dames de Marseille firent môme des contre-mines qu'on nomma tranchée des dames.

les fragments des murs ébréchés, l'antique porte de la Miette (de Jules César), noircis par le temps, étaient un vivant témoignage. Ces vestiges n'ont point été respectés par la génération nouvelle dans ses travaux splendides, et c'est un tort : la vie d'un peuple ne se compose pas seulement des œuvres matérielles; la partie morale des traditions doit garder sa puissance sur les âmes.

Le roi François I" visita la Provence délivrée de l'ennemi; il s'arrêta à Aix, à Marseille, puis il vint saluer en pèlerin la Sainte-Baume, la grotte de Madeleine pénitente ; il descendit les bords poétiques de la Sorge, jusqu'à la fontaine de Vaucluse; François I" chanta Laure et Pétrarque, douce histoire qui correspondait si bien à ses habitudes de chevalerie.

A quelques années de là, Marseille, toute parée pour accueillir Marie de Médicis et le pape Clément, déployait ce luxe que lui rendait facile son commerce avec l'Orient; le pont de la maison de ville et du palais où fut reçue Catherine fut couvert d'étoffes précieuses, de tapis de Perse, de tapisserie de Damas. Cent cinquante galères restèrent pavoisées aux couleurs de la ville; soixante demoiselles, vêtues de soie blanche avec

leur blason sur la poitrine, eiitourèrent l'épousée (la novi) du Dauphin (depuis Henri II), qui parcourut lentement la Provence. A Aix, àLambesc, nouvelles fêtes jusqu'à Avignon; la cité pontificale accueillit la nièce du pape Clément avec enthousiasme, et le légat lui prédit une nombreuse postérité qui devait porter la couronne de France'.

Catherine de Médicis n'oublia jamais la Provence; indépendamment de ses souvenirs, elle y était attirée par un esprit étrange et supérieur. Né àSaint-Remi, la ville romaine*, Nostradamus lisait l'avenir à travers les constellations et les astres. Il y a quelque chose de remarquable dans ces imaginations pénétrantes qui comparent les événements pour y lire la destinée : souvent ce qu'on croit une superstition n'est qu'une forte étude fondée sur l'expérience. A ce point de vue, chacun a son étoile et subit l'enchaînement des causes; le langage obscur de Michel Nostradamus, ses phrases imagées, se prêtaient à ces divinations; les signes cabalistiques aidaient la nécromancie.

Était-il difficile de pressentir un avenir san-

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