THÉODORA ET MAROZIA. OÏ
despotes de la tiare, de la couronne et de la débauche.
La petite République romaine avait un ennemi acharné dont la vengeance veillait chaque jôur à Pavie; c’était le roi qu’elle avait chassé, Hugues, forcé de dévorer son affront, attendant avec impatience le grand jour des représailles. Rodolf de Bourgogne, enhardi par son expulsion de Rome, l’avait de nouveau attaqué en 934 pour lui disputer la couronne d’Italie ; mais Hugues, grâce à l’entremise d'Hermengarde, sa sœur et excellente conseillère , avec laquelle il s’était réconcilié , désarma son ennemi par la concession de la Bourgogne méridionale. Libre de tout souci, le roi Hugues marcha sur Rome et, n’osant pas l’attaquer, il dévasta la campagne environnante. Alberich chercha à apaiser ce misérable pillard en épousant sa fille Aida. Son beau-père reprit bientôt ses dévastations; il signifia aux citoyens romains qu’elles ne cesseraient que lorsqu’ils lui ouvriraient leurs portes. Le consul Alberich, solidement retranché au château Saint-Ange, résista à toutes les machinations du roi Hugues, auquel il imposa l’humiliation d’une retraite définitive.
Alberich mourut en 934, sincèrement regretté des Romains, et avec raison, car son fils Octavius, son successeur, prêtre et comte de Tusculum, fut
aussi misérable, aussi corrompu que son père avait été grand citoyen ; il se conduisit en digne petit-fils de la courtisane Murozia. A la mort d’Agapet II, Octavius se fit élire pape et devint Jean XII. II déshonora par toutes sortes d’excès la première dignité ecclésiastique de la chrétienté. Il ne rêvait que chasses, chiens et chevaux; il avait pour les chevaux l’admiration d’un Caligula; aussi son écurie brillait-elle comme un palais, et ses chevaux étaient-ils nourris de pigeons, de noisettes, de pistaches, de raisins sers, de figues trempées dans un vin exquis, lin jour, au milieu d’un olïice, ses serviteurs viennent lui annoncer qu’une de ses cavales met bas; il abandonne le saint office, assiste à la délivrance de sa jument, se réjouit hautement de la beauté du poulain, et revient à l’autel achever sa messe.
Cet immoral pontife s’affichait avec les dames galantes de Rome; il avait transformé le palais de Latran en lupanar; sa réputation était si bien faite que les femmes et les vierges, craignant d’être enlevées et violées, n’osaient plus se rendre en pèlerinage au tombeau de saint Pierre...