‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 45 sur 76 · M. EDMOND BLANC · texte numérisé non relu

M. EDMOND BLANC

M. Edmond Blanc est actuellement propriétaire d'un des établissements d'élevage les plus importants que nous ayons en France. — Il n'a pas eu, en 1889, moins de quarante naissances à ses deux haras de Villebon et de la Celle-Saint-Cloud. — On peut dire qu'il a goûté à tous les sports et, chose rare, pour tous il a déployé les mêmes goûts et les mêmes aptitudes. On pourrait dire qu'il s'est passionné pour chacune de ses entreprises, si

la passion consistait en une étude approfondie et poussée à ses plus extrêmes limites. Qu'il s'occupe de yachting* ou de courses de chevaux, il recherche la perfection, la première place : le plus beau vapeur ou le plus bel étalon. Il veut de riches semences pour de grosses récoltes, et, comme il est à même de largement semer, il n'hésite pas à garnir ses sillons non seulement de ce qui se change en fruits, mais encore de ce qui se change en art. N'est-ce point en effet un art véritable que la production d'un beau cheval, et l'éleveur n'a-t-il pas les joies de Pygmalion épris de la statue qu'il veut dérober aux regards des mortels? Les ignorants des joies et des difficultés de l'élevage s'imagineront que je veux plaisanter et que mes images sont outrées. Oh que non! Qu'est-ce que c'est donc que l'élevage?... S'imagine-t-on, par hasard, qu'il suffit de posséder un étalon payé très cher et de l'allier à des poulinières illustres pour laisser faire le reste à la nature? Cela ne serait vraiment pas assez et le rôle de l'intelligence humaine serait ainsi tellement effacé, qu'elle n'y trouverait plus aucun plaisir et n'en recueillerait aucun charme d'amour-propre. Certes il faut l'avoir le bel étalon ; mais s'il est à la portée de toutes les bourses un peu bien garnies, il faut, pour le discerner, l'œil du fin connaisseur, comme il faut au véritable amateur ce je ne sais quoi doublé d'un grand flair qui lui met dans les mains les plus belles pièces d'une collection. Un bon cheval existe, mais où est-il, ce diamant pur qui n'a pas l'air plus brillant qu'un autre de sa taille, mais qu'on peut voir à la loupe sans l'atome d'un défaut? Le connaisseur le sait et ramène Energy^ un vainqueur de Tristan. Est-ce tout dire? Pas tout, car il faut ajouter à sa gloire seize prix sur trente-sept. En ramenant en France le sang de, Sterling, M. Edmond Blanc a fait preuve évidemment d'un jugement très sûr, et il suffit d'étudier sa façon de comprendre les croisements et d'unir les bons courants de sang pour se pénétrer des services qu'il peut rendre à la commission du Stud. Book dont il fait partie. Il a été fait chevalier de la Légion d'honneur en 1887. A peine à ses débuts, la fortune s'est hâtée de lui sourire comme pour l'inviter à se lancer encore plus hardiment

dans la carrière. Nubienne, il y a dix ans, lui avait gagné le prix de Diane et le Grand Prix de Paris ; Clover vient de compléter sa collection de belles victoires en lui enlevant le prix du Jockey- Club. Le voilà donc blasé peut-être sur les lauriers français et je ne serais pas étonné qu'il tournât ses ambitions de l'autre côté du détroit pour y rendre notre élevage conquérant, comme au beau temps des Lagrange et des Lupin.

C'est sans bruit et sans tapage qu'il se prépare à ces luttes nouvelles, ayant à l'entraînement, à Newmarket, ses produits les plus estimés. Nous n'avons pas gagné le Derby d'Epsom depuis Gladiateur. Qui sait ce que nous ménage la descendance d' Energy !

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