‹ Les courses de chevaux en FranceChapitre 58 sur 76 · OR · texte numérisé non relu

OR

contre Sooo Tannée précédente. L'Alcazar et PHorlog-e, au lieu d'ouvrir avec 5ooo francs de recettes, ont dû congédier leurs chanteuses et éteindre leur gaz devant des chaises vides.

Un autre chiffre intéressant fut recueilli au chemin de fer de rOuest. La station de Suresnes, qui avait reçu 19000 voyageurs en i885, n'en voyait descendre que 6000 en 1886. En résumé, pour les industries qui comptent sur la journée du Grand Prix, il est indispensable que le soleil brille de son plus vif éclat, autrement c'est un million de perdu. On m'objectera bien que la Faculté aura à soigner des centaines de pleurésies et de laryngites, que les pharmaciens épuiseront leur stock de pâtes pectorales et de sirops émollients ; que les chapeliers donneront des coups de fer à tous les couvre-chefs de la capitale : cela ne comblera pas encore le déficit.

Le Grand Prix de 1880, gagné par Robert the Devil, ne fut pas moins inondé. Le ciel s'était assombri dès le matin, et vers midi tout espoir de soleil était perdu. Les tribunes, qui d'ordinaire se remplissent deux heures au moins avant le commencement des courses, étaient navrantes d'aspect. On allait courir devant des banquettes. Cependant du haut des plates-formes il y avait de singuliers effets à observer : d'abord, au milieu de la piste, tout un champ d'immenses champignons blancs : les caoutchoucs des cochers grimpés sur leurs voitures. Dans le pesage, un champ de champignons noirs, qui disparaissaient de temps à autre, selon qu'avec un ensemble parfait les parapluies s'ouvraient ou se fermaient. Une couturière avait inventé la robe bébé. Jugez si elle en fut pour ses frais. On ne rencontrait en fait de femmes que des capucins au capuchon rabattu. Deux jeunes femmes qui avaient arboré quand même des toilettes claires eurent un certain succès d'hilarité, grâce à une garniture de nénuphars qui ornait leurs robes : c'était tout à fait de circonstance.

Vive le soleil de midi ! c'est celui qui décide de la victoire. Mais redoutons ces pluies perfides qui transforment le pesage en boue plus jaune que les flots du Nil des tableaux de Fromentin.

Je n'oublierai jamais la journée de 1886. Quand j'eus à faire

.33o LES COURSES DE CHEVAUX.

la description des toilettes, ce fut terrible, et voici comment je m'en tirai :

• Parmi les caoutchoucs les plus réussis, citons le caoutchouc gris perle de la marquise de P..., relevé sur ^es délicieux bas noirs. â jour; le caoutchouc changeant de la vicomtesse de R..., relevé sur des bas bleu tendre; le caoutchouc rayé de Mme la duchesse de T..., relevé sur des bas abricot de plein vent : bas et caoutchoucs, caoutchoucs et bas, tels furent les seuls effets de toilette dont put jouer la coquetterie féminine. »

Page 1