ET GRÉGOIRE VII
Après avoir vu des courtisanes romaines corriger leur scandaleuse et indigne conduite par. une grande pensée d’émancipation nationale consistant à subordonner la papauté à l’autonomie et à l’indépendance de l’Italie, nous allons assister à l’effort d’une Bradamante chrétienne, d’une Madone armée de pied en cap qui, fascinée par le génie du moine Hildebrand, s’est dévouée aux intérêts temporels du saint-siège et lui a assuré cette puis-
sance politique que, pour le malheur de l’Italie, il rêvait depuis longtemps.
Les courtisanes impudiques de l’Église avaient une personnalilé vigoureuse; leur ambition profilait, jusqu’à un certain point, à l’indépendance nationale, tandis que la comtesse Mathilde de Toscane, malgré ses puissantes facultés, apparaît comme un reflet de la papauté, comme une grande ombre effacée derrière la chaire de Saint-Pierre. C’est la courtisane ascétique et servile de l’Église.
Ce n’est pas la grande Italienne qu’il aurait fallu l’appeler, mais la grande dévote ; elle est, en effet, l’ aïeule-née de toutes les femmes courbées jusqu’à terre devant l’Église, ayant renoncé à toute indépendance morale, à toute spontanéité, à toute individualité pour se faire accepter de l’ombrageuse et despotique autorité catholique. La comtesse Mathilde y fut si bien inféodée qu’elle ne combattit et ne vécut que pour les papes et la papauté, oubliant ou méconnaissant les vrais intérêts de l’Italie, absolument contraires à la domination temporelle et spirituelle du saint-siège.
Le moine Hildebrandcréa cette âme de dévoie et l’enflamma d’un céleste amour, d’une ardeur toute chrétienne.
Des historiens ont mis en doute les mœurs de la comtesse ; ils ont prétendu que son dévouement pour Grégoire VII n’avait pas été exempt de pas-
sion charnelle; ils ont môme affirmé qu’elle avait été sa maîtresse. Quand Mathilde de Toscane eut des relations suivies avec Hildebrand, il était âgé de soixante ans; ce pape, qui avait fait une révolution au sein d’un clergé dissolu, en instituant le célibat, aurait-il bénévolement donné l’exemple de la débauche? Son caractère, aussi bien que celui de la comtesse, repousse cette hypothèse.
En tout cas, si le pape et la souveraine de Toscane ne succombèrent pas aux tentations de la chair, ils firent tous deux un rêve irréalisable : la domination de la papauté sur toutes les nations et sur tous les princes du globe. A. ce songe-creux, à cette extase religieuse, à cette impossibilité morale et matérielle, Hildebrand sacrifia sa vie, Mathilde ses Étals. Mais leur idéal de théocratie et de domination temporelle devait subsister après eux et provoquer de longues, de sanglantes luttes.
Les historiens de la papauté qui ont accusé la comtesse de concubinat avec Hildebrand ne l’ont jamais connue en chair et en os ou n’ont pas vu
son portrait, car ils eussent hésité à formuler leur accusation.
Ce portrait en pied, exécuté par la princesse Mathilde d’après une miniature du manuscrit de Domnizo, figure un corps long et grêle que l’amour et la grâce ne semblent jamais avoir visités; la physionomie de la comtesse respire le courage, la résolution ; elle semble avoir les yeux fixés sur un christ, sur une pensée religieuse; relevant d’une main sa chlamydc et de l’autre un lis, elle est assise sur un coussin vert. Elle porte une couronne de fer, de forme conique, ornée de perles et de pierreries; le voile est blanc, la robe bleue ; sous des manches larges et bordées d’or apparaissent des manches rouges. Le manteau est rouge, avec une large bordure d’or semée de pierreries; les chaussures sont de drap d’or.
« Grégoire VII, dit l’apologiste exalté de la grande Italienne , M. Amédée Renée, trouva dans Mathilde les trésors d’affection qui réparent les fatigues du génie , une de ces belles amitiés de femme où l’âme de ces grands lutteurs aime à se reposer un instant. »
Ces lignes contiennent-elles la vérité sur les relations de Mathilde et d’Hildebrand? Furent-ils unis par un amour platonique, mystique, ou par un amour de concupiscence? Le doute est permis. M. Petruccelli délia Gatina [flist. dipl. des Con-
dans) dit que Grégoire VII eut le délire de la monarchie universelle, mais que rien de tendre n’adoucit sa nature : « La comtesse Mathilde ellemême fut pour lui une insomnie stérile d’intérêt, qu’il exploita, mais n’aima point, qu’il éblouit et dupa comme dévote, ne chérit pas comme femme. »
Dans ses missions, Hildehrand avait connu de bonne heure la future souveraine de la Toscane et l’avait échauffée d'un beau zèle pour l'Église.
D'ailleurs, le dévouement à la papauté était pour Mathilde une tradition, une reconnaissance de famille. Prisonnière de l’empereur d’Allemagne, Beatrix, sa mère, avait dû sa délivrance à l’entremise bienveillante, à l’intercession du pape Victor II.
Encore toute jeune (giovinelta), quoiqu’elle eût quinze ans à peine, Mathilde n’hésila pas à ceindre l’épée, à marcher aux côtés de son beau-père et de sa mère, au premier rang de l’armée de Toscane, lorsque les Normands menacèrent le saintsiège.
Mais elle fit à l’Église un sacrifice plus grand encore, celui de sa virginité, de ses sentiments les plus intimes. Le mari de Béalrix, le vaillant Godcfroi de Lorraine, avant de prendre le commandement de l’armée, exigea que sa belle-fille s’engageât, la campagne terminée, à épouser son fils
Goffredo il Gobbo (Godcfroi le Bossu), l’héritier de Lorraine.
Malgré sa répugnance instinctive pour le mariage, dont la tranquillité de ses sens ne lui inspirait aucunement le désir et dont son idéal chrétien la détournait, la jeune Mathilde accepta celte dure condition; elle sacrifia ses répugnances sur l’autel de l’Egfise. Mais avant d’être épouse, elle devait être héroïne.
Mathilde donna les premières preuves de sa virilité chrétienne , selon l’expression pittoresque d’un chroniqueur du temps, en repoussant le Normand Guiscard , le chef de ces aventuriers que le saintsiège avait décidé à combattre en Campanie et visà-vis desquels il s’était engagé à leur donner l'investiture de cette province. Mais le pape, réfléchissant un peu plus tard au danger d’installer en Italie ces dangereux conquérants, avait manqué de parole aux Normands, qui , sans plus de façon, marchèrent sur Rome pour la mettre à sac. L’armée de Godefroi de Lorraine et de Mathilde sauva Alexandre II de ses redoutables amis. Les Nor-
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mands se retirèrent, découragés et battus, à la suite de dix-sept jours d’engagements acharnés.
Après la victoire, la défaite; après la défaite, le mariage. Dans le courant de l’année 1068, Godefroi le Bossu vint à Lucques, où l’on célébra pompeusement l’union des héritiers de Toscane et de Lorraine. Quelques mois après ce mariage politique, les deux époux se séparaient. Il parait que Mathildeauraitobstinémentrefusé àGodefroi le Bossu la consommation du mariage en lui opposant un vœu de virginité prononcé devant le saint-père. Godefroi trouva l’échappatoire de mauvais goût. Il voulut forcer la vertu de sa femme, et il en résulta une lutte fâcheuse entre les deux époux, dont les détails ne sont pas restés ; certaines versions affirment que Mathilde obtint un divorce; d’autres, au contraire, prétendent qu’ayant traîtreusement attiré son mari au bord d’un lac, elle l’aurait assassiné. Ce qu’il y a de certain, c’est que Godefroi le Bossu, d’une nature chevaleresque, brave et emportée, prit en horreur les dévotes, la dévotion et l’Église. Il se retira à la cour de Lorraine. En haine de sa femme vierge et de la papauté, il embrassa chaudement le parti d’Henri IV contre Grégoire VII, que soutenait la comtesse.
On ne sait comment cet infortuné mari succomba, on croit qu’il fut assassiné à Anvers en 1076.. II mourut presque en même temps que la mère de
Mathilde, devenue ainsi souveraine’ et héritière du duché de Toscane, des comtes deiModèrie, Re’ggio, Mantoue, Fétrarc et Crémone.
La comtesse, délivrée de son mari, maîtresse ab- 1 solue de ses actions, allait enfin pouvoir se dévouer corps et ûmc à son père spirituel Grégoire VII qui la comblait de joie en ne l’appelant jamais que la fille de Pierre.
Ce secours venait bien à propos au pape, car il avait engagé la lutte à la fois contre les clercs et contre les laïques, contre les débordements de l’Église et contre les prérogatives de la cou* • ronne.
Il avait d’abord fallu réformer les mœurs du clergé dont les relations du temps nous peignent les honteux désordres.
« Ces prêtres vaillants, ces évêques en cottes de mailles, ditM. Amédée Renée, portèrent lesmœurs du siècle dans le sanctuaire. Ils y firent entrer leurs femmes, leurs concubines, et l'abus fut si général et parut si naturel que les fidèles n’avaient plus même l’idée d’un prêtre célibataire, et que dans beaucoup
de paroisses on voulait une concubine au, curé. Ges concubines s’élevèient par degrés ^au rang d’épouses. Elles suivaient leurs maris à l’autel etprenaienl publiquement le litre de prêtresses. »
Sa milice de moines et de clercs célibataires formée, Grégoire se donna tout entier à l'organisation de sa théocratie ; il ne songea plus qu’à établir la suprématie, de la tiare sur la couronne, du pouvoir spirituel sur les puissances temporelles, de l’Église sur les empires. Un simple décret lui suffît pour constituer les royautés vassales de la cour de Rome. Il fit décréter par un concile qu’aucune fonction ni aucun bénélice ecclésiastique ne devaient jamais être conférés par un laïque. En vertu de ce droit d’investiture, le pape reléguait les empereurs au second rang et prenait leur place; il jetait l'anarchie au sein des États en tenant sous sa main ses clercs et ses évêques, qui ne faisaient plus partie intégrante d’un État; en disposant de son clergé comme d’une armée toujours prête à frapper un souverain dont la soumission aux ordres du saint-siège n’aurait pas été absolue.
Henri IV sentit vivement ce coup de stylet de Grégoire VII. L’empire germanique, qui depuis deux siècles dominait la papauté, et par la papauté l’Italie, était frappé au. cœur. Henri répondit uu * concile d’Uildebrand par un autre concile d’évêques allemands et lombards; iis condamnèrent les pré-
tentions papales et autorisèrent l’empereur à la résistance; Grégoire fulmina aussitôt ses excommunications contre Henri et ses soutiens. Mais la féodalité bardée de fer pliait diflicilemenl devant les foudres et les canons de l’Église.
En même temps que l’Empereur résistait aux injonctions du sainl-siége, le fils du préfet de Rome, Cencius, se rappelant l'héroïsme de ses ancêtres et poursuivant l’établissement de la République romaine, ourdit contre Grégoire VII une conspiration dans laquelle trempèrent des émissaires d’Henri IV, de Robert Guiscard et de l’évêque Guibert, et beaucoup d’autres excommuniés.
En ces beaux temps du moyen âge, on mettait hors la société des fidèles et on appelait excommuniés les partisans de la liberté politique et les ennemis du despotisme papal, comme on appelle aujourd’hui révolutionnaires les partisans des droits politiques. Sans doute, cette coalition renfermait un certain nombre d’éléments impurs. Guiscard et ses Normands, lésés par le saint-siège, ne rêvaient que vengeances, conquêtes et richesses. Henri IV lui—
même, tout en défendant avec raison sa couronne contre les empiétements de l’Église, ne renonçait nullement à son inique domination sur ritalie. Mais Tendus, le républicain excommunié, avait formé de toutes ces oppositions, de toutes ces révoltes, un faisceau qu’il croyait assez fort pour abaisser la papauté et pour lui permettre de reprendre la tradition des consuls républicains, des Cenci, des Alberich, dont leselTorts constants avaient tendu à confiner les papes dans leur exercice spirituel, à annuler leur pouvoir politique au profit des libertés romaines.
Une veille de Noël de l’année 1075, Cencius rassembla tous ses conjurés et leur donna l’ordre d’enlever le pape qui devait célébrer la messe de minuit dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure.
En effet, à la fin de l’office, et protégés par une pluie battante, les conjurés pénétrèrent en poussant des cris dans la basilique, enlevèrent Hildebrand de l’autel et l’emmenèrent dans la tour où Cencius s’était fortifié.
Bientôt on entendit sonner le beffroi appelant au Capitole le peuple et les partisans de Grégoire. Ils vinrent battre à flots pressés la tour de Cencius. L’attaque à peine commencée, les conjurés faiblirent et lâchèrent pied. Cencius, après avoir rendu la liberté au pape, dut lui -môme battre en retraite avec sa courageuse femme, ses enfants et
une poignée de braves restés fidèles à sa mauvaise fortune. Cet excommunié fit payer cher sa défaite aux moines, aux couvents, à tous les partisans de la papauté qu’il rencontra sur son passage. Il ne leur fit aucun quartier.
Grégoire VII mit la terreur sacrée à l’ordre du jour. Il anathématisa de nouveau les révoltés de Rome, ainsi qu’il appelait les républicains de Gencius, Guiscard et surtout l’empereur d’ Allemagne. Il réunit à Rome un concile qui déclara Henri IV dépossédé de sonlrône et appela tous ses sujets à la rébellion; l'Empereur répliqua au Pape en le faisant déposer par desévéques allemands et lombards dans la diète tenue à Worms en 1076.
Voici la sentence de déposition de Grégoire VII telle que la donne Du Plossis-Mornay dans son Mystère d’iniquités :
« Hildebrand, qui se nomme Grégoire, est le premier qui, sans nostre consentement, contre- la volonté de l’empereur romain établi de Dieu, contre la coutume des majeurs, contre les lois, par sa seule ambition, de longue main continuée, a envahy la papauté. Il veut faire tout ce qui lui vient en la teste, licite ou illicite qu’il soit. C’estun moine apostat qui abastardil la sainte théologie par nouvelle doctrine, accommode les saintes lettres par ses fausses et forcées interprétations à ses affaires, divise la concorde du collège, pesle mesle
choses sacrées et profanes, pollue également l’un et l’autre, ouvre ses oreilles aux diables, auxmesdisances des méchants; lui-mesme témoin, juge, accusateur et partie. il sépare les maris des femmes, préfère les filles publiques aux . femmes de bien, les paillardises, incestes, adultères aux chastes mariages ; mutine le peuple contre les prêtres, la populace contre les évéques, veut faire croire que nul n’est bien consacré que qui a mendié la prêtrise ou l’a acheptée de ses sangsues. Il trompe lo vulgaire par une religion simulée, le fraude, le pipe; en un cabinet de femmelettes traite les sacrés mystères de la religion, dissoud la loi de Dieu, entreprend la papauté et l’empire, criminel de lèse-majesté divine et humaine, qui veut oster la vie et l’Estat à un sacré Empereur, à un très bon prince ; pour ces causes, l’Empereur, les évêques, le sénat et le peuple chrétien le déclarent déposé et ne veulent plus laisser les brebis du Christ en la garde d’un tel loup. »
,,Les feudataires de l’empire allemand, désireux d’augmenter leur . puissance, profitèrent de ces
troubles; ils se révoltèrent contre Henri IV et s’assemblèrent à Tribur, près de Mayence, afin d’organiser leur résistance.
Abandonné de ses vassaux, devenu un objet d'horreur pour ses sujets, pour cette populace imbécile du moyen âge qui fuyait les excommuniés comme la peste, l’empereur dut capituler et accepter la plus terrible humiliation que jamais souverain ait subie. Il partit de Spire à pied, accompagné de l’impératrice et d’un serviteur. Ayant franchi les Alpes au milieu des plus grands dangers, il arriva àCanossa. Après avoir attendu trois jours à jeun, et couvert d’un cilice, le bon plaisir du saint-père, il s’écria plusieurs fois devant une assemblée au milieu de laquelle trônait sa cousine Mathilde : « Grâce, saint-père! grâce pour moi, père miséricordieux! Je te la demande du fond du cœur. »
C’était en janvier. Il faisait un froid rigoureux ; en voyant ce puissant empereur en larmes, grelottant et presque nu, Hildebrand daigna laisser tomber ces paroles : «Assez, assez! » Il releva Henri IV de l’excommunication et l’admit à la communion.
Grégoire VII était satisfait; il avait abaissé jusqu’à terre la puissance impériale sous la mule papale; il avait publiquement délié le saint-siège de son antique obéissance aux Césars allemands et franco-carlovingiens; le règne de la théocratie était inauguré, et tout pouvoir purement politique
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devait baisser pavillon devant l’autorité religieuse, devant la suprématie de l’Église concentrée dans la papauté dont l’Italie n’était que la vassale.
Mais précisément cette triomphale outrecuidance d’Hildebrand lui suscita beaucoup d’ennemis. Les nombreux excommuniés de ce temps, les héros de la féodalité militaire, ainsi que les clercs furieux de s’être vu enlever par l’institution du célibat ecclésiastique la jouissance de leurs femmes, entrèrent qui ouvertement, qui sourdement, dans le parti de l’Empereur.
Henri se retira la rage et la révolte au cœur. Hildebrand n’était pas un homme politique ; autrement il eût compris qu’on peut tuer ses ennemis, mais qu’il faut bien se garder de les humilier. Dès que l’Empereur eut gagné la frontière, il donna l’ordre à ses affidés de suivre le pape en tous lieux et de l’enlever.
La comtesse Mathilde déjoua heureusement celle trame ; elle entra avec Grégoire à Rome au milieu des acclamations qui saluèrent le pape-roi et la sainte fille de Pierre.
L’Allemagne et l’Italie furent dès lors partagées en deux camps ennemis peuplés d’adversaires implacables : celui du Pape et celui de l’Empereur. Pour soutenir la tyrannie politique de l’un et le despotisme religieux de l’autre, les peuples de la Germanie et de l’Italie devaient s’entr’égorger, sans
trouver aucune issue à leurs débats, sans espoir de réconciliation ou d'entente possible, puisque le parti républicain de Rome, le seul qui eût assuré la paix et la liberté en dominant le pouvoir papal, éternel sujet d’inquiétude pour les souverains d’Europe, avait succombé dans sa dernière tentative révolutionnaire avec Cencius.
L’arène est donc ouverte, et nous allons voiries champions delà féodalité et de la papauté se porter de terribles coups dont le résultat le plus clair sera l’alTaiblissement des nations allemandes et italiennes.
D’une activité gigantesque pour exécuter son programme d’abaissement des souverains, Grégoire VII excommunia le roi de Bohème, Boleslas, et intima l’ordre impérieux aux rois d’Angleterre et de France de se montrer plus dociles vis-à-vis du saint-siège. Il avait envoyé à la diète d’Àugsbourg des légats chargés de demander la déposition de Henri et de couronner empereur d’Allemagne Rodolphe, duc de Souabe, fils soumis .de la pa-
pauté; tout se passa selon ses désirs. Rodolphe prit la couronne des mains des légats.
Non moins rapide dans sa vengeance que Grégoire VII et rendant coup pour coup, Henri IV avait suscité en Lombardie un synode provincial qui analhématisa le pape, après avoir solennellement reconnu comme souverain pontife Guibert, métropolitain de Ravenne, sous le nom de Clément III.
La guerre ainsi déclarée, les armées d’Henri et de Rodolphe se rencontrèrent en Saxe, à Mersebourg, sur les bords de l’Elster. L’Empereur donna les preuves de la plus grande vaillance; mais ses soldats battus allaient l’abandonner lorsque Godefroi de Bouillon renversa Rodolphe d'un coup de lance dont il mourut presque aussitôt en exprimant les regrets de sa félonie envers son souverain.
L’armée que l’Empereur avait envoyée en Italie sous le commandement de son fils* avait été encore plus heureuse que celle de Saxe, car elle avait battu sans coup férir les soldats de Mathilde à Volta, près de Manloue.
A la réception de cette bonne nouvelle, Henri . s’empressa de rejoindre son fils et de marcher sur Rome, où Mathilde s’était enfermée avec son cher pape Hildcbrand. Tous deux, le saint-père et la sainte fille, firent pendant deux années une défense vraiment héroïque, tenant en échec les troupes impériales et repoussant leurs assauts multiplié"*.
Au milieu de ces combats on pouvait voir l’antipape Guibert et le pape Grégoire VII se battant comme deux lions sous les murs de Rome. Cet épisode peint bien le moyen âge féodal et catholique.
Furieux de celte résistance inattendue, Henri porta la dévastation dans les États de Mathilde ; la comtesse dut sortir de Rome et venir défendre son bien. Mais elle avait laissé dans la Ville éternelle ses meilleures troupes.
L’Empereur ne pouvant forcer les portes de Rome ni celles des forteresses du haut desquelles les soldais de la comtesse le bravaient impunément, changea de tactique. Adoptant celle de Philippe de Macédoine, il chercha à s’entendre avec les principaux citoyens de Rome, fatigués des malheurs que le pape avait attirés sur leur ville. Henri leur lit passer de l’argent et des présents. Les Romains supplièrent Grégoire de rengainer ses foudres et de pardonner à l’Empereur; il resta inflexible. Enfin, quelques jours avant Pâques, des habitants ouvrirent la porte de Lalran à Henri, qui entra à Rome avec l’antipape Guibert dont il reçut publiquement la couronne impériale, pendant que le vrai pape abandonné, renié, s’était retiré au château Saint-Ange, en compagnie d’un certain nombre de dévoués et de fidèles.
Grégoire VII en détresse appela à son secours
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les Normands; c’était la perte de Rome. En effet, cette troupe de mercenaires parmi lesquels se trouvaient des Grecs, des Sarrasins toujours commandés par Robert Guiscard, ces étranges soutiens du saint-siège s’abattirent sur Rome comme des affamés sur une riche proie. A leur approche, Henri leva le siège. Rome fut faiblement défendue; les amis de la papauté mirent tout à feu et à sang.
« La ville entière fut mise à sac, dit l’auteur catholique Amédée Renée, les monuments anciens, les palais, les quartiers furent incendiés. La population eut à subir tous les outrages auxquels pouvaient s’attendre les villes prises d’assaut par les Barbares ; les plus brutales passions furent assouvies jusqu’au sein des monastères, et une partie des habitants furent emmenés comme esclaves. »
Grégoire YII assistait du haut de la tour Saint- Ange à ces scènes de deuil et de massacre sans pouvoir ou sans vouloir les arrêter. Il sortit de la Ville éternelle, devenue une nécropole, comme au temps d’Alaric, en compagnie des Normands, ces sauvages défenseurs de l’Église. Sous la protection de leurs lances, il se rendit à Salerne ; ses cardinaux et son clergé l’y suivirent.
Ainsi la splendide cité romaine dut à la papauté une ruine matérielle dont elle ne s’est jamais relevée.
vin
Malgré la nouvelle îles succès militaires que la courageuse fille de Pierre venait de remporter h Sorbara sur les Germains, Hildebrand fut envahi au fond de sa retraite de Salerno par une tristesse que ne put vaincre la donation au saint-siège de tous les États, de tous les biens de Mathilde. Le souvenir de Rome en cendres le poursuivait comme un remords. Après avoir rêvé l’humiliation de tous les souverains et le vasselage de tous les peuples devant la papauté, Grégoire Vil se voyait réduit à être le pape des Normands qui le gardaient à vue, presque à l’état de prisonnier. Sans la fidélité d’une femme courageuse, sans l’inaltérable affection de la fille de Pierre , ce pape autrefois si redouté eût été massacré par les Italiens et par les Allemands, indignés des fléaux que ses orgueilleuses prétentions avaient déchaînés. Tant de sang répandu, tant d’excommunications lancées, tant de ruines accumulées, tant d’elîorts dépensés pour se voir acculé à l’impuissance, captif et presque ridicule au milieu de Grecs et de Normands, de sauvages déprédateurs et de vils merce-
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naires! telle était la fin du rêve du moine Hilde— brand.
A cette heure d’examen de conscience , quel
monologue sortit de la bouche de cet homme au-
trefois maître du monde, quelles pensées, quels sentiments bouleversèrent son esprit et son cœur? Nul ne l’a su.
Cependant il ne douta pas un seul instant de la bonté de sa cause.
« Mes travaux ne comptent pour rien, disait-il, en levant les yeux au ciel, mais j’ai aimé la justice. »
Et il répétait le verset du Psalmiste : « J’ai aimé la justice et haï l’iniquité, c’est pourquoi je meurs en exil. »
Oui, il avait raison d’interroger un ciel inclément, de lui demander pourquoi le Dieu des batailles, le Dieu de Moïse et de Josuô n'avait pas assuré la victoire à l’oint du Seigneur.
Il avait vaillamment combattu au nom des intérêts les plus sacrés de l’Église; il avait été courageux et logique jusqu’au bout. En effet, au point de vue supérieur où il devait se placer, un dilemme s’imposait à son esprit. Ou l’Église n’était rien, ou elle était tout; ou elle possédait la vérité absolue, ou elle renfermait l’erreur. Si, comme il en avait la foi, elle était le salut, le Verbe de l’humanité, la conscience du monde, le phare
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des nations, elle devait mettre le pied sur la tête des rois et des peuples, leur enseigner la voie droite et les forcer d’y marcher sous sa direction.
Guidé par ces principes, par cet absolu, Grégoire VII écrivait à Herman , chef du clergé de Metz :
« Quant à ceux qui prétendent que les rois ne sauraient être légitimement déposés par les papes, je les renvoie aux paroles et aux exemples des Pères, et ils apprendront que saint Pierre a dit : « Soyons toujours prêts à punir les coupables, quel que soit leur rang. » Qu’ils considèrent les motifs qui ont engagé le pape Zacharie à déposer le roi Childéric et à relever tous les Francs de leur serment de fidélité. Qu’ils apprennent que saint Grégoire, dans ses décrets, non-seulement excommuniait les seigneurs et les rois qui s’opposaient à l’exécution de ses ordres, mais encore qu’il les privait de leur puissance. Qu’ils n’oublient pas que saint Ambroise lui-même a chassé du temple l’empereur Théodose en l’appelant profane, sacrilège et meurtrier.
« Peut-être ces misérables esclaves de rois voudraient-ils soutenir que Dieu, lorsqu’il a dit à saint Pierre : «Paissez mes brebis,» en a excepté les princes. Mais nous leur démontrerons que le Christ, en donnant à l’apôtre la puissance de lier et
de délier les hommes, n’en a excepté aucun. Le saint-siège a le pouvoir absolu sur toutes les choses spirituelles, pourquoi ne gouvernerait-il pas également les intérêts temporels? Dieu règne dans les cieux; son vicaire doit régner sur le monde entier. Cependant des insensés prétendent que la dignité royale est au-dessus de la dignité épiscopale; ils ignorent donc que le nom de roi a ôté inventé par l’orgueil humain, et que le titre d’évêque a été constitué par le Christ. Saint Ambroise affirme que l’épiscopat est supérieur à la royauté, comme l’or est supérieur au plus vil métal. »
Pour bien connaître les idées théocratiques d’Hildebrand, il faut lire le recueil de ses maximes et de ses doctrines intitulé Dictatus Papæ , et dont voici un des principaux passages :
« Il n’y a qu’un nom au monde, celui du pape; lui seul peut employer les ornements impériaux; tous les princes doivent baiser ses pieds; lui seul peut nommer ou déposer les évêques, assembler, présider et dissoudre les conciles. Personne ne peut le juger, son élection seule en fait un saint; il n’a jamais erré, jamais à l’avenir il n’errera; il peut déposer les princes et délier les sujets du serment de fidélité, etc. »
Et encore :
«L’Église romaine est fondée par Dieu seul. Le seul pontife romain peut se dire universel ; il peut
seul déposer les évôques et les replacer sur leurs siéges 4 etc.»
La théocratie de Grégoire VII, loin d’êire un échafaudage de son imagination ou de son ambition, tenait aux entrailles mémesde la chrétienté, à l’enseignement des premiers Pères de l’Église. Le monde idéal commande le monde terrestre, le prêtre le laïque; les maîtres des cieux sont les maîtres de la terre, les possesseurs des âmes, ont tout droit sur les corps, voilà qui est irréfutable. Hil— debrand ne succomba donc pas, comme il l’a dit, pour avoir aimé la justice, car la justice suppose une doctrine de liberté, d’équilibre universel, de bon sens philosophique et de science humaine complètement contraire au système catholique, mais il périt pour avoir obéi, à la logique de sa situation.
La justice est toujours subordonnée , à la justesse et à la vérité des conceptions. Sans doute, Hildebrand était, relativement à la conception catholique, dans la justice et dans la vérité lorsqu’il défendait la suprématie de l’Eglise,. la supériorité
du spirituel sur lé temporel; mais ce qui n’était ni juste ni vrai, c’est la conception fausse de l’Église, c’est son dogme erroné.
Si Grégoire VII ne se fût pas piqué d’une fidélité scrupuleuse à l’esprit du christianisme, il n’eût pas institué le célibat qui lui valut l’inimitié de la plupart desévêques, ni créé les investitures qui lui aliénèrent la féodalité et le rendirent odieux aux souverains.
Ses successeurs, à quelques exceptions près, se gardèrent bien de suivre son exemple. Abandonnant la logique religieuse pour la logique politique , ils sacrèrent le despotisme des princes de la terre en échange de leurs donations, de leur appui temporel ; ils composèrent avec l’erreur au moyen de pragmatiques sanctions, de concordats, de concessions mutuelles; ils firent des puissances pontificales et royales, de l’autorité politique et de l’autorité religieuse , de la monarchie et du saintsiège autant de barricades contre les intérêts légitimes des peuples ; ils ne s’entendirent avec les souverains que pour mieux passer la corde au cou des libertés, des droits politiques des nations. N’osant mordre les princes, les papes furent, selon l’éloquente expression de Grégoire Vil, pareils à des chiens qui n’osent pas aboyer devant le loup ; et si l’on excepte Innocent III, Grégoire IV, Innocent IV, Boniface VIII, aucun autre n’osa repren-
dre les foudres d’Hildebrand, ni répéter ses vigoureuses allocutions, dans le genre de celle-ci, par exemple :
« Qui ne sait que l’autorité des rois et des chefs de l’État vient de ce que, ignorant Dieu, livrés à un orgueil, à une cupidité sans frein, ils ont, à l’aide du prince du mal, de Satan, prétendu dominer leurs égaux, c’est-à-dire les hommes, par l’insolence, les rapines, la perfidie, les homicides, enfin presque tous les genres de scélératesse? »
Consumé de colère, mais inébranlable dans son absolutisme Ihéocratique, dans ses idées d’universelle domination, Hildebrand mourut le 25 mai 1085, en maudissant l’Empereur et l’antipape, en excommuniant tous les ennemis de la fille de Pierre. Il avait caressé le projet des croisades ; mais les ravages de.l’incendie qu’il avait allumé en Occident ne lui permirent pas de le porter en Orient. Une idée fausse qui envahit le cerveau d’un homme de génie, est une cause de désordre et de malheur pour le monde entier. Ainsi Grégoire VII ne recula devant aucune conséquence de sa théorie absolutiste, mais son point de départ étant faux, il roula jusqu’à l’abîme.
Hildebrand était lame et la pensée de la belliqueuse Mathilde ; aussi sa mort l’abattit plus qu’une défaite. Le malheur la frappa à coups redoublés ; car, peu de jours après Grégoire VII, s’éteignait le principal conseiller de la comtesse, l’évéque Anselme, qu’elle appelait Y Ange du grand conseil ! La fille de Pierre gardait toujours à ses côtés un ministre de Dieu, un dignitaire de l’Église. Lorsque la retraite de Salerne lui enleva Hildebrand, elle retint Anselme auprès d’elle. Un des chapelains de cet évéque, nous apprend que « dame Mathilde fut maintes fois guérie de divers maux par sa seule bénédiction. » — «Elle sentait sortir de lui, disaitelle, comme une force du dedans, à ce point, que le mal semblait fuir, rien qu’à son geste ou à son toucher .»
Cependant, la comtesse reporta sur l’Église l’amour ardent et extatique que lui avaient inspiré Anselme et Grégoire. La mort d’Hildebrand lui faisait une situation fort perplexe. L’antipape Guibert, soutenu par les troupes d’Henri IV, occupait toujours Rome; il y avait urgence à lui opposer un
vrai pape, de la façon de madame Mathilde; caries Romains qui avaient pris en haine Grégoire VII, le destructeur de leurs villes, s’habituaient parfaitement à Guibert, actif, entreprenant, tolérant, excellent administrateur.
Les évêques de la haute Italie élurent un pauvre abbé du Mont-Gassin, très-rétif à la dignité pontificale, quoiqu’il eût été désigné par Hildebrand, à son lit d’agonie. Mais l’élection était insignifiante; le problème à résoudre, c’était la consécration, l’installation. L’abbé du Mont-Cassin, qui prit le nom de Victor III, entra piteusement à Rome, derrière les soldats de Gisulfe, prince de Salernc, qui eut beaucoup de peine à s’emparer de l’église Sainte-Lucie, où le nouveau pape fut installé tant bien que mal, au milieu de la lutte, soutenue par les partisans de Guibert.
Victor III effrayé s’enfuit au Mont-Cassin. En vain, la comtesse lui écrivit que c’était un sacrilège d'abandonner la chaire de Saint-Pierre à la profanation de l’antipape Guibert, et qu’il fallait à tout prix rentrer à Rome. Sourd à ces appels delà belliqueuse madone de l’Italie, il ne sortait pas des profondeurs de sa retraite.
Mathilde lui intima l’ordre de se rendre à Rome, en lui disant quelle y arriverait en même temps que lui, à la^lête de son armée.
« De même que Jeanne d’Àrc à Reims marchait
l’épée hante dearant'Son^’oij'dU M. Rënée, ainsi Mathilde, »à la tête de ses soldats, précédait le pape<, et lui ouvrait les portes ‘de Rome,' Elle élaità la fois l'âme et le bras ;■ elle était commeda papauté elle-même. 1 »* »
Les Rdmains défendirent vaillammont le saintpère, que les partisans de Grégoire flétrissaient de la qualification d’antipape; enfin le vrai pape put être conduit^ sur les cadavres des citoyens, et, au milieu de l’incendie, au château Saint-Ange. L’indomptable et persévérant antipape ne se découragea pas. Il porta la guerre au sein des États de Mathilde; cette diversion força la comtesse à voler au secours de la Toscane,- en pleine révolte contre son pouvoir. Le pusillanime Victor III s’enfuit de Rome sur les talons des soldats de Mathilde; il alla se réfugier à son abbaye du Mont-Cassin; il y mourut de vieillesse et de peur, après avoir prêché contre les Sarrasins la première croisade, réalisée sous le pontificat d’Urbain II, son successeur.
Urbain II montra plus de résolution que l’abbé du Mont-Gassin; il renouvela l’anathème d’Hilde-
brand contre l’empereur d’Allemagne, contre l’anti- * pape Guiberlet leurs partisans. Mais ces anathèmes, trop souvent répétés, paraissaient émoussés aux yeux des populations italiennes, lasses des désordres de la papauté. La Toscane n’était guère plus sympathique à la fille 3e Pierre; elle aurait voulu se débarrasser de la pieuse comtesse, épuisant le pays en impôts et en levées d’hommes nécessaires pour combattre, tantôt les troupes de l’antipape, tantôt celles d’Henri IV. Le pape, voyant faiblir les ressources de la comtesse, lui conseilla de se fortifier, en accordant sa main au jeune duc Guelfe de Bavière.
L’intrépide Mathilde avait bien voulu se marier’ avec l’Église, mais non avec tous ses partisans ! Poursuivie par le fils aîné du conquérant de l’Angleterre, Robert Courte-Heuse, puis par un autre Robert, chef d’aventuriers normands qui avaient débarqué en Toscane, elle les avait éconduits avec toute la politesse possible, en leur opposant sa résolution bien arrêtée de rester veuve et vierge. Cependant Urbain II eut raison de sa résistance ; il lui ordonna ce nouveau sacrifice au nom des intérêts menacés de l’Église. Mathilde attristée, mais toujours esclave des volontés des papes, s’inclina, et la fille de Pierre épousa à quarante ans un duc ’ de vingt ans.
L’empereur Henri IV, très-inquiet des consé-
quences politiques de celte union, franchit les Alpes et descendit en Italie. Mathilde se réfugia aussitôt derrière les murailles de sa forteresse de Mantoue. En môme temps qu'Henri voyait scs soldats arrêtés par les remparts des places fortes de la Toscane, des intrigues suscitées par Urbain II et Mathilde organisaient la trahison à son foyer.
L’impératrice Berthe Praxedis était comme Mathilde une dévote dont le cœur s’était depuis longtemps détaché de l’excommunié Henri. Des scènes violentes s’étaient élevées entre les époux. Henri IV, si l’on ajoute foi aux calomnies propagées par son . fils, rallié à la cause de Mathilde et du pape, aurait agi en Néron. 11 aurait livré sa femme à la luxure de ses courtisans, et, afin d’obtenir le divorce, il aurait préparé une intrigue, une scène de viol arrangée de façon à rendre publique la honte de l’impératrice. Connaissant cet aimable intérieur, le pape et la comtesse cherchèrent à envenimer des rapports déjà trop tendus; ils envoyèrent en Allemagne des affidés auxquels l’impératrice et son fils aîné prêtèrent l’oreille.