‹ Les cours d'amourChapitre 63 sur 65 · En · texte numérisé non relu

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glant, quand on contemplait l'état des partis au commencement du seizième siècle? Une lutte formidable se préparait entre le catholicisme et la réformation. Dans la Provence, fortement dévouée aux doctrines antiques, le calvinisme avait fait peu de progrès ; au fond de quelque petit village vivaient les doctrines vaudoises, subversives de toute autorité. Un magistrat à la main vigoureuse empêcha, par une répression violente, la guerre civile en Provence. Le marquis d'Oppède, président du parlement d'Aix, fît son devoir avec inflexibilité, et évita la longue et sanglante lutte des partis. On ne vit dans la Provence ni conspiration d'Amboise, ni révoltes, ni journées de la Saint-Barthélémy. Depuis les petites Alpes jusqu'au Var, tout obéit à l'unité dans le commandement, la plus grande force des nations et la plus haute garantie du repos*.

La Provence fut ligueuse ardente; la Ligue était le parti national, la puissance d'organisation et de la liberté , le triomphe des forces de l'association. Ce fut un temps d'enthousiasme. Marseille, Aix, Arles, Lambesc, s'associèrent comme les villes libres d'Italie, et cet esprit se

1. La vie du président d'Oppède a été défigurée par les partis. C'était un magistrat à conviction inflexible.

montra si énergique, que la Provence ne fit sa soumission à Henri IV que lorsqu'il fut constaté que le roi converti s'associait lui-même à l'unité nationale. Il faut rendre hommage à un nom longtemps flétri, au consul Gasaulx, frappé par le traître Libertat, le capitaine corse qui reçut son salaire; et ce ne fut pas gratuitement qu'il fit hisser le drapeau blanc fleurdelisé sur la tour de Sainte-Paule. Les traces de son marché restent encore, et Henri IV les rappelait en se raillant : « Il ne s'est pas soumis ; je l'ai bien acheté. » Le roi fut assez habile pour donner à la Provence un gouverneur qui appartenait à la Ligue, le duc de Guise, nom aigié et catholique qui assura l'obéissance. Après Guise, le gouvernement fut confié à un Vendôme, prince gracieux, aux goûts poétiques : Malherbe, attaché à la maison du grand prieur duc d'Angoulême ', ami et commensal du savant P>onaventure Du Perier, lui adressa une de ses plus belles odes, écrite à Aix, en Provence.

Ta douleur, Du Perier^ sera donc éternelle? Et les tristes discours

1. Malherbe, né en Normandie, avait fait de la Provence sa patrie d'adoption.

Que te met en l'esprit l'amitié paternelle, L'augmenteront toujours?

Le malheur de ta fille au tombeau descendue

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale, oià ta raison perdue

Ne se retrouve pas?

Je sais de quels appas son enfance était pleine,

Et n'ai pas entrepris, Injurieux ami, de soulager ta peine

Avecque son mépris.

Mais elle était du monde où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L'espace d'un matin.

La Provence inspire les douces idées et les poétiques images I — Lors de la guerre des Princes contre la régence de Marie de Médicis, la Provence resta tranquille; il ne s'agissait plus d'une guerre de principes et de liberté municipale, comme sous la Ligue, mais d'une intrigue féodale . Marie de Médicis eut le bon esprit de respecter les privilèges des villes ; la Provence ne voulait pas d'autres libertés. Le cardinal de Richelieu, occupé à réprimer les calvinistes et les hauts féodaux , laissa paisible un pays fervent catholique où les nobles étaient moins puissants que les cités.

Anne d'Autriche et Mazarin n'eurent pas la

même habileté dans la répression de la Fronde ; le cardinal s'attaqua surtout aux chartes des villes, afin de centraliser l'administration sous la main de Louis XIY; la fière et indépendante Marseille s'indigna. Il se forma une conspiration municipale dont le chef fut Niozelle de Glandevès, et l'instrument populaire un prieur de corporation, André Capefigue. Les troupes royales entrèrent victorieuses à Marseille; le parlement d'Aix vengea le pouvoir de la couronne ; ses arrêts condamnèrent et flétrirent les dignes citoyens qui avaient défendu les libertés de Marseille et de la vieille Provence ; leurs maisons furent rasées, leurs terres semées de sel'.

Le gouvernement absolu de Louis XIV s'établit sur les débris des institutions municipales ; le roi, pour railler les habitudes de la Provence, voulut avoir, comme un bon bourgeois, ses bastides à Marseille. Il construisit de grosses et lourdes citadelles, le fort Saint- Jean et le fort Saint- Nicolas, dont le canon menaçait incessamment la ville ; jusque-là Marseille avait été gouvernée par des consuls et des podestats, noms chéris et républicains, comme dans les cités d'Italie ; le roi

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