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deux autour de l’abattoir Montmartre. Sans cela Mohican fût mort depuis longtemps d’éthisie.
L’été, les jardins étaient entretenus par un pauvre homme de Clignancourt, qui donnait cent francs par an à M. Benoît pour acheter la clientèle de ses locataires. L'hiver, quand les marchands amis de la villégiature avaient pris leur volée, qui vers la rue aux Ours, qui
ÿ vers la rue Baudoyer, M. Benoît restait seul avec son
chien Mohican.
Il employaï' la mauvaise saison à fabriquer des affiches manuscrites pour annoncer ses locations, et à réparer tant bien que mal ses divers logis. M. Benoît s’était fait peintre, menuisier, poêlier-fumiste, serrurier, couvreur, etc. A Montmartre, il passait pour être trèsriche. Ses voisins disaient qu’il faisait tout cela pour s'amuser.”
T1 ne fréquentait personne. Son chien Mohican mordait tout le monde.
Ce matin-là, M. Benoît Loyn s’était levé à cinq heures juste, suivant son habitude. Il était aussi matinal que laborieux. Une petite chandelle de suif de douze à la livre éclairait sa chambre à coucher, dont ellle ne pouvait égayer le papier terne et décoloré.
Son lit était déjà fait, sa toilette aussi.
Par ce froid rigoureux, deux mottes fumaient mélancoliquement au fond de la cheminée trop large et trop haute,
Mohican dormait, les pieds de devant dans les cen-
dres. M. Benoît Loyn avait songé bien souvent à utili-
ser les loisirs de son chien; mais il ne mettait jamais la broche.
Un vieux coucou pendu à la muraille, grogna pendant une bonne demi-heure, puis il sonna six heures...
C'était à peu près le moment où George Leslie et le vicomte Henri se séparaient sous le télégraphe.
Le vent secouait depuis quelques minutes la charpen-
te vermoulue du pavillon et plaquait aux carreaux d larges flocons de neige.
M. Benoît était en train de casser des bouteilles e petits morceaux pour les enfoncer dans le plâtre de |: partie supérieure de son mur. Son travail de la veill au soir restait sur la table. (C’étaient de jolies pancar tes dont il avait dessiné lui-même les vignettes, et qu portaient: “A louer” — “To be let.”
“Divers appartements meublés ou non meublés, dan: “la célèbre villa du Bel-Air, sise commune de Mont. “martre, rue Saint-Denis, No... Prix modérés, service “facultatif, superbe exposition. |
“S’adressér à M. Benoît Loyn, propriétaire. — Un “médecin est attaché à l'établissement, — On a la vue “des coteaux de Montmorency.
“Various apartments furnished or no, in the park of “the celebrated “villa du Bel-Air,” seated into “Mont- “martre,” Saint-Denis-street, No. ... at temperate “price, servants and maid-servants, on demand. Splen- “did prospect!
“We may speak to Mr. “Benoît Loyn” proprietor. — “Private physician. One may. have view by the “Mont- “morency-hill.”
En voyageant, on apprend les secrets et la finesse des langues étrangères. M. Benoît comptait beaucoup sur ses pancartes polyglottes pour attirer les Anglai: voyageurs, qui sont presque aussi friands de la campagne et des chalets que les Parisiens eux-mêmes.
Les Anglais devaient payer un tiers en sus, parce que M. Benoît était bon patriote.
Nous ne savons quelle idée le lecteur a pu se faire de cet homme établi, d’après le récit de M. le vicomte de Villiers, qui avait eu l’honneur de le posséder comne domestique et compagnon de route. Il pouvait avoir une quarantaine d’années; sa taille était courte et vigoureusement prise; sa bouc fleurie entre ses deux
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joues rondes, avait cette expression mixte, ce rire jaune des Parisiens dont les pères vinrent de Normandie. Ses caeveux épais et taillé ras, grisonnaient.
C’eût été un gros petit homme d’assez réjouissante spparence, sans le regard faux qui se cachait sous les énormes touffes de ses sourcils.
Il portait une de ces vestes grises, fourrées d’étoupes, qu: sont uniforme des marchands de vins. Auprès de lui, sur la table, un registre ouvert montrait des colonnes de chiffres.
Un petit pot de soupe chauffait devant les deux
ottes.
“Mohican se fait lourd, pensait-il en cassant ses bouteilles; cette bête ne songe qu’à manger et qu’à dormir... Il faudra que je sache combien coûtent les piéges à loup.
“Je ne sortirai jamais de cette impasse! s’interrompit-il en appuyant contre sa main sa tête rude comme une étrille; si on place son pauvre magot, il y a les faillites, les révolutions, le diable et son train!... en outre on ne l’a pas chez soi; on ne peut pas le compter soir et matin... A quoi sert d’avoir un bon petit magot pour ne pas pouvoir le compter?... Mais il y a le revers de la médaille; l’argent qu’on garde pour le caresser ne rapport rien; c’est le plus coûteux de tous les luxes... On invente toutes sortes de choses stupides, et on n’a pas encore trouvé le moyen de faire fructifier l'argent à la cave !” à
Il se prit à sourire. ne
M. Benoît Loyn n’était pas un de ces avares, vieux style, qui poussent leur passion au noir; il plaisantait volontiers avec lui-même et montrait une aïmable gaieté dans ces conversations intimes qui étaient son délassement.
“Bah! reprit-il en faisant une pointe aiguë à son tesson de bouteïile, j’aime mieux voir mon magot, moi!
c’est idiot, mais c’est mon goût... Je flaire une mentation de loyers pour les années prochaines... Se compter que l’âge vient et que je n’achèterai bien dus ni cachemires Terneaux ni robes à volants... Or beau dénicher tout ça au Temple cest d’un prix fou
Il paraîtrait que M. Benoît se conduisait bien a: les dames; seulement il détestait ce reste de jeune: qui le {r:fnaii à ces prodigalités.
Vous avez dû rencontrer, au moins une fois en tre vie, cette variété du genre avare qui appelle de to ses voeux l’âge des crampes d’estomac, pour ne plus & crifier aux dispendieuses tentations de la gourmandis
Le grand chien maigre à qui Benoît avait donné nom de Mohican par souvenir de ses voyages et avent res, releva son museau en ce moment, et entr’ouvrit s yeux chargés de sommeil.
“Eh bien, fainéant! dit Benoît, qu’y a-t-il d’étonna à cela?... tu entends un pas dans la rue... Il est s heures sonnées, mon vieux !”
Mohican se dressa sur ses pieds lentement et e’étirs puis il mit de nouveau sa gueule contre terre et ramas: ses longues jambes en poussant un hurlement sourd.
Benoît pâlit.
“Par le temps qu’il fait, murmura-t-il, ils auraier encore une grande heure pour essayer un mauvai coup !”
‘On frappa rudement à la porte.
Il courut à sa table de nuit, où étaient deux pistolet: et les coula dans ses poches.
En même temps il saisit son fusil de garde national appuyé contre la muraille.
Mobhican avait le nez au vent et les yeux rouges.
On frappa une seconde fois, et plus fort. Benoît ar ma un de ses pistolets. Sa main tremblait,
Cet homme avait bravé souvent la mort ; mais tel sol dat intrépide qui a regardé naguère le trépas en face
devient tout à coup timide quand il se sent l’unique protecteur de sa mère ou de sa fiancée.
Benoît n’avait ni fiancée ni mère; nous savons seulement qu’il n’avait pas placé son argent,
“Benoît! Benoît! cria une voix au dehors, éveillezvous!... ouvrez l”
Le chien Mohican mit sa queue entre ses jambes, puis il se recoucha paisiblement. Les muscles du visage de Benoît se détendirent.
Cependant il hésita encore et regarda son chien avec attention.
—Es-tu bien sûr que ce soit lui, toi? demanda-t-il à Mohican.
Mohican baissa l’oreille et battit de la queue.
“Que diable vient-il faire à pareille heure ?.. .” grommela M. Benoît en se dirigeant vers la porte.
—Ici, Mohican! s’interrompit-il; si tu tes trompé, gare à toi!
M. Benoît ouvrit la porte de sa chambre à coucher et fit passer son chien le premier. (La porte de la rue s’ouvrait sur un petit carré, contre-baissé de trois marches.
“Ouvrez donc, Benoît! disait la voix au dehors.
—C’est donc bien vous, Monsieur le vicomte? demanda le pp par excès de précaution.
—C’est moi... voilà dix minutes que je frappe!”
Benoît tira une grosse barre, poussa deux verroux et fit jouer le pène d’une serrure monumentale.
La porte s’entre-bâilla, et un tourbillon de neige vint le frapper au visage.
“Vous n’êtes pas seul? dit Benoît quand le vicomte fut entré.
—S$i fait, répliqua celui-ci.
—Je suis sûr d’avoir aperçu une grande is grise derrière vous... Ecoutez Mohican !”
Mohican grondait et tâchait en vain de passer son museau trop gros sous la fente du seuil.
“Vous rêvez tous les deux! s’écria le vicomte; il n° a pas un être humain dans tout Montmartre à l’heur qu’il est !”
- I] secoua sa pelisse toute blanche de neige et entra Bennît le suivit.
Le vicomte prit deux bûches avec une demi-douzain, de mottes et ranima le feu. re
“Faites comme chez vous!” grommela Benoît.
Le vicomte se jeta dans l’unique fauteuil qui tendai ses bras graisseux et branlants au coin de l’âtre. Il s’es. suya le front.
Alors soulement, Benoît s’aperçut qu’il était pâle comme un mort et secoué par des frissons convulsifs.
“Qu’'uvez-vous donc ? demanda-t-il; vous serait-il arrivé malheur?” :
‘Le vicomte ne répondit point; ses yeux. étaient fixes, tous les traits de son visage exprimaient un véritable égarement.
“T1 aura joué à la Bourse !” pensa a frappé d’un trait de lumière.
Et tout aussitôt.
“J'aurais été chez vous aujourd’hui, mon bon moniseur de Villiers, dit-il, sans l’honneur de votre visite... Je peux vous dire cela... je voulais vous demander quelque argent à emprunter... Je sais que vous ne refuserez pas une bagatelle à un vieux serviteur dans le besoin.
—Vous!... dans le besoin, Benoît !” répliqua le vicomte qui je regarda en face.
Benoît abrita ses yeux der:ière ses sourcils.
“La dureté des temps... baïbutia-t-il, de fausses spéculations. um |
“Nous reparlerons de cela, interrompit le vicomte qui retomba dans sa rêverie.
—Ï n’a pas besoin d'argent! pensa Benoît, tant mieux! mais alors que me veut-il ?”
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Mohican traversa la chambre d’un bond et vint mettre ses pattes de devant sur l’appui de la croisée qui donnait sur le jardin.
“Qu'est-ce, mon vieux? qu'est-ce ?” os Benoît.
Mohican aboya fortement.
—Je pers, ma tête à couper qu’il y a quelqu'un dans le parc!” s’écria Benoît.
Le vicomte haussa les épaules.
“]i a pris la rue de la Fontenelle pour redescendre par la barrière Rochechouart, dit-il.
—Qui ça?
—M. George Leslie.
—“Qu’est-ce que c’est que M. George Leslie ?”
Les aboïiements furieux du chien couvrirent la réponse d'Henri.
“Etait-il habillé de gris votre M. George Leslie? demanda Benoît.
—Non... de noir. :
—Alors ce n’est pas lui que j’ai vu.
—C’est bien fait! poursuivit-il en se parlant à luimême; j’ai trop tardé à sceller les tessons de bouteille!
. e suis bien aise que vous ayez besoin d’argent, Benoît, dit tout à coup le vicomte qui releva ses yeux sur lui; je suis riche... très-riche... mes fonds ont fructifié. .
—I1 n’y a que moi, soupira le pauvre Benoît, pour ne pas avoir de chance !”?
Il se rapprocha d'Henri et ajouta :
“Vous avez une petite affaire à me proposer ?
—Qui,” répondit le vicomte.
Les aboiements de Mohican étaient si furieux qu’on ne pouvait plus s’entendre.
Benoît hésita un instant, puis il dit:
“Tant pis pour le voleur!... On trouvera un homme étranglé demain dans le jardin... Je ferai ma déclasation... ça servira d'exemple aux autres !”
Il prit Mohican par son collier et passa dans u chambre voisine qui avait issue sur la basse-cour.
La basse-cour était séparée du jardin par un mur six pieds. ‘Le prudent Benoît ne s’exposait point « sortant par là. 11 lâcha le chien et dit:
“Hhrdi, vieux !:
Avänt que Benoît eût refermé la porte, le chien ava déjà sauté sur la toiture de sa niche et, de là, franchi mur d’un seul bond.
“Le compte de l’autre est réglé !”? pensa Benoît en rer trant dans sa chambre à coucher.
On entendit deux ou trois aboiements sonores, pui rien.
“Voilà! fit Benoît. Nous pouvons causer... Jén vous offre rien, parce que je n’ai rien... Vous perme! tez que je prenne mon petit potage ?
—Donnez-moi de l’eau-de-vie, répliqua le vicomte.
—En ai-je fit Benoît, ce serait bien un hasard !”
Il alla ouvrir un buffet, charcha longtemps et fini Par trouver un fond de bouteille, . I1 lapporta au vi comte avec un verre. Henri but tout ce qu’il y avai d’un seul trait.
Un peu de sang revint à ses joues. La réaction di froid qu’il avait éprouvé se faisait.
Il ôta sa pelisse et parut aux yeux du ci-devant chas seur de castor dans toute la rigueur élégante de sa te nue de bal.
“Ces tailleurs doivent gagner de l'argent! pensa Be. noît.
— Etes-vous toujours un gaillard résolu et prêt à tout?” demanda brusquement le vicomte.
Benoît portait la première cuillerée de son potage à ses lèvres.
Il ne l’avala pas.
“Eh! eh! fit-il, cela dépend... si l'affaire est sûre.
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—125— = mais ,voyez-vous, quand on a fait son nid... En deux mots, y a-t-il du danger ?
—Beaucoup de danger, répondit Henri.
— Alors, votre serviteur ! dit Benoît qui se mit à manger de grand appétit; je donne d’avance ma démission.
—Je ne l’accepte pas, mons Benoît, repartit le vicomte. Combien avez-vous rapporté de là-bas, à peu près ?
—Si peu de chose!... commença le propriétaire.
—A partir de l’eau du Mississipi que vous aviez mise en bouteille, jusqu’à notre départ d'Amérique, interrompit le vicomte, vous avez constamment brocanté... Votre portion dans la cachette du mayor a été bonne... Vous devez être très-riche... J'ajoute tout de suite que je suis plus riche que vous... Depuis la réouverture de la Bourse, en 1848, je tiens àa la hausse: c’est vous dire que j'ai fait des bénéfices considérables ; les anciens dom: es de ma famille sont rachetés ct intégralement pa, 8... Je possède, en outre, des capitaux disponibles... Mais, à l'heure où je vous parle, je suis menacé de mort subite...
—Hein? fit Benoît qui crut avoir mal entendu.
—Je suis menacé de mort subite, répéta Henri.
— Comment l’entendez-vous ?
—Le mayor est à Paris.”
La cuiller s’échappa des mains de Benoît.
“A Paris!... balbutia-t-il, le mayor!...
“Mais, ajouta-t-il, le :mayor cherchera longtemps avant de trouver l’aventurier Edouard de Montroy.
—Le mayor sait mon véritable nom, dit le vicomte; avant de partir, je ne jugeai pas à propos de te mettre en tiers-dans ce secret, et pourtant le mayor m’a appelé par mon nom...”
Il racontra en deux mots l’histoire des signatures échangées.
“Et qui donc l’avait si bien instruit ? murmura B noît.
—1] y a dans tout ceci un hasard véritablement infe nal... Te souviens-tu de notre excursion dans la C noru ?
—Parbleu !
—Te souviens-tu de cette nuit de carnaval à Arisp de l’autre côté du Rio-Gila?...
—Quels cheveux, ces senoritas!... et quels yeux!.. Valga me Dios!... si je m’en souviens !” ;
Les prunelles du bon M. Benoît jetèrent du feu com me deux escarboucles,
“Le marquis de Concha, qui est maintenant duc « Rivas, reprit Henri, me reconnut et prononça mo: nom...
—Eh bien ?
—Mon vrai nom d'Henri de Villiers...
—Eh bien ? |
—1l y avait à cent femmes masquées. .. entre au: tres cette adiairable créature, costumée en manola di Cadix, dont les tresses de jais tombaient jusqu’à terre.
—La fille d’un alcade ?
—La fille de l’alcade de San Felipe... elle ne se dé- Masqua pas... mais elle était au bras de Rivas quand il m’appela par mon nom... ct peu après, le maître de la maison, le général N unez, me salua du nom d’Edouari de Monthroy... la manola me regarda...
—Quand même?... fit Benoît.
—Lorsque nous rencontrâmes : le mayor, étendu sur un brancard et la face couverte d’un voile, là-bas, au pied du’ Golden-Dagger, sais-tu où les Vecinos le conduisaient ?
— Non... Je sais seulement que le chef des Couteaux d'or avait plus de deux cent mille piastres dans son trou... et que mon amie Lile, la femme du Panie, avt aussi de bien beaux yeux.
ura Be. —Nous reparlerons bientôt du Panie et de sa femme, prononça tout bas Henri; il faut que tu saches nt infer. evant tout où les Vecinos conduisaient le mayor. 8 la Co. —J’écoute.
—Ïls le conduisaient à San-Felipe, où il est resté captif près d’un an, visité tous les jours par la manola Arispe, d'Arispe, la senora Carmel, qui s'était éprise de lui... —Diable diable! fit Benoît; mais tout cela n’empêeux !... che pas, en semme, que le mayor ne soit aveugle. —Ï]l a recouvré la vue!
eu com- —Peste! peste!... ceci gâte l'affaire... Comment
vous tirerez-vous de ce guêpier, mon pauvre monsieur duc de le vicomte ?
a mor D —J'ai compté sur toi.
—Sur moi!... pour me battre à votre place?
— Pour in'aider à me défaire du mayor.”
Benoît se leva.
“Serviteur! dit-il, serviteur de tout mon coeur!... tre au- J'ai eu la chance de casser la tête de mon Indien, làola de bas, à Baltimore... et, sans reproche, c’est un fier serà terre. vice que je vous rendis là !... Maintenant, je dors tran-
quille... Bien fou serais-je de recommencer ce jeu-là! se dé- —Rassieds-toi! commanda Henri, iand il —Plaît-il?... voulut dire Benoît, qui était homme e de la à tenir tête à son ancien maître, douar(l —{Qu pluiit, reprit le vicomte, ouvre cette porte et : appelle ton chien Mohican.
—C’est vrai, myrmuüra le propriétaire avec une cer-
lu sur taine émotion dans la voix; Mohican n’est pas revenu!
as, au —Appelle l”?
e con- Benoît ouvrit la porte. Le jour se faisait au dehors. Benoît siffla.
iteaux La neige tombait tonjours à gros flocons.
ls son Mohican ne vint pas.
Panie, “Tay, vieux! fit Benoît; tay! tay! tay !”
Be
Il rentra tout pâle, puis voulut ressortir pour appeler encore.
“C’est assez, dit le vicomte, ton chien ne te répondra pas.
—Pourquoi ?
— Parce qu’il est mort.
—Mort!... Comment savez-vous cela ?
—Je le devine.
—Et qui donc l’aurait tué ?
—Towah le Panie,” répondit Henri, qui se leva à son tour.
Benoît recula. Ses dents claquaient.
“Towah, que tu n’as pas assommé tout à fait là-bas. avec ton casse-tête, poursuivit le vicomte, Towah, qui a suivi le mayor à Paris... Towah, qui a trouvé ta piste et qui est à cette heure caché dans ton propre jardin.”
Benoît se laissa choir sur une chaise, comme si la foudre J’eût frappé.
)peler
ondra
Le jour entrait, blafard et triste, par les croisées de la chambre à coucher de M. Benoît; la neige “ne tombait plus; le vent, qui avait chassé les nuées, continuait de souffler avec violence, et le soleil terne brillantait de ss rayons obliques la tête poudrée des arbres.
M. Benoît était si troublé qu’il avait laissé sa chandelle allumée sur la table.
Au contraire, le vicomte Henri de Villiers semblait beaucoup moins abattu.
On ne peut nier, et ceci est join de rehausser l'espèce humaine, que la plupart des hommes éprouvent une sorte de consolation égoïste dans le fait de voir leur détresse partagée.
l'angoisse de Benoît soulageait d’autant le coeur du vicomte.
Les poëtes qui ont décrit l’enfer l'ont fait terrible. Il y aurait une horreur plus grande que celle de l’enfer des poëtes: ce serait. l’enfer cellulaire où la torture pèserait sur le damné en même temps que la solitude.
Une horreur plus profonde encore : le damné vaincu dans l'éternité de son tourment, et forcé de contempler l'éternelle: quiétude des élus.
Le'vicomte était renversé dans son fauteuil, les pieds sur les chenets, les mains croisées sur sa poitrine. Il. venait, ma foi, d'allumer un cigare.
Benoît restait comme abasowrdi; le grand jour éclairait sa face terreuse. De temps en temps, au moindre
bruit, son regard se tournait avec épouvante ver croisées, ,
“Allons, rassurez-vous, Benoît, mon pauvre gar dit enfin le vicomte; ce n’est Pas pour ce matin. ! connai%ez ces démons de sauvages. A Paris, co: dans leurs forêts, ils ne travaillent jamais que la :
— Vous avez raison ! s’écria le Propriétaire ; nous a toute la journée pour le faire arrêter.”
Le vicomte éclata de rire.
“Certes, répliqua-t-il, son signalement n’est pas ficile à fournir. Mais pensez-vous que Towah soit cendu à Pauberge ou qu’il ait pris ses quartiers dan. garni ?
Benoît baissa la tête de nouveau.
“Si nous avions seulement une semaine ou deux vant nous, poursuivit le vicomte, Towah tomberait failliblement entre nos mains. .. Aux environs de P: il n'y a pas beaucoup d’endroits où cacher les saura, et la police serait bientôt sur sa trace... Mais qui : ce qui va se passer ici cette nuit ?
—Je n’y coucherai pas! dit Benoît qui frissonnait la tête aux pieds. =
—Ce sera prudent.”
Mais Benoît avait déjà changé d’avis.
Il y avait dans certain trou pratiqué dans la murai
‘ derrière l’alcôve, un grand panier d’osier doublé de t5 qu’il ne pouvait pas emporter avec lui, et qu’il ne voul, Pas, Même au prix de sa vie, laisser ainsi sans gardi
“Ou plutôt, reprit-il vivement, j’aurai des sergent: ville plein la maison, plein le jardin... J’aurai des ve darmes... quand même je devrais les payer dix‘fran la pièce! £
—Ce serait adroit, dit le vicomte en se tournant ve lui; mais cela ne se peut pas
—Parce que ?
—Je m’y oppose.”