LS
ge-là...
it-il.
se vau- >s mains
ut haut.
aval, un
ccessifs.
Carrou-
, tous les glaçons se rejoignaient l’un après l’autre. bruit venait d’aval et remontait à la vieille ville, Le bruit s’en allait mourant.
Un silence profond se fit.
Les glaces cessèrent de glisser sous les arches du pont yal. Le fleuve paralysé se tut en même temps qu’il rrêta. La flamme des reverbères qui, tout à l'heure ore se mirait, tremblante dans l’eau, frappa sans ondir sur la glace terne. FE La Seine perdait à la fois -on mouvement, sa voix, rayons. : Cette minute où le froid vainqueur enchaîne la vie 1 fleuve a quelque chose de frappant. Le coeur se serre
M'oir cette immense l'chargie. Bien peu ont pu assister
ax derniers instants de la lutte entre l'hiver et le cou-
int qui va chercher sans cesse au fond de l’eau une cha-
r nouvelle. C’est la nuit toujours que les frimas paranent à nouer leur chaîne, et c’est toujours par une ces nuits polaires où le Parisien préfère à tout l’alve ou le coin du feu.
Le vicomte resta un instant distrait de ses pensées “Voilà le géant garrotté, murmura-t-li; l& main de ieu est forte! | “ L'homme est ainsi, poursuivit-il, revenant à ses pré. cupations, la fortune le sert un instant. Le cours de vie est limpide et facile: s’est l’été... mais l’henre ent où la chance tourne. La destinée l’a pris dans sex rres de vautour. Il se débat en vain. Son sang se fige sa pensée meurt : c’est l’hiver !
“Mais, se reprit-il en livrant au vent froid sa tête le, qu’un rayon de sekil vienne à briller demain, le euve réveillé brisera ses entraves. .. Le printemps suee à lhiver... l’homme a ses saisons de malheur ex bonne chance... J’ai gagné, depuis que j'ai l’âge de ison, des parties bien difficiles. Je ne crois pas que
mon heure soit sonnée, et je veux pardieu! me à tout le moins avant de m’avouer vaincu!
“ Voyons, voyons! interrompit-il ; ie temps pr faut savoir ce qu’on veut dire et ce qu’on veut fa cet homme va venir.”
IL se releva et fit quelques pas sur le trottoi son cerveau rebelle se câbrait sous l’effort de sa +
“C'est bien vrai qu’elle ressemble à Ellen! pe avec une sorte de terreur, et je crois que je l’a peut-être parce que c’est la seule femme que je n vue frémir sous mon regard... Elle m’a accepl mari... mais quelle différence avee Efllen!.. m'aimait !
“Mes oreilles tintent ! s’interrompit-il encore, dossant contre le parapet pour ne point tomber;"q! m'a appelé voleur!... et lâche!.. .”
IT resta plusieurs minutes le front incliné sur trine. =
“Monsieur le‘vicomte, dit üne voix près de ] voici; je suis à vos ordres.”
George Leslie, drapé dans son manteau, étai côtés.
“Je vous attendais,” balbutia Henri.
Puis il ajouta sans savoir qu’il parlait :
“Je l’aime! il est certain que je l’aime!
—ÆEh bien! monsieur le vicomte, dit George ment, tout est au mieux, puisqu'elle va être votre : A quand la noce, s’il vous plaît ? |
—Donnez-moi le bras et marchons, dit Henri ; de répondre.
—Marchons, répéta Leslie ; ces nuits sont bonne causer affaires... On est presque sûr de n’être gêné par les curieux.”
Il passa le bras du vicomte sous le sien et le trembler.
“Ah çà! fit-il, vous avez pourtant fait vaillan
iber;"qui do té sur sa p ès de lui, u, était à
Henri au
t bonnes n n'être po
n et le sen
vaillante co
nance là-bas à l’hôtel de Boistrudan!.… Si vous êtes ulade maintenant, remettons l’entrevue à demain: ai le temps... Voulez-vous que je vous reconduise chez us ?”
Le vicomte pressa le pas et murmura :
“J'ai froid.
— Dix degrés, répliqua George... il faisait plus froid le cela, le jour où nous nous sommes rencontrés au ed du Golden-Dagger.”
Henri tressaillit violemment et s'arrêta :
“En ce moment, prononça-t-il avec peine, un enfant de tuerait.., profitez de votre avantage si vous êtes le pnte de Rosen.”
Leslie éclata de rire. | “J'étais sûr que vous auriez cette idée! s’écria-t-il. — Puisque vous dites, balbutia le vicomte, que nous pus sommes rencontrés au pied du Golden-Dagger! .. —Je portais un des bras de la civière où le comte Ibert était étendu. … Regardez-moi bien, vous me rennaîtrez.” :
grand bec de gaz qui éclaia place du Carrousel. Le omte n'avait pas risqué beaucoup en parlant du
‘urtre. Cette place découverte et entourée de sentilles n’était pas favorable pour un duel américain, George ôta son chapeau et présenta son visage à la mière éclatante du gaz électrique. .
Henri le considéra attentivement.
Ce quÿ1 regardait surtout de toute la puissance de ses ux, c'était le bas du front et les alentours des pau- ICS,
“Rien! murmura-t-il; serait-il possible que la blese où le traitement lui-même n’eût pas laissé la moin-
trace !
— C’est toujours le comte Rosen qui vous occupe, dit slie avec un sourire de joyeuse moquerie ; allons, cher
monsieur, vous êtes dans la meilleure disposition prit que je pusse désirer! Je suis revenu du pays de pauvre comme Job.... Je crois que la chance tour: que je vais faire fortune cette nuit!... M’avez-vou sez regardé ?
—Marchons! repartit Henri ; je ne vous reconnais pour un des porteurs du brancard; mais vous n’êtes le comte Albert, j'en suis sûr!
—Si j'étais le comte Albert, demanda gaiement lie, combien me rachètériez-vous votre vie ?
—Nous allons causer de cela tout à l'heure nez !”
Il Pentraîna dans la direction de la rue de Ro George sentait qu’il se redressait et que son pas deve plus libre.
“Vous voilà guéri, cher monsieur, dit-il; faites la grâce de m’apprendre où vous me conduisez ?
— Avez-vous peur? demanda le vicomte, dont la : s’était tout à coup raffermie:
—Quant à cela, non!
—Désirez-vous faire fortune comme vous le di tout à l’heure ?
—Très passionnément.
—Suivez-moi done, et ne m’interrogez plus.”
George Leslie obéissant, garda aussitôt le silence
Ils montèrent la rue de Richelieu, complètement serte, puis la rue Laffitte, puis la rue des Martyrs. vicomte marchait maintenant d’un’ pas assuré.
Auprès de la barrière des Martyrs, il s’arrêta et q ta le bras de Leslie.
“Je ne vous parle pas depuis quelque temps, dit parce que je réfléchis ; je réfléchis parce que je me « à deux doigts de ma perte et à deux doigts aussi de n salut... Vous faites le siège de ma bourse, c’est clai
—C’est clair! répéta Leslie.
est clair
—Vous avez donné l'assaut rudement... mais vous avez gardé pourtant certaine mesure. …
—WJ’ai fait ce qui m’a paru convenable pour prendre vivante la poule aux oeufs dors... &, 42 Vous avais tu” point de rançon !... J’ai senti que vous entriez de bonne grâce dans mes vues par l’appui que vous prêtiez à mes paroles... Vous êtes un esprit d'élite, monsieur le vi-
xmte!... Supposez que l’idée vous fût venue de me ontre-carrer, je laissais tomber ce nom suspendu sur | l’avide curiosité de tous ces nobles personnages...
—Cela vaut son prix, c’est évident, interrompit M. de Villiers; marchons !”
Ils passèrent la barrière, tournèrent à droite, et commencèrent à monter la rampe, coupée d’escaliers à pic, qui mène au télégraphe.
George Leslie ne prenait plus la peine de demander où on le conduisait. ;
Il allait à grandes enjambées comme un vrai montagnard, et le vicomte était obligé de faire effort pour le suivre.
Le vicomte se disait :
“Rosen n’irait pas ainsi devant moi... Rosen aurait senti mes pistolets sous ma pelisse... Celui-là se livre de la sorte, parce qu’il sait que sa vie n’a aucun prix pour moi.”
“Tournez à droite!” ordonna-t-il quand George eut atteint le point culminant de Montmartre.
George s’arrêta et l’attendit. Ils passèrent ensemble derrière le télégraphe, et franchirent la barrière percée de brèches nombreuses, qui sépare la rue de la Fontenelle.
Il n’est pas un Parisien qui ne connaisse cette butte aride et montrant partout le sable avec la glaise par les profondes déchirures de son flanc. Tous les cinquièmes étages exposés au nord l’aperçoivent. C’est avec les moulins à vent de l’ouest et le télégraphe, la physionomie
Le
de Montmartre, et Montmartre est lui-même pe position dominante, la physionomie de Paris. * Ce tertre va sans cesse se transformant et dimin Chaque année, quelque éboulement change le prof x ses échancrures. ‘Les bourgeois de Montmartre son peu dans la position des citadins de Pompéi, la veill jour où cette ville curieuse et très élégante, alla re dre Herculanum, sa tante, à vingt-cinq pieds sous t Seulement il n’y a point de volcan sous Montma La chute se fera tout doucement, et n’aura d’a résultat que de changer la carte de notre banlieue. maisons du versant nord de Montmartre sont évic ment destinées à orner un jour la plaine Saint-D pendant que le versant sud, prenant d'assaut le mur & ceinte et bravant les sévérités de Poctroi, se fera le roissien de Notre-Dame de Lorette.
Le vicomte Henri et George se prirent à mar.
dans la neige vierge et haute qui couvrait les buttes. Ils ne s’arrétèrent qu’au bord de ‘la première fal à deux cents pieds du télégraphe.
"Le ciel était si clair, la terre si éclatante, qu’ils * aient autour d’eux tout le détail du paysage. Parisé sous leurs pieds, enveloppé d’une masse de brume qu lumière du gaz éclairait en dedans et faisait rougeñ Sous cet immense voile, Paris invisible était m
Le vicomte Henri se découvrit Pour essuyer les ge tes de sueur que le vent du nord-est glaçait à son fre
Le souffle de George était aussi égal, aussi fa qu’au bas de la montée.
“On est bien ici, dit-il.
—Très bien, répliqua le vicomte en glissant sa m droite sous le revers de sa pelisse.
—Et cependant, poursuivit George Leslie de sa v calme et moqueuse, voici trop de maisons derrière nou On peut causer sans doute en toute sécurité, mais à c dition que nos pistolets ne se mêlent point à l’entreti
—Nos pistolets!... répliqua le vicomte, qui recula
Ce disant, George écarta brusquement son manteau, t parut armé d’un revolver américain à quatre coups, ont les canons se dirigeaient presque à bout portant vers la poitrine de son compagnon de route.
“Baissez votre arme, je vous prie, monsieur, dit le v c." te, à qui le danger immédiat sembla rendre tout 80 sang-froid; je vais retirer ma main vide et fermer m pelisse.
—Veuillez faire d’abord comme vous dites, monsieu répondit George très-poliment, que je voie votre mai vide, et je me ferai un plaisir de désarmer mon revo ver.”
Henri de Villiers retira sa sain vide et boutonna s pelisse, George désarma aussitôt son pistolet.
“A la bonne heure, monsieur le vicomte! dit-il. Note que je ne crois pas que vous eussiez fait usage de votr arme. Vous avez absolument besoin de moi, et vous | savez bien...
—ÆEn quoi ai-je si grand besoin de vous? demand: M. de Villiers, qui respira plus librement, car, à la vu du revolver de Georges, l’idée lui était revenue qu’il s trouvait peut-être en face de Rosen lui-même.
—Vous avez besoin de moi, répliqua Leslie, unique ment parce que, gi je refuse de répondre à deux ou troi questions que vous allez me faire, vous êtes un homm mort.
—En vérité, monsieur Leslie ?
— 1 y a plus: supposez pour un instant que vou: m'eussiez brûlé la cervelle tout à lhevre, vous étiez per. du sans ressource.
—Me ferez-vous la grâce de me dire pourquoi ?
—Cela entre dans mes vues, monsieur le vicomte.
lit le vitout son mer ma
onsieur, re main n revol-
onna sa |. Notez le votre vous Je emanda , la vue
qu’il se
unique-
Du trois
homme
le vous lez per-
mte..
Voici: à Pheure qu’il est, Rosen vous connaît... par lui-même et par un homme qui ne lui a jamais désobéi..
—J’ai cru voir, balbutia Henri, qui frissonna sous la chaude fourrure de sa pelisse, quand je suis sorti de l'hôtel de Boistrudan...
—Vous avez bien vu, monsieur le vicomte.
—Vous savez donc ce que j'ai vu?
—Deux yeux ardents sous l’ombre d’un capuchon... L’homme était au bas du perron quand je l’ai descendu inoi-même.
—Etait-ce Towah l’Indien ?
—C’était Towah.
—Et Rosen est à Paris ?
—Rosen était à dix pas de Towah.”
Il y eut un silence.
Le regard défiant du vicomte couvrait George Leslie.
“Avez-vous eu, ne fûr-ce qu’un instant, l’idée que je pouvais être le mayor? demanda celui-ci.
—AQui, répondit Henri.
—L’aVez-vous encore ?
—Non... J’ai rassemblé mes souvenirs... le mayor est plus grand que vous...
—Pas beaucoup! interrompit George qui souriait,
—Et d’ailleurs, vos yeux, votre front... Tout cela ne porte aucune cicatrice... Il est impossible...
—Savoir! interrompit George pour la seconde fois ; il n’y a aucune cicatrice aux yeux ni au front de Rosent.”
Nouveau silence.
Quelques bruits vagues commençaient à monter de la ville parmi les sifflements du vent.
“Je suis sûr que vous n’êtes pas le comte Albert de Rosen, dit enfin M. de Villiers.
—Vous avez raison; mais vous taisez le vrai motif qui vous fait être sûr de cela.
—Quel motif ?
— Depuis le bas de la butte jusqu’au haut, prono! lentement George Leslie, nous n’avons rencontré P sonne... j'ai marché à vos côté... vous existez enco
— Est-ce que vous supposez le comte capable d’un sassinat ?murmura Henri dont la voix était sourde.
—Dans la position où vous êtes vis-à-vis l’un de l’ tre, le comte Albert et vous, tout sst de bonne guerre Le comte Albert vous tuera comme un chien partout il vous trouvera !
—Est-il riche? demanda Henri.
—Il est très pauvre.
—Ïl n’a pour lui que ce Towah ?
—$i fait... Il a moi d’abord, et je vous en prévie sans fatuité, j’en vaux un autre... Il a ensuite un ho me de grande expérience et de grand courage qui tie un certain état dans votre propre monde... un vie lard...
—Serait-ce le général O’Brien? s’écria Henri.
—C’est le général Damiel O’Brien, répondit Geor,
—Où se sont-ils connus ?
—À Paris, en 1846... Rosen eut un duel avec le f du général, qui est mort depuis dans la guerre de Ho grie... Le général se rendit la nuit chez Rosen et 1 dit: J’ai perdu ma femme, je n'ai point de parents: « enfant-là est tout mon coeur.:. Rosen çe rendit sur terrain, esnya le feu du jeune O’Brien et lui fit d excuses. . .
—Ah! murmura le vicomte, le vieux général doit êt à lui corps et âme!
—M. O’Brien aime beaucoup le comte, dit simpl ment George Leslie.
—Et sans doute, reprit Henri, le comte Albert a co nu comme cela beaucoup de monde à Paris en 1846 ?
—L’est vraisemblable.”
Le vicomte reprit sa respiration avec force.
“I faut sortir de là l”? pensa-t-il tout haut.
doit être simple-
rt a con- 1846 ?
George drapa son manteau autour de son cou et dit:
“Ce vent est diabolique.
—Moi je brûle! s’écria Henri qui lui saisit la main. Ecoutez, monsieur Leslie, nous n’avons point à biaiser l’un avec l’autre... vous savez mon histoire...
—$Sur le bout du doigt!
—Vous me tenez pour un misérable...
— Du tout!... seulement, vous n’auriez pas dû quitter Baltimore avant de régler votre affaire avec Rosen.”
Henri le regarda stupéfait.
“Ah çà! dit Leslie en riant, pensez-vous avoir affaire à un quaker?... Quand j'étais vecino, là-bas, de l’autre côté du Rio-Gila, j’ai fait pis que vous peut-être... Qu y a-t-il au fond de tout ceci, cher monsieur? un petit tas d’or conquis et une femme enlevée? Sur ma foi, c'est la moindre des bagatelles: deux victoires!... Le mal, je vous le te, c’est que vous avez laissé les choses à demi faites... La jolie femme a un vengeur; le petit tas d’or a un propriétaire... Si vous aviez donné à un vecino une occasion pareille, du diable si le vengeur de la femme et le propriétaire du tas d’or ne serait pas depuis du temps à six pieds ous le gazon ou à cent brasses au fond de la mer!
—Si telle est votre manière de voir, monsieur Georgc Leslie, dit Henri qui sentait sa défiance grandir à mesure que *lautre s’avänçait davantage, pourquoi vous êtes-vous mis du côté de Rosen contre moi ?
—Parce que j'espère beaucoup de vous, répondit Leslie sans hésiter. |
—Oh!... fit le comte; si j’étais sûr de cela!...
—Je vous le prouverai, cher monsieur, aux dépens de votre bourse.”
Jusqu’à ce moment, Henri n’avait pas pris au sérieux le cynisme de cet homme, mais tout à coup le plan de la comédie #ouée par Leslie lui apparut dans son ensemble.
Où était l'erreur? dans sa crédulité subite ou dan récente méfiance ?
M. de Viiliers se dit, dans un de ces rapides ape qui viennent tout à coup illuminer le cerveau aux 1 res suprêmes :
“Cet homme a connu Rosen en Amérique, Il a su hasard mon aventure dans la Sierra Nevada et 1 aventure de Baltimore. Il s’est dit: Je m’enrich d’un seul coup dans cette affaire de vie et de mort Rosen partait; il l’a suivi. Rosen l’a mis en TAPI avec ce vieux chevalier errant d’O’Brien..…. Quand homme est entré hier dans le salon de la marquise, il me connaissait réellement pas... et je compre: maintenant pourquoi le général, par ses semblants doute, m’a amené à raconter mon épopée californi
ne... Je suis tombé en plein dans le piége!...” .
Il se frappa le front avec colère, et sa pensée se suma pour George dans ces paroles qu’il prononça tk haut :
“Je comprends votre conduite, à vous... mais qu ménagements le général avait-il à garder avec moi?
—C’est toute une histoire, cher monsieur, répliq Leslie; Rosen ne veut pas seulement la mort du }
cheur... T1 faut que la fille d’Ellen soit une riche hé tière.
—ÆExpliquez-vous.
—Non pas!... mais je vous annonce pour aujou d’hui la visite intéressée de ce bon général O’Brien.. Dressez bien vos batteries, car il sera éloquent. .. Je d sire que nous nous bornions ici à ce qui nous concert tous les deux: vous riche, moi pauvre... Serait-il à discret de vous demander si vous aimez d’amour vot: nouvelle fiancée, Mlle Hélène de Boistrudant ? e
—Avant cette nuit, je ne savais pas moi-même ju qu’à quel point elle m’est chère, répondit le vicomte. __ —Ceci veut dire que vous l’aimez ?
concerne t-il inur votre
, Ad me jusomte.
—Eperdument.
—Bravo! s’écria George.
—En quoi cela vous importe-t-il ?
—C’est cinquante mille francs de gagnés pour moi, répondit George.
—Comment cela ?”
George Leslie prêta vivement l'oreille et regarda tout autour de lui.
“Vous entendez quelque chose ?” demanda Henri avec inquiétude.
Avant que Leslie pût répondre, un son sourd et guttural vint de la rue de la Fontenelle.
“C’est le vent, dit George en reprenant sa pose insouciante; regardez là-bas, nous allons avoir tempête.”
Un grand nuage noir montait à l’horizon vers le nord-est, couvrant une à une les brillantes étoiles. La nuit se faisait plus sombre. Le vent venait par rafales brusques et de plus en plus violentes.
“Vous voulez savoir pourquoi votre amour me donne un boni de cinquante mille francs? reprit George Leslie d’un ton de gaieté dégagée ; auparavant je veux vous rendre compte un peu de mes impressions. Je ne suis pas un homme du monde et j’a1 la vue assez courte dans un salon... cependant, tout myope que je suis parmi vos élégantes Parisiennes, j'ai cru voir... mais je vais peut-être vous blesser, monsieur le vicomte...
—Vous avez cru voir?... répéta celui-ci.
—J’ai peur de vous chagriner... j’ai cru voir que Mlle Hélène ne vous payait pas d’un très-ardent retour.
—Monsieur!... s’écria Henri qui fronça le sourcil.
—Voyons! fit George; j’en étais sûr... je vous ai fâché... parlons affaire, cher monsieur, puisque je ne suis décidément bon qu’à cela... ÆEn affaires, par exemple, j'ai une vue de loup-cervier; je vous fais juge : je vais vous dire en quelques mots tout ce que vous avez
Mit Te
pensé, tout ce que vous avez résolu depuis votre 8or de l’hôtel de Boistrudan….
“Quand vous vous êtes arrêté sur le trottoir du Royal, vous étiez ivre, vous n’aviez pas l'ombre d’u idée... Votre premier soin a été de vous bien pers der à vous-même que je n'étais pas le comte Albert Rosen... I] y avait du pour, il y avait du contre: à ; tre place, moi, j'aurais balancé plus longtemps...
“Voici maintenant votre point de départ: au mome où vous êtes redevenu à peu près lucide, vous vous êt dit: Si celui-là n’est pas Rosen, il est envoyé par R sen... et vous avez repassé dans leurs moindres détai les incidents de cette soirée.
—De cet examen est ressorti teci: lenvoyé de Rose n’a pas agi en homme sérieusement dévoué, Sa missio était d'observer, il a parlé, Toute sa conduite démontr qu'il avait un but personnel. Pendant que je l’écoutai le coeur serré, le front froid et humide, il m’a jeté d tranges regards... Son récit semblait calculé de me nière à me glacer de terreur. Il ne parlait que pour mo Un homme fidèle n’aurait pas risqué ainsi de me don ner l'éveil,
“Conclusion : M. George Leslie est un bravo dont 1 stylet est à vendre... Est-ce cela ? |
-—Malgré toute votre perspicacité. .. coïnmença vicomte.
—Ou bien même, interrompit George, M. Leslie est Un gueux, renouvelé de Gil-Blas... il va me demande la caridad, l’escopette à la main!
—Mon Dieu, Monsieur, fit le y tion dédaigneuse, je n’en ai Pas pensé si long que cela!
—S$Si fait, répliqua George, vous en avez même pensé beaucoup plus long... je n’ai pas fini... Vous vous êtes dit: Avec un homme Pareil, il n’y a pas à marchander: je vais lui proposer de me vendre son maître.”
Lé
icomte agec une inten-
tre sortie
du pont re d’une 1} persua- \]lbert de re: à vo-
moment vous êtes par Ro- 8 détail:
le Rosen mission émontre ‘coutais, jeté d’éde maur moi.
ne don-
dont le
ença le
slie est mander
intene cela!
| pensé s vous
rchan- 3?
Sur un mouvement de M. le vicomte, George s'arrêta t dit:
“Niez-vous ?”
Le vicomte resta muet.
“Vous ne niez pas, poursuivit George, et vous avez
bien raison... Mais un scrupule vous est venu: s’il re-
Ceci était grave. George Leslie refusant, M.
le vicomte de Villiers était complètement à sa merci... M. le vicomte de Villiers a parfaitement compris cela. Il a pris l’aventurier George Leslie sous le bras, comme un vieil ami et il hui a dit: Venez. Il l’a conduit tout au haut de Montmartre... On éût été mieux, sans doute, pour ce que voulait faire M. le vicomte, dans la savane mexicaine ou même sur une des pentes désolées qui mènent du camp des Couteaux d’or a la plaine, mais M. le vicomte avait-il le choix? George Leslie ne l’aurait probablement pas suivi jusque-là... A quatre heures du matin, en hiver, par dix ou douze degrés de froid, le sommet de Montmartre présente encore un abri assez sûr pour un tête-à-tête... Une fois là, M. de Villiers comptait exhiber ses deux pistolets et dire: Combien me demandez-vous pour faire ceci ou cela? Dans le cas probable d’acceptation par George Leslie, nul être humain ne pouvait avoir connaissance du pacte... En cas de refus, quel rapport possible entre M. le vicomte Henri de Viliers et ce cadavre inconnu qu’on aurait trouvé au point du jour étendu dans la neige?...
—A quoi bon discuter cela? murmura le vicomte.
—Mon revolver a tranché la question, répliqua Lesie; je suis de votre avis: la chose est maintenant oiseuse... d'autant mieux que je n’aurais pas refusé... Traitons laffaire.
—Je vous offre cent mille francs, dit Henri.
Joli denier... avec les cinquante mille de plusvalue, pour l'amour que vous portez à votre fiancée, cela
fait sept mille cinq cents louis, comine nous com là-bas.
—Soit,.. mais je veux savoir. +
—Pourquoi la plus-value ? 11 faut vous dire qu sen Cst fantasque comme un Américain. Il prétend appliquer rigoureusement la peine du talion. Vou avez pris son or ct sa maîtresse...
— 1 veut me prendre ma maîtresse et mon bien Ceci est un renseignement utile.
—Et qui vaut les cinquante mille francs, n* pas ?
—{C'est suivant ce que vous allez faire pour moi
. partit le vicomte; êtes-vous homme d’action ?
—Quand je ne puis pas rester homme de loisir.
—J’entends; me donnerez-vous un coup de maï
— Peut-être... mais cela vous coûterait un prix
—Je répète ma question, alors dites-moi ce qu vous achète cinquante mille écus.
Une chose énorme, chu: Monsieur : l'égalité armes dans ce duel qui va s'engager dès aujourd peut-être... Je m’engage À vous montrer aujourd le comte Albert de Rosen, votre adyersaire.
—Le verrai-je sans être vu ? demanda M. de Villi —Si cela vous plaît.”
Henri réfléchit un instant.
“Et pour cent cinquante mille francs, dit-il en: vous ne ferez pas davantage ?
—Votre fiancée, répliqua Leslie en comptant sur doigts, votre fortune, votre vie... cinquante mi francs la pièce... est-ce cher ?” (
Le vicomte avança sa main droite que Leslie serra, dirent tous deux:
“Marché conclu !” Depuis quelques minutes, le grand nuage noir av. gagné le zénith. La neige commençait à tomber. :
us compto
lire que
loisir.
e main ?
igalité « u jourd’hui ujourd’hui
e Villiers.
-il enfin,
nt sur ses te mille
serra, ils
oir avait
nber. La
nuit s’était faite tout à coup si j rofonde que la tour du télégraphe disparaissait dans le noir.
Au devént de nos deux compagnons, en dehors de la ligne blanchâtre qui marquait la lèvre des derniers “boulements, c'était comme un immense abîme.
“La peine se met à passer le plaisir! dit George; encore un mot et nous nous séparerons: connaissez-vous M. le duc de Rivas?
—L'ambassadeur du Brésil?... /Très-particulièrement... La duchesse est une des plus adorables femmes de Paris avec ses cheveux à la Ninon et ses yeux de Mexicaine, plus noirs que le jais... Rivas s’est marié à Durango après avoir mené la vie d'aventurier comme moi... Nous nous sommes rencontrés dans les Cordillières.
—Quel genre de fête M. le duc de Rivas donnera-t-il ce soir ?
—Un bas masqué... Tout Paris y sera.
—Je compte sur vous pour me présenter à Mme la duchesse, vicomte, dit Georze; c’est à l’ambassade du Brésil que je vous montrerai le comte ‘Albert de Rose” .”
Un véritable tourbillon enveloppait M tmartre au moment où nos deux compagnons regagnaient la ruelle. La neige tombait à flocons, chassée par un vent diabolique. Ils avaient peine à se guider.
C’est une longue nuit que celle de Noël. Aucune lueur ne se montrait encore à lorient.
Ils trouvèrent enfin une brèche et ils passèrent.
“A ce soir! dit le vicomte.
—À ce soir, répéta George Leslie... Minuit sonnant, je serai à votre hôtel !”
Le vicomte monta vers l’église. George se dirigea du côté du Château-Rouge.
Ils n’avaient pas fait une demi-douzaine de pas en sens contraire qu’ils cessèrent de s’apercevoir, .
L’ouragan couviait complètement le bruit de leur marche.
George s’arrêta. Il siffla tout bas. Une voix sourde se fit entendre tout contre lui dans l'ombre.
“Towah est là, dit-elle.
—Prends sa piste et suis-le !”” ordonna George Leslie.
Towah gagna d’un bond la brèche et se mit à platventre.
“Towah tient la piste, dit-il.
—Au bout de la piste, reprit George, Towah trouvera Mohican, son ennemi.”
L’Indien ne put retenir un cri de sauvage triomphe et disparut dans la nuit pendant que George lui disait :
“Souviens-toi que tu as juré d’attendre!.. .”
— tm
le leur sourde Leslie.
à platouvera
omphe disait :
nn.
M. Benoît Loyn, propriétaire, habitait un pavillon en fort mauvais état qui s’enclavait dans le mur d’enceinte de son immeuble, situé à Montmartre, rue Saint- Denis à peu près à mi-côte.
Le pavillon n’avait, sur la rue, que des jours de souffrance, fermés par de bons barreaux de fer.
À droite et à gauche, le mur se prolongeait, noirâtre, chancelant, malade, penchant tantôt en dedans tantôt en dehors son faîte de plâtre rapiécé, et suivant cahincaha les soubresauts de la montée. Le mur de M. Benoît Loyn ne contribuait pas peu à donner à la rue Saint-Denis cette physionomie triste et indigente qu’elle possédait à un si haut degré.
Le mur de M. Benoît Loyn, propriétaire, était long, sil n’était pas beau. Il servait de clôture à un assez grand terrain, planté de vilains arbres et tout émaillé de masures rechignées que les marchands parisiens af: fermaient l’été, pour jouir un peu des plaisirs de la campagne.
Ces campagnes de Montmartre manquent à la collection béolienne et ultra réaliste d’Henri Monnier. Nous les lui recommandons avec chaleur.
L'ensemble .de ces masures s'appelle généralement une villa.
Les masures de M. Benoît Loyn, propriétaire, formaient la villa du Bel-Air, bien connue parmi les amateurs de campagnes.
On trouvait à la ville du Bel-Air douze ou quinze
chalets, plus deux maisons à trois étages, aménagé pour recevoir huit lacataires chacune. Les loyers vi riaient de trois à cinq cents francs, sauf les appart ments meublés qui allaient jusqu’à mille; mais ceux-] étaient de vrais palais.
L’immeuble de M. Benoît lui rapportait à peu pri quinze mille livres de rentes, sans compter les arrange ments qu’il prenait avec le boucher, l’épicier, le boulan ger et même le porteur d’eau.
Tous les appartements avaient ‘: petit jardin pri vatif avec une pelouse, large comme . guérison, et un corbeille entourée de buis. Des treillages peints en ver séparaient ces alvéoles “où l’on était chez soi,” comm disait M. Benoît Loyn, quand il montrait sa propriét à de nouveaux locataires.
Chaque chaumière était bâtis au centre d’un éder microscopique. Un tonneau, enfoui dans le sol, formai pièce d’eau quand il avait tombé de la pluie.
On avait la vue de la plaine Saint-Denis.
Le vent du Nord qui srillait les maigres acacia: avait mérité à ce séjour son nom de villa du Bel-Air autant que le choix heureux de la société qui s’y réunis sait chaque année.
M. Benoît Loyn faisait ses affaires lui-même. 1 éta:t à la fois son propre régisseur et son propre portier. Hiarpagon avait maître J acques : M. Benoît, plus sage qu'Harpagon, ne se fiait qu’à lui-même.
Au fond, il avait le droit de regarder Harpagon comme un vieux dissipateur.
Sa seule compagnie était un énorme chien maigre qu’il avait habitué à la portion congrue d’un roquet. Mohican, ainsi s’appelait le chien, toujours affamé, rôdait dans le jardin la nuit, et valait dix hommes de garnison. FE
Trois fois par semaine, M. Benoît l’invitait à dîner en ville; c’est-à-dire qu’il le promenait une heure ou
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