‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 19 sur 76 · LE HARAS DE BOIS-ROUSSEL · texte numérisé non relu

LE HARAS DE BOIS-ROUSSEL

Situés dans la commune de Bursard, à plusieurs lieues d'Alençon, le château de Bois-Roussel et son haras se distinguent par une simplicité rustique et champêtre. Le luxe en est banni : les dépenses improductives y sont demeurées inconnues, et Ton ne saurait songer sans injustice à en faire reproche à son propriétaire, qui a consacré son existence à Télevage et dont tous les efforts tendent à améliorer chaque jour, par des soins incessants, la race pure. Le comte Rœderer compte parmi les meilleurs éleveurs de France. .

Le château de Bois-Roussel appartient, depuis le commencement du siècle, à sa famille. Son grand-père, sénateur de l'Empire, l'avait acquis vers i8i5 et, quelque trente années plus tard, son propriétaire actuel, le comte Rœderer, est venu en prendre possession. De i85o à 1860, on ne faisait que de l'élevage à Bois- Roussel; la plupart des produits étaient vendus; quelques-uns cependant, en petit nombre, étaient envoyés à l'entraînement et couraient sous les couleurs, de leur propriétaire. Depuis 1860, cette situation est changée. Par suite d'une entente intervenue avec la Société à la tète de laquelle se trouve M. Henri Delamarre et dont l'écurie de courses porte les couleurs, Bois-Roussel prend en^ension tous les étalons et poulinières de la Société, ainsi que les produits auxquels ils donnent le jour. Le comte Rœderer en demeure le propriétaire et le fermier; l'écurie Delamarre en est indépendante et possède son petit haras privé à Gouvieux, où se trouvent quelques poulinières.

Le château fait face au haras, dont les herbages, qui ont plus de 200 hectares d'étendue, sont connus et renommés dans la contrée pour leur remarquable fertilité. Les massifs du parc les garantissent des vents du nord.

■ii

Sur la g-auche, une vaste serre sépare le château des écuries, devant lesquelles s'élève la maison du régisseur.

En visitant le haras de Bois-Roussel, il est impossible de ne pas évoquer le souvenir de Vermout, né la première année de la création de l'écurie Delamarre, où il a fondé sa brillante dynastie.

Vermout est mort après s'être encore acquitté de ses devoirs d'étalon au printemps de 1886.

Il s'est éteint doucement, laissant à l'un de ses produits, Vigilant^ le soin de lui succéder à Bois-Roussel. Sans avoir eu, à beaucoup près, le succès de son père, Vigilant a fait preuve de qualité en enlevant la Grande Poule des Produits. Son accident' en courant le prix du Jockey-Club empêche de se prononcer exactement sur son compte; mais il ne serait pas impossible qu'il suivît dignement les traces de son père.

Idus est le deuxième étalon du haras, ou, pour mieux dire, il y sert principalement de boute-en-train et n'a jamais eu que deux ou trois juments. Eu égard à ce petit nombre, il a relativement bien produit. Le Nôtre^ Sévigné, Anglomane et, en dernier lieu, Vasistas étaient de jolis poulains, doués de qualités incontestables.

Sans vouloir comparer Vasistas à Gladiateur, je ne crois pas sans intérêt de rappeler que, comme le héros d'Epsom, il est dû à un de ces hasards de croisement qui donnent parfois de grands vainqueurs. On se souvient que Véranda avait été envoyée à Bois-Roussel à la suite d'un accident de course très grave. Elle s'était allongé les pâturons et ne marchait qu'à grand'peine. Vers la fin de sa carrière, elle était à ce point estropiée, que l'on jugea suffisant de la donner à Idtis. C'est comme ça qu'est né le vainqueur du Grand Prix de 1889, vendu ensuite iSoooo francs en Angleterre.

Véranda mourait peu de temps après la naissance de Vasistas, justifiant par un heureux hasard la règle à peu près suivie à Bois-Roussel, de ne pas se défaire des vieilles juments qui, avant de passer de vie à trépas, peuvent se signaler par une naissance d'éclat.

Il8 LES COURSES DE CHEVAUX.

Les poulinières et les produits de l'année sont enfermés dans difîérentes écuries, voisines des différents herbages où ils sont lâchés tout le long- de la journée. Chaque prairie porte un nom distinct : le Pré Vermout, le plus riche, où le grand étalon a fait ses premiers galops ; les Grands Jarriers, le Pré d'Essey, le Pré Mare, etc.

Mais ce que j'indiquerai particulièrement comme une des installations ingénieuses et très pratiques de Bois-Roussel, ce sont

des bâtiments en forme de champignon, couverts d'un toit de chaume très descendu. Au centre du bâtiment, bien placé dans chaque prairie, sont enfermés les ustensiles de pansage; le pourtour est divisé en plusieurs compartiments dont les portes sont faciles à ouvrir ou à fermer : ce qui simplifie le service pour la sortie et la rentrée des poulains et permet de réduire le personnel sans que pour cela les soins soient le moins du monde négligés.

Les poulains prennent si bien l'habitude de rentrer chacun dans leur case, que l'intervention du stud-groom devient une simple surveillance.

Parmi les poulinières de Bois-Roussel, les disparues ont un passé glorieux. Qu'on en juge. Lady Clocklo, qui a produit Clotho, Clos- Vougeot, Clotaire ; Agar, qui a produit Papillote et Bois- Roussel ; Reine Blanche, qui a produit Florentin ; Vermeille^ qui a produit Vermouth Vertugadin, Verdure, Vérité, Vérone; Papillote, qui a produit Patricien, Palmyre; Vera-Cruz, qui a produit Véranda, Versailles-, La Bossue, qui a produit Boïard, Boréal; Anecdote, qui a produit Apollon, Anglomane; Cantonade, qui a produit Campêche, Cadence; Fidélité, qui a produit Friandise,

oR

i Jiy ^)

PRINCIPAUX ÉTABLISSEMENTS d'ÉLEVAGE. 121

Firmin; Virgule, qui a produit Vinaigrette, Vizir, Vigilant; Véranda, qui a produit Vasistas.

Voici le recensement des juments présentes au haras le r' janvier 1890 : Clotho, qui a produit Clélie, Clio, Clodoald, Cléodore; Vipère, qui a produit Viveur, Vistule, Le Loup Blanc ; Palmrre, qui a produit Palamède; Versailles, qui a produit Le Nôtre, Sévigné; Extra, qui a produit Exploit; Chloris, qui a produit Chlamyde; Vinaigrette, Vistule, Clélie, Friandise, et une douzaine d'autres mères.

Un détail à noter. L'effectif de la jumenterie de . Bois- Roussel n'a jamais varié : il a toujours été de vingt-cinq poulinières.

D'ailleurs l'écurie Delamarre, constituée en 1860 et qui a complété ses trente ans d'existence à la fin de 1889, a fonctionné tout le temps dans les mêmes conditions : même effectif, même élevage, même entraîneur.

Pendant cette période de trente années, Técurie a gagné en courses 4 53oooofr.

Et vendu des chevaux pour i 872 000 fr.

Soit par an en moyenne en prix iSiooofr.

En ventes de chevaux 62 400 fr.

Elle a fait courir 295 chevaux différents

Qui, ayant gagné ensemble 4530 000 fr., ont gagné par tête. i3 36o fr.

Mais comme, sur les 295 chevaux mis en ligne, io3 n'ont

rien gagné, cela porte la moyenne du gain des autres à. . 28 63o fr.

Les trois juments dont les descendants ont enlevé les plus gros prix, sont : Vermeille, mère de Vermout, morte depuis quatre ans, dont les produits ont rapporté 709000 francs; La Bossue, mère de Boïard, dont les produits ont gagné 641000 francs; et enfin Clotho, née en 1866, qui jusqu'à ce jour, avec sept produits, a rapporté 3o8ooo francs. Clélie et Clio surtout ont contribué pour une large part à ce chiffre élevé.

Parmi les poulinières actuelles du haras, Verte Allure a déjà produit, avec Volte-Face, Verduron, Ver lion et Verte Bonne, un total de 188000 francs.

En dix produits, Victorieuse a donné i25ooo francs; avec trois produits, Anecdote a dépassé looooo francs, et les descendants de Vipère, sans compter Le Loup-Blanc, atteindront prochainement 5oooo francs.

Page 1