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mal faite, et avait des bras maigres qui étaient bien plus à cacher qu'à produire, et pour lesquels on inventa des manches longues qui furent appelées Amadis^ parce que mademoiselle Le Rochois les porta pour la première fois dans Fopéra de ce nom représenté le 1 5 janvier 1684. Elle n'avait de bien que deux grands yeux noirs pleins de feu et de passion qui, à certains moments, transformaient du tout au tout son visage et n'aidaient pas médiocrement à l'illusion produite par le charme de sa voix et la magie de sa déclamation K
Malgré cet extérieur peu séduisant, elle ne demeura pourtant ni sans galants ni sans amants. LuUi, tout le premier, fut assez amoureux pour être jaloux et le lui prouver à sa façon, une façon tant soit peu brutale. Quoique la taille de Marthe ne fût en aucun temps des plus sveltes, il parut un jour à Lulli qu'elle avait gagné en rotondité et en volume. Pour l'apaiser, l'actrice s'avisa de lui montrer un valet de pique sur le dos duquel était écrite une promesse de mariage signée Lebas, premier basson de l'orchestre. C'eût été le cas de s'écrier comme Ninon : « Ah! le bon bil-
1 Titon du Tillet, le Parnasse françois, p. 791.
let qu'a La Châtre! » LiiUi, pour toute réponse, déchire la carte en mille pièces et donne un coup de pied dans le ventre de la pauvre fdle, qui en fut quitte pour une fausse couche K Nous ne saurions, au juste, assigner de date à celle vivacité : il est à croire que c'était aux débuts de mademoiselle Le Rochois; elle devint plus exigeante dans ses relations et ne conserva pas par la suite cette candeur primitive. En 1686, Lulli la traitait d'une tout autre sorte, il lui adressait même un couplet de chanson plus que médiocre, mais des plus passionnés, auquel Chaulieu répondait par un impromptu où il s'extasiait sur le miracle d'une pareille conversion -; il est vra^ que le musicien en rimait un autre d'égale force pour Fanchon Moreau, qu'il appelait « adorable Scilla, » le nom du personnage qu'elle remplissait dans Acis etGalatée^. L'abbé de Chaulieu s'était laissé, plus que personne, séduire par le talent, la voix enchanleresse, le charme vainqueur de l'artiste,
^Anecdotes dramatiques (1775), t. I", p. 112.
2 Chaulieu, Œuvres (La Haye, 1777;, t. II, p. 94, 95.
3 Recueil de chansons historiques. Bibliothèque impériale. Manuscrits, t. VI, fo 97 (1686); t. XXVI, f» 27, 28 (1687;.
qui se fût contentée, comme il nous l'apprend, de son amitié, s'il n'eût pas été à cet égard plus exigeant qu'elle. Mais il n'y a pas à douter sur la nature de leurs relations, quoiqu'une chanson, faite à propos de ce voyage d'Anet, nous le représente bien moins comme un amant que comme un poursuivant incommode et dont on ne veut pointa Chaulieu, dans un madrigal à mademoiselle Le Rochois, marque d'une façon significative cette transition entre l'espérance et les droits acquise II la désigne habituellement sous le nom de Théone, l'un des rôles où elle lui avait paru le plus charmante. Mais, quel que soit le personnage qu'elle fasse, c'est le même enchantement :
Sous le nom de Théone elle sut m'enflammer; Arcabonne me plut, et j'adore Angélique, Mais quoique sa beauté, sa grâce soit unique ,
Armide 3 vient de me charmer.
Sous ce nouveau déguisement
1 Recueil de chansons historiques. Bibliothèque impériale. Manuscrits, t. XXII, f° 423, 124 (1686;.
2 Chaulieu, Œuvres (La Haye, 1777), t. II, p. 90.
'Théone, Arcabonne, Angélique, Armide, personnages de PhacHoUj, â'Amadis, de Roland et à' Armide.
Je trouve a njon Iris une grâce nouvelle. Fut-il, depuis qu'on aime, un plus heureux amant? Je poùte tous les jours, dans un amour fidèle. Tous les plaisirs du changement '.
Cette grande passion ne devait pas être éternelle; et nous verrons plus tard Chaulieu accepter d'autres chaînes et vivre sous d'autres lois. Quant à mademoiselle Le Rochois, elle aima après comme elle avait aimé auparavant, ce qui est dans Tordre; et elle se retira, lorsque vint rheure de la retraite, avec des économies, une pension de l'Opéra, une autre de M. de Sully, l'un de ses amants, se partageant à sa guise entre sa maison de campagne de Sartrouville-sur-Seine, à trois lieues et demie de Paris, et son petit appartement de la rue Saint-Honoré attenant au Palais-liovaP.
1 Chaulieu, Œuvres [La Haye, 1777;, t. II, p. 91. A mademoiselle B.R., sur la première représentation de l'opéra d'ARMiDE.
2 Elle avait quitté le théâtre en 1698. A sa mort, rAcadémie royale de musique voulut lui faire un service dans l'église des Petits-Pères de la place des Victoires. C'était compter sans M. de Noailles, qui envoya défense de passer outre. Campra dut descendre de la tribune avec ses musiciens; il leur fit chanter un de Profundis en faux bourdon sur le tombeau de Lulli. — Titon du Tillet, le Parnasse français, p. 493. — Mademoiselle Le Rochois fut enterrée
Le grand prieur avait pour maîtresse l'une des deux Moreau, car elles étaient deux sœurs, Louise et Françoise, vulgairement appelées Louison et Fanchon. Cette dernière, que le prince entretenait richement, était la mieux faite et la plus belle de toutes les actrices de rOpéra, s'il faut s'en rapporter aux récits contemporains ^ Elle débuta dans le prologue de Phaéton^ où sa jol^p figure, sa taille charmante, aidèrent à son succès autant qu'un talent qui, du reste, ne fut guère qu'au service des rôles secondaires. Louison, qui s'était montrée pour la première fois dans le prologue de Proserpine ^, était loin d'avoir les mêmes avantages extérieurs; elle semblait, entons cas, destinée plutôt à faire ressortir la beauté éclatante de sa cadette qu'à entraver ses amours et à aller sur ses brisées. C'est pourtant ce qui arriva. Il est vrai que ce fut par une sorte d'escamotage et de substitution de personne, qui n'eut rien, dans l'origine du
le 10 octobre dans l'église de Saint-Eustache, qui était alors la paroisse du Palais-Royal. — Mercure de France de novembre 1728, p. 2503.
1 Recueil de chansons historiques. Bibliothèque impériale. Manuscrits, t. VI, f» 97.
2 16 novembre 1680.
3 27 avril 1683.
moins, de flatteur pour la favorisée, si elle en eut tous les profits. L'anecdote est piquante, elle fît grand bruit, à cause surtout de l'acteur principal de cette petite comédie d'alcôve; elle est, d'ailleurs, ici pleinement à sa place , et| c'est plus de raisons qu'il ne nous en faut pour la raconter.
Monseigneur aimait Paris autant que son père le détestait, et s'y montrait souvent en compagnie de la princesse de Conti, sa sœur de la main gauche, pour laquelle il eut longtemps une affection plus c[ue fraternelle. Il ne manquait pas la représentation d'un nouvel ouvrage à l'Opéra, où il était bien reçu du public. A la première cVArmîde \ il se transporta de Choisy à Paris, avec Madame et la duchesse de Bourbon, et sans la Dauphine, selon sa coutume. S'il ne fut pas insensible aux beautés réelles du poëme de Quinault et de la partition de Lulli, il fut frappé infiniment davantage des charmes, de la grâce, de l'élégance de l'une des confidentes d'Armide. Nous avons dit plus haut que le personnage d'Armide avait été créé par mademoiselle Le Rochois, qui se surpassa. Elle
i 15 février 1G86.
avait grand besoin d'efforts, d'art et de passion pour ne pas se laisser écraser par ses deux confidentes, les deux plus belles filles de leur temps, mademoiselle Desmâtins et FanchonMoreau. Contrairement au reste de la salle, qai ne vit qu'elle, le Dauphin, en vrai profane, s'occupa infiniment moins de la magicienne que de sa suivante Phénice. Phénice c'était Fanchon ^ L'impression fut assez vive sur son épaisse imagination pour le ramener à Armide aux deux représentations suivantes^. Le prince, poursuivi par cette vision, sachant bien qu'il n'avait qu'à vouloir pour contenter ce caprice , s'en reposa sur Dumont, son écuyer, du soin de mener à bien une négociation qui n'avait rien d'épineux.
1 Mademoiselle Desmâtins remplissait le rôle de Sidonie , l'autre confidente. D'abord laveuse d'écuelles à l'auberge du Plat d'étain au carré Saint- Martin, mademoiselle Desmâtins, moitié danseuse, moitié chanteuse, avait fait ses débuts dans Persée, le 17avrill680, six mois après ceuxdeFanchonMoreau. — Histoire d\(, théâtre de l'Académie royale de musique en France, 1757 (par Travenol), 2^ partie, p. 89.— Castil-Blaze , Académie impériale de musique, 1855, t. I", p. 60. 61, 62.
* Dangeau, Journal, t. I, p. 296, 303, 311. 15 février, 1" et 17 mars 1686.
Quelques lignes envoyées chez les deux sœurs expliquaient ce quon attendait de l'une d'elles, et indiquaient le jour et l'heure ainsi que le lieu du rendez-vous. Cette aventure a été racontée de bien des manières : Saint-Simon, assez vaguement informé, pour sa part, a deux versions qui ne s'accordent que de fort loin ; il môle au jeu La Raisin, qui n'y est pour rien, et il semble ignorer, en revanche, le nom de la véritable héroïne ^ Nous ne sommes pas bien sûr d'avoir débrouillé le vrai de l'inexact, mais, différent dans les détails, le fait aboutit à un même dénoûment, et c'est le principal. Fanchon était absente lorsqu'on apporta le message ; Louison décachette la lettre et prend pour elle le compliment. Elle est introduite à l'heure dite chez Monseigneur. Dumont, s'apercevant de la méprise, vole chercher l'autre Moreau. Il était un peu tard; le Dauphin, qui n'y regardait pas de si près, s'il avait reconnu la substitution, s'en était accommodé, et Dumont ne réussit qu'à déranger tout le monde. La pauvre Fan-
* Saint-Simon, Mémoires (Chéruel), t. IX, p. 142, 143. — Dangeau , Journal [addition de Saint-Simon), t. IV, p. 364.— Dushesse d'Orléans, Correspondance complète (Briinet, 1855), t. 1", p. 44.
clion, malgré sa beauté, se vit congédiée avec dix louis qui lui furent remis pour son déplacement et qu'elle jeta de fureur au nez du malencontreux Dumont. « Plus ce conte est étrange, dit Saint-Simon, plus il mérite de n'être pas oublié, puisqu'il est vrai. »
Monseigneur, on le voit, était un singulier amoureux, et ses conquêtes achetaient parfois un peu cher l'honneur de ses bonnes grâces. S'il était sensuel, il était dévot et n'entendait pas se damner. Il fait venir un jour La Raisin à Choisy, et la confine dans un moulin, avec défense formelle, comme c'était jour de jeûne, de lui servir aucuns aliments. La cour partie, la pauvre fille dut se résigner, sous peine de mourir de faim, à de la salade et du pain rôti dans l'huile, qu'elle dévora, faute de mieux. Madame, qui raconte cette plaisante aventure, en parla au Dauphin et lui demanda à quoi il avait songé en faisant jeûner sa maîtresse : « Je voulois bien faire un péché, répondit-il, mais pas deux K » C'est là, après tout, moins une naïveté qu'on ne pense. Ne perdons pas de vue que le dix-
1 Duchesse d'Orléans, Correspondance complète (Brunet, 1855), t. II, p. 52.
septième siècle est un siècle religieux et croyant. Madame de Montespan, qui n'était pas naïve, tout en continuant ses rapports scandaleux avec le roi, jeûnait rigidement les carêmes et poussait le scrupule jusqu'à faire peser son pain. Et madame d'Uzès s'étant avisée de s'en étonner : « Hé quoi! madame, repartit la marquise, faut-il, parce que je fais un mal, faire tous les autres ^? »
Pour en revenir à Fanchon, il n'avait point tenu à elle quelle ne fût infidèle, et le grand prieur l'échappa belle. La Fare, que le peu de beauté de sa maîtresse semblait devoir protéger contre certaines infortunes, fut celui qui paya les frais de la guerre. Il est difficile d'admettre qu'il ignora cette petite aventure. En somme , elle ne fempécha point de faire légitimer, après la mort de sa femme, par lettres patentes du 18 mai 1695, Charlotte-Louise Moreau, la fille qu'il avait eue de Louison -.
Ce voyage n'était pas le premier que Monseigneur faisait à Anet. Nous l'y voyons pas-
' Madame de Caylus, Mémoires (Micbaud et Poujoulat), t. XXXir, p. 483, 484.
2 Le père Alexis.. Généalogie de la maison de La Fare en Languedoc { 1766), p. 29.
ser cinq jours au mois d'août 1685 '. En janvier suivan t, le caprice et l'ardeur de la chasse avaient si bien fait perdre de vue l'heure avancée et la distance, qu'on se trouva, quand il fallut songer au retour, infiniment plus prés de la demeure de M. de Vendôme que de Versailles. Les chevaux étaient rendus, les cavaliers étaient comme les chevaux ; le Dauphin eut bientôt pris son parti. Le duc étaità Anet depuis trois jours; il parut plaisant au prince de tomber chez lui comme la foudre et de courir les chances d'une réception improvisée -. Il savait qu'en définitive il trouverait un souper sortable et un bon lit, et, une fois au moins dans sa vie, il s'était rencontré dans une position pire. Un jour, entraîné à la poursuite d'un loup qui faisait faire du chemin à la meute et aux chasseurs, il s'aperçut qu'il avait laissé son monde derrière lui et n'était accompagné que du seul grand prieur.
1 Dangeau, Journal, t. I", p. 204, 205, 206.
2 Ces sortes de surprises étaient assez du goût du Dauphin. « Monseigneur, écrit Dangeau à la date du 7 juin 1709, après le conseil, alla courre le loup, et la chasse le mena si loin que le soir il se trouva près de Rambouillet, où étoit M. le comte de Toulouse, et il prit le parti d'y aller coucher. Monsei-
La nuit était venue, ou ne savait trop où l'on était; il n'y avait plus qu'à chercher un gîte, et le premier serait cehii auquel on s'arrêterait. Le clocher d'une église les sortit de peine, la maison du curé était auprès ; ils heurtèrent à la porte de celui-ci, qui, quoiqu'un peu surpris de cette visite inattendue, mit tout ce qu'il avait à leur service. Il restait hien un quartier de mouton ; mais, pour du vin, il n'y en avait point. Le bonhomme offrit d'en aller chercher au village ; mais il ne pouvait tout faire, il fallait qu'on l'aidât et que quelqu'un consentît en son lieu et place à tourner la broche; ce qui fut convenu. Le poste échut naturellement au grand prieur. Après s'être un peu dégourdi au coin du feu, Monseigneur se souvint des chevaux qui n'avaient pas mangé; il était indispensable de se mettre en quête de quelques fourrages. Il devait s'en trouver au grenier; le grand prieur dit au Dauphin ce qu'avait déjà dit leur hôte, qu'il ne pouvait veiller à la broche et être ailleurs, et que c'était à Monseigneur de prendre soin de leurs montures. L'on par-
gneur le duc de Bcriy, qui étoit avec Monseigneur à la chasse, y alla coucher aussi. » — Dangeau, Journal t. XII, p. 471, 47-2.
venait au grenier par une échelle, et les grandes bottes du Dauphin rendaient l'ascension périlleuse; il préféra troquer d'emploi avec son compagnon d'aventure. Le curé revint avec une provision qu'on partagea en frères, puis on parla de se coucher. Il n'y avait qu'un lit que le curé céda de bonne grâce : il en serait quitte pour aller demander l'hospitalité à l'une de ses ouailles. On se couche, on dort.
Le matin de bonne heure, le cor retentit. La suite du Dauphin avait battu les solitudes les plus reculées de la forêt sans résultat toute la nuit, s'écartant plutôt que se rapprochant du lieu où il avait trouvé un refuge modeste mais sûr. Le grand prieur se mit aussitôt à la fenêtre et ne tarda pas à être aperçu. Monseigneur, de son côté, est vite sur pied et rejoint la troupe fatiguée, inquiète, que sa vue ranime. Il n^ fut ];)lus question que de regagner Versailles, ce que l'on fit prestement, sans trop penser à remercier Fhôte obligeant à défaut duquel on couchait à la belle étoile et l'estomac creux. On ne se donna même pas la peine de retirer la porte ; si bien que ce dernier, en voyant sa maison abandonnée, crut tout d'abord qu'il avait eu afîaire à des
bandits et ne posa gii'en tremblant le pied dans son pauvre logis. Toutefois , chaque chose était à sa jjlace, son petit mobilier avait été respecté, ce qui le réjouit fort, mais l'étonna bien davantage. On voulut expliquer ce miracle par les mœurs mêmes des bohémiens qui, pour ne se pas voir impitoyablement refuser toutes les portes, considèrent comme sacré et inviolable le toit qui les a abrités : au moins l'interprétation était-elle plausible, et le bon curé s'en contenta. Une fois de retour à Versailles, l'on neut rien de plus pressé que de raconter les événements de la nuit. L'aventure amusa le roi assez pour lui inspirer l'envie de la pousser plus loin. Le prêtre fut mandé à la cour, ce qui ne laissa pas déjà que de l'embarrasser. L'interpellation du roi n'était pas de nature à le mettre à l'aise : Sa Majesté lui demanda s'il était bien vrai et comment il se faisait qu'il donnât la nuit asile à des larrons. Grandes protestations d'innocence de la part de notre homme qui n'avait pu soupçonner tout d'abord à quels gens il avait affaire. Si on les lui présentait, les reconnaîtrait-il? A cette question il répondit affirmativement. Le roi dit tout bas qu'on appelât le Dauphin et le grand prieur.
Le grand prieur vint le premier. Aussitôt le curé de s'écrier en Tapercevant : « Sire, en voilà un !» Et Monseigneur paraissant après : « Sire, voilà l'autre ! » Ce qu'il y avait d'étrange, c'était le respect de toute la cour pour ce dernier brigand. Le pauvre curé, tout simple qu'il était, en fut étourdi, il pressentit la vérité, et la façon dont il venait de s'exprimer à l'égard de ses hôtes ne contribua pas peu à lui faire perdre toute contenance. Le roi eut pitié de lui et, pour le tirer de gêne et payer le petit divertissement qu'il prenait à ses dépens, il lui dit qu'il le faisait son pensionnaire pour cinq cents écus. « Allez, ajouta -t-il, logez toujours dans votre maison de tels larrons, et ressouvenez-vous de moi dans vos prières K »
Les visites, les séjours se répétèrent. Un an après, mois pour mois, Monseigneur va passer à Anet six ou sept jours. Seulement, cette fois, M. de Vendôme ne recevra plus Monseigneur, il sera l'un des invités de Monseigneur. Les deux frères, en effet, sont portés
1 Bussy-Rabutin , Histoire amo^lyeuse des Gaulei (Jannet, 1858), t. III, p. 178 à 182. Le Divorce royal ou Guerre civile dans la famille du grand monarque.
8U1' la liste de ceux qui accompagnèrent le Dauphin dans ce voyage. « Vous vous étonnez, dit le rédacteur du Mercure, de trouver dans cette liste M. de Vendôme etM. le grand prieur; mais comme on n'est plus maître de sa maison lorsqu'un prince comme Monseigneur y va demeurer, U falloit que, pour y estre, ces princes fussent nommés comme les autres ^ » Ainsi l'avait ordonné Louis XIV, qui avait appris avec un mécontentement réel les prodigalités de l'année précédente et ne voulait point que le Dauphin entrât pour quelque chose dans le dérangement des finances de M. de Vendôme. Il envoya ses officiers à Anet, et toute la dépense qui s'y fit eut lieu en son nom et à ses frais. Tout se borna pour le duc a une table imique que tint constamment l'abbé de Cliaulieu; quant aux divertissements, ils durent être plus ingénieux que coûteux. C'étaient des idylles, des comédies et des entrées de ballets; pour dissimuler la pénurie des moyens, les poètes familiers et les beaux esprits d'Anet déployaient
^Mercure galant, septembre 1687, p. 241 à 269.11 n'est pas question de ce voyage dans Dangeau, ce qui s'explique par la lacune de tout un mois -dans
son Jo^i.rnal.
un savdîr-faire et des ressources que l'obstacle grandissait. Le roi avait défendu qu'on fit venir plus de trois comédiens, et il fallait que les petites pièces dont on régalait Monseigneur fussent conçues dans ce cadre borné.
On profitait du moment où le Dauphin était à la chasse pour débattre et arranger ces canevas. C'était chez La Fare , bien que Chaulieu présidât ces séances, que s'assemblait le conseil composé de M. le Duc, du prince de Gonti, du grand prieur, du marquis de Dangeau, de Gampistron , Palaprat, les deux Raisin et le comédien de Villiers *. Palaprat dont on joua h Grondeur au voyage de 1691, donne les détails les plus intéressants sur ces improvisations qui n'étaient pas faites pour se survivre, mais que l'à-propos, l'entrain des trois artistes rendaient charmantes \ Raisin, le mari de la maîtresse du Dauphin, acteur excellent, convive non moins parfait, fêté et caressé dans les meilleures compagnies à la ville comme à la cour,
1 Jacques et Jean-Baptiste Raisin. Jean-Baptiste, le cadet, débuta avec sa femme et de Villiers, le même jour, à l'hôtel de Bourgogne, en avril 1679.
2 Palaprat, Œuvres (Paris, 1712}, t. I , p, 177. Dis^
cours sur le Grondeur.
était l'oracle de ces réunions ; sa compétence était hors de doute, et l'amitié qu'on lui témoignait eût mis tout à fait à Taise un homme moins disposé à secouer toute contrainte. Il fallait, en effet, qu'il fût bien sûr de son autorité et de son talent pour songer à prouver à des gens de goût que son ami Boursault fût aussi vraiment poète que Molière. « Je dois ce soir, moi indigne, souper avec MM. de Vendôme, de La Fare, Tabbé de Chaulieu, et quelques autres de ce mérite, ou approchant, à qui j'ai dit que le votre ne paraissoit petit qu'à ceux qui ne le connaissoient point. Je leur ai soutenu que Molière dont les ouvrages ont tant de réputation, et si justement, ne faisoit pas mieux des vers que vous, et je me suis offert à les en faire convenir, sïls vouloient avoir autant d"équité qu'ils ont d'esprit. A vous dire vrai, je crois m'être un peu trop avancé... *» On doit encore savoir gré à Raisin de cette restriction. Palaprat et Campistron, les familiers d'Anet, étaient plus que ses amis, ils étaient ses obligés, ou de peu s'en fallait. Le premier avoue qu'il lui fournit, étant à
1 Boursanlt, Lettres nouvelJefi (1709», t. I", p. 262 à 270.
table, le sujet de sa comédie de l'Important ^ Quant à Gampistron, il logea chez Raisin, et vécut plusieurs années dans l'intimité des deux époux. On raconte à cet égard une petite anecdote assez curieuse. On venait de donner une pièce où Tactrice principale était habillée en homme. La Raisin, persuadée que le costume de cavalier lui eût été à ravir, et qui se piquait d'avoir la jambe belle, était au désespoir de n'avoir pas eu le rôle. Gampistron, pour la consoler, écrivit à son intention VAmante amant^ comédie en prose qu'il a constamment et à juste raison désavouée, mais qui fut pour l'actrice et son travestissement, et sa jambe sans doute, une occasion d'applaudissements et de succès '.
1 Palaprat, Œuvres (Paris, 1712), t. II, p. 298, 29D. Discours sur l'Important.
2 Campistron. Œuvres (1750), t. P^ Mémoire surlavie de M. Campistron, p. xiii. L'on a insinué que Gampistron, alors fort besogneux, puisait volontiers dans la bourse de l'acteur aux crochets duquel il eût vécu. « Circonstance injurieuse, objecte l'auteur du Mémoire. Outre ce qu'il recevoit de sa famille, qui étoit en état de l'entretenir, il tiroit beaucoup de ses parts d'auteur, quand on jouoit de ses tragédies.» — Les frères Parfaict, Histoire du théâtre français, t. XIII, p. 230. — Anecdotes dramatiques (1775), t. I'^, p. 14.
Dangeau a pu indiquer dans son Journal, les voyages successifs du Daupiiin à Anet; on nous saurait un mince gré d'entrer dans la nomenclature de ces fêtes, toutes un peu les mêmes, dont la chasse était le principal attrait, etquise complétaient par des ballets, des comédies et des actions lyriques*. Ces allées et venues, onîe conçoit, ne devaient que resserrer des liens d'affection qui, de la part du prince, tinrent delengouement. M. de A'endùme fut de toutes les parties de Choisy et ensuite de Meudon -, l'accompagnant à la chasse, et faisant avec M. de Conti et le marquis de Dangeau, sa partie de « culbas". » Le grand prieur le suivait chez Monseigneur, dont il était également bien reçu ; mais il ne fut pas longtemps sans gâter ses affaires auprès du Dauphin comme auprès du roi.
1 Du mois d'août 16S5 à février 1693, Monseigneur fit sept apparitions plus ou moins longues à Anet où le suivait toute la cour ; au point que Louis XIV se trouva parfois dans une presque entière solitude. —Voir Dangeau, t. I", II, III, IV.
2 L'échange de Ciioisy contre Meudon, appartenant à Barbezieux, fils de madame Louvois, eut lieu en juin 1696.
3 Dangeau, Journal, t. IV, p. 437, 442, 461; t. V, p. 16, 113, 253; t. VII, p. 26, .52.
C'était un de ces enfants perdus, un de ces étourdis terribles, partant au repos comme certaines armes à feu et vous tenant perpétuellement sur le qui-vive. Sceptique et cynique en toute matière , d'une impudence à ne reculer devant rien, il devait causer plus d'un embarras à son frère, qui, lui aussi, avec une audace à toute outrance, des mœurs inqualifiables, des vices affreux pratiqués en plein soleil, avait su conquérir, même avant les services , une affection et une influence que les succès rendirent sans limite. Nous n'avons jusqu'ici fait qu'entrevoir cette étrange figure du grand prieur, à laquelle appartient pourtant une place considérable dans ce récit. Il est temps de franchir le seuil du Temple et de prendre sur le fait ce petit troupeau d'épicuriens {si ce n'est pis), de vauriens charmants mais invétérés, avec cette forte pointe d'impiété et de pyrrhonisme qui sera le cachet du siècle prêt à naître.
Le Temple.— Madame de Coulanges s'y réfugie.— Aversion de madame de Sévigné pour le Temple. — Fête donnée par Bussy.— Hugues de Rabutin, grand prieur.— Son portrait. — Trois sortes d'habitants au Temple. — L'enceinte du Temple. — Le palais du grand prieuré. — Jacques de Souvré. — L'ordre des Costeaux. — Le marquis de Boisdaufin.— Saint-Evremond. — Le comte d'Olonne. — Le grand prieuré devenu l'apanage des bâtards de la maison de France. — Alexandre de Vendôme.— Sa réception dans l'Ordre. — Marie de Médicis y assiste.— Curieuses paroles de Henri IV.— Philippe de Vendôme.—Il obtient l'expectative malgré l'opposition des anciens.— C'est lui que La Bruyère a eu en vue dans le caractère de Théagèfie. — La société à la fin du xviie siècle.— Le grand prieur se laisse mener par ses maîtresses. — Lettre de l'abbé de Chaulieu à ce propos. — Madame de Bouillon.— Ses absences et ses exils. — Séjour forcé à l'abbaye de Saint- Martin de Pontoise. — Voyage de la princesse en Angleterre, — Réponse du roi qui l'exile de la cour et de Paris. — Vers que lui adresse le duc de Nevers.— M. de Nevers aime trop ses sœurs. — Il est poursuivi judiciairement par M. de Mazarin, son beau-frère. — Hortense en appelle de cette odieuse inculpation à la postérité.
Les souvenirs que le Temple éveille n'ont rien de souriant : il est difficile, en effet, que ce seul mot ne rappelle pas ou Tatroce bou-
chérie qui fut la Saint-Barthélémy de tout un ordre, ou le long martyre de cette famille infortunée destinée à payer de sa tête les fautes et les erreurs de tous. Quel cadre que ces deux drames, pour une succession de tableaux bachiques où la folie ne se marie que trop au sensualisme éhonté de la philosophie païenne ! Ne dirait- on pas de pauvres Teniers égarés et perdus dans toute une galerie de Zurbaran? Les ombres joyeuses du grand prieur, de Chaulieu et des autres doivent se trouver médiocrement à l'aise entre le spectre épique de Jacques de Molay et les cadavres de Louis XVI et de Marie-Antoinette. En tous cas, la tragédie ne pouvait que nuire à la comédie anacréontique , le sang qu'effacer sous sa pourpre sinistre la trace des libations effrénées. Que reste- t-il du Temple? Paris, en se renouvelant, en a effacé jusqu'àla dernière trace; et ce n'est pas sans quelque peine que l'historien réussirait à le reconstruire avec son enceinte, ses vieilles tours, sa physionomie étrange ; car le Temple fut, dans la ville, une ville à part, ayant ses règlements, ses lois, ses privilèges, ses franchises. Sa population, en 1789, ne s'élevait pas à moins de trois à quatre mille âmes. Elle
était d'essence fort variable et se composait de gens de tous les états ; cependant se divisait-elle en trois sortes d'habitants bien distinctes. D'abord, les grands dignitaires de rOrdre qui y avaient leur demeure et qui, avec quelques gens de qualité dont les hôtels étaient enclos dans les murailles du Temple, en formaient l'aristocratie. Ainsi, madame de Goulanges , revenue des vanités de ce monde, ira s'y confiner un peu bizarrement et au grand chagrin de madame de Sévigné qui en jettera les hauts cris : « Je n'ose vous parler de votre déménagement de la rue du Parc-Royal pour aller demeurer au Temple, écrit-elle à M. de Coulanges ; j'en suis affligée pour vous et pour moi; je hais le Temple autant que j'aime la déesse qui veut présentement y être honorée ; je hais ce quartier qui ne mène qu'à Montfaucon, j'en hais même jusqu'à la belle vue dont madame de Goulanges me parle. Je hais cette fausse campagne, qui fait qu'on n'est plus sensible aux beautés de la véritable et qu'elle sera plus à couvert des rigueurs du froid à Brévannes i qu'à la ruelle de son lit dans ce
1 Madame de Coulanges avait, à quatre lieues de Paris, à Brévannes, une petite maison, encore debout
chien de Temple ; enfin, tout cela me déplaît à mourir, et ce qui est beau, c'est que je lui mande toutes ces improbations avec une grossièreté que je sens et dont je ne puis m'empêcher'.... »
Madame de Sévigné était sévère envers le Temple qu'elle avait plus d'une fois visité du temps de Hugues de Rabutin, l'oncle du trop fameux Bussy et où ce dernier lui avait même donné une fête qui fit époque, « si belle et si extraordinaire, que vous serez assurément bien aise que je vous en fasse la description » , dit-il avec cet air avantageux qui ne le quitte guère. Cette description est curieuse pour nous en ce sens qu'elle est une révélation de la vie que Ton menait au Temple, vie qui n'avait rien de fort austère, comme on en pourra juger. « Premièrement figurez-vous , dans le jardin du Temple que vous connoissez, un bois que deux allées croisent à Tendroit où elles se rencontrent ; il y avoit un
à cette heure, et qui, en 1820, appartenait à madame G-ouflfé de Beauregard , mère d'Armand Gouffé. Il était dans les destinées de cette maison d'abriter des chansonniers.
1 Madame de Sévigné, Lettres (édit. Monmerqué), t. IX, p. 427. — Lettre de madame de Sévigné à M. de Coulanges. Lambesc, le 1" décembre 1690.
assez grand rond d'arbres, aux branches desquels on avoit attaché cent chandehers de cristal; dans un des côtés de ce rond, on avoit dressé un théâtre magnifique dont la décoration méritoit bien d'être éclairée comme elle Télfoit, et l'éclat de mille bougies que les feuilles des arbres empêchoient de s'échapper rendoit une lumière si vive en cet endroit que le soleil ne l'eût pas éclairé davantage ; aussi par cette même raison , les environs en étoient si obscurs que les yeux ne servoient de rien : la nuit étoit la plus tranquille du monde. D'abord la comédie commença, qui fut trouvée fort plaisante; après ce divertissement, vingt-quatre violons ayant joué des ritournelles jouèrent des branles, des courantes et de petites danses. La compagnie n'étoit pas si grande qu'elle étoit bien choisie; les uns dansoient, les autres voyoient danser, et les autres, de qui les affaires étoient plus avancées, se promenoient avec leurs maîtresses dans les allées où l'on se touchoit sans se voir. Cela dura jusqu'au jour, et comme si le ciel eût agi de concert avec moi , Taurore parut quand les bougies cessèrent d'éclairer. Cette fête réussit si bien qu'on en manda les particularités
partout, et à l'heure qu'il est, on en parle avec admiration ^ »
Bien que madame de Sévigné en fût le prétexte, ce divertissement de nuit n'était pas pour elle. Bussy avoue quil avait en vue cette madame de Monglas qu il aima tant et dont le souvenir le poursuivit bien des années, malgré tout ce qu'il se croyait en droit de lui reprocher. Madame de Sévigné était une prude fort accommodante, qui ne voulait pas pécher mais qui ne trouvait point trop mauvais qu'on péchât. Avec un homme de la trempe de son cousin, il était à craindre que, l'obscurité aidant, l'on ne se permît bien des libertés ; et Ton s'en passa la fantaisie, s'il faut en croire celui-ci. Mais qu'importe à qui ne prétend qu'à rire et qu'à s'amuser? Elle laissa aller qui voulut dans les massifs et dans les sentiers touffus, et jouit à sa façon et à la clarté des bougies de cette jolie fête où elle avait amené la marquise d'Uxelles, une de ses bonnes amies , qui n'était pas indifférente non plus àBussy. Pendant ce temps que faisait le grand prieur? Son neveu ne nous dit pas qu'il prît part à ces ébats. C'était un
* Bussy-Rabuiin , Histoire amoureuse des Gaules Jannet), t. I«% p. 341.
brave gentilhomme , à quelques fragilités près, peu versé dans les choses de la religion, moins surtout qu'il ne convenait à un grand prieur de l'Ordre, et que sa sauvagerie sans doute , bien plus que ses scrupules , tint éloigné de cette petite troupe d'évaporés et de folles. Un seul trait le peindra. Un accès de colère contre son chapitre détermina la fièvre qui devait l'emporter. A son lit de mort, on lui amena un rehgieux des Petits-Pères qui, assisté d'un compagnon, lui dit les plus belles choses sur le passage de cette vie dans l'autre. « Lorsqu'ils furent sortis d'auprès de lui, raconte Bussy, j'entrai et je lui demandai comment-il se trouvoit de ces gens-Là. « Fort bien, « me répondit-il: ils disent que j'ai l'attrition. » L'état où il ètoit m'empêcha de rire de la manière dont il me parloit de ces matièreslà. Je compris que ces bons pères lui avoient dit pour le consoler sur les affaires de l'autre monde, qu'il n'avoit pas encore la contrition, mais qu'il avait déjà l'attrition, et ce mot lui ètoit demeuré dans l'esprit sans qu'il en connût la force ; mais il se doutoit seulement que c'étoit quelque chose de bonL» Voilà
1 Bussy-Rabutin , Mémoires (Charpentier. 1857), t. II, p. 7, 8.
déjà un échantillon : tous les grands prieurs ne sont pas taillés sur ce modèle , sans en valoir, il est vrai, beaucoup idIus devant le Seigneur.
La deuxième classe d'habitants était composée d'artisans et d'ouvriers en assez grand nombre attirés par la franchise du lieu. Les bijoutiers abondaient, les bijoutiers en pierres fausses : ils fabriquaient des espèces d'émaux connus sous la dénomination de bijoux du Temple. Quant à la troisième catégorie, c'était une population mobile, bigarrée, appartenant à toutes les conditions et venue là pour échapper à des poursuites , qui devaient s'arrêter aux portes du Temple, toutes fois qu'il n'était question que d'affaires purement civiles, à moins encore que n'intervînt une lettre exprès de cachet du roi ^ L'on comprend que de pareils privilèges abritassent plus d'un abus et tirassent de gêne une foule de gens d'une moralité assez équivoque, dont l'afiluence d'ailleurs profitait fort aux officiers du grand prieur. Le chevalier de Vendôme
* Saint-Victor, Tahleau historique et pittoresque de Paris, t. ir, 2^ partie , p. 1121, 1122. — Hurtaut et Magny, Description historique de la ville de Paris et de ses environs, 1779, t. IV, p. 697,
avait un bailli, qui, s'il faut ajouter foi à des libelles du temps, n'avait pas trop à se plaindrede l'état de choses : « Sa charge, ajoutentils, ne lui coûte pas deux cents pistolles de premier achapt, et il n'est point d'année qui ne lui vaille plus de trois mille livres , tant cette retraite a été utile et nécessaire à tous les gens d'affaires, et nombre de marchands qui se sont trouvez dérangez de leur commerce par le malheur des temps*. » Bussy semble dire que les revenus du grand prieur allaient à plus de cent mille livres de rente. Ils furent réduits de vingt mille livres sous Hugues de Rabutin*. Toutefois, ce chiffre nous parait excessif , ils ne devaient pas s'élever en totalité à plus de cinquante-cinq à soixante mille livres, desquels il y avait à déduire pour vingt mille livres environ de charges'. Mais cela ne laissait point que d'être encore d'un assez beau produit à une époque où l'argent
1 Les Partisans démasquez (Cologne, 1707', 1" partie, p. 31.
- Bussy-Rabutin , Mémoires (Charpentier, 1857),