‹ Les cours et les salons au dix-huitième siècleChapitre 15 sur 21 · ESPRIT DES SALONS · texte numérisé non relu

ESPRIT DES SALONS

Hâtons-nous de revenir aux philosophes. Parlons-en à notre aise, pour me servir d'une expression de Montesquieu.

Si je parle des philosophes, je prie le lecteur de se souvenir que je ne les confonds pas avec la philosophie. philosophie, philosophie ! ma langue s'attacherait à mon palais, si je ne te savais gré de tout le bien que tu as voulu faire depuis tant de siècles* Il y aurait de la barbarie à te chasser de nos foyers. En vérité, qui nous apprendrait à dormir, comme disait Montesquieu ?

c Les philosophes ont été dans tous les temps les plus honnêtes gens du monde, » écrivait Voltaire, au chapitre IX de son Traité de métaphysique. Il s'agit de savoir si nous ne trouverons pas, au xvm' siècle, quelque petite restriction à un éloge si magnifique. Suivant Le vis (p. 53), M me du Deffand divisait le monde en trois parts, les trompeurs s les trompés et les trompettes. Nous laisserons de côté et les trompés et les trompettes. Pla-

cerons-nous les philosophes dans la classe des trompeurs ?

Les philosophes n'ont cessé de protester contre les impertinences et les calomnies de leurs adversaires, et d'en appeler à la justice de la postérité. Hâtons-nous donc de les citer à la barre de l'histoire, et d'en faire le dénombrement à mesure qu'ils vont défiler devant nous.

Et d'abord place à la chaîne des dames !

A ces mots accourt celle que Voltaire appelait tantôt sa maman, tantôt sa femme, celle à laquelle il disait dans son Voyage à Berlin :

Vous, femme d'esprit sans travers, Philosophe de mon espèce.

Voltaire avait légué une année de ses gages à tous ses domestiques ; M me Denis ne voulut la payer qu'à un petit nombre; tous les autres en ont été frustrés. Elle avait pris l'engagement de donner cinquante louis par an à Wagnière ; elle ne lui remit pas une seule fois cette somme qu'elle lui avait promise. Bien plus, elle s'appropria un billet de six mille francs qu'elle avait reçu de Panckoucke pour le faire passer à Wagnière. Sur ces particularités empruntées aux Mémoires de Wagnière (p. 168 et 171), l'on pourra facilement apprécier le caractère de M me Denis.

Au tour de M me de Warens. Jean-Jacques Rousseau Ta louée avec tout l'enthousiasme d'un jou-

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venceau, la passion d'un amant, l'éloquence d'un ami. Mais dans un de ces moments où il descendait des sublimes régions de l'idéal pour habiter la terré, il dit, dans son Emile, qu'emprunteur ou voleur, c'est à peu près la même chose, quand on n'a rien, et il avoua, dans ses Confessions, que M me de Warens ne possédait auciAie propriété, ne vivait que d'une pension qui pouvait à chaque instant lui être supprimée, et qu'elle empruntait sans cesse pour entretenir des croquants, et régaler tous les passants, de sorte qu'elle mourut insolvable. Par conséquent ce n'était qu'une friponne, suivant Rousseau, quoiqu'il nous la vante comme une femme juste, bien née, se piquant de philosophie, aimant les choses honnêtes, ayant un cœur pur, des penchants droits et vertueux, un goût délicat. Profitons de la maxime de Rousseau pour juger M me de Graffigny et M lle de Lespinasse. Suivant Collé (t. II, p. 264), M me de Graffigny n'avait aucun ordre dans sa maison, ne vivait que d'intrigues et d'expédients, dépensait journellement au delà de ses moyens, et elle laissa à sa mort quarante mille livres de dettes que sa succession ne pouvait acquitter. Quant à M llc de Lespinasse, voici en quels termes M me du Deffand en parlait, dans sa lettre, du 9 juin 1776, à Walpole : « Elle a fait un testament olographe des plus parfaitement ridicules : elle charge son exécuteur, Dalembert, du soin de faire vendre ses effets, d'en employer le produit à payer ses dettes, et s'il ne suffit pas, elle compte sur Tais.

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