LE HARAS DE CHEFFREVILLE
Cheffreville, Esprevilla, Chiffreville, c'est là que le comte de Berteux a installé son haras, un haras modèle, un des mieux situés et des mieux organisés que je connaisse. On s'arrête à Lisieux, d'où i5 kilomètres restent à franchir pour arriver à Ferr. vacques. Quand on estàFervacques, on est à Cheffreville ; les deux propriétés se touchent et sont traversées par la Touques, une des jolies petites rivières de Normandie, qui prend sa source, dans le Merlerault et vient se jeter dans la Manche au-dessous de Deauville, où j'avais eu déjà l'avantage de faire sa connaissance à l'époque des courses.
De Lisieux à Cheffreville, la route est très bonne et très agréable, même en hiver, où la nature est d'un ton un peu uniformément gris. On traverse les villages de Saint-Martin-de-la- Lieue, de Saint-Jean, de Petreville, pour passer devant Fervacques, dont le bourg, qui a toujours eu de l'importance, est situé dans cette vallée où Troyon a choisi le sujet d'un de ses plus jolis paysages. La description du tableau pourra donner celle des prairies du comte de Berteux : « Une prairie à l'herbe haute et touffue, sous un ciel vigoureux; une petite colline ferme l'horizon. Les vaches viennent s'abreuver à une rivière sur laquelle est jeté un pont, dont les piles disjointes sont à demi rongées par
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la mousse. Des chevaux galopent joyeusement à travers le pâturage. »
Mais n'oublions pas Fervacques, que nous venons de laisser sur la gauche et dont nous avons aperçu la porte, à arc surbaissé, accompagnée d'une étroite poterne, à laquelle correspond du côté opposé une niche cintrée. Il est de tradition que le roi Henri IV y séjourna. Est-ce en iSqo, pendant qu'il assiégeait Lisieux? Estce dans le voyage qu'il fit avec la reine en i6o3? Les historiens ne sont pas encore fixés sur ce point et il n'y a pas de raisons pour qu'ils le soient jamais. On montre néanmoins dans une mansarde le lit et les meubles de la chambre qu'il dut occuper. M. de Montgomery, qui possède aujourd'hui le château et l'habite, y a réuni nombre d'objets d'art et d'antiquités.
Fervacques a toujours sa halle en charpente au centre du bourg ; c'est une preuve de son ancienne importance que les habitants font bien de conserver.
Cheffreville n'offre un peu d'mtérêt que par sa petite église, dont quelques restes d'appareil en feuilles de fougère attestent qu'elle a été construite à l'époque romane. Le clocher se profile agréablement au-dessus des prairies du comte de Berteux, où les paysagistes les plus délicats trouveraient si bien leurs sujets.
Les bâtiments du haras se composent de la maison du maître, de la maison d'habitation du stud-groom et des boxes qui sont aménagés dans chaque prairie selon les besoins des chevaux. Tous les animaux d'un herbage y ont leur habitation, en sorte qu'ils peuvent sortir et rentrer sans avoir à faire un trajet de plus de 100 mètres et sans rencontrer d'obstacles difficiles à passer.
La maison du comte de Berteux n'est ni un château, ni même un cottage : elle est carrée et simplement bâtie en brique, comme les boxes, et très simple, sans la moindre corniche à corbeaux, sans le moindre mâchicoulis.
Mais à l'intérieur tout le confort désirable est réalisé. Le mobilier n'a pas de recherche, mais les cheminées chauffent bien, point très important à la campagne, et surtout en Normandie, et il y a une cave admirablement pourvue de vieux vins et d'une
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certaine eau-de-vie de Calvados, contemporaine de Mathusalem et dont on célèbre agréablement le centenaire après chaque repas.
Le comte est d'ailleurs un maître en Tart d'entendre et de pratiquer le confort et Thospitalité : on se souvient à tout instant qu'il habite TÉcosse une partie de Tannée et qu'il en rapporte les mœurs si appréciées des gens qui aiment à être bien reçus.
L'heureux propriétaire d'Upas vient assez fréquemment surveiller son établissement d'élevage, où l'œil du maître a tant d'importance ; il y établit son quartier général au moment de la campagne normande. Il y a souvent des amis, et leur assure bon souper, bon gîte et l'agrément de voir un lot de poulinières tout à fait sélect.
Mais depuis deux ans le comte abandonne le déplacement de Deauville pour se rendre en Ecosse, où il a loué un château féodal et une chasse seigneuriale. Blasé sur les agréments de nos sports de France, il se plaît à aller mener la grande vie sauvage dans les montagnes où pullulent les grouses. Il est à mille lieues de Paris, de ses affaires et de ses plaisirs; il ne reçoit plus ni lettres, ni journaux. Une dépèche ne lui parvient même pas; il se fait trappeur pour quelques mois.
Le comte ne s'en livre que plus volontiers, au retour, aux occupations de son élevage, qu'il a si bien mené et qui lui donne maintenant les résultats les plus satisfaisants.
Sa manière de nommer ses chevaux permet de mesurer la durée de sa carrière : il a parcouru l'alphabet ; ayant commencé par la lettre A, il en est maintenant au W.
Après avoir cueilli des épines au début, il en est maintenant aux roses. Ses poulinières sont triées sur le volet. Ses deux étalons, l'un de son cru, l'autre de son choix, lui assurent une excellente production et lui attirent un grand nombre de juments étrangères. Il est parti pour la gloire; il l'a atteinte, il la tient.
Dans l'intérieur de la maison, il a collectionné les portraits de toutes les célébrités du turf. Une galerie des plus beaux chevaux connus orne ses murs. Et ces types exceptionnels, il les voit en partie reproduits dans ses herbages.
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Pour améliorer le sol il n'a rien nég-ligé, non plus que pour améliorer le sang. Ses produits ne sont pas seulement remarquables par leur conformation, ils le sont encore par la netteté de leurs membres, d'où la tare est heureusement bannie.
Dans ces beaux herbages qu'arrose la Touques, qu'on a soigneuseusement enlissés et pourvus d'abreuvoirs, l'herbe pousse plantureuse, grâce à des travaux de nivellement et d'irrigation, pour lesquels aucuns soins n'ont été épargnés.
Les pouliches occupent une prairie de 5 hectares, dite l'herbage de Courson. Les poulains sont dans l'herbage du Mesnil.
Vingt poulinières occupent les différents logis du haras :
Julia Peel, par Amsterdam et Faraway, par Orlando, a été achetée, en 1872, à la vente du duc de Hamilton. C'est la plus âgée de la société. Elle a donné : Lancelot, par King-Tom, en 1874; MiOMcAe, par Tournament,en iSjS; Narcisse, par Trocadéro, en 1876; Orphéon, par Vermout, en 1877; Profilrole, par Mortemer, en 1878; Quarantaine, par Trocadéro, en 1879; Réflexion, par Guy Dayrel, en 1880; Statira, par Trocadéro, en 1882; Vatel, psiT Kingcraft, en 1882.
Duchess of Athol, par Blair Athol et Tunsdall Maid, par Touchstone, sl été achetée à la vente du capitaine Gray, à York, en 1871, Elle a donné : en 1872, Javottc, par Fortunio ; en 1873, Kate, psiT Suzerain; en 1874, Loisir, par Hospodar-, en 1875, Mantille II, par Dollar; en 1876, Noblesse, par Dollar; en 1877, Optimia, par Plutus; en 1878, Patchouli, par Plutus; en 1879, Queechy, pds Plutus; en 1881, Salomé, par Macaroni; en 1882, Troubadour, par Guy-Dayrell; en 1886, Xavier, par King- Lud.
Sultee^ par Weatherbit et Sacrifice, par Voltaire, vient de la dispersion du haras de Middle Park, à M. Blenkiron. Elle a donné : en 1878, Pagode, par Boîard ; en 1879, Québec, par Plutus; en iSQo, Revalescière, par Guy Dayrell; en i88i,»Ser/5Z5, par Guy Dayrell; en 1882, Thalie, par Perplexe; en i883, t/iine, par Vermow/; ew 1884, Velléda, par Narcisse; en i885, Wilhelmine, par Narcisse; en 1886, Jïtt//fw5, par Narcisse,
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Martinique, par Macaroni et Curaçao, a été payée i 3oo livres à la dispersion du haras de Cobham : c'est le type accompli de la belle poulinière. Elle n'a cependant pas réussi. On a eu d'elle : en 1881, Sumatra, par Dollar; en i883, Uriage, par King-Lud; en 1884, Varinas, par Guy Dayrell; en 1886, Xiphium, par/wlius Cœsar.
Ortolan, par Saunterer et Swallow, par Cotherstone, a été achetée en même temps que Martinique, dont elle a largement compensé les déceptions. Elle a donné : en 1880, Rome, par Blair Athol; en 1881, Sansonnet, par Dollar; en 1882, Tourterelle, par Perplexe; en i883, Utrecht, par King-Lud; en 1884, Vanneau, par Perplexe; en i885, Widgeon, par King-Lud, et en 1886 Xanthornus, paiV King-Lud.
Loadslar, par Saunterer et 5^55 Lyon, par Longbow, a été achetée à Doncaster en même temps que /^05e Mary, qui a été la bonne affaire des deux. Elle a donné : en 1878, Papillon, par Argile; en 1879, Quinola, par Plutus; en 1881, Sémaphore, par S y Mo; en 1886, Xinia, par Julius Cœsar.
Giselle, par Young Monarch et La//a /^oo/î, par T/^e Nabob. Elle a donné : en 1880, Refrain, par Capitaliste; en 188 1, .Sj/- />/rfie, par Guy-Dayrell; en 1882, Taglioni, par Guy-Dayrell: en i883, Ulysse, par King-Lud; en 1884, Viviane, par Gw^- Dayrell. La carrière de cette jument présente deux particularités. Courant dans le nord de l'Angleterre, en 1871, elle fut battue par Pompadour, dans un prix où M. de Berteux avait parié assez cher pour elle. Il y eut grande émotion quand on apprit presque aussitôt après la course que le propriétaire de Pompadour était mort dans la journée. On comprend facilement l'importance que présentait la constatation de l'heure du décès. Ou le propriétaire était mort avant la course, et alors Giselle était gagnante; ou il était mort après, et ça ne changeait rien au résultat. Malheureusement pour le comte, il était mort après, en sorte qu'il n'eut pas la chance de toucher ses paris.
La même Giselle, qui avait gagné le handicap fondé en l'hottneur du Shah de Perse, partit le soir même pour Abbeyille, où
elle enleva le handicap le lendemain; elle avait été embarquée immédiatement après sa victoire de Longchamp.
Hèmione, par The Nabob et Vhirl, par Alarm, est née à Cheffreville. Après avoir été essayée bonne, elle glissa un jour sur la neige â Chantilly et se démit le paturon. Elle ne parut ja-
Rose-Mary.
(D'après une photographie d« M. Dellon.)
mais sur le turf. Elle a donné : en 1875, Mésange, par Cymbal; en 1877, Orfraie, par Plutus, qui appartient à M. de Castelbajac et a produit Grand-Duc, par Vignemale, gagnant du prix de Viacennes, en i885; en 1879, Quiproquo, parP/aiws;en i88i, Tolède, par Guy-Darrell; en i885, Wolf, par Peler.
q8 les courses de chevaux.
Rose-Marx, par Skirmisher et Vertumna:, par Stockwell, a été payée 80 livres et ramenée d'Angleterre en même temps que Loadstar. Elle a donné : en 1875, Quolibet, par Plutus; en 1880, Rosa,psir Guy-Dayrell; en 1881, Sorgho, par Guy-Dayrell\ en i883, Upas, par Dollar \ en 1884, Volubilis, par Guy-Dayrell-, en 1886, Xéranthème, par Narcisse.
Dalnamaine, par Thormanby et Mayonnaise, par Teddington, a été payée 3oo livres à Stockbridge. Mayonnaise, qui gagna les Mille Guinées, est la grand'mère de Bruce; par sa fille Carine, qu'elle eut avec Stockwell, elle représente une des premières races d'Angleterre. Elle a donné : en 1876, Nymphe, par For/f ; en 1877, Onyx, par d'Estourmel; en 1878, Pékin, par Boîard; en 1880, /?iva/io, par Guy-Dayrell ; en 1881, Séraphine, par Guy-Dayrell; en 1884, Velours, par Guy-Dayrell ou Narcisse; en i885, Walter- Scott, par King-Lud; en 1886, Xanthorée, par King-Lud,
Astrea, par Adventurer et Adeliz, saillie par Altyre, a été achetée à la vente du haras d'Inverminster, après le décès de lord Wolverton.
Sorceress, par Rosicrucian et Bas- Bleu, par Stockwell, a été achetée à la vente après décès de Grayton. Elle est sœur de Blue-Gown par sa mère. On a eu d'elle : en i885, Wotan, par King-Lud, et en 1886 Xilander, par Narcisse.
Analogy, par Adventurer et Mandragora, par Rataplan, a été achetée yearling et payée i3oo guinées à la vente d'un clergyman. Elle a donné : en 1879, Quidam, par Westminster; en 1880, /?apidity, par Guy-Dayrell; en i883, Urbain, par King-Lud; en i885, Witchery, par Peregrine; en 1886, Jïbî5, par Narcisse,
Mantille II, par Dollar et Duchess of Athol, a longtemps servi de hack au comte de Berteux, à Paris. Puis il a trouvé que c'était un bien grand luxe de priver son haras de cette belle jument et l'y a envoyée. Elle a donné : en 1886, Xativa, par King-Lud.
M. de Berteux a gardé trois filles de Duchess of Athol, une de ses juments préférées : Mantille II, Optimia et Salomé.
Optimia, par Plutus et Duchess of Athol. Elle a donné : en 1884, Véturie, par Guy-Dayrell, et en 1886 Xanthos, par Pe/er.
PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 99
Mis-; Hannah, par King-Tom ou Favonius et Chopette, par North Lincoln, a. été achetée l'année dernière à Lord Roseberry. Hannah est le nom d'un des enfants des Rothschild de Londres.
Queen, par Plutus et La Dauphine, par Stockwell. La Dauphine est la tante de Tristan. Tristan était par Thrift, et Thrift par Braxex, mère de La Dauphine. Queen a donné : en 1884, Vanda; en i885, Westphalie\ en 1886, Ximo,
Rome, par Blair Athol et Ortolan, est le premier produit de cette bête surprenante, qui pourrait prendre pour enseigne : « A tous les coups l'on gagne ». Elle a produit : en i885, Wasp, par Peregrine, et en 1886 Xérès, par King-Lud.
Salomé, par Macaroni et Duchess of Athol, n'a encore rien produit.
Statira, par Trocadéro etJuliaPeel, propre sœur de Narcisse.
La qualité des étalons correspond à celle des poulinières. Ils sont deux pour le moment qui se partagent l'honneur de mêler leur sang aux sangs les plus illustres : Upas et King-Lud.
Ils ne se ressemblent en aucun point et tous deux ont leurs mérites, qui sautent aux yeux des connaisseurs.
Les performances de King Ltid étaient faites pour attirer l'attention d'un propriétaire français. A trois ans il avait été quatrième dans les Deux Mille Guinées derrière Prince Charlie, Cremorne et Queen's Messenger, troisième dans le Saint-Léger, derrière Cremorne et Laburnum. A quatre ans, il avait gagné de deux longueurs le Césaréwitch sur 84 partants. Il avait battu facilement de trois longueurs Kingcraft dans un match sur 1600 mètres. Il avait gagné le même jour à Shrewsbury le Newport Cup et le Shrewsbury Cup.
A cinq ans, et ce fut la 'course qui le désigna surtout au choix de M. de Berteux, dans l'Alexandra Park il avait gagné d'une encolure, battant Boïard et Flageolet. Il avait rendu une livre anglaise à Boïard.
M. de Berteux, qui va souvent en Angleterre et se tient très au courant de ce qu'il est possible d'acheter pour augmenter utilement sa collection, se mit en rapport avec le propriétaire de
lOG LES COURSES DE CHEVAUX.
King-Lud et le lui loua 700 g-uinées 4)our la première année. Deux ans après, il l'acheta. On objectera qu'il eût pu l'acheter tout de suite et qu'il eût ainsi réalisé une économie. C'est une opinion qui n'est pas la mienne. Je trouve que s'il y a un « essai loyal » utile à faire, c'est encore mieux celui d'un étalon que celui d'un gouvernement.
On ne manque pas d'exemples d'étalons anglais importés qui ont empoisonné l'élevage. Le propriétaire qui les possédait les utilisait quand même et persévérait dans le mal ; s'il avait eu le cheval en location, il s'en serait débarrassé dès la première année.
Tout en possédant deux étalons de cette valeur, M. de Berteux, qui vraiment ne s'endort pas dans le calme de la routine, envoie chaque saison quelques-unes de ses bonnes juments à des étalons anglais.
Il aime assez Hampton, par Lord Clifden et Lady Langden. C'est, en effet, un étalon avantageux d'une saillie de 100 livres, avec des performances très respectables, bien qu'il ait couru à vendre à deux ans, dans un Two Years old Selling Stakes à Brighton, où son propriétaire le racheta pour i5o guinées. Il a gagné. à trois ans le Great Welcome's Handicap à Croydon, les Great Metropolitan Stakes à Epsom. A quatre ans, il a gagné les Goodwood Stakes. A cinq ans, ce fut la belle période de sa carrière : il a gagné 8 courses sur 10 : le Northumberland Plate à Newcastle; le Goodwood Cup, où il battait Petrarch; le Doncaster Cup, le Kelso Gold Cup, deux Her Majesty's Plate ; le Caledonian Centenary Cup à Edimbourg, et un Her Majesty's Plate à Windsor. A cinq ans, il gagne encore le Her Majesty's Plate à Northampton ; l'Epsom Gold Cup, battant Vermeil; It Her Majesty's Plate à York; le Her Majesty's Plate à Newmarket.
Voilà des états de service qui ne sont pas à dédaigner et qui n'ont pas échappé à la clairvoyance du propriétaire d'Upas. Il a envoyé deux juments à Hampton; toutes les deux sont revenues pleines ei ont été admirablement soignées, ce qui est encore à considérer.
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Le comte de Berteuxaime bien que tout marche; en cela je Tapprouve. Il surveille de près son affaire et ne s'entortille pas, comme on dit, dans les feux de file. On Ta vu par exemple, en i885, prendre une détermination énergique et faire dans son écurie une liquidation des plus fructueuses. D'un lot qui n'avait plus rien de sérieux à récolter, il tira une somme importante et ne garda que les deux chevaux dont personne ne voulut et qui furent précisément les meilleurs : Télétnaque et Tourterelle. C'est si délicat à mener une écurie de course ! Le comte de Berteux possède avant tout le secret de se faire admirablement servir, sans s'aliéner pour cela l'affection de ses serviteurs. Il les a tous « dans la main », très dévoués et pour la plupart vieillis sous le harnais.
Son stud-groom, Watkins, compte parmi les plus anciens et les plus zélés ; c'est lui qui mène le haras. Quand je dis « qui mène », c'est une façon de parler; car, en réalité, il n'est qu'un fil dans la main de son chef.
J'ai emporté de Cheffreville l'impression qu'on emporte de l'examen d'une œuvre longtemps étudiée, patiemment conduite et qui justifie le vieil axiome : Fints coronat opus.