LANGÉ ET L'ENTRAINEMENT DES STEEPLE-CHAS ERS
Langé passera sans doute à la postérité, et c'est au baron Finot qu'il le devra.
Lange est un centre d'entraînement, isolé dans la campagne. et son aspect le distingue des autres établissements de même nature.
De chaque côté du château, de vastes remises étendent leurs ailes pour abriter les chevaux.
Derrière le cbateau se trouve une longue allée d'entraînement dont la pente rapide est brusquement coupée à mi-côte par un contre-haut, à peu près semblable à celui du parcours des Bretons à la Marche. Les chevaui sont obligés de le sauter, et c'est le premier obstacle qu'ils rencontrent.
Chacune des nombreuses prairies où se dressent de longs peupliers est entourée d'eau de tous côtés : dans l'une d'elles, on remarque une haie; dans l'autre, une barrière fixe, un talus que les chevaux franchissent naturellement, s'habituant ainsi d'avance à leur nouveau métier.
ig6 LES COURSES DE CHEVAUX.
On éprouve, en visitant Langé, une sorte de désillusion. Il semblerait que, pour tant de victoires remportées, on y possède le secret d'un entraînement spécial.
Il n'en est rien. On entraîne à Langé comme à Chantilly, comme partout. Les moyens employés sont pareils, il n'y a que l'entraîneur et ses élèves qui diffèrent. Les chevaux font eux-mêmes leur premier dressage : ils sautent en liberté les obstacles naturels qu'ils rencontrent, et ce n'est qu'au bout de quelques mois qu'on les monte pour compléter leur éducation ; les champs de courses et les épreuves publiques la terminent. La seule différence peutêtre qui distingue l'entraînement de Langé, c'est qu'on y a pour principe de ne pas envoyer les chevaux sur un hippodrome avant qu'ils aient reçu une préparation complète; on évite ainsi des chutes également dangereuses pour le physique du cavalier et pour le moral du cheval, disposé à prendre en dégoût son nouveau métier.
Les obstacles de l'entraînement ne sont pas, comme on pourrait le croire, aussi sérieux et aussi difficiles que ceux d'Auteuil et de Vincennes.
Il n'y a qu'à Eyrefîelds Pride qu'on dresse les « Too Good » sur un parcours copié sur celui d'Auteuil.
L'entraînement des chevaux du baron Finot commence sous sa direction à Langé; c'est à Maisons-Laffitte qu'il se complète, sous la main vigilante de Harper.
Les écuries de Harper, transportées de toutes pièces d'Angleterre, sont bâties sur un modèle unique en France, et à ce titre elles méritent une description.
Elles sont construites en sapin résiné, recouvert d'une lame de zinc, qui les cuirasse de haut en bas. La maison ressemble au toit de certains châteaux. Au premier, les chambres des lads -et les greniers à fourrages; en face, un vaste réservoir rempli d'eau claire, dont l'inondation est une sauvegarde en cas d'incendie.
Les chevaux du baron Finot sont entraînés dans lés allées du parc de Maisons-Laffîtte et sur les obstacles d'Achères. Mais
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l'entraînement ne supplée pas à tout : les meilleurs artistes ne peuvent rien produire avec de mauvais instruments.
Pour réussir en steeple-chase, pour monter une écurie redoutable, un habile entraîneur ne suffit pas.
Il faut surtout, et ce n'est pas le moins difficile, savoir, lorsqu'on ne fait pas d'élevage, acheter de bons chevaux et à bon compte. L'habileté de Jennings en plat s'est affirmée au même titre que la réputation du baron. Parmi ses meilleurs steeple-chasers, il en est quelques-uns dont la réclamation n'a pas coûté beaucoup plus cher que l'acquisition de Plaisanterie.
Si l'on voulait définir dans une formule concise le moyen d'avoir de bons chevaux d'obstacles, on pourrait dire sans trop de paradoxe : Réclamez des chevaux qui ont peu couru et peu g-agné. Prenez un cheval ayant des jambes saines et solides, et vous en ferez un steeple-chaser de qualité.
Il est rare, en effet, de voir réussir sur les obstacles des chevaux qui ont fourni en plat une brillante carrière. Quelle que soit la qualité dont ils aient fait preuve et qu'ils possèdent encore, ils n'ont plus la force nécessaire pour résister à un nouvel entraînement. Soukaras en est un exemple.
Il semblerait au premier abord qu'on doive demander aux futurs steeple-chasers plus de fond que de vitesse; mais si l'entraînement donne aux chevaux vîtes le fond qui leur fait défaut, il parvient rarement à produire l'effet contraire.
Baudres et Basque n'ont pas trop brillé à Longchamp ; Baudres, il est vrai, n'a couru qu'une seule fois
Sur le livre d'or de Langé sont écrits les noms de Basque, Baryton, Bride Abattue, North Pôle y Baudres^ Verdier, Sorgho, La Finance^ Vaugirard, Rataplan, Mentor et Martin- Pêcheur.
Dans les nombreux ruisseaux de Langé coule sans doute une eau de Jouvence, qui refait chaque hiver une nouvelle jeunesse aux chevaux. Plusieurs d'entre eux, en effet, ont montré dans leur carrière une qualité jointe à une endurance exceptionnelle. Bréviande a couru plus de neuf années, et elle s'est mieux encore
comportée comme poulinière. En trois printemps consécutifs elle a donné Baudres, Baryton et Roi Fou.
Astrolabe, née en 1860, remportait à huit ans huit victoires ; Tannée suivante, elle enlevait le Grand Prix de Nice ; à dix ans, le Grand Prix de Monaco ; à onze ans et à douze ans, le Grand Steeple-Chase de Deauville.
Valentino, et sa mère Théodora, qui s'est fait connaître sur le turf avant de paraître sur une autre scène, a rempli une long^ue carrière. En huit années il a gagné près de 200000 francs.
Lusignan, Beaurepaire, La Veine et surtout Basque méritent d'être placés à côté de leurs devanciers. Pendant plusieurs années nous les avons vus faire triompher à Auteuil les couleurs de leur propriétaire, et il fallait voir avec quel enthousiasme le public accueillait toujours la victoire de ses favoris.
N'en déplaise aux fanatiques du vieux temps, du bon vieux temps, les progrès ont été aussi sensibles dans ce sport que dans toutes les autres branches.
Les hommes sont plus heureux et les chevaux sont meilleurs.
Quand Harper allait monter Valentino à Vincennes, il partait à cheval le matin avec son sac sur le dos : cravache, casaque, jambières du cheval, plombs de la selle, il fallait tout porter; à la fois entraîneur et jockey, il lui fallait encore, une fois rentré, soigner les chevaux, les nettoyer et faire la besogne des lads, inconnus à cette époque.
Les temps sont bien changés.
On parle beaucoup des anciens chevaux, des steeple-chasers d'autrefois. Les obstacles sont plus difficiles et on trouve plus de chevaux pour les sauter.
Harper n'a jamais entraîné, et Hatchet n'a jamais monté un meilleur cheval que Basque. C'est la conclusion et la moralité de cette étude, où j'aurais voulu faire une plus large place à la personnalité si sympathique du baron Finot.
Grâce à son activité et à son dévouement pour le sport, le steeple-chasing a fait en France, dans ces dernières années, des progrès sensibles.
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Sa qualité domiDante est d"Ètre le maître chez lui, de savoir se faire obéir de son personnel, qu'il domine non seulement par sa volonté, mais encore par sa supériorité d'homme de courses. Ce qui lui vaut surtout le succès, c'est qu'il tient seul la queue de la poêle, et l'on connaît le proverbe ;
c Quand les cuisiniers sont nombreux, le bouillon est raté. ■