‹ Les courtisanes de Brahma: romanChapitre 23 sur 29 · LA MURAILLE VIVANTE · texte numérisé non relu

LA MURAILLE VIVANTE

— Nous sommes trahis !

— Que dis-tu?...

— La demeure est cernée !

Mimiose, aux premières lueurs du jour, avait vu briller les lances des soldats autour de la maison d'amour, et des hommes, couchés devant le seuil, en défendaient l'entrée.

Assilinia se leva, frémissante, rejeta sur ses épaules les boucles emmêlées qui lui couvraient le visage.

— Il faut fuir !

— Fuir?... Mais, par où?

— La maison n*a-t-elle pas d'autre issue?...

— Non, nous occupons Tunique pièce du logis... Si j'étais seul, je ne craindrais rien, mais, pour toi, chère Volupté, le moindre danger me semble redoutable !

— Je serai brave, mon aimé, aussi brave que toiî

— Alors, viens...

Il glissa un bras autour de sa taille et s'arma de son poignard pour écarter l'ennemi. Au premier pas qu'il tenta hors de la maison un souar se précipita devant lui.

— Vous ne passerez pas, dit-il, par ordre de l'Empereur !...

Mimiose se mit à rire.

— Ton Empereur doit être mort, à présent.

— Mort^..

Tous les soldats s'étaient dressés, le visage consterné. Cependant, ils croisèrent leurs lances de^^nt les amants, et celui qui avait déjà parlé et qui semblait le chef, leur ordonna de rentrer.

— Non, dit Mimiose, nous partirons, malgré vous !

— Malgré nous?... Tu es seul avec cette femme qui ne saurait se défendre!... Ne tente

donc pas l'impossible et attends avec résignation les ordres du Maître.

— Je veux passer! cria le jeune homme qui leva son poignard sur le soldat. Vingt bras, aussitôt, s'abattirent sur lui; mais la panthère, prompte comme la foudre, bondit dans le groupe avec un rauquement formidable, et ses crocs puissants entrèrent dans la gorge du chef. Abandonnant le corps palpitant qui se convulsait dans les derniers efforts deTagonie, Ramô, Téchine pliée, prit son élan pour abattre une proie nouvelle. Et, à tout moment, son long corps souple se rassemblait pour une attaque plus furieuse. Tout homme atteint était un homme mort.

Avec une adresse infinie elle sautait de gauche et de droite, se dérobant aux coups les plus imprévus. On ne voyait que l'arc de son dos se tendant et se relâchant avec une ardeur infatigable. Des lambeaux de chair pendaient à ses griffes, son mufle était rouge ; rouge aussi son pelage royal, rouge la terre, rouges les murs, rouges les amants enlacés qui, peu à peu, dans cette pluie de sang, avançaient vers la délivrance.

Enfin, la route fut libre; avec un grand cri

de joie Mimiose et la Rana, pressés l'un contre l'autre, franchirent les corps convulsés des derniers combattants, et disparurent dans les lueurs indécises de l'aurore.

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