‹ Les courtisanes de l'égliseChapitre 13 sur 15 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

MADAME OLYMPE

(dona olimpia)

MADAME OLYMPE

(dona olimpia)

Un abbé italien, l’abbé Gualdi, a publié au siècle dernier un livre curieux dont le titre est significatif : la Vie de dona Olimpia qui a gouverné l'Église durant le pontificat d’innocent X, de 1644 jusqu'à l’an 1655 .

A la bonne heure, voilà de la franchise ! Et ce n’est pas un hérétique, un philosophe qui publie que l’Église et les papes ont été gouvernés par des femmes dissolues, c’est un abbé très-orthodoxe.

M. Pclruccelli appelle madame Olympe, belle-

sœur et maîtresse d’innocent X, une femme-éponge. En effet, pour satisfaire sa sordidité, son épouvantable avarice, son amour de l’or, elle trafiqua de tout, des indulgences et des dispenses; elle vendit et loua; elle mit à l’enchère les bénéfices et les dignités ecclésiastiques; elle augmenta à son profit les impôts, la taille et la gabelle; elle eut la main dans tous les trésors; elle vola des pierreries, des bijoux; elle spolia même les ornements sacrés des couvents et des églises. En se présentant avec un sac de doublons à la main, on obtenait tout de la papesse Olimpia. Les évêchés, les chapeaux de cardinaux étaient au plus offrant et dernier enchérisseur.

Quand on faisait quelque allusion à son avarice, la belle Olimpia répliquait que les dames étaient faites pour amasser et non pour dépenser.

Dona Olimpia (Maidalchini-Pamfili) s’attacha à la fortune de son beau-frère, Jean-Baptiste Pamfili, dès qu’elle le vit revêtir la robe de pourpre du cardinalat. Déjà elle vivait dans l’intimité avec lui, et elle n’aspirait qu’à deux choses, à enterrer son mari qui la gênait dans ses relations adultérines avec Pamfili et à voir son amant monter dans la chaire de Saint-Pierre.

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Après la mort d’Urbain VIII, elle remua ciel et terre pour influencer le conclave et déterminer les cardinaux à élire son beau-frère.

La veille de l’entrée au conclave, elle dit au cardinal Pamfili :

« Peut-être vous verrai-je pape, et non plus cardinal.

— Pourvu que vous fussiez papesse, je ne me soucierais point d’être pape, répondit humblement Pamfdi. »

C’était la condition du marché. Innocent X tint religieusement la parole donnée par le cardinal Pamfili. Pendant la durée de son pontificat, il laissa la papesse gouverner l’Église comme elle l’entendait, à tel point que l'on craignait de voir dégénérer en schisme ce scandale, cette honte publique du saint-siège.

« Il est bien vrai, dit l’abbé Gualdi, l’auteur de la Vie de dona Olimpia , que c’était un véritable schisme de voir une femme devenue pape et un pape devenu femme. »

Au Vatican, on n’entendait que ces paroles :

« Parlez à madame Olympe. » Ou bien : « Que va dire madame Olympe ? a

Rien ne se faisait en dehors de la papesse Olimpia; elle gouvernail absolument les affaires intérieures et extérieures de l’Église, réformant ou corrigeant les décrets des souverains pontifes qui avaient précédé Innocent X, falsifiant les écritures de celui-ci, dictant la loi aux conseils, supprimant deux mille petits couvents pour s’en approprier les biens, traitant avec les princes catholiques, recevant les ambassadeurs, conférant les titres et les dignités, concluant les grandes alliances internationales. Mais traités, honneurs, mariages, n’étaient déterminés que par l’importance des sommes d’argent versées dans la cassette de dona Olimpia; aussi n’abordait-on qu’avec des arguments sonnants et ayant cours celte papesse qui fit régner au Vatican l’avarice, la concussion et la simonie.

Connaissant la rapacité d’Olimpia, les neveux d’Urbain VIII, les Barbarini, qui avaient volé 105 millions sous le dernier pontificat, et à qui Innocent X, appuyé par les princes italiens et par l’Espagne, voulait faire rendre gorge, eurent l’heureuse idée d’acheter fort cher la protection de la papesse. Elle fil cesser les poursuites commencées contre ces voleurs, protégés d’ailleurs par

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Mazarin et la reine de France; tous leurs biens saisis leur furent rendus, malgré la résistance d’innocent X.

Mais le pape ne comptait pour rien. Selon la spirituelle expression de l’abbé Gualdi, c’était une femme plutôt qu’un pape. Le cardinal Barberini l’avait bien caractérisé en disant après son élection : « Il sera bon pape pour les femmes! » Du reste, il avait toujours été débauché, toujours fou des femmes, et il en avait les faiblesses, les mauvais côtés. Il aimait les petites choses, les détails de l’intérieur, les dissimulations, les commérages, les jouissances de l’alcôve. Ce voluptueux mal bâti, goutteux, podagre, vivait entre deux femmes, quoiqu’il préférât son idole Olimpia.

La papesse, qui était peut-être lasse de ses adorations fatigantes et vieillotes, lui avait passé une maîtresse, mais une maîtresse qui payait généreusement, la princesse de Rossano, héritière des biens de Clément VIII et de la maison Aldobrandino. Quand des orages s’élevaient entre la princesse et dona Olimpia, Sa Béatitude Innocent X recevait le contre-coup du tonnerre et s’interposait pour les réconcilier. Méprisable et méprisé de ces deux femmes, elles fermaient l’oreille à ses remontrances.

La généreuse princesse de Rossano ne manquait jamais l’occasion de flageller l’avarice de dona Olimpia, lui donnant une montre fort riche quand celle-ci lui demandait l’heure, lui faisant des cadeaux accompagnés de vives épigrammes. Comme le pape, la papesse acceptait injures et cadeaux.

Un jour la princesse laissa sur la table de jeu de dona Olimpia 300 doublons qu’elle lui avait gagnés en s’écriant :

« C’est pour les cartes ! »

Une autre fois, dînant avec la papesse, la Rossano lui fit offrir, au dessert, une corbeille en argent contenant une fontaine en argent magnifiquement ciselée et ornée.

Olimpia recevait de toutes les mains. L’ambassadeur de Venise, en envoyant un anneau pontifical à InnocentX, y joignit un billet de 13,000 doublons pour la papesse.

Olimpia avait rendu le pape avare, sordide; elle avait déteint sur lui ; aussi Innocent X ne fut-il jamais plus heureux que le jour où la princesse de

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Rossano le rendit propriétaire de sa superbe villa de Monte-Dragone.

Ce pape esclave d’une femme vicieuse, l’adorant à ce point, dit Bruys, qu’il pouvait tout dissimuler, sauf son amour pour elle, ce souverain pontife qui laissa occuper le pontificat par sa maîtresse, lui permettant de gérer les affaires politiques et religieuses, de trafiquer à son gré des charges civiles et ecclésiastiques, ce pape méprisé et méprisable fut honteusement abandonné, à sa mort, de la créature à laquelle il avait tout sacrifié pendant sa vie.

Personne ne voulait payer les frais de l’enterrement d’innocent X. Dona Olimpia criait à tue-tête qu’elle était ruinée, qu’elle était une pauvre veuve n’ayant pas de quoi payer les frais des funérailles d’innocent X.

« Le pape n’a pas encore été enseveli, écrivait Riccardi, l’ambassadeur de Toscane. Don Camillo dit qu’il n’a rien reçu du pape, dona Olimpia, qu’elle n’est pas héritière, et n’y ayant pas un diable qui voulût se charger de la dépense, Sa

Béatitude reste là dans un coin, dans une misérable bière. »

Enfin, pour que la leçon fût complète, ce fut un pauvre chanoine disgracié par la papesse qui se chargea de solder les frais des funérailles d’innocent X. *

D’après les dépêches de Carreto et de Costa au duc de Savoie, « les funérailles furent misérables : de rares chandelles, au lieu de torches, pour ne pas abîmer la voûte de Saint-Pierre, disait-on, en réalité par le fait de l’avarice des parents. On ne fit pas de cercueil; et l’on rangea le cadavre dans la chambre des ouvriers, avec deux chandelles de suif, sans garde la nuit. »

N’est-ce pas le cas de répéter les paroles qu’on prête à Innocent X à son lit d’agonie, le 7 janvier 1655 :

« Vous voyez où vont aboutir toutes les grandeurs pontificales ! »

Il eût mieux dit : les bassesses et les corruptions pontificales!

Le mépris que le peuple romain montra à son enterrement ne fut pas équivoque. Il flétrit jusle-

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ment un pape simoniaque et débauché, tout entier aux caprices, aux vices d’une femme dégradée, qui n’eut d’énergie que pour combattre les cinq propositions de Jansénius, « sans avoir eu l’ennui de lire son livre, » affirme Voltaire.

Quant à la papesse Olimpia, qui, bien au-dessous des Marozia, des Théodora, de la comtesse Ma T thilde, ne songea jamais à l’Italie, n’eut ni idées ni vues politiques, quant à cette triste courtisane de l’Église, elle mourut à Orvieto, après avoir été maltraitée et repoussée par Alexandre VII.

Cette peste immorale de Rome et de l’Italie, cette pourriture vivante fut frappée de la peste, et ses immenses richesses, son héritage de plus de deux millions, tous ses trésors amassés et spoliés passèrent au pape Alexandre VII.

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