HENRI DELAMARRE
C'est en 1854 Que M. Delamarre, qui possédait quelques chevaux de steeple-chase, comme Flying Buck et Lady Arthur, prit comme entraîneur Th. Carter, qui, par ses capacités et son honorabilité, poursuit une carrière de trente-cinq années sans que le plus léger reproche ait jamais pu lui être adressé sur le turf. Un des premiers chevaux de course plate qui fit triompher la casaque marron fut Aviceps, qui venait de la vente Piscatore. En même temps qu' Aviceps, Th. Carter entraînait Flying Buck, qui, deux années de suite, gagna le grand Steeple-Chase de la Marche. Le second cheval qui mérite d'être cité pour la première société Delamarre, dans laquelle figuraient iMM. de Lauriston et Albéric de Saint-Roman, fut Trovatore. Trovatore et Ca^/io^/ro venaient de la vente de M. Jules Very. Trovatore gagna un prix comme
il n'en existe plus aujourd'hui : un handicap pour chevaux de deux ans et au-dessus. Ce poulain, qui avait claqué huit jours avant la Grande Poule d'Essai, fut battu par Ventre-Saint-Gris dans le prix du Jockey-Club.
L'association prit une plus grande importance l'année qui suivit la victoire de Brocoli dans la Poule d'Essai. Elle se composa de MxM. Charles Laffitte, Edouard Fould, le comte Rœderer, auquel appartenait Brocoli^ L. de Saint-Roman, Edouard André et Archdeacon.
Vers i863, après une période contraire, il fut question de liquider, et sans les victoires de Conquête^ qui gagna successivement à Caen, au camp de Châlons, à Bade, où elle battit Dollar, et à Paris, à l'automne, on vendait Vermout et Bois- Roussel, le vainqueur du prix du Jockey-Club et le vainqueur du Grand Prix de Paris.
Vendre son écurie à la veille de posséder Vermout et Bois- Roussel eût été le comble de la déveine. En 1866, M. Delamarre gagnait le prix du Jockey-Club avec Florentin ; l'année suivante. Patricien, vainqueur du prix du Jockey-Club, perdait le Grand Prix de Paris d'une tète, après un dead heat avec Fervacques.
La guerre obligea M. Delamarre à émigrer en Angleterre avec un lot excellent dont il ne put tirer qu'un parti ordinaire, comparativement à ce qu'il eût pu espérer en France. Il mettait en ligne deux pouliches de premier ordre. Verdure et Véranda', comme poulains, Clotaire et Bivouac. Clotaire, qui avait remporté les Blankney Stakes à Lincoln, avait le germe du typhus quand il courut les Deux Mille Guinées. Il vendit Verdure 100000 francs à M. Lefèvre, après une belle performance à Ascot ; il gagna un prix à Croydon avec Boréal et un prix avec Cramoisi à Hampton. Il fit, en outre, une excellente acquisition en réclamant un poulain nommé Master Fider.
En 1873, il eut Boïard. Depuis cette époque, je ne lui vois que des chevaux utiles, mais les vrais cracks ne naissent plus à Bois- Roussel. Car je ne puis considérer Vasistas que comme un cheval heureux, dont la victoire surprenante dans le Grand Prix de
Paris, suivie d'une vente inespérée à un sportsman anglais, a rapporté Sooooo francs, sur lesquels il n'était guère possible de compter.
M. Delamarre eut la main heureuse quand il acheta des poulinières comme Vermeille, qu'il paya 5ooo francs, et Bilbery, qu'il paya 25oo francs au duc de Morny.
Le propriétaire de Vermout a d'ailleurs toujours été un fin connaisseur en chevaux. Il les voit en artiste habile à les peindre, et n'est pas moins expert à les juger dès leur naissance. Apres M. Lupin, c'est lui qui, à la prairie, montre la plus grande sûreté de coup d'œil. Il mène très soigneusement son écurie, avec une très légère tendance à s'exagérer la qualité de ses chevaux. Il en a possédé de si bons, qu'il a peine à s'imaginer que son élevage décline. Les importations d' Energy, du Bard, de Silvio et de Pérégrine sembleraient constituer peut-être une infériorité pour un haras qui n'a plus que la monnaie de Vermout.
Cependant la production de Vigilant ne paraît pas mal s'annoncer. — Des produits comme Chlamyde, Serapis, Disque et Faune sont d'un bon augure pour un jeune étalon, et je crois que le dernier lot de yearlings envoyé au dressage confirmera encore l'opinion favorable que j'entends émettre à ce sujet par un grand nombre de connaisseurs.
En retrouvant le sang de Vermout, il se pourrait que l'écurie Delamarre eût un nouveau filon de succès.
Th. Carter paraît très satisfait, et il l'est surtout du témoignage non moins flatteur que mérité que lui ont accordé ses maîtres en terminant l'année 1889.
Ceux-ci, à l'occasion de la victoire de Vasistas, lui ont envoyé une coupe en argent, magnifique pièce d'orfèvrerie sortant des ateliers de M. Odiot; cette coupe est supportée par un trépied formé de feuillage enlaçant les fers de Vermout, Bâtard et Vasistas, trois vainqueurs de trois Grands Prix de Paris que l'excellent entraîneur a su habilement amener au poteau.
Sur un cartouche sont gravés ces mots : Estime et Gratitude. Comme couronnement d'une carrière honorable entre toutes,
rhomme qui a consacré sa vie au service de M. Delamarre ne pouvait espérer une plus belle récompense.