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troisième on faisait rout, dans la galerie on dansait encore, plus loin on jouait un jeu d’enfer.
C'était une fête, parbleu ! une grande ct belle fête.
Quand donc tout Paris fut-il assez peu galant pour ne point répondre à l’appel d’une duchesse charmante, spirituelle et riche à millions ?
Tout Paris fait le cruel parfois avec les parvenus. On dit cela. Quand on dit cela, fout Paris se rengorge.
Nous trouvons, nous, que {out Paris est bon prince et ;vil s’encanaille trop souvent pour être accusé de m; 1e.
1: it Paris dédaigne et honnit les parvenus, voilà le principe.
Maïs fout Paris va chez le baron Paul parce qu’il a beaucoup d'esprit, chez le baron Pierre parce qu’il est stupide, chez le comte Jean pour son faste, chez le comte Baptiste pour sa ladrerie, chez Meyendorff parce qu'il est juif, chez Maraudel parce qu’il est chrétien, chez Abd-el-Godard parce qu’il est musulman.
Il n’y a plus guère que les chevaux pour avoir des parchemins utiles.
Si {out Paris n’a pas encore été chez le bourreau, c’est que ce fonctionnaire aime la solitude.
Dans les salons de la duchesse de Rivas, il y avait tant de hautes personnalités tranchées, tant de vieille noblesse et tant de gloire conquise, que ce pauvre tout Paris sentait bien qu’il n’était qu’un petit bonhomme!
C’était la première valse.
George Leslie avait réclamé son droit auprès d’Hélène : ils valsaient ensemble.
Le vicomte Henri de Villiers, retenu d’autorité par la marquise, avait dû prendre la place vide d'Hélène et subissait un interrogatoire.
—Je Vous tiens prisonnier, cette fois, mon cousin, disait la marquise, vous allez me dire le nom de ce Français, de cet Edouard...
—Je m’y suis engagé, ma cousine, répondit Henri, je tiendrai ma promesse.
La marquise avança son siège et passa sa langue sur ses lèvres.
—Mais, reprit le vicomte, il est des convenances.…. : des devoirs, ma cousine... Je suis l’ami de M. le duc de Rivas.
—M. le duc de Rivas! répéta la marquise ; que fait ici le nom de M. le duc de Rivas ? ,
— Vous allez me comprendre... un scandale au beau milieu d’une fête...
—Mon cousin, s’écria la marquise dont la curiosité poussait à la fièvre, je vous proteste que je ne vous comprends pas du tout... Que me parlez-vous de scandale ?
Henÿi se pencha jusqu’à son oreille.
—Ïl est ici, murmura-t-il
—Le Français!... dit la marquise qui bondit sur son fauteuil.
—Chut!... fit Henri; vous sentez que c’est grave !
—Mais je vous jure d’être discrète!
—Permettez-moi seulement une question, ma chère cousine... Si vous étiez Mme la duchesse de Rivas et que le hasard eût amené un personnage pareil ?...
—J’entends bien! j’entends bien... mais puisque .je serai muette.
Henri secoua la tête; son geste et sa pose étaient presque solennels.
—N'insistez pas, ma chère cousine, dit-il, j'aurais le déplaisir de vous refuser. Je ne veux pas être complice même indirectement de ce qui va se passer ici.
—Ï]l va donc se passer quelque chose ?
—J’en ai déjà trop dit, murmura le vicomte.
—Henri! Henri! parlez au nom du ciel! supplia la marquise; d’abord, je vous préviens que je percerai ce mystère malgré vous... O’Brien va venir...
—Si le général veut vous instruire, répliqua le vi-
comle, tout sera au mieux et j'aurai la conscience à couvert.
Une légère rougeur avait monté à 8a joue, mais il gardait son sourire tranquille.
En ce moment l’inconnu, qui était entré avec George Leslie et lui, s’approcha et lui parla à l’oreille.
Henri répondit quelques mots à voix basse. L’inconnu se perdit dans la foule.
Ÿ La marquise avait cru saisir le nom d’O’Brien, prononcé pour la troisième fois.
—Qui est celui-là ? demanda-t-elle.
. —N’avez-vous pas entendu qu’il parlait du général ? répliqua Henri.
—Si fait... il m’a semblé...
—Le général a beaucoup d’amis, prononça le£tement le vicomte ; à son âge, les vieilles habitudes ne se corrigent plus... le général a la passion des aventures.
—Le général serait-il vraiment mêlé à tout ceci?
—J’ai pour le général une amitié vraie. J’ai fait ce que jai pu pour le détourner...
—Mais vous me rendez folle! s’écria la marquise.
Puis elle ajouta dans un élan de sublime curiosité:
—Tenez, vicomte, vous n’aimez pas ma fille!
Henri n’eut garde de preridre l’exclamation au comique. 11 donna, au contraire, à sa physionomie une expression de tristesse.
—Ma chère cousine, dit-il, Hélène est ma dernière affection ; j’ai mis en elle tout mon avenir, toutes mes espérances de bonheur...
—Et vous n’avez pas confiance en sa mère!
—Ecoutez-moi... ’
La marquise approcha encore son fauteuil.
Il ÿ avait une chose qu'Henri ne pouvait pas dire, c'était le nom du Français.
Impossible de prononcer un nom en l'air, impossible
aussi d’appliquer à un Long réel ce nom qui était une accusation d’infamie,
Henri prit les deux mains sa future belle-mère et poursuivit, éludant la question principale :
— Vous m’y avez forcé... ce que je vais vous dire est un secret de vie et de mort: non-seulement celui que -vous appelez le Français est ici, mais son adversaire...
—{Quoi! interrompit la marquise, le comte Albert de Rosen!...
Henri se leva.
—J’espère, prononça-t-il gravement, que je n’aurai pas à regretter ma confiance.
I] salua et s’éloigna. ..
La marquise resta sur des charbons ardents.
Ce n’était plus le palais de l’ambassade. C’était le théâtre de la Porte-Saint-Martin ; elle était sur la scène au milieu d’une de ces fêtes où il y a poignards sous chaque habit et des pistolets dans toutes les poches. Sa tête se montait. Le drame planait dans cette atmosphère rayonnante et parfumée. Sous les masques, elle apercevait des regards sanglants. Mme la marquise vit passer deux ou trois fois le Bravo, donnant le bras à la Vénitienne.. :
‘Venise! Venise! oh! c’était bien une nuit de Venise: des passions féroces derrière le velours, le pied des amoureuses .qui allait glisser dans le sang, le chant de volupté bientôt mêlé aux cris d’agonie!
Iago devait être là quelque part, et Shylock et d’autres coquins, tous riverains de lagunes; la marquise se demandait s’il ne lui faudrait point traverser le pont des Soupirs pour retourner à son hôtel...
L’orchestre excellent continuait paisiblement la valse, mais dans des fêtes pareilles, l’orchestre est si trompeur!
Les couples passaient, ondoyant et tournant; ils ne savaient pas, les malheureux!...
Mme la Marquise chercha des yeux sa fille et ne la vit point.
Hélène et George valse sans se parler.
Hélène était si émne que tout son corps tremblait.
George essaya de parler au premier repos ; il ne put.
À la reprise, il entraîna Hélène dans le salon voisin. Elle lui dit :
—Pourquoi m'éloigner de ma mère ?
—Combien avez:vous reçu de lettres de miss Ellen
Talbot depuis trois Mis? demanda George au lieu de répondre,
—Ellen ne jeune fille.
—Autrefois, vous avait-elle parlé du comte de Rosen ?
—Elle m’avait dit “Je suis aimée, j'aime, je vais être heureuse.”
George s’arrêta au bout du second salon.
—Ellen avait parlé bien souvent de vous à son fiancé, dit-il. :
Et comme la jeune fille gardait le silence, George reprit en baissant la voix:
—Aïimez-vous M. Je vicomte Henri de Villiers ?
Hélène sentit que le rouge lui montait au front. Elle s’étonnait de n’éprouver aucun sentiment de colère.
—Vous ne répondez pas? poursuivit George Leslie ; quelque chose me dit que Dieu vous a préservée!
Hélène leva sur lui sés grands yeux bleus.
—Oh ! oui, s’écria George avec un élan d’enthousiasme, il y a des âmes qui sont soeurs!... Si Ellen mourait, seriez-vous la mère de sa fille ?
—-Ellen! mourir!... balbutia Mlle de Boistrudan. —Elle vous demandait cela dans toutes ses lettres,
dit George, —Elle m’a done écrit ?
—Si vous eussiez souffert comme Ellen, consultez
Leslie avaient fait deux tours de
m'a pas écrit depuis un an, répliqua la
voire coeur, mademoiselle, à qui auriez-vous demandé une larme, une prière ?
—AÀ Ellen...
—Merci pour Ellen à qui je porterai vos larmes et votre prière !
Mile de Boistrudan avait des pleurs dans les yeux.
Le regarde de George brilla. Sa main entoura la taille de la jeune fille et l’entraîna de nouveau dans le tourbillon de la valse...
—La dernière fois que je la vis, dit-il, elle était bien faible et si changée!... Vous souvenez-vous comme elle savait sourire ?... quelle heureuse et belle jeune fille! Ce qui complète et couronne votre ressemblance, c’est ce regard d’ange que vous avez toutes deux... Il me semble voir Ellen quand je vous regarde : Ellen au temps de son bonheur... Savez-vous ce qu’elle me disait ? elle me disait: “ Nous avions le même coeur... Oh! pourquoi m’a-t-elle oubliée ?”
—Mais je n’ai pas passé un jour sans penser à elle! interromyit Mlle de- Boistrudan.
-—Elle vous avait demandé de bien loin et du fond de sa torture une consolation... la consolation n’est pas venue... Moi javais deviné qui avait.enlevé l’obstacle entre vous deux...
—Quelle main ? ‘
—Elle me disait encore: “ Ce qu’elle aimait, je l’aimais... j’ai donné son nom chéri à ma fille... quand je rêvais, une crainte me venais: si nous allions être rivales !... ;
Hélène essaya de sourire, mais elle fut obligé de mettre la main sur son coeur.
—Reposons-nous, dit-elle.
George continuait, la soutenant presque dans ses bras: :
—C’était sa pensée; elle l’exprimait ainsi, tandis que sa tête pâlie se baignait dans ses grands cheveux blonds
épars sur l’orcilller : “Puisque nous avons le même coeur, celui que j'aime, elle l’aimera. .. celui qui m’a trompée Aura peut-être le pouvoir”de l’abuser. . ss —Plût à Dieu que nous eussions le même coeur! dit Hélène, moi je n’ai jamais aimé...
Son regard rencontra celui de George Leslie, Elle chancela.
—Reconduisez-moi à ma mère, murmura-t-<lle; je souffre !
—Et celui qui m’aimait, poursuivit George, —c’est toujours Hélène qui parle... “celui qui m’aimait lai. mera... jen suis sûre, je le sais!
—Je vous prie, répéta Hélène, reconduisez-moi près de ma mère!
Son regard se voilait.
George, au lieu d’obéir, franchit le seuil du troisième salon. Hélène était incapable de reconnaître son chemin.
A l'entrée de ce salon, le duc de Rivas était assis auprès de sa femme ; la duchesse avait encore la figure découverte. à
Elles sont belles autrement et mieux que nos femmes celles qui sont nées sous le regard ardent des tropiques ; certaines surtout qui réunissent en un adorable ensemble les types contraires de PAnglaise et de Espagnole.
Leur oeil pense plus poétiquement sous le large voile de leurs paupières. ;
Il y a en elles la passion et la mélancolie, la pitié austère et le vif amour du plaisir; sages et folles, pudiques et hardies; tantôt joyeuses comme loiseau chan-
teur qui s’enivre du printemps, tantôt triste et cherchant je ne sais quel souvenir d’une autre monde regretté vaguement...
La duchesse de Rivas était si splendidement belle avec son Camail diamanté, dont les reflets chatoyaient sur
son cou de cygne, qu’il y avait autour d’elle un murmure d’admiration. :
Le duc la contemplait, gravement fier qu’il était de posséder ce merveiileux trésor.
Le duc était un homme de quarante ans, taciturne, hautain et triste comue un Espagnol.
Quand George Leslie passa le seuil, tenant à son bras Mlle de Boistrudan, la duchesse de Rivas tressaïllit. Le duc se pencha vers elle et dit:
—{C’est lui ? à
La duchesse s'inclina en signe d’affirmation.
Le duc suivit d’un regard étrange le jeune couple qui s’éloignait.
—Vous m'avez dit toute la vérité, madame ? reprit-ii.-
Et comme la duchesse ouvrait la bouche pour répondre, Rivas l’interrompit d’un geste digne et courtois.
—Ce n’est pas une question que je vous fais, dit-il; j'ai confiance en ma femme... Vous avez aimé quand vous étiez jeune fille et vous êtes restée pure, c’est bien; vous avez pris votre mari pour confesseur, c’est grand. Votre mari vous remercie et ne met à votre liberté d’autre limite que l’honneur de son nom, qu’il faut garder aux yeux du monde... le monde ne comprend pas toujours ce qui sst bien et ce qui est grand... Adieu, madame, je vous aime; vous ne me trouverez cette nuit sur votre chemin que si vous avez besoin de moi.
Il éleva la main de la duchesse jusqu’à ses lèvres. — Cette main se pressa fortement contre sa bouche et la duchesse dit:
—Moi aussi, je vous aime!
Dès que le duc se fut éloigné, le regard de la belle créole se tourna vers George et Hélène.
Pour qui était l'émotion qui fit trembler une larme à sa paupière ?
—Mère de Dieu ! murmura-t-elle, cela est vrai, je lai-
me, je l’aime! =
Un lng soupir souleva sa poitrine,
—J’ai vu la pauvre Ellen, pensa-t-elle, belle encore dans la tristesse de son abandon... celle-ci, c’est bien l'autre aux jours d'espérance et de joie... Le coeur de l'amant d’Ellen se trompe et n’a point changé. . .-Sainte Vierge, faites une douce mort à Ja martyre, et que ceuxci soient bien heureux ici-bas !
Elle soupira encore, mais ce fut sans effort qu’elle appela le sourire sur ses lèvres pour accucillir le cercle d’adorateurs qui déjà l’entourait.
—Vous pâlissez, Hélène. disait en ce moment George, qui sentait la jeune fille faiblir entre ses bras.
Une fenêtre ouverte donnait sur la terrasse ornée de fleurs; George Passa sur la terrasse pour donner l'air frais de la nuit au pauvre front brûlant de Mlle de Boistrudan, :
—Non, Poursuivit-il, vous vous trompez, mademoiselle; celui qui aimait Ellen Talbot ne l’a point délaissée... même après son malheur, qu’il n’appela jamais une faute, le comte Albert de Rosen se regarda toujours comme le fiancé de miss Talbot jusqu’au jour où elle lui dit: “ J’appartiens au père de ma fille et je ne veux plus de votre amour.”
—Elle ne l’aimait plus?... murmura Hélène, écoutant malgré elle et incapable de résister à cette puissance mystérieuse qui l’enchaînait aux côtés de Leslie,
—Ne l’aimait-elle plus... repartit celui-ci, je ne sais
Ellen Talbot est ‘me noble fille, sainte après sa
chute, et qui parle à Dieu sans terreurs... Après avoir dit au comte Albert : Je ne veux plus de votre amour,” elle ajouta, répétant ses propres paroles: “Celui qui m'a aimée aimera Hélène, ma soeur... Hélène, ma soeur aimera celui que j'aimais... je le sais, je le sens!
Mlle de Boistrudan se redressa en sursaut, comme si elle se fut éveillée d’un songe.
—La valse est finie, dit-elle ; où sommes-nous ici?
George lui offrit la main pour rentrer au salon.
—Celles qui vont mourir sont prophétesses, reprit-il tandis qu’ils traversaient la foule; Ellen a dit encore: “Hélène ne pourra jamais aimer celui qui m'a trompée! £ —Au nom du ciel ! monsieur, s’écria la jeune fille qui s'arrêta court, expliquez-vous.., je ne voue connais pas *+.Vos paroles ressemblent à des menaces.
—Ce sont les paroles d’une mourante, mademoiselle, répondit George: et j'accomplis une promesse sacrée en vous les répétant.
—Ellen serait morte!... iauriez-vous caché. ...
—Ellen vit... elle attend un père pour sa fille... Dès que de gré ou de force, son séducteur aura donné son nom à l’enfant, Ellen ne retiendra plus sa belle âme qui s’envolera vers Dieu.”
Quelques pas les séparaient encore de l'endroit où ils avaient laissé la marquise.
—Un dernier mot, dit George ; indépendamment de notre volonté, il y a désormais un lien entre nous, mademoiselle... Je ne vous reverrai plus cette nuit... peutêtre ne vous reverrai-je jamais!... Au nozt-d’Ellen, je vous adjuréde me faire une promesse...
—Quelle promesse ?
—N’accordez pas votre main au vicomte Henri de Villiers.
—Le mariage est arrôté, objecta la jeune fille, dont le trouble atteignait à son comble,
—Le mariage est impossible! prononça lentement Leslie. 4
—Dois-je croire ?... commença Hélène.
—Mme la marquise vous appelle’ .. Demain à neuf heures-du matin je serai agenouillé devant l’autel de la Vierge à Saint-Thomas d'Aquin... je vous dirai de vive voix pourquoi Ellen, votre soeur, vous défend d’épouser cet homme... Si je n’étais pas là, une personne vous
remettrait une lettre contenant l'explication que je- vous promets... On a coutume de croire À la dernière parole des morts... Vous me croirez, mademoiselle !
Il s’inclina profondément, laisant Hélène stupéfaite et plus froide qu’un marbre, aux côtés de sa mère.
Celle-ci était dans cet état voisin de la fièvre que la médecine désigne sous le nom d’agitation. Les contidences du vicomte fermentaient au dedans d'elle.
Comme elle n’avait trouvé persontie à qui parler, nous devons constater qu’elle avait été discrète,
—Vous voilà toute défaite, Hélène, dit-elle; la valse 2 Vous vaut rien... An! si vous saviez ce que je viens d'apprendre!
Hélène la regardait d’un oeil fixe et comme égaré.
—Vous sentez-vous indisposée ? reprit la marquise ; la valse devient un tour de force ; on dirait deux mationnettes virant sur pivot!... De mon temps, il y avait les grâces et les passes qui reposaient beaucoup... Mais on gâte tout sous prétexte de progrès... Vous tournez, vous tournez, cela vous divertit, c’est très-bien; mais comme vous n’êtes pas des toupies d'Allemagne, votre coeur finit par tourner aussi... Eventez-vous un peu, Hélène ! Dieu merci, ce ne sera rien.
Elle allongea le cou vivement pour mieux voir un pirate uscoque qui passait, le poing sur la hanche et le poignard à la ceinture.
—Cest peut-être lui... murmura-t-elle.
Le pirate uscoque la salua majestueusement.
—Æh ! non, fit-elle désappointée ; c’est ce pauvre Cré- * court!... Il ne tuera persohne, celui-là !..,. Comment vous trouvez-vous maintenant, Hélène ?
—Mieux, ma mère.
—J’en étais sûre... Dites-moi, quel homme est-ce que ce M. George Leslie ?
—Quel homme? répéta machinalement Hélène.
La marquise se tourna vers elle et la regarda plus attentivement,
—Qu'as-tu done, mignonne, dit-elle avec inquiétude ; je ne t'avais jamais vue ainsi!
—Je n’ai rien, ma mère, répondit Hélène,
—1]l fait une chaleur! poursuivit la bonne dame, Astu rencontré la duchesse? Elle est tout simplement éblouissante !.., Je ne sais Pas si son camail de lumière est d’un très bon goût, mais cela lui val...
Hélène eut un frisson et chancela sur sa chaise.
—Si tu es souffrante, dit la marquise avec inquiétude, veux-tu rentrer? — Non, répondit Hélène.
—On jurerait que tu as éprouvé quelque émotion. Esf-ce que par hasard.tu aurais entendu parler de ce qui se passe ici?
Hélène fixa sur sa mère ses yeux soudainement ravivés,
—Que se passe-t-il? démanda-t-elle.
—Chut! fit la marquise; voici M. de Crécourt qui veut une danseuse,
M. de Crécourt, vicomte, drapé dans sa frange palicare, demanda la main de Mlle de Boistrudan pour le prochain quadrille, fut refusé et se retira, la main sur le manche d'ivoire de son kangiar.
—J’ai promis le secret, poursuivit Mme la marquise, répondant à la question d'Hélène, Ah! quelle terrible affaire !... ei qulequ’un avait sujet de se trouver mal cette nuit, mon enfant, c’était moi. .. Si tu savais ce que m’a dit Henri!...
Hélène détourna la tête.
La marquise lui pinça le bras tout doucement.
— Approche, fit-elle, approche encore... On ne peut parler de ces choses-là qu'à l'oreille... Tu sais bien l’histoire d'hier? Ce Français qui a trompé la pauvre Ellen et son ennemi, le comte Albert de Rosen:
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