CHAPITRE XX
La victoire de Ténébreuse dans le Cèsaréwitch de 1888 a pris une g'rande signification. Elle a annoncé le relèvement de la production française. Il y a un détail curieux à noter. En i885, le Jockey-Club anglais, un peu énervé du double triomphe de Plaisanterie dans le Cèsaréwitch et le Cambridgeshire, se laisse aller à voter la proposition Craven, qui nous interdisait les handicaps d'outre- Manche, sous peine de faire entraîner habituellement nos chevaux dans le pays des brouillards ou d'une exhibition dans deux courses anglaises en l'espace de six mois.
Crac! Trois ans après, nous envoyons Ténébreuse, dont les performances étaient d'autant moins dans un sac qu'elle avait enlevé le Grand Prix de Paris au vainqueur du Derby d'Epsom ; malgré les sévérités du handicapeur, elle cueille le Cèsaréwitch au petit galop.
Là, certes, il n'y avait pas de coup préparé. Pas plus en cette circonstance que dans les autres, M. Paul Aumont, qui ne parie jamais, n'avait pas mis un shilling sur sa pouliche. Elle a gagné
■carrément, au grand jour, et, toute la presse l'ayant désignée avec ensemble, tous les parieurs français ont pu en profiter largement. Si elle avait couru hors de forme au mois de juin, son .propriétaire était bien forcé de la montrer, sous peine de ne pas la voir qualifiée, dans les épreuves de l'automne. Cette même année, le second d'Epsom était battu par Sluarl
Ténébreuse.
(D'après une photographie de M. Delton.)
au petit galop dans le Grand Prix de Longchamp, et Van Dieman's Land, le troisième d'Epsom, n'arrivait que mauvais troisième derrière Galaor et Le Sancy dans le Grand Prix de Deauville, .
Ceci prouve que ce n'est pas par les tracasseries qu'on est le plus fort, et que les petits moyens ne réussissent jamais à ceux qui les emploient.
Nous faisons de bons chevaux en France ; il serait vraiment
dommage qu'il en fût autrement. Cela prouverait que les efforts considérables de notre élevage sont bien mal récompenses. \'oyez les frais que s'imposent certains jeunes propriétaires, le prix qu'ils payent leurs étalons et leurs poulinières, et dites s'il n'est pas juste qu'ils réussissent.
Où est le temps où gagner un bon prix en Angleterre semblait un exploit fabuleux) Quand M. Lupin envoya courir Jouvence dans la Coupe de Goodwood en i853, on eût dit qu'il allait décrocher la lune. Il en revint cependant victorieux. Il la gagna une seconde fois avec Dollar en 1864.
4o8 LES COURSES DE CHEVAUX.
Amusons-nous, si vous voulez, à remonter un peu dans le passé et à rechercher nos principaux chevaux gagnants en Angleterre. Il n'en manque pas sous les couleurs du comte de Lagrange.
Dans le Derby d'Epsom, nous trouvons Gladiateur (i865), Insulaire 2" (1873). Dans les Oaks : Fille de VAir (1864), Reine (1872), Enguerrande et Camélia dead heat (1876).
Dans le Saint-Léger: Gladiateur (i865). Rayon d'Or (1879). Dans les Deux Mille Guinées : Gladiateur (i865), Chantant (1877), Pique-Nique T (1875), Insulaire 2* (1878), Rayon d'Or 3" (1879).
Dans les xMille Guinées : Reine (1872), Camélia (1876), Malibran 2' (i883). Dans le City and Suburban : Mademoiselle de Chantilly (i858). Dans le Great Metropolitan : Dutch Skater (1872). Dans le Northumberland Plate : Fervacques (1867).
Dans le Woodcote Stakes : Fille de VAir (i863). Le Sarrasin (1867).
Dans le Middle Park Plate : Chamant (1876), Montargis 3* (1872), Heurtebise 3" (1875), Dora 3'' (1879), Xaintrailles 2- (i885}, Clover 3" (1888).
Dans le Dewhurst Plate : Chamant (1876), Insulaire T (1877). Dans le Newmarket October Handicap : Lina (1878), Barberine (i885). Dans les Champion Stakes : Rayon d'Or (1879).
Dans le Goodwood Cup : Jouvence (i853), Baroncino (i855), Monarque (i857), Dollar (1864), Flageolet (1873). Dans le Brighton Cup : Dollar (1864), Fénelon (1882). Dans les Champagne Stakes : Clémentine (1877), Fille de l'Air 2' (i863), Rayon d'Or 2^ (1878).
Dans le Doncaster Cup : Sornette (1876), Dutch Skater (1872), Louis d'Or (1884). Dans le Queen's Vase : Verneuil (1878). Dans la Coupe d'or à Ascot : Gladiateur (1866), Mortemer (1871), Henry (1872), Boîard (1874), Verneuil (1878).
Dans les New-Stakes : Océanie (1879). Dans l'Alexandra Plate : Fille de l'Air (i865), Trocadéro (1870), Verneuil (1878), Insulaire (1879). Dans les Clarewell Stakes : Hospodar (1862), Gladiateur (1864), Feu d'Amour (1873), Rayon d'Or (1878).
Dans les Criterion Stakes : Hospodar (1862), Fille de Mir (i 863), Général (1870), Flageolet (1872), yon^/ewr (1876), Monsieur Philippe (1878), Archiduc (i883). Dans le Great Eastern Handicap : Cosmopolite (1861), Plutus (1866), Aurore (1874).
Dans le Jockey-Club Cup : Flageolet (iS'/S) , Braconnier (187^) j Verneuil (1877).
Dans le Rous Mémorial : Phénix (1879), Rayon d'Or (1880), Poulet (1881). Dans le Althorp Park Stakes : Brio (1886). Dans le Lincolnshire Handicap : Benjamin (1864), Po w/e/ (1882). Dans les Northamptonshire Stakes : Dollar (1864), Messager (1872), Commandant (1881).
Dans le Newmarket Triennal : Pontoise (1878). Dans le Newmarket Handicap : Monarque (i858), Montagnard (1868).
Dans le Césaréwitch : Salvanos (1872), Plaisanterie (i885), Ténébreuse (1888).
Dans le Cambridg^eshire : Palestro (1861), Montargis (1878), Peut-être (18^4)1 Jongleur (1877), Plaisanterie (i885).
En 1870, quelques-unes de nos écuries, ayant émigré en Angleterre, firent une campagne assez fructueuse. Parmi les noms des vainqueurs, je relève ceux de Clos-Vougeot, Clotaire, Cramoisi^ Véranda, Verdure, Vigogne, Porphyre, kK. Delamarre ; Eckmuhl, à M. Desvignes ; Finistère, Somno, Sornette, au major Fridolin ; Calvados, La Calonne, La Risle, à M. de Montgomery ; Fantôme, Graziella, Miss Hervine, Pensée, Haydèe, Seul, à M. Aumont; Gouache et Meleurge, à M. E. de la Charme; Acide Prussique, Attraction, La Superga, Monsieur le Prince, Argenaut. Rafale, Soteira, au baron Schickler; Antiochus, Le Ténor, Pistole et Postérité, à M. Lupin; Tasman, à M. Delâtre.
Au commencement de l'année 1890, les écuries françaises comptent en Angleterre des représentants d'une certaine valeur destinés à y remplir des engagements. Ce sont d'abord : Le Nord par Tristan et La Noce, Heaume par Hermit et Bella, Vermillon par Tristan et Versigny, au baron de Rothschild ; Clover par Wellingtonia et Princess Catherine, Ragobert par Tristan et Rêveuse, Gouverneur par Energy et Gladia, Le Butard par
Energy et La Morlaye, Révérend par Energy et Rêveuse, k M. Edmond Blanc; Achille par Tristan et Aurore, au duc de Keltre. J'allais oublier Vasistas, devenu la propriété du baron de Hirsch. Tous ces poulains sont entraînés à Newmarket. Parmi nos représentants entraînés à Chantilly ou à la Croix Saint Ouen, tout fait supposer que nous trouverons encore quelque sujet digne de passer fructueusement la Manche, et il serait étonnant qu'une bête comme Alicante, également descendante de Ilermif. n'allât pas y faire triompher les couleurs de M. Maurice Ephrussi dans quelque prix important.