‹ Les courtisanes de l'égliseChapitre 3 sur 15 · THÉ0D0RA ET MAROZIA · texte numérisé non relu

THÉ0D0RA ET MAROZIA

et de devoirs, plus de direction politique; quant à la direction religieuse, elle n’existe pas encore; l’influence toute féodale du pape ne dépasse guère Rome; chacun se fait sa foi, sa loi, sa morale, sa règle de conduite, sa justice.

L’homme féodal, que n’avaient pu encore façonner, ni courber la religion et la royauté, regarde Dieu et le roi en face, traitant d'égal à égal avec eux.

Rien qui n’appartienne au plus fort : la cité, le château, l’abbaye, le siège épiscopal, et môme le siège de Saint-Pierre. L’Italie est une forêt où des hommes, sauvages comme les bêtes dont les peaux les couvrent, se déchirent, s'entre-tuent dans la nuit épaisse.

On se bat de province à province, de ville à ville, de castel à castel ; autant d’évêques et de seigneurs, autant de souverains; la montagne descend sur la plaine pour y porter le fer et le feu; la plaine se soulève contre la montagne, la cerne et l’affame. Qui ne meurt pas par le glaive est presque assuré de mourir de faim. Il règne de telles famines que les routes et les champs se couvrent de cadavres, qu’on trouve des. affamés expirant la bouche pleine d’herbes sauvages; des bouchers vendent publiquement à leur étal la chair humaine; on renonce à garder les cimetières ; les morts sont déterrés et dévorés par les vivants ! Il

est impossible d'atteindre les meurtriers, les criminels qui se réfugient sur les territoires immunitaires du clergé et de la noblesse.

La chose la plus sainte du monde. Injustice, seul titre de supériorité de l’humanité, est dévolue à des territoires privilégiés appelés immunitaires, à des églises, à des monastères, à des fiefs, à des châteaux, à des juridictions d’évôques et de seigneurs; on achète le droit de tuer, de violer, de se prostituer; dans les cas solennels, c’est l’épreuve par l’eau et le feu, par le combat judiciaire, c’est le jugement de Dieu, qui fait l’innocent et le coupable. Le triomphe de la force sanctionne le droit, la vertu, la conquête; aussi le petit bourgeois et le campagnard, tous les vassaux désarmés de la féodalité armée de pied en cap, sont-ils perpétuellement broyés entre les deux engrenages de la noblesse et du clergé. Leur vie, sans cesse guettée, menacée par le meurtre tout-puissant, est une malédiction et un enfer.

La guerre est a l’orient et à l’occident du monde, entre tous les intérêts, entre toutes les classes, entre tous les peuples. Guerre et carnage au nord, où Danois, Saxons, Scandinaves teignent de leur sang les mers, les continents elles îles; guerre à l’Est, où la France divisée par les fils de Charlemagne doit encore repousser les incursions des terribles Normands; en Allemagne, où la féodalité

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sauvage se débat contre les païens slaves et roxolans, contre les Hongrois, ou Ogres, la terreur de leurs voisins. Guerre au Sud, contre les Sarrasins mal écrasés par la masse d'armes de Charles Martel, et qui, maîtres de l'Espagne, tiennent les clefs de l'Italie, la Corse, la Sardaigne, la côte de Naples, celle de Provence, jusqu’aux défilés des Alpes. Toutes ces tribus, toutes ces hordes envahissent ou menacent tour à tour l’Italie, et sont repoussées avec peine par ses chefs divisés; invoquant tous pour justifier leurs prétentions une descendance problématique de Charlemagne. La patfvre Italie, ainsi menacée et envahie de divers côtés, est encore écartelée au Nord par Bérenger, duc de Frioul, et Leulhbert, duc deSpolèle, qui régnent concurremment en prenant le titre de rois de la Péninsule.

lit pourtant si sanglante, si ténébreuse, si chaotique qu'elle fût, l’anarchie féodale des neuvième et dixième siècles, qualifiée par les historiens d'âge de fer, valait mieux que le despotisme dégradant des derniers empereurs romains; au point de vue politique, la comparaison établie entre le Bas-Empire et le moyen âge donne gain de cause au régime anarchique; au moins on respire; on n’est pas asphyxié par un manque d’air et de liberté; la loi imposée à tous par un seul eslénervante, avilissante, honteuse à subir ; au cinquième siècle, sous le dernier empereur Auguslule, les Romains étaient poli-

ti<iuement asphyxiés, énervés, automatisés, frappés de paralysie intellectuelle et morale, tandis qu’au neuvième siècle chacun obéissait à sa volonté, aux lois, aux règles qui lui convenaient, en se retranchant, comme dans une forteresse inexpugnable, derrière son indépendance sauvage, sa force personnelle, sa valeur, son énergie. Un tel état politique d'anarchie individuelle bien supérieur à l’esclavage hiérarchisé de l’État, à la servitude uniforme d’une royauté asiatique ou d’un empire romain, devait nécessairement produire, à travers des désordres funestes et d’innombrables tragédies, des caractères trempés comme l’acier, des personnalités hères et fougueuses qui, en se groupant, constituèrent la féodalité militaire hostile au roi, la féodalité ecclésiastique hostile au pape, repoussant toujbnrs le despotisme du monarque, ou lui arrachant une partie de son pouvoir ; d’autres individualités à l’exemple des gens du château et de l’abbaye, mais obéissant à de meilleurs sentiments, à de plus solides conceptions de justice, formèrent les corporations de commerçants, d’ouvriers, même de campagnards, d’où sortirent tout armées en plein moyen âge les républiques italiennes.

THÉODORA BT MAROZIA.

Au neuvième siècle, au milieu des déchircmenis de l’Italie, des invasions successives qui la broyaient sous les pieds des chevaux et sous les coups de la férocité soldatesque, quelques points, quelques villes, comme des oasis dans des océans de sables remués parle simoun, conservaient leur indépendance relative, leur autonomie, leurs magistrats et leurs citoyens, bref leur liberté comme État; c’étaient de petites républiques, dont l’existence prospère devait montrer au monde la supériorité des institutions républicaines basées sur l’indépendance. D’abord les républiques grecques de l’Italie méridionale : Àmalfi, Gaëte, Naples, puis Venise ayant pris avec Amalfi le sceptre du commerce du Levant; enfin Rome, qui, respectée par les conquérants, par le Goth Théodoric, par le Lombard Alboin, avait encore reçu de Charlemagne des immunités dangereuses, car la papauté, en consentant en échange de donations à relever de la couronne impériale, lui ouvrait la porte de l’Italie. Mais à la fin du neuvième siècle, grâce à la fai-

blesse des successeurs de Charlemagne, Rome était en quelque sorte une ville libre au milieu dé l’Italie esclave, Venise et les républiques grecques de la Campanie exceptées; elle avait conservé les formes du gouvernement républicain avec son consul et son sénat, avec son oligarchie turbulente de nobles et de prêtres, avec l’élection du chef de la chrétienté qui devait sortir du suffrage universel, c’est-à-dire des suffrages réunis du clergé et du peuple, mais qui, en réalité, sortait de l’action prépondérante des grands do la noblesse et du clergé !

Ces deux ordres toujours rivaux, ces deux féodalités ecclésiastique et militaire tonjours hostiles, se heurtaient inévitablement à propos de l'élection papale; elles étaient de force égale après les donations de Pépin, de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, qui avaient enrichi les prélats en les mettant en possession d’immenses domaines.

Toutes les visées des nombreuses factions tendaient à faire ou à défaire le pape.

La noblesse de Rome, les comtes de Tusculum en tête, représentait le parti national; ils voulaient un pape romain , inaccessible à la pression d’un roi de France ou d’un empereur d’Allemagne, pas même d’un roi d’Italie.

A cette époque l’élection d’un pape était donc la grosse affaire; c’était la clef de toute la poli-

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tique, le pape cumulant les fonctions de chef religieux, chef politique et chef féodal de Home.

« Les factions de la noblesse, dit l’historien Henri Léo, disposaient du siège de Saint-Pierre comme d’une compagnie de janissaires. »

Il y aurait à répondre que, de leur côté, les factions du clergé cherchaient à rendre la noblesse romaine vassale de ses évéques et des souverains étrangers; toujours est-il que chaque faction voulait avoir son pape : les chefs lombards, bourguignons, karolingiens, qui, après un combat heureux s’improvisaient sans façon rois d’Italie, les seigneurs romains qui exécraient ces rois d’un jour, ces restes de la féodalité française, enfin les souverains étrangers prenant pied en Italie en protégeant au détriment de la noblesse indigène un clergé corrompu.

Pour ne pas être accusé d’exagérer les débordements de ces temps barbares, l’historien a besoin de s’appuyer sur les témoignages des défenseurs de l’infaillibilité du saint-siège, des dignitaires con-

sciencieux de l’Église qu’on ne peut soupçonner de mauvaise foi, comme l’auteur des Annales de PEtjlise, le cardinal Baronius, à qui nous ferons cet * emprunt sur le neuvième siècle, appelé par les historiens, le siècle d' ignorance, et sur le dixième siècle, siècle de ji/mnO et de fer.

« Le neuvième siècle, a écrit Baronius, fut un temps de désolalion pour l'Église. Jamais ni les divisions, ni les guerres civiles, ni les persécutions des païens, îles hérétiques et des schismatiques, ne le firent tant souffrir que les monstres qui s’installèrent sur le trône de l’Église par la simonie et le meurtre. L’Église romaine était transformée en une courtisane éhontée, couverte de soie et de pierreries, ’ qui se prostituait publiquement pour de l’or; le palais de La Iran était devenu une ignoble taverne où les ecclésiastiques de toutes les nations allaient disputer aux filles „ d’amour le prix de la débauche.

« Jamais les prêtres, et surtout les papes, ne commirent tant d’adultères, de viols, d’incestes, de vols cl de meurtres; et jamais l’ignorance du clergé ne fut aussi grande que pendant celte déplorable époque. »

En effet, pendant les neuvième et dixième siècles, le saint-siège fut constamment occupé par des papes dont l’élection était due aux brigues les plus remuantes, et en dernier lieu à celles de cour-

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tisanes, comme Théodora et Marozia. De 878 à 936, de Jean VIII à Jean XII, petit-ûls de Marozia, vingtdeux papes montèrent dans la chaire de Saint- Pierre; la faction battue par l’élection vengeait sa défaite par la guerre à outrance, par la spoliation, par l’assassinat. Il n’y avait pas moins de compétition dans l’ordre purement politique, car dans l’espace de dix années, l’Italie eut trois rois et Rome quatre empereurs.

Au sein de cette corruption de l’Église et de celte impitoyable féodalité, la patricienne Théodora résolut de constituer son pouvoir en dominant les familles pontificales, et par elles les papes. La moitié de la besogne était déjà faite; sa naissance illustre, ses richesses, ses intrigues lui avaient assuré une véritable puissance à Rome; elle avait transformé en forteresses les tombeaux massifs des anciens Romains, où elle avait placé des nobles à qui elle avait donné les prémices de sa beauté. /Assuré du concours des principales familles do Rome, elle chercha en Italie un seigneur assez au-

dacieux pour emporter d’assaut le palais de Lalran,

et régner avec elle sur un pape à sa dévotion. Elle

donna ce rôle au brillant marquis de Toscane,

Adelbert le Riche. Cet Adelbert avait bien débuté. *

Le peuple toscan aimait en lui son désintéressement, sa bravoure, son équité, son humanité. Mais à l’exception de sa bravoure, ses autres qualités se fondirent, se volatilisèrent au feu dévorant de Théodora. Cette impérieuse maîtresse lui insuftla son ardente ambition et l’entraîna à s’armer contre Rome, au commencement de l’année 878, de concert avec le duc de Spolèle.

Grâce aux influences que Théodora s’était ménagées à Rome, Adelbert put s’emparer de la ville éternelle sans lutte acharnée. Le jour môme de sa facile victoire, il fit jeter Jean VIII avec les siens dans les cachots du môle d’Adrien, massif de pierres d’un diamètre de deux cent cinquante pieds, qu’on avait transformé en redoutable forteresse, et qui s’appelle aujourd’hui le fort Saint-Ange.

Les partisans de Jean VIII furent massacrés.

Quant au pape il réussit à s’échapper de la forteresse, se réfugia en Gaule, et présida à Troyes, en août 878, un concile, dans lequel il excommunia tous les factieux de Rome, le marquis de Toscane en tête. Les troubles étant apaisés, Jean VIII, aidé par Carloman, de Bavière, remonta sur son siège, et l’amant de Théodora, Adelbert, se vit dépouillé

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de son fief, qu’il reprit quelques années après son excommunication, dont il fut relevé.

L'issue infructueuse de la première tentative n’avait pas découragé Théodora; au contraire, l’événement la convainquit que la domination de Rome et de l’Italie devait revenir à la main assez forte pour tenir les deux anneaux de la chaîne féodale : la noblesse et la papauté. C’est vers ce but qu’elle dirigea de nouveau toutes scs forces. La débauche l’avait faite mère de deux tilles qu’elle rendit à la débauche, en les dressant à son rôle de grande courtisane de l’Église. En effet, Marozia et Théodora, obéissant aux suggestions et aux leçons maternelles, prirent leurs amants parmi les prêtres et les nobles influents.

Théodora la mère, d’une famille originaire de la Sabine, fut d’abord mariée à Constantin. Elle eut ensuite pour promaris connus Théophilacte, occupant la charge de nomenclateur près du siège papal, possédant des palais, d’immenses richesses à Rome; Jean, archevêque de Ravenne, et Adel-

bcrt, le fastueux marquis de Toscane, à qui appartenait le château Saint-Ange, et dont elle eut ses deux filles, Marozia et Théodora II.

« De cette manière, dit le cardinal Baronius, elle put dominer Rome. En prostituant ses tilles aux pontifes et aux nobles, elle déposa les pontifes légitimes et introduisit au siége/papal les violents et les scélérats, les pseudo-papes comme Sergius. »

Théodora I, nièce de Formose, se mit à la tôle de la faction qui soutenait ce pape contre celle de Sergius; car les factions se disputaient avec d’autant plus d’acharnement l’élection du souverain pontife que le pape élu distribuait à ses parents et à sa faction les rentes, les bénéfices et les richesses immenses de l’Église.

Pendant que Théodora la mère avait pris pour amant Jean, archevêque de Ravenne, dont elle devait plus lard faire un pape, Théodora la fille vivait publiquement avec son frère Pierre, archevêque comme lui. Quant à Marozia, encore plus belle que Théodora, et qui devait se montrer encore plus débauchée et plus ambitieuse qu’elle, sa mère la prostitua à Sergius III, qui fut nommé pape, et dont la faction triompha momentanément de celle de Formose. Théodora se réconcilia avec Sergius Agé de soixante ans, en lui livrant sa fille qui en avait dix-huit!

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Malheureusement la tiare ne devait pas seulement compter avec les grandes courtisanes, elle devait encore avoir l’agrément des conquérants; or, en 890, l’empire de Charlemagne s’étant complètement démembré, un audacieux bàt’ard, Arnoul de Carinthie, en avait ramassé un morceau; son épée victorieuse lui avait valu le titre d’empereur de Germanie.

Dès qu’Arnoul apprit que son protégé Formosc, évôque du Pont, avait été battu dans l’élection par les amis et les créatures de Sergius, il fondit comme un épervier furieux sur l’Italie livrée à la guerre civile, dévastée par les Sarrasins, menacée par les Grecs, et rétablit Formose, qui fut pape jusqu’en 897. A la mort de ce pontife de création germanique, Sergius, tenu en échec par l’inimitié d' Arnoul, s’entendit avec Adelbert pour pousser au trône pontifical Étienne VI.

Sous ce honteux pontificat d’Étienne VI, Sergius iet Marozia furent les vrais maîtres de Rome ; aussi la licence fut-elle à l’ordre du jour, et les scandales furent-ils nombreux. — « Les églises, dit l’évêque Luilprand, l’éclaireur de cette histoire, ne servent plus à la prière; on y joue des farces allégoriques (symbola); on y chante des airs licencieux; elles deviennent des lieux d’orgie et de prostitution. » ,

Étienne VI avait donné le branle à la licence en

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rejetant pour son compte toute retenue, tout sentiment de pudeur; il avait poiissé l'oubli de la dignité humaine jusqu’à faire ouvrir la bière, fermée depuis huit mois, de son ancien concurrent et prédécesseur le pape Forniose, dont le cadavre fut interrogé, jugé solennellement par un concile, insulté, dépecé et ignominieusement jeté dans le Tibre.

Cet acte de démence perdit Étienne VI; les Romains révoltés l’emprisonnèrent et l’étranglèrent. Le pape Romain, qui succéda à Étienne VI et qui passait pour être un des lils de Théodora I, ne valut pas mieux que lui; car, durant les six mois qu'il gouverna le monde catholique, il souilla la papauté par la fourberie, la simonie et le parjure.

Arnoill contenait la faction de Sergius et de Marozia, couvant toujours des yeux la tiare et n’osant encourir la colère du Germain avec le seul concours de Tarnant de la mère de Marozia, du vieil Adelbert, marquis de Toscane, qui lui -même était tenu en échec par Leulhbert, duc de Spolète. Dans le courant de l’année 908, Sergius et Marozia reçurent deux bonnes nouvelles qui leur rendirent leur liberté d’action : le meurtre de Leulhbert, assommé d’un coup de massue à la chasse par Hugues de Milan , et la fin de leur implacable ennemi Arnoul.

Dès que Sergius eut appris qu’à peine de retour

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en Germanie, Àrnoul était mort, certains historiens disent empoisonné, d'autres d’une maladie pédiculaire, il s’empara du château Saint-Ange (môle ‘d’Adrien) , où Marozia exerça despotiquement l’autorité royale. Le pape Christophe ayant été jeté dans un couvent, aucun obstacle ne s’opposait plus à ce que Sergius revêtît l’habit pontifical. En etTet, Sergius III fut proclamé pape et exalté.

De 910 à 918, Marozia régna en souveraine du haut de la tour massive du château Saint-Ange, appuyée par l’amant de sa mère, Adelberl, par son pro-mari (quelle avait épousé en 906), le marquis Alberich de Camerino, comte de Tusculum, qui, avec le titre de consul, avait le premier rang parmi les nobles, et par son amant Sergius occupant, au grand scandale de la chrétienté, le trône de saint

Pierre. Tout en vivant avec Sergius, Marozia avait

eu l’habileté politique de rester en parfait accord avec Alberich. Les partisans de la faction Marozia eurent à satiété de l’argent et de la puissance, tandis que ceux qui l’avaient combattue se voyaient traqués comme des bêtes fauves, mis à mort ou jetés dans un in-pace.

A la mort de Sergius, l’influence politique de Marozia baissa; ce fut celle de sa mère et de sa sœur qui prévalut. Théodora était à son automne ; ses charmes défraîchis ne troublaient plus les sens

des nobles et des prélats; aussi, comme toutes les femmes à leur déclin qui s’attachent obstinément à une dernière conquête, aimait-elle follement l'archevêque de Ravenne dont l'éloignement gênait sa passion; elle réussit à le» faire élire, et l’archevêque Jean devint le pape Jean, mais toujours passionné et Gros-Jean comme devant pour Théodora. L’amant en titre de Théodora la jeune, l’évêque Pierre, frère du pape, fut nommé son secrétaire particulier.

Malheureusement, les Sarrasins ne reconnaissaient pas plus le Christ que son vicaire. Pendant que l’oligarchie de quelques familles sénatoriales remplissait Rome de dissensions, pendant que les ambitieux s’emparaient tour à tour du château Saint-Ange pour faire et défaire les papes, les Sarrasins, postés en Provence, occupant la Corse, la Sardaigne et la Sicile, s’étaient avancés peu à peu au cœur de l’Italie. Profilant de la guerre civile, ils s’étaient emparés de la forte position du mont Gargano, cernant du côté du sud la Ville éternelle, qu’avec un peu d’audace ils pouvaient prendre. La situation devenant de jour en jour plus intolérable, il fallait en sortir. La chrétienté frémissait à la pensée que Rome pouvait devenir la proie des Sarrasins.

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