LA FORMATION D UNE ECURIE DE COURSE
A un sportsman qui serait désireux de former une écurie de course et qui me consulterait sur la façon de procéder, je répondrais simplement : Sur ce sujet, comme sur toute espèce de questions hippiques, les opinions varient beaucoup. Les uns disent : « Il faut élever » ; d'autres : c il faut réclamer » ; d'autres encore : t II faut acheter dans les ventes » .
Aucun des trois systèmes n'est le meilleur d'une façon absolue. Le mieux, je crois, est de les combiner tous, en opérant avec beaucoup de patience et de discernement.
Il y a d'abord à examiner ceci : Veut-on créer une écurie de passage ou une écurie de durée? une écurie de parieur ou une écurie d'éleveur?
Dans ces divers intérêts, les conditions ne sont pas les mêmes.
Je ne considère pas comme un « propriétaire », dans le cas qui nous occupe, le sportâman qui par-ci par-là réclame un poulain ou deux pour s'amuser. Il achète un cheval qui vient de gagner un prix, le remet dans un autre prix avec des animaux à peu près
de même catég-orie, essaye de refaire ce qu'a fait son prédécesseur, et, s'il réussit, passe la main. C'est comme un joueur de baccara qui voit la suite d'une, banque.
Il est bien rare que l'on s'enrichisse à ce jeu-là.
D'abord, avec un sujet de prix à réclamer qu'on remet à récla mer, il faut gagner tout de suite. Autrement on court après son argent, faisant d'autres tentatives, chaque fois obligé de parier pour se rattraper. Suivant ce système, on voit des chevaux de cinquante louis revenir à 5oooo francs.
Notons que ce qui emballe le plus, c'est qu'un cheval de ce genre est généralement placé chez un entraîneur qui trouve des excuses à toutes ses défaites et vous pousse à continuer jusqu'à extinction de toute illusion, ou de toute solidité des jambes de l'animal.
J'ai même une théorie à ce sujet : c'est qu'étant donnée l'intention de ne pas conserver longtemps le cheval qu'on réclame bon marché, il est absolument superflu de s'occuper de l'état de ses jambes. S'il gagne, si près de claquer qu'il soit, peu importe. S'il ne gagne pas, on pousse forcément moins loin l'aventure.
Un selling plater qui soufi*re d'une mauvaise jambe gagne parfois des séries de courses sans que personne le réclame, à cause de ladite mauvaise jambe. On n'est obligé de rien sacrifier du prix pour le reprendre : c'est une économie trouvée.
Mais nous avons dit, au début, qu'il s'agissait de monter une écurie, une écurie de durée, et nous nous demandions comment il fallait commencer. Autre méthode.
Il faut ne toucher aux prix à réclamer qu'avec une extrême réserve et ne s'attacher qu'à y découvrir l'animal que l'on suppose mis en vente au-dessous de sa valeur.
Un cheval d'un certain ordre, de bonne seconde classe, qui peut être un débarras pour une écurie pourvue de premiers sujets, fera bien l'affaire d'un commençant.
De bonnes réclamations se font souvent pour les poulains de deux ans dans des prix comme le prix de Cheffreville^ où les chevaux sont à vendre pour i5oooà75o6 francs. C'est dans ce
yjL.
. QUESTIONS D ELEVAGE. 2()
prix qu'en 1879 M. le vicomte de Trédern réclama Fil-en-quatre pour 7600 francs. Ce poulain, par Plutus et Fidélité, gagna dans son année de trois ans 8762 fr. 5o, i3ooo dans son année de quatre ans.
Henri Jennings, plus que tout autre, eut le monopole des réclamations fructueuses. Aurore, au duc de Fezensac, achetée 9200 francs en 1874, ^^ <^ui ^^ ^^74 ê^agna 38 687fr. 5o, dont 655 livres en Angleterre; en 1875, 67350 francs; en 1876, 9600 fr, — ce qui fait, pendant la durée de sa carrière, ii5637fr.5o, — fut, en outre, vendue très cher comme poulinière à M. C.-J. Lefèvre.
Un autre propriétaire assez heureux dans ses réclamations, il y a neuf ans, fut M. Maurice Walter, qui avait formé une petite écurie très utile, sous la direction de R. Count. On se souvient des succès de Saint-Georges et de Vestale, réclamée pour II 125 francs à Deau ville, et qui lui gagna 17639 francs dans l'année.
Fripon, acheté par M. Edmond Blanc, il y a cinq ans, à la suite de sa victoire dans le prix de Sylvie, à l'automne, à Chantilly, fut aussi une excellente réclamation : il lui a gagné près de 55 000 francs dans son année de trois ans.
Plus récemment Malgache, réclamé par iM. Petit, fut une acquisition hors ligne.
Malgré tous ces exemples, que je pourrais varier, je répète qu'il ne faut user des réclamations qu'avec une extrême réserve ; pour une excellente que l'on doit au hasard, on en fait dix qui tournent de travers.
Je ne conseillerai jamais à un propriétaire débutant de monter uniquement son écurie en chevaux de prix à réclamer, surtout s'il n'est pas parieur. Il me semble qu'à moins . d'une chance exceptionnelle, il n'y tfouvera jamais son avantage.
Le cheval de prix à réclamer peut être une distraction, un moyen de patienter et de montrer ses couleurs, en attendant qu'on puisse entraîner les produits d'un élevage en voie de formation. Mais c'est tout.
3o LES COURSES DE CHEVAUX.
De même qu'un amateur qui veut se faire une collection de tableaux ne doit pas se presser de monter sa galerie, de même un propriétaire doit s'attacher à bien choisir les sujets appelés à former le fond de son élevage, sous peine d'avoir beaucoup à réformer.
Il y a aussi d'excellentes occasions dans les ventes publiques. Pour ne m'attacher qu'aux chevaux de courses plates, puisque c'est la formation d'une écurie de plat qui m'occupe, j'ai des exceptions curieuses à citer.
En commençant par les faits récents pour remonter à de plus anciens, je trouve Mexico, acheté au Tattersall 12000 francs, si mes souvenirs sont exacts. Ce poulain, par Narcisse et Mab, élevé chez le comte Foy, a rapporté çn un an, à son heureux acquéreur M. Hawes, la somme ronde de 89525 francs.
L'histoire de Plaisanterie est légendaire et encore présente à toutes les mémoires. Cette fille de Poëtess et Wellingtonia, payée 800 francs au même Tattersall, a rapporté à ses propriétaires MM. Bouy et Carter, à deux ans,3i 35o francs, et à troisans, y compris le Cesarewitch et le Cambridgeshire , 241 55o francs, en tout 272900 francs ; elle a été payée 60000 francs, comme poulinière, dans une vente à Chantilly, pour le haras de M. Tatton Sykes, un des premiers éleveurs d'Angleterre.
Il me suffît de remonter un peu plus haut dans les annales des ventes pour trouver Nubienne, par Ruy-Blas et Nice, née en 1876, au haras de la Celle-Saint-Cloud, chez M^ L. Delâtre, et achetée au Tattersall 17000 francs par M. Edmond Blanc.
Nubienne gagna, dans son année de trois ans, 2o52oo francs, y compris le Grand Prix de Paris.
Le père de Nubienne, Ruy-Blas, fut acheté dans des conditions plus curieuses et qui méritent d'être contées, parce qu'elles sont probablement moins connues maintenant.
Ce fils de West-Australian, né en 1864 chez le duc de Morny, fut vendu aux enchères après le décès de son propriétaire et adjugé 900 francs à un amateur. M.' Porte, qui le confia aussitôt à Henry Jennings pour l'entraîner. La vente avait lieu au mois de
QUESTIONS d'Élevage. 33
juin. Au mois de septembre suivant, M. Porte, sur l'avis de son entraîneur, qui jug-eait le poulain médiocre, le vendit 3 ooo francs à Tamiable et n'apprit que plus tard, non sans une certaine surprise, qu'Henry Jenning^s en avait acheté la moitié.
Cette surprise s'accentua et fit naître des regrets bien explicables dans l'esprit de l'ancien propriétaire, quand Ruy-Blas termina sa troisième année avec un gain de 114850 francs, y compris le Grand Prix de Bade. Jamais le « sic vos non vobis » n'avait mieux trouvé son application.
Après avoir signalé les inconvénients du recrutement exagéré d'une cavalerie parmi les sujets qui sont offerts en prix à réclamer ou en ventes publiques, j'arrive à la conclusion nécessaire : la création d'un établissement d'élevage.
J'ai insisté sur les dangers du recrutement des chevaux parmi les selling platers, admissible seulement pour un propriétaire parieur. Ce n'est pas une écurie qu'on obtient ainsi, c'est un jeu de cartes. Dans les ventes publiques, quatre-vingt-dix-huit fois sur cent, l'acheteur est à la merci du vendeur, qui en sait long et ne liquide que des animaux dont il connaît parfaitement la médiocrité.
Il faut donc élever, e): pour élever la meilleure condition est d'avoir un haras à soi, d'être dans ses meubles. Tout le monde n'a pas eu au début, comme M. Michel Ephrussi, la chance de voir ses poulinières prises comme pensionnaires à Victot, où il a pu faire élever Barberine, Gamin et Bavarde.
Un haras à soi, voilà le rêve, et un haras spacieux. On trouve encore facilement à acheter des propriétés d'herbages en Normandie, d'autant plus facilement que, ces temps derniers, les éleveurs de bestiaux n'ont pas fait de brillantes affaires et n'ont pas mis la terre en hausse.
Pour le civet de l'élevage, il faut le haras, les poulinières et l'étalon. Le personnel vient après : il exige un bon choix, attendu que les soins à donner ne sont pas la partie la moins importante de l'entreprise.
Les poulinières peuvent être obtenues de deux façons : en les
achetant en France ou en les important d'Ang-leterre. Si on les fait venir d'Ang-leterre, autant les acheter pleines et essayer d'avoir Frolicsome et Light Drum, qui, saillies l'une par Georges Frederick et l'autre par See Saw^ vous donnent comme entrée de jeu Frontin et Little Duck.
On peut avoir aussi des poulinières en France. Poëtess, réformée par M. Aumont, a donné Plaisanterie,
Le système de nos- vieux éleveurs, qui consistait à croire que les jeunes mères ne donnent rien de bon, est démenti par des exemples comme ceux de Baretta qui produit Barberine, Basilique qui donne Bavarde, Australie qui donne Alger, et cela dès leur première saillie !
S'avisera-t-on de proscrire les poulinières âgées, je répondrai par l'exemple de Neiif Star, qui produit Ténébreuse à vingt ans, et de Destinée, qui produit huit mauvais poulains avant de donner Monarque, un vainqueur de Derby.
Je ne suis pas partisan d'importer des poulinières anglaises trop âgées : elles n'ont pas le temps de s'acclimater et sont comme Sycée, qui donne Swift en arrivant, et ne fait plus rien qui vaille.
J'ai entendu dire, par des éleveurs d'expérience, que des chevaux, poulinières et étalons, qui retournaient pour la reproduction dans le pays où ils étaient nés, y réussissaient plus sûrement et plus promptement.
Il vaut mieux, par suite, se créer un étalon particulier que d'en faire venir d'Angleterre à grands frais. Seulement pour cela il faut du temps et de la persévérance, beaucoup de persévérance, et quand on obtient le succès dans ces conditions, on peut en être doublement satisfait : on crée une race.
Il me sera facile de citer trois étalons d'avenir qui se sont récemment révélés, qui font déjà souche de bons chevaux et promettent de devenir pour leurs écuries ce que fut Vermout pour l'écurie Delamarre.
En étudiant le pedigree de ces trois chevaux, on n'est pas long à retrouver le sang de Monarque.
QUESTIONS d'Élevage. 35
Chez M. J. Prat, Faisan est par Moniteur II, par Monarque.
Chez M. le comte Le Marois, Narcisse est par Trocadéro, par Monarque.
Chez M.' Donon, Le Destrier est par la Favorite, par Monarque.
Pour résumer, il est sage d'aller piano en élevage, plutôt que de risquer à prix d'or des combinaisons de sang qui peuvent ne jamais réussir.
Quelles sont maintenant les contrées où le pur sang réussit le mieux?
Dans une brochure publiée en i865, l'année de la victoire de Gladiateur, par M. E. Houèl, inspecteur honoraire de l'administration des haras et l'auteur si apprécié de V Histoire du cheval chez tous les peuples de la terre, sous ce titre : Les chevaux français en Angleterre, l'auteur estime qu'il était naturel de prévoir qu'un jour la France arriverait à se mesurer presque à armes égales avec l'Angleterre. « La France, disait-il, possède dans son vaste territoire des contrées soumises aux mêmes circonstances jiaturelles de sol, de température et de climat. »
La question dominante en élevage est celle du sol et du climat ; pour arriver à façonner la race pure anglaise telle qu'elle est, avec ses aptitudes, sa conformation, sa taille, ses longueurs articulaires, il fallait rencontrer un milieu semblable. Or l'Angleterre est, par sa situation géographique, un des pays du monde les plus propres à produire la race occidentale dans son type le plus élevé; et encore, quand on parle de l'Angleterre, il ne faut comprendre que des contrées spéciales, comme le Yorkshire, le Middlesex, l'Irlande et quelques autres localités, car l'Ecosse, le Clydesdale, la Cornouaille et le midi de l'Angleterre sont impropres à la production du cheval de course.
Le problème à résoudre était donc de trouver en France des
contrées parfaitement analogues, sous tous les rapports, aux
meilleurs berceaux anglais, où le cheval pût rencontrer les mêmes
conditions et se couler pour ainsi dire dans le même moule.
Mais si l'Angleterre elle-même ne possède que quelques con-
trées spéciales propres à produire le racer dans sa plus haute expression, la France, précisément à cause de la beauté de son climat, de l'air plus pur et plus tiède qu'on y respire, ne pouvait pas être bonne dans toutes ses parties. Une seule contrée s'est montrée à la hauteur des circonstances : la Normandie.
Tous les chevaux qui ont lutté avec avantage contre les chevaux anglais sont des chevaux nés en Normandie. La Normandie seule, dans ses principaux berceaux et dans quelques contrées qui l'avoisinent, réunit toutes les conditions des berceaux anglais les plus favorisés ; et à cela rien d'étonnant, puisque cette province n'est pour ainsi dire qu'une portion de l'Angleterre, séparée seulement par un ruisseau qui s'appelle la ^Manche, ou plutôt l'Angleterre elle-même n'est qu'une partie de la France neustrienne détachée par un cataclysme. Ce sont les mêmes productions végétales, le même climat, le même sol, les mêmes zones de vents ; aussi les produits animaux soumis à leur influence doiventils nécessairement affecter la même conformation et participer aux mêmes qualités.
S'il y avait quelque différence, elle serait peut-être à l'avantage de la Normandie : l'air étant en général plus pur et moins chargé de vapeurs que sur la côte anglaise, l'animalité y prend un degré d'énergie, de vitalité, de densité de muscles plus grand, tout en gardant ces belles lignes, cette organisation puissante, cette taille élevée que donnent également et exclusivement les berceaux anglais et les berceaux normands.
On trouve inscrits comme enfants de la Normandie : Gladiateur, par Monarque et Miss Gladiator ; Gontran, par Fitz Gladiator et Golconde; Le Mandarin^ par Monarque et Liouba, non seulement tous nés en Normandie, mais issus de père et mère normands pour la plupart. Fille de l'Air était fille, petite-fîlle et arrière-petite-fîlle de juments nées en Normandie. Fitz Gladiator et Mofiarque étaient normands tous les deux. Plaisanterie, née en Normandie, était fille, petite-fîlle et arrière-petite-fille de juments nées en Normandie.
La grande majorité des chevaux de tête qui ont figuré
QUESTIONS d'Élevage. 3j
sur le turf français depuis cinquante ans sont nés en Normandie.
Inutile d'insister davantage. Je crois avoir donné des raisons suffisantes pour déterminer le choix de la contrée où la création d'un haras paraît le plus indiquée.
LES FRAIS d'une ÉCURIE DE COURSES
La conséquence d'un haras, ce sont les frais qu'occasionne une écurie, à moins d'élever pour vendre, ce qui est l'exception.
Un propriétaire auquel on annonçait la remise des courses pour cause de gelée disait avec une pointe d'amertume : « La gelée ! alors pas moyen d'utiliser les chevaux ; il n'y a plus que les frais qui courent ! »
Quelques notes peuvent donner à réfléchir et expliquer le découragement de certains propriétaires, poussés à disparaître de la scène du turf.
On citait, par exemple, un des derniers prix du Lac, qui avait réuni dix-sept partants, et s'était monté pour le premier à 12375 francs.
Douze mille trois cent soixante-quinze francs à l'avoir de l'élevage. Combien à son débit?
Le prix du voyage d'un cheval à Paris se décompose ainsi :
Billet de chemin de fer aller et retour (homme
et cheval) 14 ?o
Pourboires au départ et au débarquement. . . 2 •
Coucher de l'homme et sa nourriture (2 jours 1/2) 16 -
Location de box à 10 fr. par jour 20 »
3v3 LES COURSES DE CHEVAUX.
Voyage de V entraîneur.
Report. . 52 70
Chemin de fer aller et retour 7 5o
Nourriture . 10 »
Voiture pour aller aux courses . 20 >•
Pourboires 2 5o
Les quinze chevaux qui n^ont pas été placés
dans le prix du Lac ont donc coûté de ce chef. 2 890 5o
Leurs entrées 3ooo »
Les forfaits 1950 »
Les 10 pour 100 de Pentraincur i 287 »
La pension des quinze chevaux pendant un
mois à 210 fr 3 i5o •»
Total. . . . 12227 5o
Le prix du Lac, qui a rapporté àPélevage . . 12875 » Lui a coûté 12227 5o
Ce sont là des chiffres qui peuvent être discutés, mais qui ne doivent pas être loin de la vérité.
D'autre part, l'entraîneur, qui prend 210 francs de pension mensuelle par cheval, prétend joindre bien juste les deux bouts :
Un demi-homme par cheval 70
La sellerie. 8
Location de box, éclairage, etc . . 35
Part du premier garçon 14 »
Nourriture à 2 fr. 75 par jour 82 5o
D'autres détails sont encore instructifs. Veut-on savoir, par exemple, ce que peut coûter le déplacement d'un cheval en Normandie?
QUESTIONS d'Élevage. 3g
Voyjgre à Caen,
Chemin de fer (dieval) 36
— (garçon) lo
Pourboires d'embarquement et de débarquement. 3
Mêmes frais de retour 49
Déplacement du garçon d*écurie, i5 jours. ... 3o
Logement du garçon 10
Location de box .... 40
Frais de voyage de Pentraîneur 80
— du jockey 80
Voyage à Deauville.
Chemin de fer et pourboires, homme et cheval,
aller et retour 96
Déplacement du garçon, 8 jours 48
Logement du garçon ... 20
Location de box 5o
Voyage de l'entraîneur .... 35
Sa nourriture et son logement 200
Nourriture et logement du jockey 200
Il est bien entendu que les frais de l'entraîneur et du jockey diminuent en se répartissant sur plusieurs chevaux.
Il est certain que ces calculs, quelque bien établis qu'ils soient, pourront être toujours discutés. Je suis persuadé cependant d'avoir des chiffres à peu près justes.
Nous venons de voir que la pension mensuelle
d'un cheval de course coûtait environ par mois. 210 »•
Que le voyage d'un cheval à Paris revenait à. . . 55 »
En provmce, à Caen par exemple (déplacement
de 2 jours) 175 >►
A Deauville (déplacement de 8 jours) 3oo »
Ces chiffres n'ont pas été contestés et correspondent au relevé des notes qu'un propriétaire a bien voulu me communiquer.
Ils sont établis sur vingt-cinq chevaux à l'entraînement.
Nous supposerons que ce propriétaire a gagné dans l'année 400000 francs, et nous allons voir quel sera son bénéfice.
Voici d'abord ses notes par mois :
Janvier 4290 -
Février 4 180 -
Mars 8000 •
Avril 85oo -
Mai .... . 10453 •
Juin 9000 -
Juillet. . . . 8200 »
Août 18400 -
Septembre 12400 »
Octobre. . ioo5o »
Novembre 7 200 »
Décembre 7000 »
102 673 A ce total, il faut ajouter pour les 10 pour ifX) de Tentraîneur 400fx)
Je sais qu'il y a des propriétaires qui ne se soumettent pas au prélèvement de 10 pour 100 pour l'entraîneur. J'ai toujours entendu dire au baron Finot : < Je n'ai jamais voulu entendre parler de ce système; je n'ai jamais donné 10 pour 100 à Harper, et ça ne l'empêche pas d'avoir vingt mille livres de rentes! »
Il faut admettre que, sur trente poulinières, on n'aura, en moyenne, que la moitié de produits utiles. Il faut donc doubler le chiffre et le porter à 6800 •
Nous y ajouterons l'intérêt de 25 pour 100 sur trente poulinières qui n'auront pas coûté moins de 3ooooo, £oit par tête de jument. 2 5cx) »
QUESTIONS D ELEVAGE. 4I
On peut donc évaluer 8 à 9000 francs, le prix d'un yearling.
J'ai négligé, dans le calcul des frais du haras, de compter Pintérêt des 3ooooo francs du capital, représenté par les trente poulinières, ce qui augmenterait mon total de 75000 fr.
et le porterait à ■ . . . 294 273 -
En ce cas, le bénéfice du propriétaire qui gagne 400000 francs se trouverait réduit à 3i 727 fr.
Mais j'ai supposé un haras alimenté par les juments de l'écurie, et c'est pour cela que j'ai adopté le premier chiffre, qui ne serait évidemment pas exact dans un établissement de fondation récente et qui aurait eu à acheter ses trente poulinières.
En faisant le total des recettes et dépenses d'une écurie de courses, il faut cependant tenir compte d'un revenu qui a bien son importance-, puisqu'il se chiffre souvent par plusieurs milliers de francs à l'actif.
Il s'agit du produit des chevaux vendus à l'amiable et aux enchères, en ventes publiques ou dans les prix à réclamer, et qui vient en déduction des frais de l'année.
Des propriétaires, comme M. Lefèvre, vendent un grand nombre de chevaux, aussi bien à deux ans, au moment de la réforme, que dans le cours de leur carrière.
Les courses d'obstacles sont, à ce point de vue, assez utiles aux éleveurs : elles leur permettent de se débarrasser à des prix relativement avantageux d'animaux de seconde classe qu'il est devenu impossible d'utiliser en plat.
Le cheval de Handicap proprement dit ne trouve plus d'emploi dès qu'il a gagné un handicap ; on a donc avantage à le vendre pour l'étranger ou pour les steeple-chases.
Un poulain comme Prodigue II, par exemple, que M. Edmond Blanc vend à M. Et. Fould, fait rentrer 16000 francs dans la caisse de son élevage; il est au moins douteux qu'il les eût
gagnés l'année suivante, déduction faite des frais qu'il eût pu occasionner.
Cependant il est reconnu que les lo pour loo sont donnés par la plupart des propriétaires de courses plates.
Au chiffre de 142578
Nous allons ajouter :
Frais d'engagements 60000
— montes de jockeys .3oooo
— loyer et entretien de Pécurie 6000 »
Passons aux frais d'élevage, qui s'établissent ainsi, pour un haras composé de trente poulinières et deux étalons, et dans lequel on peut élever en moyenne vingt-cinq yearlings par an dans une centaine d'hectares de prairies.
Nourriture en herbe, trente juments,
A 5oo i5ooo »
Vingt yearlings à 3oo fr 6000
Avoine 12000
Paille 4500
Foin 65oo »
Six hommes à i 200 fr 7 200 •»
Frais de vétérinaire 1 000
Maréchalerie et sellerie 1000
Supplément pour le stud-groom i 000
— pour les étalons ; i 5oo
Nous ajouterons aux frais précédents. . . . 238573 » Et nous aurons un total de 294 273 »
Le propriétaire qui a gagné 400000 fr. se trouvera donc avoir un bénéfice de 105727 -
Le propriétaire qui ne gagnerait que 3ooooo fr. couvrirait à peine ses frais.
QUESTIONS d'Élevage. 40
Et maintenant, si l'on me demandait comment je pourrais étr.blir le prix d'un yearling, le calcul me paraîtrait assez simple.
La poulinière coûte par mois, à 3 fr. 5o par
jour I 277 5o
La saillie, en moyenne . 1000 »
Le yearling, jusqu'à 18 mois i 200 -
3477 5o Mettons pour arrondir 34CX) »
Des poulains comme Trident^ Consolidé^ Consigne et Quiteron II, dont M. Lefèvre s'est débarrassé, sont dans le même cas.
Je citerai encore Vanille et Valenciennes, parties de chez le comte de Bçrteux; Muffin, Speranza et d'autres, de l'écurie Rothschild; Étendard, Cassiopée et Sirop, de l'écurie Pierre Donon ; Café Procope, de l'écurie Schickler ; Bivar et Facteur, de l'écurie H. Jennings; Arlay et Béguin, de l'écurie de Juigné; Gamme, ào. l'écurie Michel Ephrussi; Contredanse, Cerito, Alida, Actéon, Spozo, Disfida, Guipure et la Malmaison, de l'écurie Lupin; Argot, Chevalier II et Lady Ray, de l'écurie Soubeyran.
Pour citer un exemple de l'importance que peut avoir la réforme d'une grande écurie, voici des chiffres concluants :