LES HARAS DE VIROFLAY ET DE VAUCRESSON
Le plus ancien de nos haras de France appartient au plus ancien et, en même temps, au plus célèbre de nos éleveurs.
Viroflay est à quelques minutes de Paris. On s'y rend comme à la campagne; c'est une promenade bien plus qu'un voyage.
La création du haras de Viroflay remonte déjà à une antiquité reculée, à une époque où les moyens de communication rapides étaient encore inconnus et où, par suite, il était nécessaire d'avoir ses chevaux à la porte des champs de courses.
Les temps sont bien changés! Aujourd'hui, on voit une de nos grandes écuries entraîner ses cracks à huit heures de la capitale et les envoyer la veille de chaque réunion.
Viroflay a appartenu à plusieurs sportsmen connus ; M. Rieussec, tué lors de l'attentat de Fieschi, et le comte de Morny.
C'est en 1867 que M. Lupin s'y est installé. Depuis cette époque, Viroflay, qui jusqu'à cette date avait vu naître peu de chevaux célèbres, a acquis, sous l'excellente direction de son nouveau propriétaire, une juste et lég-itime renommée.
Son installation est fort simple, sans luxe, mais bien comprise. De plus, on y trouve, d'une part, d'excellents étalons, de l'autre des poulinières renommées, et enfin une production hors lig:ne.
On sait que M. Lupin possède deux haras à proximité l'un de l'autre dans le département de Seine-et-Oise : le premier à Viroflay, le second à Vaucresson. Viroflay constitue l'établissement principal, où se trouvent logés le stud-groom Fanor, les étalons, des yearlings et des poulinières pleines dont le terme est proche. C'est là que s'opèrent la saillie et le poulinage. Vaucresson sert de station aux poulinières vides et pleines. Cette seconde propriété fournit un foin excellent, bien supérieur à celui de Viroflay ^t très profitable aux élèves.
Viroflay esta quelques minutes à peine de la station de ce nom, sur la ligne Paris- Versailles (R. G.).
Depuis que Dollar est mort, Xaintrailles est l'étalon de tête de l'établissement.
Xaintrailles est fils d'une mère dont presque tous les produits ont galopé ; sa demi-sœur, Enguerrande, a gagné la moitié des Oaks. Il n'est donc pas étonnant que lui-même ait eu la prétention d'enlever le Derby.
Ses galops à l'entraînement l'avaient mis en relief avant même qu'il parût sur le turf. Son propriétaire l'avait envoyé en Angleterre, afin que sa préparation ne laissât rien à désirer, et l'on disait à Newmarket monts et merveilles du poulain français. Aussi M. Lupin ne crut-il pas trop hardi de le faire débuter dans le Middle Park, et il s'en fallut de peu que cette audace ne fût couronnée de succès. Les deux favoris à 9/4 étaient Cora et Paradox, qui courait alors sous le nom de N. de Casuistry, Xaintrailles, à 7/1, venait après eux dans la faveur du ring. On offrait Melton à lo/i, bien qu'il eût déjà gagné les New Stakes à Ascot, et pris dans les July Stakes, à Newmarket, la seconde place à une tête de
PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 8i
Luminary. Melton fut vainqueur et Xaintr ailles eut la seconde place à une demi-longueur; il devançait lui-môme, d'une longueur et demie, Paradox et Royal Hampton, qui firent dead heat pour la troisième place.
C'était un beau début, et il n'est pas surprenant que Xain trailles ait gagné, deux jours plus tard, les Prendergast Stakes, où il partit favori à 4/9.
Il y battit sans aucune peine Rosy Morn, qui d'ailleurs lui rendait du poids, par suite de ses victoires dans les Richmond Stakes à Goodwood et les Woodcote Stakes à Epsom.
Après ces deux épreuves, le fils de Deliane partit grand favori à 5/4 dans le Dewhurst Plate, malgré la présence de Paradox, de Cora et de plusieurs autres adversaires qui n'étaient pas à dédaigner. Cependant Xaintrailles rendait quatre livres à Paradox, qui venait après lui dans la cote à 2/1 . Il fut battu facilement par ce dernier et se laissa même enlever la seconde place par Cora. Le résultat était encore assez satisfaisant, mais il fallait un peu rabattre des grandes espérances que Xaintrailles avait données.
Ainsi se termina pour lui la campagne de 1884. L'année suivante il vint en France disputer la Poule d'Essai. Sa réputation fit reculer tous ses adversaires, à l'exception de Reluisant et d'Anglomane. Jamais le champ de cette course ne fut aussi réduit. La belle apparence de Xaintrailles et ses succès antérieurs ne permettaient guère de douter de son triomphe. Il se contenta de suivre Reluisant, passa dès que son jockey le lui permit et gagna sans effort. Quelques jours plus tard, il battit The Condor et perdit en route Rigoletto dans le prix Triennal. Il n'eut pas moins facilement raison d'Extra et de The Condor dans la Grande Poule des Produits.
Ces victoires successives ne permettaient pas de douter du succès de Xaintrailles à Chantilly : il suffisait de l'y envoyer, pour enlever sans peine un prix de 112 000 francs. Le Derby anglais ne valait que cinquante livres de plus, et il fallait battre Melton, Paradox, Royal Hampton, Crafton, etc. Au point de vue de l'argent, l'hésitation n'était pas possible ; mais M. Lupin
jugea que rhonneur avait plus d'attraits et choisit le Derby d'Epsom, quelle que fût Tincertitude du résultat. Cette noble tentative, qui restera l'un des titres de M. Lupin à la reconnaissance des sportsmen français, fut malheureuse à tous les points de vue. Xaintraillefi ne gagna pas la course et arriva seulement quatrième; en outre, il reçut une atteinte en galopant, fut retiré du Grand Prix de Paris et ne reparut ^lus sur le turf.
Xaintrailles a donc disparu prématurément. Si courte qu'ait été sa carrière, on ne peut dire qu'elle ait été malheureuse, puisque en huit mois il a remporté quatre belles victoires. Sa bonne étoile a voulu que dans les grandes épreuves du printemps de i885 il fût débarrassé de la concurrence de Plaisanterie, qui n'y était pas engagée et à laquelle on ne peut cependant s'empêcher de donner la préférence sur Xaintrailles. Celui-ci n'en était pas moins un excellent animal, et c'est sans contredit le meilleur produit de sa mère. Les sommes gagnées par Xaintrailles s'élèvent :
En 1884, à 21800 »
En i885, à i52 55o »
Total général. . . 174350 »
M. Lupin a la plus haute opinion de Xaintrailles comme étalon. Ainsi qu'il a fait autrefois pour Dollar, il présente au fils de Flageolet toutes les poulinières qui peuvent lui être données conformément aux bonnes règles du croisement.
Xaintrailles occupe l'écurie de Dollar,
Dans son ensemble, Xaintrailles dénote une puissance rare, surtout dans l'arrière-main. De son grand-père, The Flying Dutchman, il tient un rein un peu plongé ; de son père, Flageolet, il a pris la belle inclinaison de l'épaule et l'encolure bien sortie. L'avant-main seule laisse un peu à désirer par l'imperfection du genou. La tête est remarquablement élégante; l'œil est vif et fier.
En résumé, Xaintrailles est un magnifique modèle de reproducteur. Je dois noter encore qu'il est d'une douceur remarquable.
A Viroflay les principales poulinières sont :
Fionie, Ermeline.
Pristina, Charmille.
Enguerrande, Verdoyante.
Un trajet de quarante-cinq minutes en voiture amène à Vaucresson, qui se trouve à proximité de l'hippodrome de La Marche.
Là, vingt et une poulinières sont à visiter.
M avis. Voilette.
Nixette. Mondaine.
Deliane. Astrée.
Yvrande et Carlotta, qu'un accident d'entraînement a empêchées de paraître sur le turf.
Salva.
Brienne.
Mademoiselle Clairon.
Cascatelle
Postérité.
Almanza.
Promise.
Pensacola.
Cornaline.
Isménie.
Anderida.
Voici les principaux états de service des poulinières du haras, qui pendant ces dernières années ont si bien marché sur les traces de leur illustre aïeule Jouvence :
Fionie, par Dollar et Finlande, a donné : en 1882, Gustave Wasa, par Montargis; en 1884, Malmo, par Consul-, en 1886, Christiana, par Wellingtonia.
Pristina, Y^diT Dollar et Pergola, a donné : en 1881, Primiero, par Vertugadin; en 1882, Presta, par Petrarch; en 1884, Cerito, par Nougat; en i885, Modena, par Nougat.
Enguerrande, par Vermout et Deliane, a donné : en 1880, N., poulain, par Blair Athol; en 1881, Ermengarde, psiV Flageolet; en i882,Josiane, par Salvator; en i885, Marigny, par Salvator.
Ermeline, par Dollar et Impérieuse, a donné : en 1878, Mélite, par Mars; en 1879, Évangéline, par Perplexe; en 1880, Flori-
sando, par Vermout; en 1881, Yvrande, par Montargis; en 1882, Erminio, psLT Plutus; en i883, Phôebus, par Saxifrage; en 1884, Alida, par Vermout; en 1886, Sidonie, par Saxifrage.
Charmille (à M. J.-L. de F. Martin), par The Nabob et Chantress, a donné : en 1881, Corona, par Dollar; en 1882, T/ze Condor, psiT Dollar; en i883, Corolla, psir Dollar; en 1884, Concordia, par Fontainebleau; en i885, Corredor, par Fontainebleau; en 1886, Fontanas, par Fontainebleau,
Nixette, par Gladiateur et Deliane, a donné : en 1879, Nadir y par Dollar; en 1882, Minette, par Salvator; en 1884, ^Iwaijr, par Salvator; en 1886, Nicolette, psiV Fontainebleau.
LaJoncJière, par Vermout et Deliane, a donné : en i883, Lubie, par Salvator; en 1884, La Malmaison, par Fontainebleau; en 1886, une pouliche, par Hermit.
Deliane, par 77ie Flying Dutchman et Impérieuse, a donné : en 1878, Enguerrande, par Vermout; en 1874, La Jonchère, par Fermow/; en iS"/ 5, Lusignan, par Ferwow/; en 1878, Gérard, par FermoM/; en 1879, i4ma<iû, par Ferwow/; en 1880, Florestan, par Vermout; en 1882, Xaintrailles, psLr Flageolet; en 1884, Belinda, par Flageolet.
Voilette, par Dollar et Gardevisure, a donné : en i885, Gwf- />wre, par Isonomy.
Mondaine, par Verlugadin et La Magicienne, a donné : en 1884, Contredanse, par Dollar; en i885, Raout, par Salvator; en 1886, un poulain, par Dollar.
Astrée, psir Dollar et £^/o//e Filante, sl donné : en 1882, Pléiade, pdiV Flageolet; en i883, Firmament, par Silvio; en 1884, i4c^e?o«, par FermoM/; en i885, Ethérée, par Nougat; en 1886, Aérolithe, par Nougat.
Salva, par Dollar, a donné : en 1881, Salvaia, par Montargis ; en i883. Savane, par Saxifrage ; en 1884, Libéria, par Nougat ; en i885, Disfida, par Nougat,
Mademoiselle Clairon, psir Dollar et Jeune Première, a donné : en 1884, Ff/re, par i^w/ Bto; en i885, Cythare, par Isonomy,
Postérité, par The Flying Dutchman et Partiel, sl donné :
en 1878, Prométhée, par Mars; en 1880, Pyrrhus, par Kingcraft; en 1882, Pythias, par Salvator ; en i883, L'Eslerelle, par Mars-, en 1884, Passe-Temps, par Fontainebleau-, en i885, Nanine, par Fontainebleau,
Promise, par Monarque et Mademoiselle de Chantilly, a donné : en 1876, Proserpine, par Plutus-, en 1877, Isménie, par Plutus; en 1881, Preiender, par Salvator; en i883, Sposo, par Plutus ; en 1884, Urgence, par Dollar ; en 1886, un poulain, par Fontainebleau.
Cornaline, par Boîard et Perla, a donné : en 1882, Coraline, par Salvator; en i883, Kohinoor, par Sa Ivator ; en 1884, Ophir, par Salvator; en 1880, Aventurine, par Salvator; en 1886, Aiguë- Marine, par Salvator.
Anderida, par King-Tom et H^ooicra//, a donné : en 1880, Rosalba, par Dollar; en 1881, Theodosia, par Dollar; en 1882, Arabella, par Dollar; en i883, Azèlia, par Dollar,
Brienne, par Dollar et Finlande, a donné Prytanée, par Petrarch, en i883
Cascatelle, par Dollar et Néréide, a donné : en 1878, Niagara, par Montargis; en 1879, Lagruna, par Glaneur; en 1881, Fra5ca/t, par Mirliflor; en i883, Aréthuse, par Gabier; en 1884, Naïade, par Gabier,
Almanza, par Dollar et Bravade, a donné : en 1879, Alonzo, par Vermout; en 188 1, Liria, par Flageolet; en 1882, Ortegal, par Plutus; en 1884, Oviedo, par Consul; en i885, Murcie, par Flageolet; en 1886, Algésiras, par Saxifrage.
Pensacola, par Dollar et Pergola, a donné : en 1880, Ontario, par Plutus; en i^i, Louisiane, par Flageolet; en i883, Trini- ^ai, par Vermout; en 1884, Mariposa, par ^f/vio; en i885, Columbia, par Nougat.
Isménie, par Plutus et Promise, a donné : en 1884, Achéron, par Dollar; en i885, Endymion, par Salvator; en 1886, Phlegethon, par Fontainebleau,
Perla, par Dollar et Pergola, a donné : en 1877, Cornaline, par Boîard; en 1879, i^w^ts par 3/ar5; en 1881, Diamantina, par
Cp LES COURSES DE CHEVAUX.
Elue Gown; en i883, P^r/fna, par Silvio; en 1884, Carlo tta, par Silvio; en 1886, Collana, par Stracchino.
Encantadora (à M. J.-L. de F. Martin), par Dollar et Charmille, a donné : en 1881, Encantador, par Boïard; en i885, Bivar, ipsLvfioïard; en i885, Eglinton, par T/îe ScottishChief; en 1886, Follow me Lassies, par T/ie Scottish Chief,
Xaintrailles a sailli; en 1887, pour son année de début, dix-huit poulinières.